dimanche 19 avril 2015

Talat Paşa et les Juifs



"Les Juifs de Salonique", L'Univers israélite, 71e année, n° 8, 29 octobre 1915, p. 201-202 :

"Le Journal de Genève reçoit en réponse à la correspondance que l'on vient de lire, la lettre suivante qui est une excellente mise au point :

Votre correspondant de Salonique écrit textuellement : « Avant la révolution turque et pour gagner des situations officielles ou des grades dans l'armée, un certain nombre de juifs saloniciens s'étaient convertis à l'islam. »

La révolution turque a eu lieu en 1908. La secte des deunmés est vieille de sept cents ans. Les deunmés, avant d'embrasser l'islamisme, étaient des juifs non pas de Salonique, mais de Smyrne. Leur chef Sabbetaï Sévi, qui se faisait passer pour le Messie, s'est converti à la foi de Mahomet non pas pour gagner une situation ou un grade quelconque, mais pour échapper à la pendaison à laquelle il avait été condamné par les tribunaux. Ses disciples se convertirent comme lui à l'islamisme, mais en cachette ils pratiquent une religion qui n'est ni tout à fait juive ni tout à fait musulmane. Les deunmés sont au nombre de 4.000 à 5.000 sur lesquels une bonne moitié habite Salonique ; l'autre moitié se trouve dispersée à Constantinople et dans les grands centres de la Turquie.

Votre correspondant dit que « les deunmés se sont posés en champions du sionisme intégral » ; que « le résultat de l'activité turbulente des deunmés fut la révolution turque» ; que Talaat bey est un deunmé de Salonique » et que « Djavid bey était un petit employé des postes ».

N'ayant absolument rien de commun avec les juifs et le judaïsme moderne, dont ils sont même les ennemis, les deunmés ne se sont jamais occupés de sionisme. Cette doctrine, qui veut la restauration du royaume de Judée, ne compte que peu d'adeptes à Salonique.

La révolution turque n'est nullement l'oeuvre des deunmés, malgré la présence d'un des
leurs, Djavid bey, au sein du comité Union et Progrès. Talaat bey est un bon musulman et un brave et honnête garçon. Djavid bey, dont je n'aime pas la politique, était professeur d'économie politique à la Faculté de Constantinople. Il était très érudit.

Djavid bey, qui est un grand orateur, n'a jamais parlé du haut du balcon du Cercle de Salonique. Il se trouvait à Bucarest au moment où la révolution turque éclata.

Sam Lévy.
Ancien rédacteur en chef du Journal de Salonique."

"Nouvelles de l'Etranger", L'Univers israélite, 73e année, n° 40, 29 juin 1917, p. 379 :

"Constantinople. — Le grand-rabbin de Turquie Haïm Nahum Effendi a fait, de son côté, des déclarations publiques au sujet des prétendues persécutions de juifs en Palestine. « Tout ce qui a été annoncé, a-t-il dit, à propos de vexations et de massacres est dénué de tout fondement. Si le moindre fait de ce genre s'était produit, j'en aurais été immanquablement informé soit directement, soit indirectement, or je puis certifier qu'il n'en est rien. C'est un devoir de justice de reconnaître que le grand-Vizir actuel Talaat Pacha, en particulier, a toujours donné les preuves de la plus grande bienveillance envers les juifs ». On sait que le grand-rabbin Haïm Nahum Effendi a fait pendant six ans ses études rabbiniques à Paris. Il fut en 1907 chargé d'une mission en Abyssinie. Rentré à Constantinople en 1908, à la suite de la victoire du parti Jeune-Turc, il y fut, peu de temps après, appelé au grand-rabbinat."

"La Question palestinienne", L'Univers israélite, 73e année, n° 22, 8 février 1918, p. 534-535 :

"Le sionisme, l'Allemagne et la Turquie.

La déclaration du gouvernement anglais a obligé les gouvernements ennemis à prendre position vis à vis du sionisme. Nous avons résumé les déclarations faites par le grand-vizir et la résolution des sionistes allemands.

Un télégramme Reuter d'Amsterdam mande que le baron von dem Bussche, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, a reçu une délégation sioniste et philopalestinienne, à laquelle il a déclaré : « Nous apprécions le désir de la minorité juive des pays où elle mène sa vie propre de développer sa civilisation et nous sommes prêts à seconder ses efforts. En ce qui concerne les aspirations juives vers la Palestine et en particulier celles des sionistes, nous accueillons avec satisfaction la récente déclaration du grand-vizir Talaat pacha, favorable à un établissement juif florissant dans les limites des facultés du pays, à une autonomie locale dans le cadre de l'Etat et au libre développement culturel »."

"La Question palestinienne", L'Univers israélite, 73e année, n° 24, 22 février 1918, p. 590-591 :

"La Turquie, la Palestine et les Juifs allemands.

On mande de Genève que le grand-vizir Talaat pacha a reçu à Berlin une députation composée de : MM. le professeur James Israël, le banquier A.-F. Marcus, le docteur Nossig, le conseiller de commerce G. Simon et le professeur Ludwig Stein, pour porter à leur connaissance les projets du gouvernement ottoman en ce qui concerne plusieurs questions relatives à la situation des Juifs dans l'empire turc après la conclusion de la paix.

Le député à la Chambre ottomane, Emmanuel Carasso, arrivé récemment de Constantinople, assistait également à cette réception.

La discussion prouva l'accord sur les points les plus importants, de telle sorte que la députation a pu exprimer sa complète satisfaction au sujet de l'exposé du grand-vizir.

Les personnalités reçues par le grand-vizir n'appartiennent pas au sionisme, mais favorisent l'établissement des Juifs en Palestine et en Asie-Mineure ; elles représentent peut-être le « Comité de l'Est », qui a été reçu récemment par le sous-secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères. Le professeur James Israël est un médecin célèbre, le docteur Nossig, un sociologue et un statisticien qui s'est beaucoup occupé de la Palestine, le professeur L. Stein, un philosophe et publiciste.

Il ne faut pas confondre le conseiller de commerce G. Simon avec le consul James Simon, président du Hilfsverein et adversaire du sionisme. Le député Carasso est israélite et appartient au parti jeune-turc.
"