lundi 20 mars 2017

La France du Front populaire, vue de l'Allemagne nazie

Der Angriff, 16 mai 1936 :

"Des décisions importantes de politique extérieure devront bientôt être prises, qui ont été ajournées depuis des mois et même depuis des années. C'est à lui [Blum] qu'incombera la tâche d'établir avec l'Allemagne un modus vivendi. A-t-il pour cela l'étoffe et la volonté nécessaire ? A un certain point de vue, peut-être. Léon Blum a toujours âprement combattu la thèse stérile de la sécurité qui était celle de la politique extérieure française, et soutenu par suite, logiquement, le point de vue allemand suivant lequel un sentiment accru de sécurité ne peut être obtenu que par un désarmement général progressif. De même il a été, dans l'opposition, un adversaire déterminé de la politique d'alliances du Quai d'Orsay, celle-ci ne pouvant, à son avis, que conduire fatalement à des complications. Contre le pacte soviétique, il y a eu, au sein du parti socialiste, de sérieuses résistances, bien que le groupe parlementaire, dans la période de l'alliance électorale avec les communistes, ait décidé la ratification. Le front de Stresa aussi a été répudié par Léon Blum. Se pourrait-il qu'il fût accessible à des idées nouvelles ?"

Deutsche diplomatisch-politische Korrespondenz, 4 juin 1936 :

"Plus d'un parmi ces hommes nouveaux a sévèrement condamné les méthodes néfastes aux rapports franco-allemands et à la situation générale de l'Europe qui, aux yeux de l'Allemagne, restent liées au nom et à l'esprit de Poincaré ; ces hommes ont ainsi témoigné de la compréhension pour les nécessités vitales des autres peuples. D'autre part, on ne peut oublier que de notables membres du Front populaire ont contribué à faire signer l'alliance avec la Russie soviétique, alliance que l'Allemagne n'est pas la seule, et à juste titre, à considérer comme une lourde entrave à l'établissement de relations confiantes entre les Etats européens.

L'Allemagne observe, néanmoins, à l'égard du nouveau gouvernement français, une attitude dépourvue de préjugés, car elle considère que toute nation a le droit incontestable d'organiser sa vie politique selon sa propre volonté et dans les formes qui lui conviennent. L'Allemagne revendique pour elle-même ce droit sans aucune limitation et le reconnaît à tout autre peuple. C'est pourquoi certains mots d'ordre du Front populaire ne nous touchent pas, tant qu'ils servent uniquement à des fins intérieures.

Le peuple allemand respecte son voisin français. Il a maintes fois exprimé le désir d'une réconciliation sincère et durable, car il a la conviction que la vie propre de chacun d'eux ne pourra se déployer sans troubles et que la paix européenne ne pourra être assurée que sur la base d'un accord confiant et équitable. Ce grand but n'a certainement rien perdu aujourd'hui de sa nécessité et on voudrait donc exprimer le voeu que le nouveau gouvernement — quelle que soit sa composition — contribue à résoudre un problème dont le caractère obligatoire n'est pas influencé par le changement des personnes et par la forme des systèmes politiques."

Germania, 6 juin 1936 :

"Il est probable qu'en raison des tâches et des difficultés de politique intérieure qu'il aura à affronter, le cabinet Blum se trouvera grandement gêné, pour longtemps, dans sa liberté d'action sur le plan de la politique extérieure.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères Yvon Delbos n'a guère joué jusqu'ici un rôle de premier plan en politique extérieure ; il a la réputation d'un homme sage et prudent qui s'est gagné la confiance de Léon Blum et de son parti par son attachement à l'idée de S.D.N. et de désarmement. D'après leurs traditions politiques et philosophiques, Léon Blum et son ministre des Affaires étrangères inclinent vers les « démocraties d'Europe », mais rien ne permet de supposer qu'ils veuillent sacrifier à ces penchants les possibilités d'une détente européenne. C'est précisément du côté des hommes qui forment le nouveau cabinet français que sont parties les plus violentes attaques — et cela depuis longtemps — contre le caractère borné et stérile du « poincarisme ». C'est dans ce camp-là que l'idée d'un désarmement réel et d'une entente directe entre l'Allemagne et la France a eu plus d'un ami sincère, et nous ne pouvons penser qu'à un moment aussi crucial de la politique européenne, on veuille minimiser la valeur de ces principes. Plus l'extrême-gauche sera amenée, avec l'appui de Moscou, à faire preuve d'activité, plus les milieux qui ont sacrifié pour la politique d'alliance avec l'Union soviétique les possibilités s'offrant en Europe centrale, se rendront compte que les méthodes de la nouvelle politique d'encerclement sont funestes, à courte vue, et ne se distinguent que par leur nom des moyens d'un Poincaré.

Egalement en ce qui concerne la politique extérieure, le cabinet Léon Blum aura bientôt à faire face à d'importantes décisions. A la fin du mois, l'assemblée de la S.D.N. se réunira à Genève. D'ici là, Paris et Londres devront se mettre d'accord sur le point de savoir si l'on est décidé à clore le chapitre des sanctions ou à lutter plus énergiquement que jamais pour faire prévaloir « l'autorité de la Société des Nations ». Il s'agira en même temps de se prononcer sur la solution des autres questions qui ont trait à Locarno, à la réforme de la S.D.N. et aux problèmes des armements européens."

Völkischer Beobachter, 7 juin 1936 :

"Des déclarations de M. Léon Blum à la Chambre, les parties qui retiendront particulièrement l'attention en Allemagne sont celles qui ont trait à la politique extérieure que le nouveau gouvernement compte faire. Les formules de Léon Blum continuent sans doute celles de ses prédécesseurs, mais elles sont cependant d'une heureuse netteté. Ainsi, lorsqu'il déclare que la France veut la paix, unanimement et avec toutes les nations du monde, naturellement la « paix indivisible », suivant la formule française. Par les déclarations du Führer du peuple allemand, le nouveau gouvernement français, lui aussi, aura sans doute appris que le gouvernement et le peuple allemand sont animés d'une volonté résolue de paix, ne permettant aucune équivoque, telle que nous croyons pouvoir également la lire dans les paroles du nouveau président du Conseil français."

Berliner Börsen-Zeitung, 7 juin 1936 :

"Nous enregistrons avec intérêt ce qu'a dit M. Blum au sujet de la politique extérieure. M. Blum a affirmé la volonté française de paix. Or, l'Allemagne elle aussi veut la paix et l'a prouvé. Elle n'a pas caché non plus qu'elle n'aimait point les conflits. A cet égard, il y a donc identité entre les vues du gouvernement français et celles du gouvernement allemand. En outre, le nouveau président du Conseil a proclamé la nécessité de respecter la loi internationale, les engagements contractés et la parole donnée. Nous aussi nous approuvons cette revendication et nous demandons même que l'on respecte tous les traités internationaux sans faire à ce sujet de distinction. Il est inutile de rappeler ici les nombreuses déceptions qui nous ont été réservées. La série en est si nombreuse qu'il nous suffira de mentionner ici que nos adversaires n'ont pas respecté les engagements contractés par eux en ce qui concerne les armements, ils ont jeté par-dessus bord les promesses faites par le président Wilson, ils n'ont point observé les obligations relatives aux minorités et ils n'ont point assuré le respect du statut de Memel. Nous demandons que tous les traités soient respectés et non pas seulement ceux qui sont à la convenance du plus fort.

M. Léon Blum a émis enfin le désir que l'on puisse endiguer la course aux armements. Dans ce domaine encore, l'Allemagne a apporté plusieurs contributions positives, en particulier les gestes bien connus du Führer, tandis que d'autres Etats se sont appliqués à saboter toutes les propositions pratiques de limitation des armements, par le formidable développement de leurs propres armements dirigés en grande partie contre l'Allemagne.

L'Allemagne et la France sont donc d'accord sur les principes. Nous sommes curieux de connaître quelles méthodes le nouveau gouvernement français choisira pour favoriser la réalisation de la solution pratique proposée avec sincérité et recherchée avec énergie par l'Allemagne."

Völkischer Beobachter, 9 juin 1936 :


"En politique extérieure, Léon Blum se refuse à faire la politique des émigrés et des internationalistes leurs frères, en entreprenant une « croisade contre le fascisme et le national-socialisme ». Le système de Versailles, Léon Blum l'a toujours combattu, de même que le système d'alliances français ; il a condamné l'invasion de la Ruhr par Poincaré, et jusqu'à l'avènement d'Adolf Hitler, il s'est toujours résolument prononcé pour une entente avec le Reich. La fin de non-recevoir adressée par lui aux prêcheurs de croisade montre bien le caractère sérieux de son désir de paix et un modus vivendi avec lui n'apparaît donc pas du tout impossible. Son intention de reprendre l'idée du désarmement effraie les milieux hostiles à celle-ci, mais elle n'effraie pas l'Allemagne. Pour ce qui est de la sécurité collective, dont il se réclame à l'instar de ses prédécesseurs, bien que sa ligue de paix ressemble vraiment peu à la leur, il n'est pas certain que la discussion à ce sujet avec lui doive être plus difficile qu'elle a été jusqu'ici."

Völkischer Beobachter
, 24 juin 1936 :


"Toujours est-il que ni ces passages, ni les phrases consacrées au rétablissement de la souveraineté allemande en Rhénanie, ni aucune autre partie de la déclaration [de Blum] ne laissent sentir une pointe contre l'Allemagne. Au contraire, le gouvernement français fait appel à l'esprit des anciens combattants et souligne que la France n'a pas l'intention de mettre en doute les déclarations pacifiques du Führer, qui a connu lui-même pendant quatre ans les horreurs de la guerre dans les tranchées. Soulignant tout particulièrement ce passage de la déclaration, nous constatons que nous ne nous souvenons pas d'avoir jamais entendu, par exemple dans la bouche de Barthou, une pareille compréhension pour l'esprit des anciens combattants.

Il se peut que les méthodes que propose le gouvernement français pour assurer la paix européenne diffèrent des propositions allemandes dans le même sens. Cette commune profession de foi dans l'esprit des anciens combattants permet d'espérer qu'une voie commune pourra être trouvée. Les formes de paix dont parle le gouvernement français ne sont pas opposées aux buts de paix allemands. Les nouveaux dirigeants de la politique française pourront s'en convaincre en examinant sans passion le plan de paix du Führer. Certes, entre les deux conceptions, il y a des divergences. Il nous faudra surmonter des difficultés pour arriver à un rapprochement, mais l'exposé calme du gouvernement
français trahit la volonté de ne pas élargir les divergences existantes, volonté qu'il peut s'imaginer aussi chez les Allemands dans la route à suivre dans l'avenir."

Der Angriff, 25 juin 1936 :

"Le discours prononcé hier par Blum fait une impression beaucoup moins décevante que ceux que prononçaient d'habitude ses prédécesseurs au sujet de l'Allemagne. Il évite de grossir les vieilles discordes, et il s'efforce sur beaucoup de points de manifester l'esprit que réclame une évolution pacifique. Une phrase surtout est digne de remarque, celle où le président du Conseil se refuse à douter de la parole d'ancien combattant d'Adolf Hitler, lorsque celui-ci proclame sa volonté d'accord avec la France. Cet appel à l'esprit ancien combattant, qui est le véritable esprit de paix, est la partie la plus constructive du discours. Cette seule phrase autorise de plus grands espoirs que les innombrables et longs discours prononcés depuis des années au Palais-Bourbon sur le « voisin de l'Est » et les meilleurs rapports avec lui."

Germania, 25 juin 1936 :

"L'occasion a été rarement plus favorable, car tout est en mouvement dans l'évolution européenne, et si quelqu'un en France est capable de mettre le trait final au-dessus des fautes et des errements du passé, c'est bien l'homme nouveau [Blum] représentant de la gauche jusqu'ici dans l'opposition."

Berliner Börsen-Zeitung, 11 août 1936 :

"Lorsque Delbos, selon le voeu pressant de Blum et sur la recommandation d'Herriot, prit le ministère des Affaires étrangères, il n'était Pas particulièrement connu, en dehors d'un petit cercle d'hommes politiques et de journalistes. C'est pourquoi d'aucuns purent penser qu'il avait été choisi afin d'être un instrument complaisant entre les mains du nouveau Président du Conseil. Il est assurément vrai que Blum a su, sans en parler beaucoup, faire de la position très effacée d'un Président du Conseil français celle d'un véritable premier ministre, sur le modèle anglais et qu'il a ainsi beaucoup plus d'influence sur la politique étrangère que ses prédécesseurs. Mais on ne saurait en déduire que Delbos est la cinquième roue du carrosse. Plus vite on changera ses idées sur ce point, mieux on sera préservé de désagréables surprises. A Genève, à Londres, et particulièrement maintenant, dans la façon dent est traitée l'affaire espagnole, il a adopté une attitude parfaitement indépendante, qui n'a pas toujours correspondu à celle de Blum, et il a su, tout au moins jusqu'ici, nettement faire prévaloir ses vues.

L'ignorance relative où l'on était de lui vient en premier lieu de ce qu'il manque tout à fait de la vanité et du besoin de popularité que d'autres Français apportent très souvent, et de façon fort voyante, dans un poste de ministre. De taille moyenne, avec un visage aux traits rudes et presque paysans et de larges épaules, il donne tout à fait, dans la conversation, l'impression d'un homme qui sait ce qu'il veut. Quand il parle, ce n'est pas l'artistique construction des phrases d'un Blum ou la musicalité de la langue d'un Briand qui arrêtent l'attention de l'auditeur, mais la simplicité avec laquelle il exprime sa pensée et la brièveté de la phrase. A la Chambre et à Genève, il fallut d'abord s'habituer à entendre quelqu'un, et surtout un ministre français, parler aussi simplement. Mais cette clarté de langage n'est-elle pas un signe de la clarté de la pensée ? Après Briand, Tardieu, Herriot et Laval, c'est un autre type d'homme qui assume la responsabilité de la politique extérieure. Il n'est pas moins remarquable parce qu'il est différent."

Deutsche Bergwerks-Zeitung, 15 septembre 1936 :

"M. Bastid [ministre du Commerce] arrive à Berlin au moment où l'on commence à s'entretenir du « nouveau plan de quatre ans ». Il s'y intéressera certainement d'autant plus que ce plan doit résoudre les questions économiques allemandes les plus importantes.

Le ministre français trouvera certes à Berlin d'excellentes dispositions. Autrefois aussi, on s'est efforcé d'enterrer la hache de guerre entre la France et l'Allemagne. Mais autre chose est de voir deux peuples égaux en droits chercher la voie qui conduit à un apaisement réciproque.

Depuis le printemps de 1936, la question sociale est aussi d'actualité en France. Un nouveau monde s'ouvre devant ce pays. Jusqu'à présent, le cabinet Blum a réussi avec une habileté extraordinaire à inaugurer une transformation. M. Bastid est l'un de ses collaborateurs les plus capables. Il quittera certainement Berlin avec la conviction que le voeu le plus ardent de chaque Allemand est de voir se réaliser un accord entre les deux grands peuples qui se complètent d'une manière si éminente, du point de vue économique précisément aussi."

Deutsche diplomatisch-politische Korrespondenz, 17 septembre 1936 :


"M. Bastid, en sa qualité d'ancien président de la commission des affaires étrangères de la Chambre, a une expérience suffisante pour pouvoir juger de la situation et de l'état des esprits dans d'autres pays. La déclaration qu'il a faite, disant que, des deux côtés, on a le désir d'arriver à des bases économiques satisfaisantes et sérieuses, est un signe qui marque qu'un début a été fait, et que ce début promet le succès ultérieur.

Les obstacles commerciaux qui, actuellement, restreignent les échanges de marchandises entre la France et l'Allemagne sont, en effet, d'autant plus regrettables que jadis, l'économie des deux pays, qui se complétaient mutuellement, entretenait des rapports profitables. Cette collaboration active, qui se manifeste aussi dans un enchevêtrement des deux économies tel qu'on en trouve peu d'autres exemples entre deux pays, était avantageuse pour les deux parties.

En considération précisément de cet ancien état de choses, il faut considérer comme une utile tâche de renouer la tradition d'années antérieures et de rétablir — dans le cadre des possibilités existantes — une situation profitable.

Si des négociations s'engagent bientôt, on souhaiterait donc que la compréhension et l'ampleur de vues des deux partenaires réussît à trouver les voies et moyens pour atteindre le but souhaité de part et d'autre : celui d'une collaboration économique renforcée.

Il est probable que l'orientation vers ce but sera d'autant mieux accueillie par l'opinion publique qu'on y voit, en définitive, un symptôme indiquant la volonté de répondre au désir des deux peuples en se rapprochant, et en prenant pour base des relations réciproques ce qui unit, au lieu de ce qui divise. Guetter toutes les possibilités d'entente et de collaboration, c'est une tâche que de toutes parts on souhaite voir s'accomplir. Dans cet esprit, on considère la visite du ministre du Commerce à Berlin comme un heureux signe auquel on attache l'espoir et le souhait que le contact maintenant amorcé produise de favorables effets, au delà même du domaine économique."

Alfred Rosenberg, conférence organisée par l'Office de politique extérieure du NSDAP, Berlin, 15 octobre 1936 :

"Nous ne confondons pas le peuple français avec Thorez, qui, aujourd'hui, ayant reçu mission d'une puissance étrangère, fait de l'agitation contre l'Allemagne. Je me borne à constater que jamais un chef ou un ministre national-socialiste n'a attaqué le chef de l'Etat français, ni même le président du Conseil Blum. Encore moins a-t-on injurié ces personnalités.

Le discours de Thorez a soulevé en Allemagne une vive émotion, justifiée. L'Allemagne n'oublie pas que le but de ce communiste était d'empêcher un rapprochement loyal entre l'Allemagne et la France. Donc, le communisme ne veut pas de paix, encore moins une paix collective : il veut la destruction des Etats qu'il n'a pas encore mis sous le joug, et il veut un état de trouble perpétuel.

C'est pourquoi les nations européennes ont toutes raisons de tendre à la conclusion de pactes de paix, mais d'empêcher que des empoisonneurs politiques professionnels ne viennent troubler leurs efforts."

Völkischer Beobachter, 19 février 1937 :


"La grande question est de savoir si le cabinet Blum, qui, cette fois, paraît sérieusement résolu à mettre en pratique sa politique de non-intervention, pourra appliquer réellement et jusqu'au bout les instructions qu'il vient d'envoyer aux préfets et aux autorités douanières françaises,c'est-à-dire à ceux qui, jusqu'à présent, ont marché la main dans la main avec les trafiquants d'armes, de munitions et d'hommes à destination de l'Espagne soviétique. Léon Blum sera-t-il en état de vaincre la résistance de l'opposition dans son propre parti et de déjouer les manoeuvres et les intrigues des communistes ? Il est difficile de répondre à cette question, car l'attitude des communistes dépend de Moscou."

Frankfurter Zeitung, 20 janvier 1938 :

"Le renouvellement du gouvernement était nécessaire pour affranchir lentement, pas à pas, le pouvoir de l'Etat de sa dépendance vis-à-vis du parti communiste. Cette dépendance a créé dans le pays un état de choses presque révolutionnaire. Ce disant, nous pensons moins à des projets de putsch ou d'autres actes de violence, qu'aux modifications de structure précipitées que le Front populaire, sous la pression communiste, avait imposées au pays. Jamais la France n'a subi une si dangereuse secousse « dans le sens de la modernisation » qu'au cours des vingt derniers mois. Léon Blum en est responsable, mais il n'aurait peut-être pas agi avec tant de passion s'il n'avait été talonné par la peur de la concurrence communiste. Chautemps a voulu de nouveau normaliser la vie française, il a voulu rétablir la toute-puissance du Parlement, et refouler les puissances — IIIe Internationale, syndicats et aussi le patronat — qui s'étaient immiscées dans la conduite de l'Etat démocratique. Il a voulu enfin restituer à la politique extérieure de la France l'indépendance qu'elle menaçait de perdre sous les prétentions de Moscou.

Chautemps n'est pas un ennemi du Front populaire. Il connaît beaucoup trop à fond les courants politiques de son pays pour ne pas savoir que, dans la France actuelle, cette formule contient une réalité qu'aucun homme d'Etat ne peut négliger. Mais il sent que cette formule a besoin d'une transformation et même qu'elle tend à se transformer. Malgré les apparences contraires, le Front populaire n'est pas un mouvement révolutionnaire. C'est cela que Chautemps a voulu faire constater, et c'est pourquoi il a rompu avec les communistes. Peu lui importe de quel côté est menacée la démocratie parlementaire qu'il se sent appelé à défendre. Le grand ennemi de cette démocratie lui paraît être le communisme, qui trouve à sa disposition le Front populaire comme instrument. Il s'agit donc, si l'on ne peut extirper dès maintenant le communisme, de le refouler dans la sphère de ce qui est illégal et de ce qui n'est pas français. Voilà le sens intérieur de l'opération politique qui consiste dans la retraite et le retour de Chautemps.

Cette normalisation, qui est l'objectif de Chautemps, concerne aussi et notamment la politique extérieure. Depuis que Chautemps et Delbos sont allés à Londres, après le voyage d'information de lord Halifax à Berlin, pour envisager là-bas un « règlement d'ensemble avec l'Allemagne », l'U.R.S.S. sent que sa position internationale, jusque là déterminée par son alliance avec la France, est en péril. Le voyage diplomatique d'inspection du ministre des Affaires étrangères Delbos n'est pas allé jusqu'à Moscou. Bien plus : en Espagne il faut s'attendre à de nouvelles complications, Moscou n'y a évacué sa position qu'en apparence. Elle est prête à la réoccuper du jour au lendemain, afin de pouvoir jouer son rôle dans le rebondissement — auquel il faut s'attendre — de la crise de la non-immixtion. La diplomatie française, qui avait espéré que l'Espagne avait perdu son aspect international, prévoit que la politique de non immixtion, dont Delbos a été l'initiateur, va vers de nouvelles et rudes épreuves. Ces craintes et les intentions de Moscou se sont renforcées mutuellement à un point tel que Chautemps s'en est trouvé confirmé dans son désir d'écarter pour de bon le parti communiste de la majorité gouvernementale. Le trait de séparation est maintenant tiré, et la politique extérieure de la France est allégée d'une lourde hypothèque."