lundi 20 mars 2017

Adolf Hitler et la gauche "antifasciste" espagnole

Arnaud Imatz, ""José Antonio", ce méconnu", Le Monde, 31 octobre 1983 :

"A gauche, l'étude des relations avec la Phalange ne ménage pas moins de surprise. De nombreux cadres phalangistes provenaient de la Confédération anarchiste (C. N. T.) ou du parti communiste. Manuel Mateo, bras droit de José Antonio, était l'ancien secrétaire du P. C. E. à Madrid. Dans leurs Mémoires, le leader anarchiste Diego Abad de Santillan et le ministre du Front populaire Julian Zugazagoitia expliquent comment ces hommes facilitèrent les contacts avec plusieurs responsables de la C. N. T. (notamment Angel, Pestana) et de la Fédération anarchiste ibérique. D'autres négociations eurent lieu avec Juan Negrin, un des principaux représentants de la fraction non marxiste et minoritaire du parti socialiste. José Antonio Primo de Rivera fit même savoir à Indalecio Prieto qu'il lui confierait volontiers la direction d'une future phalange socialiste.

Après la guerre, diverses personnalités républicaines, dont le président du gouvernement de la République en exil, Félix Gordon Ordas, reconnurent qu'"il eût été possible d'obtenir, au début, que José Antonio, coopérât à la République de gauche". (...) Prieto, Zugazagoita, Echevarria et d'autres ministres modérés du Front populaire rendront hommage au chef de la Phalange pour avoir tenté de persuader les belligérants de négocier dès le début de la guerre civile. Son exécution (réclamée par les communistes) fut une absurdité. Echangé ou rendu aux nationalistes, il eût tenté l'impossible pour arriver à une paix de compromis. Lui fusillé, nul ne pouvait arrêter le carnage."

Stéphane Courtois et Jean-Louis Panné, "L'ombre portée du NKVD en Espagne", in Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression (ouv. col.), Paris, Robert Laffont, 1997, p. 371 :

"Julian Gorkin donne un exemple frappant de cette intrication de la guerre et de la politique: début 1937, Largo Caballero, chef du gouvernement espagnol, soutenu par Manuel Azaña (président de la République), avait autorisé Luis Araquistain (ambassadeur à Paris) à entamer des négociations secrètes avec l'ambassadeur italien à Londres, Dino Grandi, et avec Hjalmar Schacht, le financier de Hitler, sous l'autorité de Léon Blum et d'Anthony Eden, pour mettre un terme à la guerre. Avertis par Alvarez deI Vayo, ministre des Affaires étrangères philocommuniste, les communistes espagnols décidèrent, en accord avec les principaux responsables des services soviétiques, d'écarter Caballero, interdisant ainsi toute solution négociée au conflit, sur la base du retrait des soldats italiens et allemands 2. (...)

2. Julian Gorkin, Les Communistes contre la révolution espagnole, Belfond, 1978, p. 18-19 et 81-82."

Peter Gaida, L'Organisation Todt en France, Lulu.com, 2016, p. 117-118 :

"(...) début 1941, Himmler commence à s'intéresser aux Espagnols en zone libre, en même temps, la chancellerie est saisie par cette question. L'emploi des étrangers sur les chantiers de l'OT en France semble être un ordre d'Hitler. En février 1941, l'état-major de la Wehrmacht informe les autorités d'occupation en France que « selon un ordre du Führer, pour les projets sur les côtes et la protection des sous-marins, six mille travailleurs étrangers sont à livrer à l'Organisation Todt ».

Hitler semble personnellement s'intéresser aux républicains espagnols, surtout après le refus de Franco de participer à la guerre, suite à leur rencontre à Hendaye en décembre 1940. Au fur et à mesure de leur emploi à l'OT, il demande d'augmenter leur nombre, interdit leur déplacement en Italie, et il leur accorde un bon traitement. Selon Franz Seidler, il cherche à garder l'ancienne armée républicaine sous son ordre, en cas d'un nouvel éclatement de la Guerre d'Espagne. Finalement, en décembre 1942, Hitler ordonne de les intégrer dans la production industrielle en France."

Adolf Hitler, propos tenus le 7 juillet 1942, Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l'ordre de Martin Bormann, tome II, Paris, Flammarion, 1954, p. 202 :


"Il faut se garder de mettre le régime de Franco sur le même pied que le national-socialisme ou le fascisme. Todt, qui a occupé beaucoup d'Espagnols dits rouges sur ses chantiers, m'a toujours dit que ces rouges ne sont pas rouges au sens où nous l'entendons. Ils se considèrent eux-mêmes comme des révolutionnaires. Todt en pense le plus grand bien. Ce que nous pourrions faire de mieux ce serait d'en tenir en réserve le plus possible, à commencer par les quarante mille qui travaillent sur nos chantiers — pour le cas où une nouvelle guerre civile éclaterait en Espagne. Joints aux survivants de la première Phalange, celle de José Antonio, ils constitueraient une force sur laquelle nous pourrions nous appuyer."