dimanche 12 novembre 2017

Recep Peker et l'antisémitisme national-socialiste

Avram Galante, Türkler ve Yahudiler eserlerime ek, Istanbul, Fakülteler Matbaası, 1954, p. 39-40 :

"N. — Le 28 mars 1947, le premier ministre Redjeb Peker prononça un discours dans le nouveau salon de conférences de l'Université d'Istanbul et choisit pour thème: "Le nationalisme". Après avoir parlé des éléments qui portent le nom de "minorités", il aborda la question de l'antisémitisme. Après avoir dit que les patriotes appartenant à d'autres religions et à d'autres races sont considérés comme des pièces inséparables du fonds national, il ajouta qu'il est inutile d'aborder la question juive. Mais, après la ruine du royaume juif et surtout à la suite du fanatisme chrétien, cette question (l'antisémitisme) se développa par les mouvements naziste et fasciste. Nous devons croire que pour une société à un haut esprit humanitaire, cette fausse conception primitive est nuisible et que le noble nationalisme en sait tirer son profit. L'histoire humaine enregistre comme une honte l'antisémitisme au XXème siècle.
(29/3/1947)"

Wilhelm Salomon-Calvi : un géologue juif allemand, réfugié en Turquie kémaliste



"Les tremblements de terre d'Erzincan du 21 novembre et du 27 décembre 1939.

Si l'on se réfère à l'examen des cartes géographiques, l'Anatolie apparaît comme une masse homogène rectangulaire qui, projetée hors du corps de l'Asie, s'élance comme un pont vers l'Europe. Toutefois, l'examen géologique montre qu'en réalité cette péninsule est constituée par une mosaïque de fragments très hétérogènes qui, soudés les uns aux autres, lui donnèrent par la suite son unité apparente.

Une ligne tectonique de première importance, partant de la région de Mûrefte en Thrace, se dirige approximativement en direction ouest-est, à travers la mer de Marmara vers le golfe d'Izmit, pour se poursuivre de là vers Sapanca, Adapazar, Düzce, Bolu, Gerede. Plus au nord, nous trouvons une zone (Zonguldak) qui, anciennement, faisait partie du continent antique septentrional connu sous le nom de « Palaearctis ». Vers le sud, ce sont d'anciens « Zwischenlaender » (régions intermédiaires), tels par exemple le massif « galato-lycaonien » d'Ankara-Konya, le massif du Kizil Irmal, le haut-plateau de l'Ararat-Agri, et d'autres volcans géants de l'est. Au sud de ces régions intermédiaires se dressent les chaînes du Taurus et les parties plus septentrionales de l'ancien continent du « Gondwana » (Syrie, Arabie, Afrique).

Ces terrains, séparés à l'origine le long de la ligne d'Izmit (paphiagonische Narbe de Nowack, ligne du Tonale de Salomon-Calvi), sont aujourd'hui réunis et soudés, mais les mouvements qui opérèrent leur jonction se poursuivent encore, et chaque nouveau déplacement provoque des ébranlements sismiques, en sorte que les régions échelonnées le long de cette ligne constituent probablement la zone la plus dangereuse de la Turquie.

Izmit a été détruit ou fortement endommagé : le 2 janvier 69, le 24 août 358, le 2 décembre 362, le 16 août 555, le 25 mai 1719, le 15 avril 1878, et Adapazar le 10 juillet 1894. Et cette liste n'est certainement pas complète.

La mer Egée, le Karadeniz et l'Akdeniz sont de jeunes effondrements. Leurs bords sont en grande partie des failles (çöküntü). Seul, le Cukur Ova fait exception. De la mer Egée, de profondes dépressions pénètrent en terre ferme ; ce sont les fossés du Gediz, des deux Manderes et de l'Izmir Körfezi. De la mer de Marmara, se détache le golfe de Gemlik avec une prolongation formée par le lac d'Iznik, l'ancien golfe de Manyas-Apuliyond-Bursa-Inegöl, actuellement comblés par les alluvions des rivières. Ces deux dépressions sont aussi des fossés ; de même en est-il à l'est pour Tokat, Susehri, Erzincan et Erzerum. La région de Van semble, elle aussi, être un fossé, mais ici, le volcan Nemrut est encore entré en activité en 1441, et des éruptions ultérieures sont encore possibles. Les tremblements de terre dans ces régions comme par exemple ceux de l'Agri (Ararat), peuvent être d'origine volcanique, bien que l'Agri soit actuellement éteint. Les « ovas » (plaines alluvionnaires), enfoncés dans les hauts-plateaux de l'Anatolie centrale, sont pour la plupart des failles d'effondrements. Leurs bords sont des failles ou des flexures. Dans d'autres régions, il en existe qui ne sont pas visibles morphologiquement, mais qui contribuent aussi aux mouvements de l'écorce terrestre.

Lors du tremblement de terre de Kirsehir, près d'Akpinar, une faille devint visible sur 14-15 kilomètres ; les terres le long de cette faille se déplaçaient dans le sens horizontal. Fort heureusement, la plupart de ces failles et fossés sont à l'état de repos. C'est ainsi que le fossé d'Ankara semble être stabilisé, en sorte que l'on peut espérer que la capitale échappera au danger sismique. Mais, là où les failles, les fossés et les bassins d'effondrement sont encore actifs, il se produit peu à peu, en bordure, des tensions, lesquelles augmentent jusqu'au moment où elles rompent la cohésion de l'écorce terrestre ; alors les deux « lèvres » se disjoignent, provoquant ainsi l'ébranlement dû sol. Les déplacements produits peuvent être verticaux, horizontaux ou obliques. Si, dans quelques failles ou fossés, les tensions sont déjà fortes sans toutefois être suffisantes pour occasionner une secousse sismique, un autre ébranlement plus sévère pourra fournir l'énergie nécessaire au déclenchement du phénomène. Ces ébranlements secondaires sont désignés par les termes « tremblements de relais ». De très fortes secousses peuvent alors déclencher un grand nombre dé ces secousses secondaires. Ce fut le cas du grand tremblement de terre d'Erzincan du 27 décembre 1939.

Le M. T. A. possède heureusement une carte géologique d'Erzincan à l'échelle de 1:100.000, relevée par M. le Dr Stchepinsky, et une autre de Tokat relevée par M. le Dr Lahn. On constate, sur la carte de M. Stchepinsky, qu'Erzincan est située dans un fossé dirigé WNW-ESE sur une longueur d'environ 50 km. Ce géologue a constaté en outre la présence d'une autre faille de même orientation et de même longueur, située à 35 km. au NE de la précédente. Cette deuxième faille se termine dans le fossé de Tercan. Or, les rapports relatifs aux dégâts provoqués par les deux séismes montrent que le premier (21 novembre) fut produit par des mouvements localisés le long de cette faille ; quant au second, il fut provoqué par des mouvements du fossé d'Erzincan. Un trait caractéristique réside dans le fait que les deux casernes d'Erzincan — à peu près les deux seuls édifices restés intacts — sont situées sur les pentes des montagnes, en dehors du fossé. Celui-ci, selon les indications données dans les journaux, fut évidemment l'épicentre. De la région épicentrale, les secousses se sont propagées fort loin et ont déclenché des tremblements de relais à Tokat, Susehri, Giresun, et divers autres endroits. Il est évident que les renseignements donnés par les journaux devront être contrôlés et complétés par les recherches ultérieures des géologues.

Il est possible que le faible tremblement de terre de novembre ait déclenché le violent séisme du mois de décembre, par une augmentation des tensions déjà existantes dans le fossé. D'après les observations du Dr Lahn, Tokat se trouve également situe dans un fossé, et selon les indications données par M. l'Ingénieur des Mines Server, la région de Giresun est sillonnée de failles. Ainsi, les secousses d'Erzincan ont « activé » ces dernières, notamment les failles et les fossés de Tokat et de Susehri. Si les tensions d'une faille sont encore très faibles, cette dernière ne bouge pas, comme ce fut le cas, cette fois, pour les failles du fossé d'Erzincan, lequel eut autrefois ses propres ébranlements ; mais ce serait une erreur de supposer que ce fossé restera toujours stabilisé.

Les quelques considérations précédentes expliquent la grande extension des dégâts causés par cette terrible catastrophe d'Erzincan. Non seulement l'intensité des secousses, mais encore la structure géologique des régions limitrophes de cette localité furent cause de l'importance des dommages provoqués en de nombreuses villes ou villages. A Ankara, qui se trouve à une distance de 580 kilomètres d'Erzincan, beaucoup de personnes ont été réveillées par la secousse. Par bonheur, les failles du fossé d'Ankara restèrent tranquilles.

Or, la question importante pour l'Etat turc est de savoir comment il serait possible, à l'avenir, de diminuer les pertes de vies humaines et les dommages matériels, car on ne saurait supposer que les ébranlements cesseront. Ils se produiront encore pendant des milliers d'années.

Les notices historiques recueillies par Abich dans son ouvrage sur l'Anatolie orientale signalent des tremblements de terre qui ont détruit ou gravement endommagé Erzincan depuis l'année 1.000, notamment en : 1045, 1166, 1168, 1254, 1268, 1281, 1287, 1290, 1356, 1374, 1458, 1482, 1578, 1584, 1784. Cette liste terrible est certainement fort incomplète. On n'a tenu compte que des secousses les plus violentes, et pour de longues périodes, les notes manquent complètement. Cependant, le résultat est clair. Erzincan a été détruit au moins seize fois au cours des dernières 1.000 années. On pourrait recueillir de semblables résultats pour Izmit, Izmir, et encore pour beaucoup d'autres villes turques.

L'étude des dégâts du tremblement de terre de Kirsehir en 1938 et de Bergama-Dikili en 1939 m'a enseigné trois choses :

1) qu'une grande partie des dégâts matériels est une conséquence de la construction défectueuse des édifices et que les perles de vies humaines dépendent, pour la plupart, de la façon dont sont construites les toitures ;

2) qu'une autre cause des dégâts provient de la qualité du sous-sol.

3) On a bâti beaucoup de villages et de villes en des endroits géologiquement dangereux, alors qu'il eût été possible de choisir des emplacements plus favorables à peu de distance de là.

C'est pour cette raison que les autorités compétentes ont décidé de prendre les mesures qui pourraient dans la mesure du possible diminuer, à l'avenir, les dégâts.

Wilhelm Salomon-Calvi."

Source : Revue pour l'Etude des Calamités (Bulletin de l'Union internationale de secours), tome III, 1940, p. 178-180.

vendredi 13 octobre 2017

L'engagement de certains Juifs d'Izmir dans l'armée de Benito Mussolini

Henri Nahum, Juifs de Smyrne, XIXe-XXe siècle, Paris, Aubier, 1997, p. 148 :

"(...) en 1941, un groupe de jeunes Juifs de Smyrne, de nationalité italienne, s'engageront comme volontaires dans l'armée italienne, combattront en Libye aux côtés des troupes de Rommel ; certains d'entre eux seront tués, d'autres seront faits prisonniers par les Anglais."

lundi 9 octobre 2017

Les socialistes français et le régime castriste

François Mitterrand, cité par Le Monde, 23 octobre 1974 :

"Un homme modeste [Castro], désireux d'être compris, ouvert, généreux, à la recherche d'une éthique nouvelle."

Jack Lang, intervention à la Conférence mondiale des ministres de la Culture, Mexico, 27 juillet 1982 :

"Cuba est un pays courageux, qui construit une nouvelle société. Son socialisme n'est pas le nôtre, nous le respectons. Et penser qu'on continue encore aujourd'hui à contester le droit de ce pays à vivre, et à vivre librement en choisissant son régime politique. Nous ne pouvons pas l'admettre."

lundi 3 juillet 2017

Le national-socialisme est un socialisme

François-Georges Dreyfus, entretien à Magazine Hebdo, 20 avril 1984, p. 72 :

"(...) si les premiers fondateurs du NSDAP ne sont pas des marxistes, ils viennent quand même de la classe ouvrière. On aurait sans doute d'ailleurs intérêt à mieux connaître le Comité libre pour la classe ouvrière fondé à Brême par un certain Wahl. Les militants proviennent vraisemblablement des syndicats et des milieux révisionnistes du SPD qui approuvent l'impérialisme, car « le prolétariat a, lui aussi, intérêt à l'expansion de la Nation ». Ce même SPD défend un certain nationalisme et la militarisation, critique l'antipatriotisme de Hervé et préconise le colonialisme. D'ailleurs, ce néo-nationalisme socialiste est stigmatisé par Charles Andler (auteur, entre autres, d'une monumentale biographie de Nietzsche) dans une série d'articles contre Jaurès, repris en livre sous le titre le Socialisme impérialiste. Il existe ainsi, bien avant 1914, dans la classe ouvrière allemande, et favorisée par une partie du SPD, une forte tendance nationaliste ; au moment même, rappelle Sternhell, où se désintègre la notion de classe, le sentiment national émerge comme la force dominante de l'histoire de la Nation, incarne toujours les valeurs fondamentales de la société. L'évolution du SPD avant 1914 explique le comportement d'hommes issus du prolétariat comme Wahl à Brême, Drexler à Munich ; Drexler y fonde le Deutsche Arbeiter Partei, DAP. En mai 1919, Drexler accuse « la social-démocratie d'avoir abusé d'une façon inouïe de l'idée du socialisme ».

En raison des données mêmes de l'histoire allemande, histoire d'une nation divisée et unifiée seulement en 1871, le sentiment national a toujours tenu une large place dans le mouvement de l'opinion publique, y compris chez les socialistes. D'autre part, la défaite, et surtout le traité de Versailles, œuvre d'un monde occidental libéral et capitaliste, a amené l'Allemagne à se rapprocher du monde soviétique. Cette donnée, à la fois diplomatique et idéologique, ne doit pas être perdue de vue, car elle explique le comportement de nombreux nationalistes allemands qui s'opposent à l'Occident et souhaitent le rapprochement avec l'URSS. Ils constituent même un groupe de pensée que l'on appelle généralement le national-bolchevisme. On a souvent dit et écrit que l'inspiration socialiste des vingt-cinq points du programme nazi, rédigé en 1920, n'était que démagogie. Rien n'est moins sûr quand on sait la date de la rédaction (février 1920) et de la confirmation (mai 1926). Le NSDAP d'alors est encore un parti ouvrier et s'il change de dénomination, c'est pour se distinguer nettement des partis ouvriers d'inspiration marxiste. Ces tendances socialistes se renforceront fortement entre 1922 et 1926, sous l'influence des frères Strasser qui implanteront le nazisme, à ses débuts essentiellement bavarois, dans toute l'Allemagne du Nord, avec l'appui, jusqu'au printemps 1926, de Goebbels. Otto Strasser vient du SPD et Goebbels semble avoir eu des liens avec le KPD. En janvier 1926, les nazis du Nord approuvent à Hanovre un programme socialiste révolutionnaire qui propose une réforme agraire, avec la redistribution des terres, la nationalisation des grandes entreprises, la participation ouvrière à la gestion des sociétés permettant l'intégration du prolétariat dans la Nation, et l'instauration d'une culture d'Etat. Durant toute cette période, Goebbels invite au soutien à la Russie, « véritablement nationaliste et socialiste », affirme que le marxisme a falsifié le socialisme et proclame, le 19 janvier 1926, dans un grand discours à Koenigsberg, que seule l'alliance des nazis et des communistes permettrait d'aboutir à « la résolution de la question sociale » et à « la mise en place d'un socialisme de possession et de gestion des biens »."

"Le socialisme allemand a eu deux caractères : un aspect révolutionnaire profondément dominé par le marxisme et un aspect national qui récuse largement la notion de lutte des classes pour promouvoir une conception tout à fait différente : l'intégration de la classe ouvrière dans le système social allemand. Telle a été la vision de Lassalle, poursuivie après lui par les socialistes de la Chaire, puis par les révisionnistes, tels Bernstein, Naumann. C'est ainsi que les socialistes révisionnistes inspireront fortement le national-socialisme dont on a pu dire que son principal mentor en matière sociale avait été Lassalle qui, dès 1859, avait engagé les socialistes allemands dans la voie nationaliste et s'alliait, en 1862, contre les libéraux avec le nouveau président du Conseil prussien, Bismarck. Ce socialisme révisionniste, peu à peu démarxisé et devenu même antimarxiste, explique d'ailleurs la forte participation de la classe ouvrière au national-socialisme, bien avant la prise du pouvoir."

vendredi 16 juin 2017

Les Sépharades vus par Napoléon Ier et Atatürk



Napoléon Ier, "décret infâme", 17 mars 1808 :

"Art. 18. Les dispositions contenues au présent décret auront leur exécution pendant dix ans, espérant qu'à l'expiration de ce délai, et par l'effet des diverses mesures prises à l'égard des juifs, il n'y aura plus aucune différence entre eux et les autres citoyens de notre Empire ; sauf néanmoins, si notre espérance était trompée, à en proroger l'exécution pour tel temps qu'il sera jugé convenable.

Art. 19. Les juifs établis à Bordeaux et dans les départements de la Gironde et des Landes, n'ayant donné lieu à aucune plainte, et ne se livrant pas à un trafic illicite, ne sont pas compris dans les dispositions du présent décret."

Mustafa Kemal, déclaration à Rafael Amato, reproduite dans Le Levant (Izmir), 3 février 1923 :

"Nous avons quelques éléments fidèles, qui ont uni leurs sorts à celui de l'élément dominant, qui est le peuple turc. Les Juifs, surtout, ayant prouvé leur fidélité à cette nation et à cette patrie, ont mené jusqu'ici, une vie confortable et vivront dans l'avenir, dans le confort et le bonheur."

dimanche 4 juin 2017

La noblesse des Sépharades de l'espace ottoman



Houston Stewart Chamberlain, La Genèse du XIXe siècle, Paris, Librairie Payot & Cie, 1913, p. 370-374 :

"Considérons, par exemple, en opposition à la race anglo-saxonne qui est nouvelle et que nous voyons se fixer, les SEFARDIM ou, comme on dit couramment, les « Juifs espagnols » : nous apprendrons par eux comment une race fixée peut, en persévérant dans sa pureté, se maintenir noble durant des centaines et des milliers d'années, mais aussi combien il est nécessaire de distinguer dans un peuple entre les produits de culture noble et les autres. En Angleterre, en Hollande et en Italie, il existe encore d'authentiques Sefardim, mais en petit nombre, car ils ne peuvent presque plus éviter le mélange avec les Askenazim, ou « Juifs allemands » : ainsi les Montefiore de la génération actuelle ont tous épousé des représentantes de ce dernier groupe. C'est dans l'Europe orientale, où les Sefardim non adultérés fuient le contact des autres Juifs et marquent une horreur presque comique pour les Askenazim, qu'il faut les étudier : quiconque a eu l'occasion de le faire me comprendra, si j'affirme qu'au spectacle de ces hommes m'est devenue pour la première fois intelligible la signification du judaïsme dans l'histoire du monde. Voilà de la noblesse au plein sens du mot, voilà l'authentique noblesse de race ! Belles statures, nobles têtes, dignité parfaite dans le discours et dans le maintien. Le type est « sémitique » — dans l'acception que nous donnons à ce terme en l'appliquant à certains Arabes ou Syriens de la catégorie la plus élevée. Un coup d'œil, et j'avais compris que du milieu de telles gens eussent pu surgir des prophètes et des psalmistes, chose qui, je l'avoue, ne m'avait jamais réussi à l'examen, pourtant attentif, de centaines de « Bochers » qu'on rencontre à Berlin le long de la Friedrichstrasse. (...) Et j'ajouterai : si quelqu'un désire connaître, par le témoignage de ses yeux, ce qu'est une race noble et ce qui n'en est pas une, qu'il fasse venir de Salonique ou de Sarajevo le plus pauvre des Sefardim (ces gens possèdent rarement de grandes richesses, car ils sont d'une honnêteté scrupuleuse) et qu'il le confronte avec un baron Rotschild ou un baron Hirsch de son choix : il apercevra aussitôt la différence entre la noblesse que confère la race et celle qu'octroie un monarque 2). (...)

2) Les Goths, qui plus tard passèrent en masse à l'islamisme dont ils furent les plus nobles et les plus fanatiques champions, avaient auparavant adopté en grand nombre le judaïsme ; un spécialiste en la matière, professeur à l'université de Vienne, m'assure que la supériorité morale et intellectuelle, autant que physique, des Juifs dits « espagnols » et « portugais », s'expliquerait par ce riche appoint de sang germanique plus encore que par cette discipline raciale dont j'ai parlé et dont il ne méconnaît point au reste la considérable importance. Je suis incompétent pour décider si cette opinion est justifiée."

lundi 17 avril 2017

Les Juifs d'Anatolie ont eu beaucoup à souffrir des Arméniens

"Les pogroms juifs en Arménie

Le Neue Haint de Varsovie apprend :

Un groupe important de réfugiés juifs d'Arménie vient d'arriver à Bombay (Indes). Ils racontent que les Juifs ont beaucoup à souffrir des Arméniens. Ce groupe comprend 112 Juifs arméniens et 85 juifs persans. La plupart d'entre eux sont des commerçants. Ils étaient sujets turcs et vivaient en Anatolie et dans les provinces voisines ; il y a quelques mois, les bolcheviks arrivèrent en Anatolie et chassèrent les Turcs. En partant, les bolcheviks confièrent l'administration à leurs alliés arméniens. La première chose que firent ces derniers fut d'organiser un effroyable pogrom au cours duquel il y eut des centaines de victimes. Des familles entières furent exterminées. Les Juifs qui ont pu se sauver, ont perdu toute leur fortune."

Source : La Tribune juive, 2e année, n° 57, 28 janvier 1921, p. 8.

L'antisémitisme des Arméniens de Roumanie

"Les Juifs de Roumanie", La Tribune juive, 2e année, n° 60, 18 février 1921, p. 4 :

"Du reste les gouvernants de l'Etat Roumain, c'est-à-dire quelques milliers de personnes formant l'oligarchie agrarienne avec leurs auxiliaires électoraux, — avocats, professeurs, fonctionnaires et commerçants — ont-ils jamais accordé des droits au peuple, de leur propre gré, et sans la pression étrangère ? Non. Les Arméniens, nombreux en Roumanie, ont obtenu leur droit de cité par la Convention de Paris (à la suite d'un mémoire qu'ils ont présenté aux Puissances), ainsi que les étrangers de rite chrétien. Même les paysans n'ont vu abolir leur servage que grâce à l'intervention étrangère. Et personne ne leur en veut, ne les accuse de manque de patriotisme, et les Arméniens occupent aujourd'hui les plus hautes fonctions dans l'Etat, et — chose étrange — fournissent le plus fort contingent à l'antisémitisme."

vendredi 14 avril 2017

Les relations du parti Dachnak (racistes-aryanistes arméniens) avec la SFIO et l'IOS

Mikaël Varandian (représentant de la FRA-Dachnak auprès de la IIe Internationale), L'Arménie et la question arménienne, Laval, G. Kavanagh & Cie, 1917 :

"De toute façon, le peuple arménien est une branche de la race indo-européenne, de la grande famille Aryenne. La langue arménienne est cousine germaine du Zend, du grec, du latin." (p. 14-15)

"Le contraste est absolu entre l'élément arménien et son milieu ethnographique. Un petit fragment de race indo-européenne, placé entre des peuplades primitives et nomades appartenant à la race touranienne et professant une religion toute différente :

De là la grande tragédie de l'histoire arménienne. Les envahisseurs turcs, seldjoukides, mongols, osmanlis, se sont successivement établis sur le sol arménien, en hordes guerrières, qui ne savaient manier que l'épée et le cheval ; ils ont campé durant des siècles en Arménie, comme des corps étrangers, incapables de produire, d'assimiler et de gouverner, uniquement fort dans l'art de consommer, d'asservir et de détruire.

Le plus frappant exemple de cette mentalité de toute une race nous est donné par les Turcs ottomans, qui furent maîtres de la plus grande partie de l'Arménie pendant six siècles.

N'ont-ils pas été dès le début réfractaires à toute culture, ne sont-ils pas malheureusement restés depuis cinq siècles, campés sur le vaste territoire, comme un parasite gigantesque, vivant de l'exploitation des peuples assujettis ? N'ont-ils pas détruit, paralysé les modestes cultures grecque, arménienne, slave, sous le poids de leur militarisme, orgueilleux et paresseux ?" (p. 23-24)

Haïrenik Weekly (organe de la branche américaine du Dachnak), 10 mai 1935 :

"Les Arméniens ont aidé les Roumains à ne pas devenir les esclaves des Juifs [lors du pogrom meurtrier de Bucarest]."

Haïrenik, 19 août 1936 :

"Il est parfois difficile d'éradiquer ces éléments nocifs [les Juifs], quand ils ont contaminé jusqu'à la racine, telle une maladie chronique, et quand il devient nécessaire pour un peuple [les Allemands] de les éliminer par une méthode peu commune, ces tentatives sont considérées comme révolutionnaires. Au cours d’une telle opération chirurgicale, il est naturel que le sang coule. Dans de telles conditions, un dictateur apparaît comme un sauveur."

Haïrenik, 21 août 1936 :

"De même que les Britanniques utilisent des navires de guerre pour envahir des pays, les Juifs utilisent l'internationalisme ou le communisme comme des armes."

Haïrenik, 17 septembre 1936 :

"Et vint Adolf Hitler, après des combats dignes d'Hercule. Il parla de la race au cœur vibrant des Allemands, faisant ainsi jaillir la fontaine du génie national."

Haïrenik Weekly, 25 septembre 1936 :

"Et il n'y a pas de quoi être fier du type de Juif importé en Palestine. Leurs mœurs, et d'autres vices qui étaient inconnus des Arabes avant la Déclaration de Balfour, leur place au sommet de toutes les activités communistes, ont été la cause de la plupart des critiques arabes."

"La révolte des Kurdes", Le Populaire (organe de la SFIO), 31 août 1930 :

"Sur la base d'un rapport écrit du parti arménien affilié à l'I.O.S. [Internationale ouvrière socialiste] et après avoir entendu les explications orales d'Isahakian (Arménie), l'Exécutif adopta une résolution sur la question kurde protestant contre l'extermination des Kurdes par les Turcs, mais aussi contre le silence indifférent des gouvernements capitalistes en face de ces crimes."

"Une manifestation commémorative à la mémoire de Mikaelian Varandian", Le Populaire, 11 juillet 1934 :

"Tous les vieux habitués des congrès socialistes internationaux, tous les membres des organismes centraux de notre Internationale Socialiste avant, pendant et depuis la guerre ont conservé le souvenir de notre camarade Arménien Varandian Mikaelian. Sa mort récente — le 26 avril dernier, à Marseille — a été cruellement ressentie par ses camarades de l'organisation révolutionnaire arménienne, le « Dashnakzoutian », dont il a été pendant près d'un demi-siècle l'âme vivante et combattante, le serviteur dévoué et vigilant.

En son honneur, une célébration commémorative très émouvante a été organisée la semaine passée à la Société de Géographie, dont le hall était rempli par une foule émue et recueillie.

Le citoyen Hamo Ohandjanian, ancien président du conseil de la République arménienne (jusqu'à l'invasion bolchevik de 1922) présidait. Le camarade Chavarch Missakian, rédacteur en chef du quotidien socialiste arménien de Paris, le Haratch, rappela en termes éloquents la carrière de celui dont on célébrait la vie et dont l'existence, depuis qu'il avait l'âge d'homme, s'est confondue avec celle du parti révolutionnaire arménien lui-même. Un autre camarade arménien, le citoyen Sassouni décrit le rôle de Varandian comme littérateur, historien, polémiste, théoricien et dirigeant de son parti, comme aussi son activité au sein de l'Internationale Socialiste — à laquelle le « Dachnakzoutioun » adhérait dès 1907 — au lendemain de la première révolution russe qui avait fortement fait sentir son influence.

Toute une série de camarades d'autres sections de l'Internationale vinrent à tour de rôle rendre hommage au disparu et assurer leurs camarades arméniens de l'entière solidarité de l'Internationale Ouvrière Socialiste.

Ce fut d'abord Soukhomline qui, au nom du Parti S.R. russe, évoqua les similitudes de conceptions théorique et de tactique existant entre son parti et le « Dachnakzoutioun ».

Ce fut ensuite Jean Longuet qui, au nom de la C.A.P. de la S.F.I.O., salua la mémoire de « Mikaelian Joanissian » — c'est sous ce nom qu'il avait connu son vieil ami Varandian. Dès 1902, à Pro Armenia, à la fondation duquel il participait, et qu'honoraient les grands noms de Jaurès, Francis de Pressensé, Anatole France, fidèles amis de l'Arménie martyre et que Pierre Quillard avait groupés. Notre camarade rappela, le rôle de Varandian à l'Internationale d'avant-guerre, comme aussi son activité au service de la République Arménienne lorsqu'il avait été son ambassadeur à Rome. (...)

A plusieurs reprises, entre chaque discours, des morceaux de musique d'une grande beauté arménienne avaient été exécutés à la perfection par de jeunes violonistes et violoncellistes. La Marche Funèbre, de Chopin, fut notamment rendue de magistrale façon par ces talentueux jeunes artistes arméniens."

"Le Comité exécutif de l'Internationale Ouvrière Socialiste à Paris : Compte rendu de la session du 13 au 16 novembre", Le Populaire, 19 novembre 1934 :


"L'Exécutif de l'I.O.S a tenu une session à Paris à la Maison de la Mutualité, du 13 au 16 novembre, sous la présidence d'Emile Vandervelde. Pendant l'absence de Vandervelde, qui, en raison des événements politiques en Belgique, a été obligé de rentrer pour quelque temps à Bruxelles et n'a pu assister qu'à la première séance et aux séances finales, c'est Louis de Brouckère qui a assuré la présidence.

Etaient présents : S. Sassouni (Arménie), L. De Brouckère E. Vandervelde (Belgique) ; A. Andersen (Danemark) ; S. Crummenerl, O. Wels (Allemagne) ; Léon Blum, Bracke, J. Longuet (France) ; (...)."

"Les messages de sympathie adressés à Léon Blum", Le Populaire, 20 février 1936 :

"Voici une troisième liste de messages de sympathie que nous avons dépouillés, qui étaient adressés à Léon Blum : (...)

De l'étranger (...)

Parti communiste d'U. S. A. ; Parti révolutionnaire arménien « Dachnakzoutioun » ; Socialistes géorgiens à Paris ; Réfugiés espagnols à Tours (...)."

"On nous l'a tué !", Le Populaire, 20 novembre 1936 :

"Hier encore, durant toute la journée les témoignages de sympathie sont parvenus, innombrables, au siège du Parti, au « Populaire », au gouvernement et à la famille de Roger Salengro.

Aux condoléances attristées qu'exprimaient les télégrammes étalent jointes des protestations indignées contre les calomnies de la « feuille infâme ».

Dans tous était affirmée la volonté de voir cesser de pareilles ignominies et de voir assurer la véritable liberté de la presse. (...)

La Fédération révolutionnaire arménienne

La Fédération révolutionnaire arménienne « Dachnakzoutioun » profondément émue par la mort du vaillant militant Salengro, présente au Parti socialiste ses sincères condoléances — S. Sassouni, délégué à l'exécutif de l'I.O.S."

mercredi 12 avril 2017

La kurdophilie d'Adolf Hitler

Adolf Hitler, propos tenus le 22 janvier 1942, Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l'ordre de Martin Bormann, tome I, Paris, Flammarion, 1952, p. 223-224 :

"Les Suisses ne sont qu'un surgeon de l'arbre germanique.

Nous en avons perdu des Germains ! Les Berbères de l'Afrique du Nord, les Kurdes de l'Asie-Mineure. L'un d'eux était Kemal Ataturk, un homme aux yeux bleus, qui n'avait rien de commun, au point de vue de la race, avec ses compatriotes."

Note : contrairement à ce que pensait Hitler, Atatürk n'était pas d'origine kurde, mais était né dans une famille turkmène yörük, originaire de Konya et Karaman (Anatolie centrale), et transplantée à Kocacık en Macédoine.

Racisme, aryanisme et antisémitisme chez les Kurdes du PKK

"Kurden : Wende ins Völkische", Der Spiegel, 21 avril 1997 :

"Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), illégal, sous le leadership de son secrétaire général, Abdullah Öcalan, qui vit en exil en Syrie, s'éloigne de son positionnement d'extrême gauche et a une orientation nationale-socialiste. Les officiels du PKK adoptent un ton raciste en interne. Ils décrivent les Turcs comme une "sous-race de bâtards mongolo-arabes" et ils définissent les Kurdes comme un "peuple de race indo-germanique". Öcalan a retiré le marteau et la faucille comme emblème du parti et les a remplacés par une torche. Dans ses instructions à ses combattants, Öcalan définit le PKK comme un "mouvement national" et non comme un parti communiste. Dans une conversation avec Günter Wallraff, le leader du PKK a même exprimé sa gratitude à l'égard des racistes en Allemagne. Malheureusement, l'arriération de nombreux Kurdes qui ont immigré clandestinement en Allemagne est "un peu sale", et donc "le racisme est justifié". Öcalan : "Je pense également que la droite a raison. Je ne pense pas comme un social-démocrate sur ce point." Wallraff cite des amis kurdes qui disent : "Mieux vaut qu'il n'y ait pas de Kurdistan indépendant si c'est pour avoir la suprématie du PKK.""

Arnaud Leparmentier et Georges Marion, "Les pays européens redoutent une vague de violence kurde", Le Monde, 19 février 1999 :

"Mercredi 17 février : les services de sécurité du consulat d'Israël à Berlin ont ouvert le feu sur des manifestants kurdes qui avaient pénétré dans le bâtiment. Bilan : 3 morts. Selon le préfet de police berlinois, Hagen Saberschinsky, seuls trois policiers allemands étaient, comme d'habitude, alors stationnés devant le consulat. Ces policiers de faction sont aidés par deux patrouilles dans les environs. Lorsque, à 13 h 30, la police a été informée de l'intention des manifestants kurdes d'envahir le consulat, ils n'ont dépêché sur place qu'une trentaine d'hommes. Ceux-ci ont été accueillis par 50 à 100 Kurdes armés de barres de fer et de gourdins, qui ont frappé les policiers censés les empêcher de s'approcher du bâtiment, avec « une très grande violence », selon M. Saberschinsky. Vingt-sept policiers ont été blessés.

Au même moment, un groupe de Kurdes fait irruption dans le consulat israélien. Il semble qu'un des manifestants ait subtilisé l'arme d'un officier de sécurité israélien et menacé deux autres gardes. Ceux-ci auraient riposté, tuant 3 personnes et en blessant au moins 16 autres, dont une très grièvement, vers 13 h 45. Neuf assaillants ont alors pris une employée en otage. Ils ont négocié très rapidement avec les policiers allemands pour sortir de la représentation israélienne.

Dans l'après-midi, à Tel-Aviv, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a expliqué pourquoi les gardes du consulat avaient tiré : « Les manifestants ont tenté de prendre une de nos employées en otage (...) et les consignes que reçoivent nos agents de sécurité sont d'empêcher par la force, y compris en faisant usage de leurs armes, toute tentative de prendre des otages ». Il a répété qu'Israël continuerait à défendre ses citoyens et ses locaux partout dans le monde et que son pays n'avait rien à voir avec l'enlèvement d'Abdullah Öcalan (même s'il collaborait avec la Turquie dans la lutte contre le terrorisme). Plus tard dans la journée, le porte-parole des affaires étrangères, devait préciser que l'entremise de la police allemande avait permis la libération de l'otage.

Il semble toutefois que les services israéliens ait complètement sous-estimé les risques d'attentats contre leurs ambassades et consulats en Europe. Ces questions seront au coeur de l'enquête officielle qui va être menée sur ces événements. Désormais, la peur des autorités est qu'Israël soit entraîné dans un conflit qui, insiste-t-on, n'est pas le sien. Jérusalem craint notamment que l'affaire kurde nourrisse une solidarité avec des groupes palestiniens radicaux qui pourrait accroître les menaces terroristes."

Bese Hozat (co-présidente du KCK, branche du PKK), déclaration à Fırat Haber Ajansı, 8 janvier 2014 :

"Il y a des Etats parallèles en Turquie, qui se sont formés en dehors de l'Etat officiel. Par exemple, la confrérie de F. Gülen est un Etat parallèle. Le lobby israélien, et les lobbies nationalistes arménien et grec, sont des Etats parallèles. Les Etats parallèles ont de solides relations d'intérêts les uns avec les autres. Les Etats parallèles n'ont pas de lois formelles ou de constitutions. Ils n'ont pas d'armées officiellement, mais ils ont un pouvoir plus puissant et plus organisé que ce qui est dit officiellement. (...) L'Etat parallèle est un Etat du Gladio, c'est une organisation d'Etat illégale, composée de la confrérie et des lobbies, et soutenue par l'OTAN. L'objectif principal est d'empêcher la démocratisation de la Turquie."

"Öcalan : There is a high intensity war", Firat News Agency, 24 septembre 2014 :

"[Abdullah] Öcalan a déclaré que les attaques de l'EIIL [Daech] sont liées à Israël, ajoutant : "Le but est de créer un Israël sur ce territoire. Cf. les noms des lieux dans cette région. Par exemple, Suruç vient du nom hébreu Saruch, qui était un ancêtre d'Abraham et de Moïse, Harran vient du nom du frère de Moïse, Haroon. Tous ces noms sont dans la Torah. Il y a le GAP [Projet d'Anatolie du Sud-Est]. Lorsque le projet GAP a été lancé en 1978, j'étais à Urfa. Le projet a été conçu pour saisir la terre et l'eau du peuple. Personne ne peut s'opposer à la politique d'Israël. Ecevit le voulait, mais ils l'ont arrêté. L'EIIL est un projet israélien. L'AKP ne peut pas résister à cela. Ils l'ont menacé et le gouvernement a failli être renversé.""

samedi 1 avril 2017

Seconde Guerre mondiale : le sauvetage des Juifs d'Europe par la Turquie kémaliste



Lucien Steinberg, Chroniques d'un Juif laïque, Paris, Les Balustres, 2010, p. 436 :

"L'aspect de l'Héritage nous a partiellement échappé [au Musée juif de New York]. Voulait-on montrer le rôle joué par des Juifs éminents dans la société des Etats-Unis ? Voulait-on montrer plutôt comment le facteur juif s'intègre dans la vie du pays ? On regrettera que les aspects peu reluisants de l'action, ou de l'inaction du pouvoir américain entre 1939 et 1945 vis-à-vis des Juifs n'aient été davantage mis en évidence.

Une recherche récente a prouvé que, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont donné asile à moins de Juifs réfugiés que des pays tels que la Suisse, l'Espagne (franquiste !) ou la Turquie. On a beaucoup, suffisamment parlé de la Suisse ces derniers temps. L'Espagne franquiste ou la Turquie autoritaire n'ont jamais été considérées comme particulièrement attachées à la protection des réfugiés. A tort, comme nous le voyons."

Lucien Steinberg, "Le consul arrête un « train de la mort »", La Presse Nouvelle Magazine, novembre 2000 :


"Monsieur Necdent [Necdet] Kent est actuellement âgé de 92 ans. Il y a cinquante-sept ans, il était consul-général de Turquie à Marseille.

Un jour de 1943, il fut avisé par un employé juif du consulat que des Juifs turcs avaient été enfournés dans un train en partance de la gare Saint-Charles. Il s'est précipité à la gare et a découvert le train. A ce jour, indique M. Kent, il se souvient de l'inscription sur le wagon de bétail « Bestiaux 20, foin 500 kg ». De fait, les Juifs étaient entassés les uns sur les autres. Le consul s'est précipité sur le commandant de la Gestapo en gare, lui affirmant avec force qu'il s'agissait de citoyens turcs, qu'il convenait de relâcher. Le gestapiste a refusé indiquant qu'il ne s'agissait que de Juifs. N'écoutant que son cœur et son courage, le consul cria au fonctionnaire juif du consulat : « Allons-y, nous montons aussi dans le train ! » Sitôt dit, ils ont repoussé le soldat qui était devant un wagon et ont sauté dans le train. L'officier allemand leur demanda de descendre ; ils n'en firent rien et le train démarra. Au prochain arrêt, cependant, des officiers allemands se sont rendus devant le train et se sont excusés auprès de M. Kent pour « l'erreur commise » à Marseille. Ce dernier de rétorquer: « L'erreur n'est pas que je sois dans le train mais que quatre-vingt citoyens turcs y aient été entassés. En tant que représentant d'un gouvernement qui n'admet pas pareil traitement en raison des convictions religieuses, je ne puis envisager de les laisser-là. » Devant cette attitude énergique, les Allemands ont fini par relâcher tout le monde. M. Kent estime qu'il a fait ce qu'il avait à faire. Il n'a jamais informé son gouvernement de son acte. « Le gouvernement ne m'a jamais encouragé à agir comme j'ai agi, de sorte que j'estimais que ce n'était pas son affaire... Si on ne le sent pas soi-même, on n'agira jamais ».

Ce n'était pas la seule action en faveur des Juifs. Il a délivré de nombreux passeports à des réfugiés juifs qui n'avaient plus de passeports valides.

A un moment donné, il s'est plaint au commandant militaire allemand parce que des Juifs avaient été déculottés en pleine rue afin de déterminer s'ils étaient circoncis ou non. Il a fait admettre aux Allemands que la circoncision n'était pas réservée aux Juifs. Après la guerre, M. Kent a été en poste à Londres et n'est jamais retourné à Marseille. Il a reçu et continue de recevoir des lettres de remerciements de Juifs ayant vécu à Marseille à l'époque et de leur famille."

jeudi 23 mars 2017

Le REL de Dominique Venner et la FGDS de François Mitterrand

Robert Butheau, "En créant les C.O.D.E.R., on a répondu à un besoin par du folklore déclare M. Mitterrand à Lyon", Le Monde, 20 décembre 1966 :

"Poursuivant son tour de France qui le conduit chaque dimanche dans une région différente, M. François Mitterrand présidait dimanche à Lyon les assises régionales Rhône-Alpes de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste. S'il n'évoqua pas directement, dans sa conclusion, les négociations en cours entre la Fédération de la gauche et le parti communiste, on notera cependant cette phrase : "Nous sommes engagés dans une étude très approfondie pour que la gauche balaie devant sa porte et trouve les thèmes essentiels à une lutte en commun."

Le fait que M. Mitterrand ne s'étendit pas davantage sur ce sujet montre bien qu'il ne voulait pas, par des déclarations trop précises, altérer le cours des négociations. Pourtant la situation particulière de Lyon, où les rapports entre Fédération et parti communiste sont pour l'instant inexistants, alors que des ententes sont recherchées avec le Centre démocrate par M. Gagnaire, maire socialiste de Villeurbanne, et même parfois avec le Rassemblement européen de la liberté, qu'anime M. Dominique Venner, a pu lui faire préférer une certaine expectative."

Joseph Algazy, L'extrême droite en France de 1965 à 1984, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 38 :

"Au mois de juillet 1967 Europe-Action reparut (pas pour longtemps), cette fois dans un format ronéoté. La nouvelle direction du REL misait sur l'infiltration dans les organismes de l'opposition pour préparer l'après-gaullisme. L'application de cette tactique fut poussée si loin que le 7 janvier 1968 la direction du REL a refusé de suivre ses chefs et a expulsé de son sein le Maurice Rollet, Dominique Venner et Louis Daney. Cette information est rapportée par Jacques Delarue qui ajoute : « La direction du REL reprocha à ces trois hommes d'avoir engagé des pourparlers par l'intermédiaire d'un journaliste, avec la Fédération de la gauche démocrate et socialiste de M. Mitterrand, en vue d'y faire adhérer les membres du REL. (...) » "

mercredi 22 mars 2017

Le conflit entre Pierre Brossolette et les socialistes blumistes de la zone Sud

Pierre Brossolette, "Renouveau politique en France", La Marseillaise, 27 septembre 1942 :

"Dès que Charles Vallin a cessé de croire en Pétain, il a été gaulliste. Entre les deux attitudes, il n'y a pas de tiers parti possible.

A lui seul, le problème de la résistance aurait donc déjà suffi à dévaluer absolument les anciennes divisions politiques françaises. Mais un autre phénomène y contribue également avec force. C'est la volonté générale de rajeunissement et de changement qui rapproche aujourd'hui des esprits hier très opposés."

Guillaume Piketty, "Pierre Brossolette, un résistant socialiste", in Pierre Guidoni et Robert Verdier (dir.), Les socialistes en Résistance (1940-1944), Paris, Seli Arslan, 1999, p. 91-92 :

"Pressenti au début de l'été 1943 pour prendre la succession de Moulin, Brossolette revint finalement en France à la mi-septembre avec pour mission de présenter aux mouvements de Résistance le nouveau délégué du Comité français de Libération nationale, l'ancien préfet Emile Bollaert, et de travailler à la future organisation de la presse et de la radio à la Libération. Durant près de trois mois, dans un contexte particulièrement dangereux, il joua un rôle déterminant dans la réorganisation politique et surtout militaire d'une Résistance mise à mal par les arrestations du printemps et de l'automne. Plus que jamais progressiste d'esprit et de cœur, et alors même qu'il s'était délibérément refusé à participer directement aux reconstructions politiques en cours à Alger, il mit également à profit sa présence en France pour poser les bases de sa propre action politique à la Libération. Convaincu qu'il fallait « reconstituer la Fédération dans son cadre ancien », en ménageant cependant « toute son autonomie doctrinale » jusqu'au « premier Congrès national pour savoir où l'on [allait] », il entreprit de préparer la Libération dans l'Aube avec Germain Rincent. Celui-ci devait se glisser, et glisser « les camarades partout », rappeler « surtout » que Brossolette ne s'était « jamais éloigné des endroits où l'on se battait », et, en cas d'« élections municipales brusquées ou toute autre élection », lui réserver « une place si minime soit-elle ». Dans le même temps, Pierre Brossolette travaillait avec Francis-Louis Closon à « régl[er] [...] la constitution du Comité [de Libération] de l'Aube qui l'intéressait politiquement ».

Extrêmement claires dans son esprit, les intentions de Brossolette ne l'étaient toutefois pas pour tous ses camarades de parti. S'il bénéficiait d'une réputation plutôt favorable non seulement en zone Nord mais également dans les cénacles socialistes algérois et londonien, parmi les socialistes résistants de zone Sud, en revanche, sa position était nettement plus fragile. Considérant « qu'il n'avait pas toujours, à Londres, fait son devoir de socialiste » et qu'« il avait constamment pris le parti des "mouvements" contre les partis reconstitués, dont le PS », le Comité directeur de zone Sud semble avoir décidé son exclusion du Parti lors de sa réunion de mars 19442. Par ailleurs, si la nomination de Brossolette à l'Assemblée consultative comme représentant de l'OCM ou de Ceux de la Résistance fut envisagée à l'automne 1943, il ne fut jamais question qu'il fût choisi comme représentant du Parti socialiste. (...)

2. Témoignage de Gaston Defferre, recueilli par Marie Granet le 21 janvier 1949, AN 72 AJ 70 AIII 15. Cf. également la lettre de Victor en date du 30 décembre 1943, AN 72 AJ 3 dossier « Parti socialiste », sous-dossier « Correspondance »."

mardi 21 mars 2017

L'honnêteté d'Henri Emmanuelli sur le passé du PS

Henri Emmanuelli, déclaration sur France Info, 11 mars 2005 :

"Moi, je pense que, en conscience, quand on croit devoir défendre une cause parce qu'elle est juste, on doit franchir des lignes. Il y avait une majorité de socialistes pour envoyer un contingent en Algérie, c'est pas pour ça que c'était une bonne chose. Il y avait une majorité de socialistes pour voter en 40 les pleins pouvoirs à Laval."

L'antisémitisme au sein du SPD

Peter Pulzer, Jews and the German State : The Political History of a Minority, 1848-1933, Oxford, Blackwell, 1992, p. 263 :

"Alors que l'attitude du SPD à l'égard de l'antisémitisme était claire, celle vis-à-vis des Juifs en tant que communauté l'était moins. Le parti était hostile à la religion organisée et, bien que cette hostilité fût d'abord dirigée contre les Eglises chrétiennes, cela conduisit de nombreux Juifs à regarder le SPD avec suspicion. Avant toute chose, le parti avait peu de sympathie pour l'aspiration des Juifs à persister en tant que communauté avec une identité séparée. Pour la plupart des socialistes, la solution de la question juive demeurait l'assimilation complète. Un des symptômes en était la tension entre le parti et les immigrés d'Europe de l'Est, qui étaient des travailleurs de guerre ou des réfugiés fuyant les progroms de la Pologne d'après-guerre.182 Ils étaient souvent stigmatisés collectivement comme "ces éléments ayant immigré en provenance de l'Est qui sont soupçonnés ... de spéculation sur les vivres ou de quelque marché noir"183, ou comme des personnes dont les habitudes et moeurs insalubres étaient presque impossibles à éradiquer.184 Cette tension atteignit son apogée en mars 1920, lorsque le chef social-démocrate de la police du Brandebourg, Eugen Ernst, un homme avec une forte sensibilité nationaliste, organisa une razzia contre les Juifs est-européens. (...).

182 Aschheim, Brothers and Strangers, pp. 237-40 ; Niewyk, Socialist, Anti-Semite and Jew, pp. 100-1.

183 Le ministre de l'Intérieur prussien Wolfgang Heine au président de la police de Berlin, 20 février 1920, cit. Maurer, Ostjuden in Deutschland, 1918-1933, p. 362.

184 Theodor Müller, "Die Einwanderung der Ostjuden", NZ XXXIX, 24 juin, 1er août 1921."

Frank Paul Weber, "Expulsion : genèse et pratique d'un contrôle en Allemagne",
Cultures & Conflits, n° 23, automne 1996, p. 122 :

"C'est envers les Juifs d'Europe de l'Est [Ostjuden] que plusieurs personnalités politiques de la République de Weimar imaginèrent et réalisèrent les premiers internements : le 16 décembre 1919, le Ministre de l'Intérieur de Prusse, Wolfgang Heine, envisagea devant le Parlement prussien l'expulsion hors des villes de tous les Juifs de l'Est « indésirables » et leur internement dans des « camps spéciaux de concentration »."

La lâcheté du SPD devant l'avènement d'Hitler (1933)

Gilbert Badia, Ces Allemands qui ont affronté Hitler, Paris, Editions de l'AteIier/Editions ouvrières, 2000, p. 63-66 :

"Dans la mouvance social-démocrate, les résistants les plus actifs ne furent pas les adhérents du SPD, mais ceux de groupes ou d'organisations dissidentes dont il sera question plus loin.

Le parti social-démocrate était pourtant, nous l'avons vu, jusqu'en mars 1933, en Allemagne le parti le plus puissant (après le NSDAP) tant par le nombre de ses électeurs que par celui de ses adhérents. Pourquoi s'est-il si faiblement opposé à l'installation du nouveau régime ? Pour deux raisons principales. A la veille de la nomination d'Hitler au poste de chancelier, la direction du parti s'apprêtait à voter un texte assurant tout gouvernement, quelle que fût sa composition, pourvu qu'il respectât la Constitution, de la tolérance du SPD. L'arrivée quasi-légale du national-socialisme au pouvoir ne donnait donc pas prétexte à manifestations aux yeux de la social-démocratie allemande. D'où le rejet sans phrase de la proposition du KPD d'organiser une grève. (...)

La seconde raison de la passivité du SPD, c'était sa ou plutôt ses divisions internes. La direction du parti ne partageait pas les vues ni du plus puissant syndicat, l'ADGB, pourtant d'orientation social-démocrate, ni de l'organisation paramilitaire, la Bannière d'empire, créée quelques années auparavant pour s'opposer aux violences nazies. Plus grave : les dirigeants du parti eux-mêmes n'étaient pas d'accord entre eux. Les partisans d'une résistance délibérée étaient nettement en minorité. (...)

Un certain nombre de militants, en particulier des jeunes, déçus par l'attitude de la direction, rejoignirent les groupes dissidents plus déterminés à s'opposer au régime que le SPD (voir ci-dessous p. 69).

Cependant les arrestations arbitraires de responsables locaux, les interdictions de journaux, les hésitations de la direction nationale incitèrent une grande partie des adhérents à adopter une attitude de neutralité passive. L'exemple de la Hesse-Darmstadt est assez significatif. Wilhelm Leuschner, par ailleurs membre de la direction syndicale (ADGB), était ministre de l'Intérieur du gouvernement local depuis 1928. Son collaborateur, Carlo Mierendorff élu au Reichstag, refusait comme lui de céder aux pressions du ministre de l'Intérieur du Reich, qui pressait Leuschner de démissionner (son gouvernement, minoritaire, expédiait les affaires courantes). Un certain nombre de députés sociaux-démocrates membres du Landtag ayant lâché Leuschner, celui-ci finit par s'incliner. Dans la première semaine de mars eut lieu la passation des pouvoirs.

Dans le Wurtemberg, la direction social-démocrate décida de s'auto-dissoudre, invitant même les municipalités présidées par des socialistes « à soutenir l'ordre nouveau et la révolution nationale ». (...)

Outre le respect d'une légalité mythique que violait allègrement le nouveau régime, beaucoup de leaders sociaux-démocrates ou syndicaux se faisaient encore plus d'illusions que les communistes sur les intentions du nouveau gouvernement. Ils pensaient qu'on pourrait l'amadouer : moyennant une série de concessions, ils croyaient pouvoir sauver l'existence du parti et des syndicats. (...)

Même après l'abolition de fait de la Constitution de Weimar au lendemain de l'incendie du Reichstag, la direction du parti s'obstinait à penser qu'il était possible de trouver un terrain d'entente avec le gouvernement Tandis que quelques leaders (Noske, Severing) membres de la droite du SPD se retiraient sur l'Aventin et cessaient toute activité (ils resteront en Allemagne sans être inquiétés et en percevant leur retraite jusqu'à la fin de la guerre), d'autres tentaient de négocier avec le pouvoir. Quelques-uns n'hésitèrent pas à condamner ouvertement le « terrorisme communiste », sans évoquer bien sûr la terreur hitlérienne. A la séance du 23 mars 1933 au cours de laquelle le gouvernement obtint les pleins pouvoirs, la direction du SPD avait décidé que le discours d'Otto Wels serait « dans quelques passages, conciliant », en espérant que cela permettrait à la presse « bourgeoise » - quelques journaux relativement indépendants paraissaient encore à cette date -, d'en reprendre une partie.

Le lendemain du vote, trois membres de la direction, Vogel, Hertz, Löbe rencontrèrent Göring pour tenter d'obtenir la levée de l'interdiction de la presse socialiste. Réponse de Göring : oui, à condition que vous obteniez de la presse étrangère qu'elle cesse ses attaques contre le nouveau régime. Sur quoi il fait délivrer des passeports à Wels, Stampfer et Hertz qui se rendent à cette fin dans plusieurs pays limitrophes de l'Allemagne et tentent de circonvenir le bureau de l'Internationale socialiste siégeant à Zurich. (...)

Tandis que Paul Löbe invite publiquement les sociaux-démocrates à accepter le nouveau régime, la direction du parti, renouvelée le 26 avril, décide de transférer à Prague les fonds du parti et de faire émigrer plusieurs dirigeants : Wels, Vogel, Ollenhauer, Stampfer, Hertz. (...)

A ce moment-là, la direction du parti se scinde en deux groupes hostiles. Une soixantaine de députés encore présents en Allemagne approuvent, le 17 mai, la déclaration de Hitler précisant la politique de son gouvernement, tandis que la SOPADE (abréviation de Sozialdemokratische Partei Deutschlands) - tel est désormais le sigle de la direction du parti installée à Prague - la condamne publiquement. La direction berlinoise épure alors le bureau des Jeunesses ouvrières socialistes en lui reprochant son indiscipline et ses actions illégales."

Autriche des années 30 : les rapports entre sociaux-démocrates (SDAPÖ) et nationaux-socialistes (NSDAP)

Helmut Konrad, "La social-démocratie et l'« Anschluss »", Austriaca, n° 26, mars 1988, p. 43-45 :

"Pour expliquer l'irruption en force du national-socialisme dans les rangs de la classe ouvrière autrichienne, il ne faut pas oublier l'importance des événements de l'année 1934. Ils amenèrent bien des militants de la social-démocratie à poursuivre la lutte contre l'Etat corporatif dans les rangs des organisations para-militaires du parti nazi, après l'interdiction du parti ouvrier et la défaite du Schutzbund républicain.

Notons cependant que les SA tout comme les SS n'ont acquis que beaucoup plus tard une réelle importance en Autriche. Ainsi par exemple les SA ne comptèrent que 96 membres à Innsbruck, au tournant des années 1931/32. Les SS mirent jusqu'en avril 1933 avant de pouvoir réunir une modeste troupe de 30 hommes dans la capitale du Tyrol. Il ne faut donc pas s'étonner que partout en Autriche le Schutzbund ait considéré comme son adversaire principal les Heimwehren qui rassemblaient tout de même 100.000 hommes.

Les organisations nazies disposaient toutefois d'un atout qui les rendit attractives : leur jeunesse. Les militants nazis étaient en moyenne de 4 ans plus jeunes que les membres des autres organisations para-militaires. En effet, les nazis recrutèrent surtout de jeunes chômeurs ayant quitté l'école, de même que des étudiants qui étaient un groupe sur-représenté. La part des ouvriers ne se monta qu'à 36 %, alors que les Heimwehren austrofascistes en comptèrent jusqu'à 56 %, sans parler du Schutzbund qui en compta 82 %.

L'organisation du Schutzbund selon des principes para-militaires, et cela à l'encontre des intentions de KOERNER, facilita à coup sûr le passage aux nationaux-socialistes d'un bon nombre de ceux dont l'adhésion au Schutzbund avait souvent été motivée par l'aspect militaire de l'organisation. En février 1934, on peut estimer à 20 000 hommes au maximum le nombre des « Schutzbund » qui avaient participé aux combats ou avaient été prêts à le faire. Un millier d'entre eux s'enfuya à l'étranger, surtout en Tchécoslovaquie. Près de 200 se rendirent en Allemagne (et devinrent nazis). Un bon millier se retrouva en prison. Beaucoup abandonnèrent la lutte. Le reste, environ 12.000, avait le choix entre quatre options politiques : a) travailler avec les « Socialistes révolutionnaires », b) tenter de continuer le Schutzbund en tant qu'organisation autonome, c) passer aux communistes et d) passer au nazisme.

Si l'on peut supposer qu'une grande partie est allée au parti communiste, et en notant d'ailleurs qu'un grand nombre de militants en provenance des organisations de jeunesse sociales-démocrates prirent le même chemin, il est sans doute juste de parler d'un regroupement décisif à l'intérieur du mouvement ouvrier, mais il est néanmoins aussi juste de dire que par là il n'y eut pas constitution d'un nouveau parti de masse de la Gauche.

Les passages au parti nazi clandestin ne changèrent d'ailleurs rien, du point de vue de la statistique sociale de ce mouvement. On ne se trompera guère en supposant que le nombre de ces passages ne dépassa pas 4.000. Furent concernés surtout des militants du « Schutzbund » de Haute-Autriche, de Styrie et de Carinthie, mais pas en tant que combattants de février dans ces provinces. De la région viennoise on ne connaît pas de cas de passage et le dirigeant du Schutzbund de la ville de Schwechat, LASSNIG reste un cas individuel.

Ceux qui changèrent de camp furent avant tout des éléments actifs prêts à combattre ; c'est ainsi que le Directeur de la Sûreté de Haute-Autriche pouvait écrire dans une note datée du 26 février 1934 que selon les informations en provenance de ses indicateurs, la majeure partie des attentats à la bombe commis dans la région, attribués aux membres du NSDAP, l'étaient en réalité du fait des « groupes terroristes » du « RESCH » ( = Republikanischer Schutzbund). On peut sans doute parler, à propos de ce groupe, d'une sorte d'« attirance de la violence ». Néanmoins, le nombre des actions sanglantes plus importantes commis par les nationaux-socialistes dépassa cinq fois celui des actes commis par le camp de la gauche dans les années 1934 à 1938. Récemment, CARSTEN a souligné le caractère imaginatif et la spontanéité des formes de protestation des nazis qui très souvent étaient d'une exubérance juvénile. Outre les exemples donnés par Carsten, l'auteur de cet article (H.K.) relate le cas d'une commune carinthienne ou les jeunes hitlériens remplirent de petites croix gammées le pot d'échappement de la voiture du curé, de sorte que celui-ci, en démarrant laissa derrière lui un nuage de croix gammées sur la place du village. Dans l'Ouest de l'Autriche, les nazis pratiquaient une sorte de « propagande par l'action », proche de la tradition anarchiste. Tout cela fit naître ches les combattants sociaux-démocrates battus le sentiment que seul le national-socialisme combattait de façon active et offensive le régime qu'ils haïssaient.

C'est surtout en Haute-Autriche, dans la région minière du Hausruck que des unités entières passèrent dans le camp nazi, après avoir franchi la frontière allemande, plus proche que la frontière tchèque. Il semble que ce groupe fut exhorté à Passau, par le dirigeant du Schutzbund de Haute-Autriche, Richard BERNASCHEK, à joindre le camp nazi. Après son évasion de la prison de Linz, réussie grâce à l'aide du côté nazi, BERNASCHEK était devenu le figure centrale de la propagande nazie en direction des sociaux-démocrates. Son « flirt » passager avec le national-socialisme dans lequel il crut voir une variante du socialisme, fut largement exploité. Deux mois plus tard seulement, lorsqu'il quitta l'Allemagne, les socialistes révolutionnaires furent en état de communiquer qu'il avait nettement tiré un trait sous ce « flirt ». Entre-temps de nombreux combattants en provenance de Haute-Autriche avaient accompli le saut dans le camp nazi. Le putsch manqué des nationaux-socialistes, en juillet 1934, le travail clandestin contre l'Etat corporatif, la détention commune dans les prisons et les camps, tout cela rendait possible des actions communes, voire des passages d'un camp à l'autre. Là où cet élément militant rejoignit les traditions régionales déjà décrites, en Haute Styrie par exemple, les relations furent particulièrement étroites et eurent pour conséquence qu'après 1945 tous ceux qui avaient considéré le national-socialisme comme un mouvement social, revinrent à la social-démocratie. D'un point de vue historique il est indéniable que ces hommes et femmes ont salué avec enthousiasme les événements de mars 1938."

Paul Pasteur, Etre syndiqué(e) à l'ombre de la croix potencée : Corporatisme, syndicalisme en Autriche, 1934-1938, n° 11 d'Etudes Autrichiennes, Publications de l'Université de Rouen, 2002, p. 267-269 :

"Les anciens militants sociaux-démocrates sont nombreux non pas à rejoindre les rangs des RS, ou ceux du KPÖ, mais ceux du NSDAP clandestin, interdit depuis juin 1933. Nombreux sont, aussi, ceux qui menacés en Autriche en raison de leur engagement passé au sein du Schutzbund passent la frontière et rejoignent en Bavière la Österreichische Legion. L'aveuglement ne frappe pas seulement les simples militants mais aussi d'anciens responsables. Karl Stadler et Inez Kykal ont montré que Richard Bernaschek, l'une des figures centrales de février 1934 avait été tenté par ce passage au national-socialisme. Avec deux membres du Schutzbund et deux nazis, ils avaient fui le tribunal de Linz dans la nuit du 2 au 3 avril 1934. La fuite avait été préparée par un surveillant, militant national-socialiste clandestin. Richard Bernaschek a passé deux mois dans le Reich allemand avec une totale liberté de mouvement et avec tous les honneurs. Si, contrairement, à ses deux camarades du Schutzbund, il n'a pas rejoint le NSDAP, il a écrit à plusieurs reprises que le « programme des nationaux-socialistes était plus proche des ouvriers autrichiens que celui du Ständestaat » et que « la victoire du national-socialisme en Autriche était souhaitable ». Les Socialistes Révolutionnaires de Haute-Autriche ne se distancient de ces prises de position qu'en juin 1934. Les nationaux-socialistes en profitent pour publier des tracts qui peuvent contribuer à entretenir la confusion : « Le socialisme vit à travers nous, les nationaux-socialistes ». « Nous sommes ton parti ouvrier », « Travailleurs, camarades combattez à nos côtés ! Vos morts vous appellent ». Dans la région de Mürzzuschlag, fin juin 1934 ou début juillet 1934, le responsable national-socialiste, Matthias Koglbauer, prend contact avec les militants clandestins communistes et sociaux-démocrates qui acceptent l'idée d'une rencontre. Les nationaux-socialistes leur proposent alors de rentrer aux SA et au NSDAP, la seule chose qui semble avoir retenu ces militants ouvriers, c'est qu'ils appartiennent à une association ouvrière de gymnastique. Ils se considèrent donc comme des « gymnastes » et ne peuvent accepter une discipline militaire. Le témoin de cette histoire explique qu'il y avait deux raisons à l'idée d'un travail commun avec les « bruns » : la déception provoquée  par la politique sociale-démocrate et la volonté de se « débarrasser des noirs ». Après le putsch de juillet, il est plus compliqué pour les nazis de continuer leur propagande sur le même thème. Non seulement ils sont poursuivis plus durement par le régime autoritaire chrétien, mais l'échec du putsch et l'assassinat de Dollfuss ont terni leur image auprès de ceux qui restent attachés à des pratiques démocratiques. Par ailleurs, le mouvement ouvrier clandestin, après la confusion du printemps, se structure plus sérieusement et contrôle mieux ses militants.

Lors de la tentative de putsch du 25 juillet 1934, la classe ouvrière n'a pas bougé. Seuls des sociaux-démocrates et certainement quelques communistes des secteurs de Deutsch-Landsberg et de Gröbming ont collaboré avec les nazis. Après le putsch manqué des nationaux-socialistes, les Socialistes Révolutionnaires (RS), comme les nationaux-socialistes quelques mois plus tôt, saluent la détermination de leurs adversaires politiques. L'édition clandestine de l'Arbeiter-Zeitung du 5 août 1934 écrit : « Nous sommes des ennemis mortels des partisans de la croix-gammée, mais en tant qu'adversaires nous admirons le courage héroïque, avec lequel les SA ont combattu les forces bien supérieures du gouvernement. Nous voudrions que ce courage et ce mépris de la mort soit mis au service d'une meilleure cause ».

La revue Arbeiterpresse, dont le national-socialiste Erwin Siegmund a la charge en février 1934, s'adresse avant tout aux « camarades du parti ». Trop marquée politiquement, trop centrée sur les questions organisationnelles, trop compromise aux yeux des ouvriers sociaux-démocrates, elle n'est pas l'instrument approprié pour approcher ces ouvriers désorientés et désemparés après février 1934. Les nationaux-socialistes optent alors pour une double stratégie des NSBO, leurs cellules d'entreprise : d'une part elles doivent gagner « les meilleurs des travailleurs marxistes et souvent ne chercher que les meilleurs » et d'autre part développer une propagande de masse dans les entreprises. Lorsqu'on tire le bilan de l'action des NSBO entre 1934 et 1938, celui-ci se décline ainsi : les nationaux-socialistes ont réussi à s'emparer de positions-clé dans le syndicat unique, à s'emparer de postes dirigeants dans les Chambres des Ouvriers et des Employés, à infiltrer des membres clandestins du NSDAP dans la SAG où ils sont estimés à 15 %, à faire élire dans les entreprises des hommes de confiance acquis à leur cause, à construire un système de renseignements. Ils ont aussi tenté de gagner à deux « des marxistes impétueux », à développer une presse clandestine en direction de groupes bien ciblés en recourant systématiquement à la dénonciation et à la diabolisation des responsables des Syndicats libres en tant que juifs.

Les nationaux-socialistes différencient dans leurs attaques les sociaux-démocrates des communistes contre lesquels le « combat doit être mené sans retenue » car « celui qui se reconnaît dans le communisme nous combat, il fait cela en raison de son appartenance à la classe des sous-hommes (Untermenschentum) ». Selon les nationaux-socialistes, il faut « persuader les sociaux-démocrates de la stérilité de leurs efforts ». Pour les séduire, le NSDAP insiste sur la nécessité d'intensifier les actions lors des anniversaires du 12 février et de se présenter comme « le vrai socialisme ».

Pour le NSDAP, les ouvriers figurent parmi les groupes qu'il faut cibler, à côté des jeunes, des paysans, des fonctionnaires et des forces de répression. Pour attirer les ouvriers, les nationaux-socialistes veulent mettre en avant l'idée d'un « Front des opprimés » (Front der Unterdrückten). Les axes principaux de propagande doivent s'articuler autour de la comparaison de la situation sociale entre l'Autriche corporatiste chrétienne et l'Allemagne nationale-socialiste, en particulier sur la situation du chômage dans les deux pays, de la personne d'Hitler, qui doit être présenté en tant que « Führer et en tant qu'homme », sur l'engagement personnel de Hitler en faveur des travailleurs. Le NSDAP insiste sur les dangers que représenterait le rétablissement des Habsbourg dans leurs droits en Autriche, ainsi que sur la dénonciation de « l'Internationale qui a trahi les travailleurs pour le capital »."

lundi 20 mars 2017

Adolf Hitler et la gauche "antifasciste" espagnole

Arnaud Imatz, ""José Antonio", ce méconnu", Le Monde, 31 octobre 1983 :

"A gauche, l'étude des relations avec la Phalange ne ménage pas moins de surprise. De nombreux cadres phalangistes provenaient de la Confédération anarchiste (C. N. T.) ou du parti communiste. Manuel Mateo, bras droit de José Antonio, était l'ancien secrétaire du P. C. E. à Madrid. Dans leurs Mémoires, le leader anarchiste Diego Abad de Santillan et le ministre du Front populaire Julian Zugazagoitia expliquent comment ces hommes facilitèrent les contacts avec plusieurs responsables de la C. N. T. (notamment Angel, Pestana) et de la Fédération anarchiste ibérique. D'autres négociations eurent lieu avec Juan Negrin, un des principaux représentants de la fraction non marxiste et minoritaire du parti socialiste. José Antonio Primo de Rivera fit même savoir à Indalecio Prieto qu'il lui confierait volontiers la direction d'une future phalange socialiste.

Après la guerre, diverses personnalités républicaines, dont le président du gouvernement de la République en exil, Félix Gordon Ordas, reconnurent qu'"il eût été possible d'obtenir, au début, que José Antonio, coopérât à la République de gauche". (...) Prieto, Zugazagoita, Echevarria et d'autres ministres modérés du Front populaire rendront hommage au chef de la Phalange pour avoir tenté de persuader les belligérants de négocier dès le début de la guerre civile. Son exécution (réclamée par les communistes) fut une absurdité. Echangé ou rendu aux nationalistes, il eût tenté l'impossible pour arriver à une paix de compromis. Lui fusillé, nul ne pouvait arrêter le carnage."

Stéphane Courtois et Jean-Louis Panné, "L'ombre portée du NKVD en Espagne", in Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression (ouv. col.), Paris, Robert Laffont, 1997, p. 371 :

"Julian Gorkin donne un exemple frappant de cette intrication de la guerre et de la politique: début 1937, Largo Caballero, chef du gouvernement espagnol, soutenu par Manuel Azaña (président de la République), avait autorisé Luis Araquistain (ambassadeur à Paris) à entamer des négociations secrètes avec l'ambassadeur italien à Londres, Dino Grandi, et avec Hjalmar Schacht, le financier de Hitler, sous l'autorité de Léon Blum et d'Anthony Eden, pour mettre un terme à la guerre. Avertis par Alvarez deI Vayo, ministre des Affaires étrangères philocommuniste, les communistes espagnols décidèrent, en accord avec les principaux responsables des services soviétiques, d'écarter Caballero, interdisant ainsi toute solution négociée au conflit, sur la base du retrait des soldats italiens et allemands 2. (...)

2. Julian Gorkin, Les Communistes contre la révolution espagnole, Belfond, 1978, p. 18-19 et 81-82."

Peter Gaida, L'Organisation Todt en France, Lulu.com, 2016, p. 117-118 :

"(...) début 1941, Himmler commence à s'intéresser aux Espagnols en zone libre, en même temps, la chancellerie est saisie par cette question. L'emploi des étrangers sur les chantiers de l'OT en France semble être un ordre d'Hitler. En février 1941, l'état-major de la Wehrmacht informe les autorités d'occupation en France que « selon un ordre du Führer, pour les projets sur les côtes et la protection des sous-marins, six mille travailleurs étrangers sont à livrer à l'Organisation Todt ».

Hitler semble personnellement s'intéresser aux républicains espagnols, surtout après le refus de Franco de participer à la guerre, suite à leur rencontre à Hendaye en décembre 1940. Au fur et à mesure de leur emploi à l'OT, il demande d'augmenter leur nombre, interdit leur déplacement en Italie, et il leur accorde un bon traitement. Selon Franz Seidler, il cherche à garder l'ancienne armée républicaine sous son ordre, en cas d'un nouvel éclatement de la Guerre d'Espagne. Finalement, en décembre 1942, Hitler ordonne de les intégrer dans la production industrielle en France."

Adolf Hitler, propos tenus le 7 juillet 1942, Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l'ordre de Martin Bormann, tome II, Paris, Flammarion, 1954, p. 202 :


"Il faut se garder de mettre le régime de Franco sur le même pied que le national-socialisme ou le fascisme. Todt, qui a occupé beaucoup d'Espagnols dits rouges sur ses chantiers, m'a toujours dit que ces rouges ne sont pas rouges au sens où nous l'entendons. Ils se considèrent eux-mêmes comme des révolutionnaires. Todt en pense le plus grand bien. Ce que nous pourrions faire de mieux ce serait d'en tenir en réserve le plus possible, à commencer par les quarante mille qui travaillent sur nos chantiers — pour le cas où une nouvelle guerre civile éclaterait en Espagne. Joints aux survivants de la première Phalange, celle de José Antonio, ils constitueraient une force sur laquelle nous pourrions nous appuyer."

Front populaire : la participation d'Otto Abetz au Ier Congrès international de folklore à Paris (1937)

Catherine Vallantin Velay, "Le Congrès International de folklore de 1937", Annales. Histoire, Sciences Sociales, 54e année, n° 2, 1999, p. 487-500 :

"Dès le 25 septembre 1936, un article de Comoedia, revue littéraire où Léon Blum eut ses habitudes quelques années auparavant, demande la création d'un Comité constitutif du folklore ou encore d'un Bureau permanent du folklore, auprès du sous-secrétaire d'Etat de Léo Lagrange. Les projets se concrétisent : le 9 janvier 1937, Rivière et André Varagnac remercient Jean Zay d'avoir bien voulu convaincre le président du Conseil et le Parlement de créer un nouveau département au sein de la Réunion des Musées Nationaux, le « département de folklore », après la première décision budgétaire. Le décret fondateur du département des arts et traditions populaires paraît le 1° mai 1937. Il précise qu'il s'agit d'« un musée installé dans le Palais du Trocadéro, et de musées de plein air qui seraient organisés dans des domaines de l'Etat sur divers points du territoire ». Le nom définitif de musée n'apparaît dans la correspondance de Rivière qu'après la parution du décret.

Dès août 1936, les notes et les rapports préliminaires du chef de cabinet de Léon Blum mettent l'accent sur la nécessité d'associer « éducation populaire » et « utilisation des loisirs ». Les musées de plein air seront le prolongement du nouveau musée et les travaux muséologiques s'intégreront aux activités des auberges de jeunesse. Le rapport de juillet 1936 souligne : « Cherchant à associer le plus largement possible ces musées à l'éducation et au tourisme populaires, nous avons proposé de les combiner à des auberges de jeunesse auxquelles ils apporteraient un attrait et un complément culturels de haute qualité ». Est-ce pour échapper au modèle du Kraft durch Freude qu'on précise : « Ces considérations ont trouvé auprès du Centre laïque des auberges de la jeunesse l'accueil le plus favorable » ? Rien n'est moins sûr ; car, en août 1937, Otto Abetz est invité à parler des liens étroits qui unissent l'étude du folklore aux activités organisées pour les adolescents dans les auberges de jeunesse hitlériennes. La logique culturelle semble bien commune ; ces affinités ne sont pourtant pas encore susceptibles d'être appréciées avec lucidité lorsqu'en juillet 1936 au sein du cabinet de Léon Blum, l'ordre du raisonnement est poussé jusqu'au bout : « Sur place, les “ pères aubergistes ” pourront assumer les fonctions de conservateur. »

Mais le mercredi 25 août 1937, soit le jour même de l'intervention d'Otto Abetz au Congrès international de folklore, Rivière adresse à Georges Huisman, responsable de la Direction générale des Beaux-Arts, une note confidentielle sur la participation d'Abetz au Congrès international de folklore comme membre de la délégation allemande, et sur l'intense activité déployée par le mouvement Kraft durch Freude. S'agit-il d'une inquiétude quelque peu tardive ou d'un abandon du modèle soviétique au profit de l'exemple national-socialiste ? Une lettre de Georges-Henri Rivière, du 10 juin 1938, adressée à un correspondant anonyme (sans doute Huisman), souligne les « hésitations du docteur de La Farge, président d'un des meilleurs groupes folkloriques de France, éprouvées à accepter l'invitation allemande » au Congrès de Hambourg. « Il s'est décidé à y aller pour voir. Avec toutes les réserves qui s'imposent, je lui conseille la plus grande prudence dans toutes les manifestations qui se produiront ». Il faut dire que Rivière, face aux invitations insistantes et répétées de l'organisation Joie et travail, ne peut que s'aligner sur la ligne de conduite du critique d'art communiste (ou sympathisant) Louis Cheronnet, secrétaire du Comité interministériel des loisirs, qui oppose à Otto Abetz une fin de non-recevoir.

S'il y eut l'on peut en repérer la source, dès les premiers mois de 1937, avec la concrétisation de cet objectif premier, fédérer conservateurs de musées et animateurs culturels, par la création d'une « commission du folklore appliqué à l'éducation » et d'un « inventaire des ressources locales ». Au sein de l'Ecole du Louvre, un an plus tard, un cours d' « ethnographie folklorique » se tiendra et, au niveau ministériel, une Commission nationale des arts et traditions populaires prendra forme. Mais cette dernière commission est lente à se mettre en place : c'est en 1939 seulement que, réunissant plusieurs organisations régionales représentatives des musées de plein air, la composition de cette institution pyramidale est définitive : Marc Bloch, Georges Dumézil, Henri Focillon, Marcel Mauss en sont membres. Elle engagera quelques travaux peu de temps avant la déclaration de guerre en particulier elle confiera Albert Dauzat le soin de travailler un atlas linguistique et folklorique avec aide de membres du Kraft durch Freude et sur le modèle de l'Atlas produit par la Volkskunde. La première région concernée par cette enquête sera la Bourgogne. Rivière participe activement à ces travaux de réflexion et de création. (...)

C'est dans ce contexte politique et financier que l'Exposition internationale de Paris est inaugurée le 24 mai 1937 et que se tient à l'Ecole du Louvre le Premier Congrès international de folklore, du 23 au 28 août 1937. Les Travaux de ce Congrès sont publiés à Tours en 1938, chez les imprimeurs Arrault et Compagnie.

Le Congrès s'organise sur l'« initiative d'un Comité français patronné par Jean Zay, ministre de l'Education nationale, Georges Monnet, ministre de l'Agriculture, Fernand Chapsal, ministre du Commerce, Léo Lagrange, sous-secrétaire d'Etat à l'Education physique et aux Loisirs, (...) à l'occasion de la création du Département et du Musée national des Arts et Traditions populaires, et dans le cadre de l'Exposition internationale de Paris de 1937.» L'avant-propos publié dans les Travaux est de Georges Huisman. (...)

Du côté français, le discours prononcé le 23 août par Rivet, pour la séance solennelle d'ouverture, fait état de ses sentiments de gratitude à l'égard de Zay et de Lagrange : « Nous leur sommes reconnaissants de l'aide efficace qu'ils ont bien voulu donner à la renaissance des études folkloriques en France ». La séance inaugurale est ouverte par Léo Lagrange : il apporte aux congressistes les vœux du gouvernement français, et leur dit quelle importance est reconnue à leurs travaux. Il salue la création du département et du Musée national des Arts et Traditions populaires, auxquels toute la sollicitude du gouvernement est acquise. Mais, par ailleurs, le discours de Louis Piérard, président de l'Office national des loisirs du travailleur de Bruxelles et membre de la Chambre des représentants de Belgique, montre bien à quels types nationaux de politique culturelle il est nécessaire de se rallier, ou du moins de se référer : Piérard se définit comme « un homme politique doublé d'un écrivain attaché à son terroir natal et qui [...] se préoccupe de la place à donner dans les loisirs sans cesse accrus et qui doivent être sainement utilisés, à certaines coutumes, à certaines activités traditionnelles, à certains délassements populaires que le folklore étudie [...]. Ils sont nombreux déjà les grands pays où il y a une politique de loisirs se traduisant par des initiatives de grande envergure (et cela quelle que soit la tendance idéologique imprimée à cette politique). Je nommerai l'URSS où j'admirais récemment les parcs et maisons de culture où l'on fait à l'occasion une place au folklore, je songe à l'Allemagne dont l'Association Kraft durch Freude montrait récemment à Hambourg à l'occasion d'un Congrès international, un festival de danses folkloriques ; à l'Italie du Dopolavoro et surtout à cette France du Front populaire où je serais très étonné si mon ami Léo Lagrange, sous-secrétaire d'Etat aux loisirs, se désintéressait du folklore ».

C'est dans la sous-section « Jeunesse, musées populaires de folklore », dépendant de la section « Le folklore appliqué à la vie sociale », que les discours militant pour l'effacement des activités pédagogiques du Front populaire au profit d'un ralliement aux pratiques nationales-socialistes se font les plus ardents. A dire vrai, les objectifs de cette section permettent aux tenants du Kraft durch Freude d'occuper largement le terrain : Konrad Hahm, Oswald Erich du Staatliches Museum fur deutsche Volkskunde de Berlin, et Otto Abetz, dès les 24 et 25 août, développent les activités de « propagande culturelle », muséologiques et éducatives, mises en œuvre par le Reich. Otto Abetz lance un appel aux musées de plein air, aux Scouts de France, à la Ligue française des auberges de jeunesse. Eugène Arnaud, commissaire général adjoint de la Fédération des éclaireurs de France, et surtout Jean Nihon, président de la Fédération des auberges de la jeunesse, située à Bruxelles, répondent à ces appels d'autant plus aisément que « les comparaisons que les folkloristes ont faites dans différents domaines ont montré que les faits observés émanaient très souvent de fonds communs qui ne tenaient pas compte des frontières politiques, linguistiques et autres ». En accord avec Otto Abetz, il affirme que « les dirigeants d'auberges de jeunesse, qui travaillent ardemment à rapprocher les hommes, manqueraient de sens d'opportunité, s'ils n'utilisaient pas actuellement les enseignements du folklore ». Les « enseignements du folklore » étant donc par définition universels, pourquoi ne pas les exploiter au même titre que le Kraft durch Freude, pour les mêmes usages et lors de pratiques didactiques identiques ? La grossièreté de ce raisonnement est évidente : et pourtant, à l'écoute des propositions allemandes, aucune réserve ne fut exprimée. (...)

Quant à l'intérêt cartographique manifesté par Rivière, il perdurera, nous l'avons vu, jusqu'en 1938 : une note confidentielle du 23 mai 1938, relative au Congrès du Kraft durch Freude prévu pour le 11 juin et de l'exposition inaugurée le 25 juin par Otto Abetz, fait état de son admiration pour l'« Atlas folklorique de l'Allemagne » et pour les travaux cartographiques déjà effectués à sa demande en France par des ethnologues de la Volkskunde."

La France du Front populaire, vue de l'Allemagne nazie

Der Angriff, 16 mai 1936 :

"Des décisions importantes de politique extérieure devront bientôt être prises, qui ont été ajournées depuis des mois et même depuis des années. C'est à lui [Blum] qu'incombera la tâche d'établir avec l'Allemagne un modus vivendi. A-t-il pour cela l'étoffe et la volonté nécessaire ? A un certain point de vue, peut-être. Léon Blum a toujours âprement combattu la thèse stérile de la sécurité qui était celle de la politique extérieure française, et soutenu par suite, logiquement, le point de vue allemand suivant lequel un sentiment accru de sécurité ne peut être obtenu que par un désarmement général progressif. De même il a été, dans l'opposition, un adversaire déterminé de la politique d'alliances du Quai d'Orsay, celle-ci ne pouvant, à son avis, que conduire fatalement à des complications. Contre le pacte soviétique, il y a eu, au sein du parti socialiste, de sérieuses résistances, bien que le groupe parlementaire, dans la période de l'alliance électorale avec les communistes, ait décidé la ratification. Le front de Stresa aussi a été répudié par Léon Blum. Se pourrait-il qu'il fût accessible à des idées nouvelles ?"

Deutsche diplomatisch-politische Korrespondenz, 4 juin 1936 :

"Plus d'un parmi ces hommes nouveaux a sévèrement condamné les méthodes néfastes aux rapports franco-allemands et à la situation générale de l'Europe qui, aux yeux de l'Allemagne, restent liées au nom et à l'esprit de Poincaré ; ces hommes ont ainsi témoigné de la compréhension pour les nécessités vitales des autres peuples. D'autre part, on ne peut oublier que de notables membres du Front populaire ont contribué à faire signer l'alliance avec la Russie soviétique, alliance que l'Allemagne n'est pas la seule, et à juste titre, à considérer comme une lourde entrave à l'établissement de relations confiantes entre les Etats européens.

L'Allemagne observe, néanmoins, à l'égard du nouveau gouvernement français, une attitude dépourvue de préjugés, car elle considère que toute nation a le droit incontestable d'organiser sa vie politique selon sa propre volonté et dans les formes qui lui conviennent. L'Allemagne revendique pour elle-même ce droit sans aucune limitation et le reconnaît à tout autre peuple. C'est pourquoi certains mots d'ordre du Front populaire ne nous touchent pas, tant qu'ils servent uniquement à des fins intérieures.

Le peuple allemand respecte son voisin français. Il a maintes fois exprimé le désir d'une réconciliation sincère et durable, car il a la conviction que la vie propre de chacun d'eux ne pourra se déployer sans troubles et que la paix européenne ne pourra être assurée que sur la base d'un accord confiant et équitable. Ce grand but n'a certainement rien perdu aujourd'hui de sa nécessité et on voudrait donc exprimer le voeu que le nouveau gouvernement — quelle que soit sa composition — contribue à résoudre un problème dont le caractère obligatoire n'est pas influencé par le changement des personnes et par la forme des systèmes politiques."

Germania, 6 juin 1936 :

"Il est probable qu'en raison des tâches et des difficultés de politique intérieure qu'il aura à affronter, le cabinet Blum se trouvera grandement gêné, pour longtemps, dans sa liberté d'action sur le plan de la politique extérieure.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères Yvon Delbos n'a guère joué jusqu'ici un rôle de premier plan en politique extérieure ; il a la réputation d'un homme sage et prudent qui s'est gagné la confiance de Léon Blum et de son parti par son attachement à l'idée de S.D.N. et de désarmement. D'après leurs traditions politiques et philosophiques, Léon Blum et son ministre des Affaires étrangères inclinent vers les « démocraties d'Europe », mais rien ne permet de supposer qu'ils veuillent sacrifier à ces penchants les possibilités d'une détente européenne. C'est précisément du côté des hommes qui forment le nouveau cabinet français que sont parties les plus violentes attaques — et cela depuis longtemps — contre le caractère borné et stérile du « poincarisme ». C'est dans ce camp-là que l'idée d'un désarmement réel et d'une entente directe entre l'Allemagne et la France a eu plus d'un ami sincère, et nous ne pouvons penser qu'à un moment aussi crucial de la politique européenne, on veuille minimiser la valeur de ces principes. Plus l'extrême-gauche sera amenée, avec l'appui de Moscou, à faire preuve d'activité, plus les milieux qui ont sacrifié pour la politique d'alliance avec l'Union soviétique les possibilités s'offrant en Europe centrale, se rendront compte que les méthodes de la nouvelle politique d'encerclement sont funestes, à courte vue, et ne se distinguent que par leur nom des moyens d'un Poincaré.

Egalement en ce qui concerne la politique extérieure, le cabinet Léon Blum aura bientôt à faire face à d'importantes décisions. A la fin du mois, l'assemblée de la S.D.N. se réunira à Genève. D'ici là, Paris et Londres devront se mettre d'accord sur le point de savoir si l'on est décidé à clore le chapitre des sanctions ou à lutter plus énergiquement que jamais pour faire prévaloir « l'autorité de la Société des Nations ». Il s'agira en même temps de se prononcer sur la solution des autres questions qui ont trait à Locarno, à la réforme de la S.D.N. et aux problèmes des armements européens."

Völkischer Beobachter, 7 juin 1936 :

"Des déclarations de M. Léon Blum à la Chambre, les parties qui retiendront particulièrement l'attention en Allemagne sont celles qui ont trait à la politique extérieure que le nouveau gouvernement compte faire. Les formules de Léon Blum continuent sans doute celles de ses prédécesseurs, mais elles sont cependant d'une heureuse netteté. Ainsi, lorsqu'il déclare que la France veut la paix, unanimement et avec toutes les nations du monde, naturellement la « paix indivisible », suivant la formule française. Par les déclarations du Führer au peuple allemand, le nouveau gouvernement français, lui aussi, aura sans doute appris que le gouvernement et le peuple allemand sont animés d'une volonté résolue de paix, ne permettant aucune équivoque, telle que nous croyons pouvoir également la lire dans les paroles du nouveau président du Conseil français."

Berliner Börsen-Zeitung, 7 juin 1936 :

"Nous enregistrons avec intérêt ce qu'a dit M. Blum au sujet de la politique extérieure. M. Blum a affirmé la volonté française de paix. Or, l'Allemagne elle aussi veut la paix et l'a prouvé. Elle n'a pas caché non plus qu'elle n'aimait point les conflits. A cet égard, il y a donc identité entre les vues du gouvernement français et celles du gouvernement allemand. En outre, le nouveau président du Conseil a proclamé la nécessité de respecter la loi internationale, les engagements contractés et la parole donnée. Nous aussi nous approuvons cette revendication et nous demandons même que l'on respecte tous les traités internationaux sans faire à ce sujet de distinction. Il est inutile de rappeler ici les nombreuses déceptions qui nous ont été réservées. La série en est si nombreuse qu'il nous suffira de mentionner ici que nos adversaires n'ont pas respecté les engagements contractés par eux en ce qui concerne les armements, ils ont jeté par-dessus bord les promesses faites par le président Wilson, ils n'ont point observé les obligations relatives aux minorités et ils n'ont point assuré le respect du statut de Memel. Nous demandons que tous les traités soient respectés et non pas seulement ceux qui sont à la convenance du plus fort.

M. Léon Blum a émis enfin le désir que l'on puisse endiguer la course aux armements. Dans ce domaine encore, l'Allemagne a apporté plusieurs contributions positives, en particulier les gestes bien connus du Führer, tandis que d'autres Etats se sont appliqués à saboter toutes les propositions pratiques de limitation des armements, par le formidable développement de leurs propres armements dirigés en grande partie contre l'Allemagne.

L'Allemagne et la France sont donc d'accord sur les principes. Nous sommes curieux de connaître quelles méthodes le nouveau gouvernement français choisira pour favoriser la réalisation de la solution pratique proposée avec sincérité et recherchée avec énergie par l'Allemagne."

Völkischer Beobachter, 9 juin 1936 :


"En politique extérieure, Léon Blum se refuse à faire la politique des émigrés et des internationalistes leurs frères, en entreprenant une « croisade contre le fascisme et le national-socialisme ». Le système de Versailles, Léon Blum l'a toujours combattu, de même que le système d'alliances français ; il a condamné l'invasion de la Ruhr par Poincaré, et jusqu'à l'avènement d'Adolf Hitler, il s'est toujours résolument prononcé pour une entente avec le Reich. La fin de non-recevoir adressée par lui aux prêcheurs de croisade montre bien le caractère sérieux de son désir de paix et un modus vivendi avec lui n'apparaît donc pas du tout impossible. Son intention de reprendre l'idée du désarmement effraie les milieux hostiles à celle-ci, mais elle n'effraie pas l'Allemagne. Pour ce qui est de la sécurité collective, dont il se réclame à l'instar de ses prédécesseurs, bien que sa ligue de paix ressemble vraiment peu à la leur, il n'est pas certain que la discussion à ce sujet avec lui doive être plus difficile qu'elle a été jusqu'ici."

Völkischer Beobachter
, 24 juin 1936 :


"Toujours est-il que ni ces passages, ni les phrases consacrées au rétablissement de la souveraineté allemande en Rhénanie, ni aucune autre partie de la déclaration [de Blum] ne laissent sentir une pointe contre l'Allemagne. Au contraire, le gouvernement français fait appel à l'esprit des anciens combattants et souligne que la France n'a pas l'intention de mettre en doute les déclarations pacifiques du Führer, qui a connu lui-même pendant quatre ans les horreurs de la guerre dans les tranchées. Soulignant tout particulièrement ce passage de la déclaration, nous constatons que nous ne nous souvenons pas d'avoir jamais entendu, par exemple dans la bouche de Barthou, une pareille compréhension pour l'esprit des anciens combattants.

Il se peut que les méthodes que propose le gouvernement français pour assurer la paix européenne diffèrent des propositions allemandes dans le même sens. Cette commune profession de foi dans l'esprit des anciens combattants permet d'espérer qu'une voie commune pourra être trouvée. Les formes de paix dont parle le gouvernement français ne sont pas opposées aux buts de paix allemands. Les nouveaux dirigeants de la politique française pourront s'en convaincre en examinant sans passion le plan de paix du Führer. Certes, entre les deux conceptions, il y a des divergences. Il nous faudra surmonter des difficultés pour arriver à un rapprochement, mais l'exposé calme du gouvernement
français trahit la volonté de ne pas élargir les divergences existantes, volonté qu'il peut s'imaginer aussi chez les Allemands dans la route à suivre dans l'avenir."

Der Angriff, 25 juin 1936 :

"Le discours prononcé hier par Blum fait une impression beaucoup moins décevante que ceux que prononçaient d'habitude ses prédécesseurs au sujet de l'Allemagne. Il évite de grossir les vieilles discordes, et il s'efforce sur beaucoup de points de manifester l'esprit que réclame une évolution pacifique. Une phrase surtout est digne de remarque, celle où le président du Conseil se refuse à douter de la parole d'ancien combattant d'Adolf Hitler, lorsque celui-ci proclame sa volonté d'accord avec la France. Cet appel à l'esprit ancien combattant, qui est le véritable esprit de paix, est la partie la plus constructive du discours. Cette seule phrase autorise de plus grands espoirs que les innombrables et longs discours prononcés depuis des années au Palais-Bourbon sur le « voisin de l'Est » et les meilleurs rapports avec lui."

Germania, 25 juin 1936 :

"L'occasion a été rarement plus favorable, car tout est en mouvement dans l'évolution européenne, et si quelqu'un en France est capable de mettre le trait final au-dessus des fautes et des errements du passé, c'est bien l'homme nouveau [Blum] représentant de la gauche jusqu'ici dans l'opposition."

Berliner Börsen-Zeitung, 11 août 1936 :

"Lorsque Delbos, selon le voeu pressant de Blum et sur la recommandation d'Herriot, prit le ministère des Affaires étrangères, il n'était Pas particulièrement connu, en dehors d'un petit cercle d'hommes politiques et de journalistes. C'est pourquoi d'aucuns purent penser qu'il avait été choisi afin d'être un instrument complaisant entre les mains du nouveau Président du Conseil. Il est assurément vrai que Blum a su, sans en parler beaucoup, faire de la position très effacée d'un Président du Conseil français celle d'un véritable premier ministre, sur le modèle anglais et qu'il a ainsi beaucoup plus d'influence sur la politique étrangère que ses prédécesseurs. Mais on ne saurait en déduire que Delbos est la cinquième roue du carrosse. Plus vite on changera ses idées sur ce point, mieux on sera préservé de désagréables surprises. A Genève, à Londres, et particulièrement maintenant, dans la façon dent est traitée l'affaire espagnole, il a adopté une attitude parfaitement indépendante, qui n'a pas toujours correspondu à celle de Blum, et il a su, tout au moins jusqu'ici, nettement faire prévaloir ses vues.

L'ignorance relative où l'on était de lui vient en premier lieu de ce qu'il manque tout à fait de la vanité et du besoin de popularité que d'autres Français apportent très souvent, et de façon fort voyante, dans un poste de ministre. De taille moyenne, avec un visage aux traits rudes et presque paysans et de larges épaules, il donne tout à fait, dans la conversation, l'impression d'un homme qui sait ce qu'il veut. Quand il parle, ce n'est pas l'artistique construction des phrases d'un Blum ou la musicalité de la langue d'un Briand qui arrêtent l'attention de l'auditeur, mais la simplicité avec laquelle il exprime sa pensée et la brièveté de la phrase. A la Chambre et à Genève, il fallut d'abord s'habituer à entendre quelqu'un, et surtout un ministre français, parler aussi simplement. Mais cette clarté de langage n'est-elle pas un signe de la clarté de la pensée ? Après Briand, Tardieu, Herriot et Laval, c'est un autre type d'homme qui assume la responsabilité de la politique extérieure. Il n'est pas moins remarquable parce qu'il est différent."

Deutsche Bergwerks-Zeitung, 15 septembre 1936 :

"M. Bastid [ministre du Commerce] arrive à Berlin au moment où l'on commence à s'entretenir du « nouveau plan de quatre ans ». Il s'y intéressera certainement d'autant plus que ce plan doit résoudre les questions économiques allemandes les plus importantes.

Le ministre français trouvera certes à Berlin d'excellentes dispositions. Autrefois aussi, on s'est efforcé d'enterrer la hache de guerre entre la France et l'Allemagne. Mais autre chose est de voir deux peuples égaux en droits chercher la voie qui conduit à un apaisement réciproque.

Depuis le printemps de 1936, la question sociale est aussi d'actualité en France. Un nouveau monde s'ouvre devant ce pays. Jusqu'à présent, le cabinet Blum a réussi avec une habileté extraordinaire à inaugurer une transformation. M. Bastid est l'un de ses collaborateurs les plus capables. Il quittera certainement Berlin avec la conviction que le voeu le plus ardent de chaque Allemand est de voir se réaliser un accord entre les deux grands peuples qui se complètent d'une manière si éminente, du point de vue économique précisément aussi."

Deutsche diplomatisch-politische Korrespondenz, 17 septembre 1936 :


"M. Bastid, en sa qualité d'ancien président de la commission des affaires étrangères de la Chambre, a une expérience suffisante pour pouvoir juger de la situation et de l'état des esprits dans d'autres pays. La déclaration qu'il a faite, disant que, des deux côtés, on a le désir d'arriver à des bases économiques satisfaisantes et sérieuses, est un signe qui marque qu'un début a été fait, et que ce début promet le succès ultérieur.

Les obstacles commerciaux qui, actuellement, restreignent les échanges de marchandises entre la France et l'Allemagne sont, en effet, d'autant plus regrettables que jadis, l'économie des deux pays, qui se complétaient mutuellement, entretenait des rapports profitables. Cette collaboration active, qui se manifeste aussi dans un enchevêtrement des deux économies tel qu'on en trouve peu d'autres exemples entre deux pays, était avantageuse pour les deux parties.

En considération précisément de cet ancien état de choses, il faut considérer comme une utile tâche de renouer la tradition d'années antérieures et de rétablir — dans le cadre des possibilités existantes — une situation profitable.

Si des négociations s'engagent bientôt, on souhaiterait donc que la compréhension et l'ampleur de vues des deux partenaires réussît à trouver les voies et moyens pour atteindre le but souhaité de part et d'autre : celui d'une collaboration économique renforcée.

Il est probable que l'orientation vers ce but sera d'autant mieux accueillie par l'opinion publique qu'on y voit, en définitive, un symptôme indiquant la volonté de répondre au désir des deux peuples en se rapprochant, et en prenant pour base des relations réciproques ce qui unit, au lieu de ce qui divise. Guetter toutes les possibilités d'entente et de collaboration, c'est une tâche que de toutes parts on souhaite voir s'accomplir. Dans cet esprit, on considère la visite du ministre du Commerce à Berlin comme un heureux signe auquel on attache l'espoir et le souhait que le contact maintenant amorcé produise de favorables effets, au delà même du domaine économique."

Alfred Rosenberg, conférence organisée par l'Office de politique extérieure du NSDAP, Berlin, 15 octobre 1936 :

"Nous ne confondons pas le peuple français avec Thorez, qui, aujourd'hui, ayant reçu mission d'une puissance étrangère, fait de l'agitation contre l'Allemagne. Je me borne à constater que jamais un chef ou un ministre national-socialiste n'a attaqué le chef de l'Etat français, ni même le président du Conseil Blum. Encore moins a-t-on injurié ces personnalités.

Le discours de Thorez a soulevé en Allemagne une vive émotion, justifiée. L'Allemagne n'oublie pas que le but de ce communiste était d'empêcher un rapprochement loyal entre l'Allemagne et la France. Donc, le communisme ne veut pas de paix, encore moins une paix collective : il veut la destruction des Etats qu'il n'a pas encore mis sous le joug, et il veut un état de trouble perpétuel.

C'est pourquoi les nations européennes ont toutes raisons de tendre à la conclusion de pactes de paix, mais d'empêcher que des empoisonneurs politiques professionnels ne viennent troubler leurs efforts."

Völkischer Beobachter, 19 février 1937 :


"La grande question est de savoir si le cabinet Blum, qui, cette fois, paraît sérieusement résolu à mettre en pratique sa politique de non-intervention, pourra appliquer réellement et jusqu'au bout les instructions qu'il vient d'envoyer aux préfets et aux autorités douanières françaises,c'est-à-dire à ceux qui, jusqu'à présent, ont marché la main dans la main avec les trafiquants d'armes, de munitions et d'hommes à destination de l'Espagne soviétique. Léon Blum sera-t-il en état de vaincre la résistance de l'opposition dans son propre parti et de déjouer les manoeuvres et les intrigues des communistes ? Il est difficile de répondre à cette question, car l'attitude des communistes dépend de Moscou."

Frankfurter Zeitung, 20 janvier 1938 :

"Le renouvellement du gouvernement était nécessaire pour affranchir lentement, pas à pas, le pouvoir de l'Etat de sa dépendance vis-à-vis du parti communiste. Cette dépendance a créé dans le pays un état de choses presque révolutionnaire. Ce disant, nous pensons moins à des projets de putsch ou d'autres actes de violence, qu'aux modifications de structure précipitées que le Front populaire, sous la pression communiste, avait imposées au pays. Jamais la France n'a subi une si dangereuse secousse « dans le sens de la modernisation » qu'au cours des vingt derniers mois. Léon Blum en est responsable, mais il n'aurait peut-être pas agi avec tant de passion s'il n'avait été talonné par la peur de la concurrence communiste. Chautemps a voulu de nouveau normaliser la vie française, il a voulu rétablir la toute-puissance du Parlement, et refouler les puissances — IIIe Internationale, syndicats et aussi le patronat — qui s'étaient immiscées dans la conduite de l'Etat démocratique. Il a voulu enfin restituer à la politique extérieure de la France l'indépendance qu'elle menaçait de perdre sous les prétentions de Moscou.

Chautemps n'est pas un ennemi du Front populaire. Il connaît beaucoup trop à fond les courants politiques de son pays pour ne pas savoir que, dans la France actuelle, cette formule contient une réalité qu'aucun homme d'Etat ne peut négliger. Mais il sent que cette formule a besoin d'une transformation et même qu'elle tend à se transformer. Malgré les apparences contraires, le Front populaire n'est pas un mouvement révolutionnaire. C'est cela que Chautemps a voulu faire constater, et c'est pourquoi il a rompu avec les communistes. Peu lui importe de quel côté est menacée la démocratie parlementaire qu'il se sent appelé à défendre. Le grand ennemi de cette démocratie lui paraît être le communisme, qui trouve à sa disposition le Front populaire comme instrument. Il s'agit donc, si l'on ne peut extirper dès maintenant le communisme, de le refouler dans la sphère de ce qui est illégal et de ce qui n'est pas français. Voilà le sens intérieur de l'opération politique qui consiste dans la retraite et le retour de Chautemps.

Cette normalisation, qui est l'objectif de Chautemps, concerne aussi et notamment la politique extérieure. Depuis que Chautemps et Delbos sont allés à Londres, après le voyage d'information de lord Halifax à Berlin, pour envisager là-bas un « règlement d'ensemble avec l'Allemagne », l'U.R.S.S. sent que sa position internationale, jusque là déterminée par son alliance avec la France, est en péril. Le voyage diplomatique d'inspection du ministre des Affaires étrangères Delbos n'est pas allé jusqu'à Moscou. Bien plus : en Espagne il faut s'attendre à de nouvelles complications, Moscou n'y a évacué sa position qu'en apparence. Elle est prête à la réoccuper du jour au lendemain, afin de pouvoir jouer son rôle dans le rebondissement — auquel il faut s'attendre — de la crise de la non-immixtion. La diplomatie française, qui avait espéré que l'Espagne avait perdu son aspect international, prévoit que la politique de non immixtion, dont Delbos a été l'initiateur, va vers de nouvelles et rudes épreuves. Ces craintes et les intentions de Moscou se sont renforcées mutuellement à un point tel que Chautemps s'en est trouvé confirmé dans son désir d'écarter pour de bon le parti communiste de la majorité gouvernementale. Le trait de séparation est maintenant tiré, et la politique extérieure de la France est allégée d'une lourde hypothèque."