mercredi 22 mars 2017

Le conflit entre Pierre Brossolette et les socialistes blumistes de la zone Sud

Pierre Brossolette, "Renouveau politique en France", La Marseillaise, 27 septembre 1942 :

"Dès que Charles Vallin a cessé de croire en Pétain, il a été gaulliste. Entre les deux attitudes, il n'y a pas de tiers parti possible.

A lui seul, le problème de la résistance aurait donc déjà suffi à dévaluer absolument les anciennes divisions politiques françaises. Mais un autre phénomène y contribue également avec force. C'est la volonté générale de rajeunissement et de changement qui rapproche aujourd'hui des esprits hier très opposés."

Guillaume Piketty, "Pierre Brossolette, un résistant socialiste", in Pierre Guidoni et Robert Verdier (dir.), Les socialistes en Résistance (1940-1944), Paris, Seli Arslan, 1999, p. 91-92 :

"Pressenti au début de l'été 1943 pour prendre la succession de Moulin, Brossolette revint finalement en France à la mi-septembre avec pour mission de présenter aux mouvements de Résistance le nouveau délégué du Comité français de Libération nationale, l'ancien préfet Emile Bollaert, et de travailler à la future organisation de la presse et de la radio à la Libération. Durant près de trois mois, dans un contexte particulièrement dangereux, il joua un rôle déterminant dans la réorganisation politique et surtout militaire d'une Résistance mise à mal par les arrestations du printemps et de l'automne. Plus que jamais progressiste d'esprit et de cœur, et alors même qu'il s'était délibérément refusé à participer directement aux reconstructions politiques en cours à Alger, il mit également à profit sa présence en France pour poser les bases de sa propre action politique à la Libération. Convaincu qu'il fallait « reconstituer la Fédération dans son cadre ancien », en ménageant cependant « toute son autonomie doctrinale » jusqu'au « premier Congrès national pour savoir où l'on [allait] », il entreprit de préparer la Libération dans l'Aube avec Germain Rincent. Celui-ci devait se glisser, et glisser « les camarades partout », rappeler « surtout » que Brossolette ne s'était « jamais éloigné des endroits où l'on se battait », et, en cas d'« élections municipales brusquées ou toute autre élection », lui réserver « une place si minime soit-elle ». Dans le même temps, Pierre Brossolette travaillait avec Francis-Louis Closon à « régl[er] [...] la constitution du Comité [de Libération] de l'Aube qui l'intéressait politiquement ».

Extrêmement claires dans son esprit, les intentions de Brossolette ne l'étaient toutefois pas pour tous ses camarades de parti. S'il bénéficiait d'une réputation plutôt favorable non seulement en zone Nord mais également dans les cénacles socialistes algérois et londonien, parmi les socialistes résistants de zone Sud, en revanche, sa position était nettement plus fragile. Considérant « qu'il n'avait pas toujours, à Londres, fait son devoir de socialiste » et qu'« il avait constamment pris le parti des "mouvements" contre les partis reconstitués, dont le PS », le Comité directeur de zone Sud semble avoir décidé son exclusion du Parti lors de sa réunion de mars 19442. Par ailleurs, si la nomination de Brossolette à l'Assemblée consultative comme représentant de l'OCM ou de Ceux de la Résistance fut envisagée à l'automne 1943, il ne fut jamais question qu'il fût choisi comme représentant du Parti socialiste. (...)

2. Témoignage de Gaston Defferre, recueilli par Marie Granet le 21 janvier 1949, AN 72 AJ 70 AIII 15. Cf. également la lettre de Victor en date du 30 décembre 1943, AN 72 AJ 3 dossier « Parti socialiste », sous-dossier « Correspondance »."