mardi 8 mars 2016

La famille Mendes



André Clot, Soliman le Magnifique, Paris, Fayard, 1983, p. 418-419 :

"La famille des Mendes, dont le chef était alors Doña Gracia, contrôlait la majeure partie du commerce des épices en Europe. Sa puissance économique et financière était considérable. On l'a comparée à celle des Fugger.

Comme le voulait la politique constante des sultans de faciliter l'installation dans l'empire de tous ceux qui pourraient l'enrichir, Soliman encouragea Doña Gracia à s'établir à Constantinople, ce qu'elle fit en 1553. Joseph Nasi (ou Juan Micas) était son neveu. Intime de Selim II grand amateur de boissons fortes, il obtint le monopole du commerce du vin dans l'empire. Il reçut aussi l'administration de Naxos et des îles voisines, un des principaux centres de production vinicole, dont Selim le fit duc. Ses activités commerciales s'étendaient aussi vers les pays au-delà du Danube, la Pologne notamment, dont le roi Sigismond lui aurait emprunté la somme énorme de 150 000 ducats, ce qui lui valut le monopole dans ce pays de l'exportation de la cire d'abeille. Il prêta aussi 150 000 ducats au roi de France Henri II à l'occasion de l'emprunt que celui-ci lança en 1555. Le remboursement de cette somme et les complications qu'entraîna cette affaire, au demeurant peu claire (« créancier abusif » dit Braudel de Nasi) furent à l'origine d'une crise entre la France et l'Empire ottoman. Des navires français furent saisis à Alexandrie en 1568.

Nasi-Micas fut aussi un de ceux qui poussèrent à la guerre de Chypre contre les Vénitiens, en 1570, à laquelle le grand vizir était opposé (Nasi voulait devenir roi de Chypre). Sokullu Mehmed Pacha aurait préféré obtenir Chypre par la négociation et, dit-on, s'attaquer à l'Espagne pour aider les Maures de Grenade qui s'étaient révoltés. Ce fut le clan composé de Nasi, Lala Mustafa Pacha, ancien précepteur de Selim, Hoca Sinan Pacha et Piyale Pacha, troisième vizir et kapudan pacha, qui l'emporta. Nicosie tomba le 9 septembre 1570. Le 25 mai suivant, la Sainte-Ligue était proclamée à Saint-Pierre de Rome et, le 7 octobre, Lépante « brisait l'enchantement de la puissance turque »."

Le rôle des Juifs dans l'essor économique de l'Empire ottoman



André Clot, Soliman le Magnifique, Paris, Fayard, 1983, p. 286 :


"Tous les sujets du sultan, aussi bien Turcs que minoritaires, sont égaux dans l'exercice de leur profession. Du fait des préférences des non-Turcs ou de la répugnance des Musulmans envers certaines professions, les uns ou les autres sont plus représentés dans tel ou tel métier, mais aucun n'est interdit aux minoritaires. Les Juifs sont surtout marchands de vin, de raki, d'esclaves, de parfums, d'orfèvrerie, de perles. On les trouve aussi dans la finance : changeurs, banquiers, intermédiaires en tous genres. Avec les Grecs, ils afferment les revenus fiscaux. Aux XVe et XVIe siècles, les sultans encouragent l'immigration des Juifs qu'ils considèrent comme un élément actif et riche. A la fin du XVIe siècle, on évalue leur nombre à Constantinople et à Salonique à 160 000. Comme dans presque toute l'Europe à cette époque, ils participent dans des proportions considérables à l'essor économique, non seulement dans la capitale et les régions voisines mais dans tout l'empire, à Alep, au Caire, à Alexandrie, à Tripoli de Syrie, à Rhodes, en Afrique du Nord. Certains parviendront à de très hautes positions tel ce Joseph Nasi, un marrane portugais que Selim II créera duc de Naxos."