mardi 21 mars 2017

L'antisémitisme au sein du SPD

Peter Pulzer, Jews and the German State : The Political History of a Minority, 1848-1933, Oxford, Blackwell, 1992, p. 263 :

"Alors que l'attitude du SPD à l'égard de l'antisémitisme était claire, celle vis-à-vis des Juifs en tant que communauté l'était moins. Le parti était hostile à la religion organisée et, bien que cette hostilité fût d'abord dirigée contre les Eglises chrétiennes, cela conduisit de nombreux Juifs à regarder le SPD avec suspicion. Avant toute chose, le parti avait peu de sympathie pour l'aspiration des Juifs à persister en tant que communauté avec une identité séparée. Pour la plupart des socialistes, la solution de la question juive demeurait l'assimilation complète. Un des symptômes en était la tension entre le parti et les immigrés d'Europe de l'Est, qui étaient des travailleurs de guerre ou des réfugiés fuyant les progroms de la Pologne d'après-guerre.182 Ils étaient souvent stigmatisés collectivement comme "ces éléments ayant immigré en provenance de l'Est qui sont soupçonnés ... de spéculation sur les vivres ou de quelque marché noir"183, ou comme des personnes dont les habitudes et moeurs insalubres étaient presque impossibles à éradiquer.184 Cette tension atteignit son apogée en mars 1920, lorsque le chef social-démocrate de la police du Brandebourg, Eugen Ernst, un homme avec une forte sensibilité nationaliste, organisa une razzia contre les Juifs est-européens. (...).

182 Aschheim, Brothers and Strangers, pp. 237-40 ; Niewyk, Socialist, Anti-Semite and Jew, pp. 100-1.

183 Le ministre de l'Intérieur prussien Wolfgang Heine au président de la police de Berlin, 20 février 1920, cit. Maurer, Ostjuden in Deutschland, 1918-1933, p. 362.

184 Theodor Müller, "Die Einwanderung der Ostjuden", NZ XXXIX, 24 juin, 1er août 1921."

Frank Paul Weber, "Expulsion : genèse et pratique d'un contrôle en Allemagne",
Cultures & Conflits, n° 23, automne 1996, p. 122 :

"C'est envers les Juifs d'Europe de l'Est [Ostjuden] que plusieurs personnalités politiques de la République de Weimar imaginèrent et réalisèrent les premiers internements : le 16 décembre 1919, le Ministre de l'Intérieur de Prusse, Wolfgang Heine, envisagea devant le Parlement prussien l'expulsion hors des villes de tous les Juifs de l'Est « indésirables » et leur internement dans des « camps spéciaux de concentration »."