dimanche 19 avril 2015

Arméniens ottomans et Juifs russes : les indignations sélectives de l'intelligentsia française durant la Grande Guerre

"Les souffrances des juifs en Russie et le devoir des juifs Français

L'exemple du judaïsme anglais


Malgré la conspiration du silence, observée par la grande presse et surveillée par la censure, on commence à se faire une idée des souffrances inouïes qu'ont endurées et qu'endurent encore les victimes juives de la guerre en Pologne et en Russie. Successivement un appel du Bound, les révélations du Jewish Chronicle, deux articles de Zangwill dans le Daily Chronicle, les débats retentissants de la Douma (bien que l'écho en ait été étouffé dans la presse étrangère) ont levé quelques coins du voile qui masque l'agonie de tout un peuple, l'exode forcé de communautés entières, leurs pérégrinations douloureuses comme des calvaires, la misère, la faim et le froid qui terrassent des milliers de vieillards, de femmes et d'enfants. On a comparé cette catastrophe à l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492 ; elle évoque plutôt la grande persécution des juifs de Pologne, chassés, pillés, massacrés par les armées cosaques révoltées, au milieu du XVIIe siècle.

Maintenant que nous savons, que nous commençons à savoir, qu'allons-nous faire ? Resterons-nous sourds à cet appel de détresse de centaines de mille de nos frères ? Disons-nous comme Caïn : « Je ne suis pas le gardien de mes frères », ou ferons-nous comme Moïse (dans la paracha de cette semaine), qui « sortit vers ses frères et se pencha sur leurs malheurs » ?

Je ne ferai appel, aujourd'hui, ni à l'esprit de charité des israélites français, ni à la solidarité qui les unit à leurs frères de sang, de foi et. d'alliance. Ou plutôt si : je leur rappellerai qu'ils ont des obligations particulières envers les juifs de la Russie, alliée de la France. Si leur patriotisme a cru que l'alliance avec un pouvoir ombrageux leur imposait de se taire à l'époque des pogromes, et de ne rien faire en faveur de l'émancipation des juifs russes, il leur fait aujourd'hui un devoir d'autant plus impérieux de secourir les victimes de la guerre. Que leur charité soit du moins la rançon de leur non-intervention politique. Ou sinon, l'histoire attribuera à d'autres, mobiles leur silence et leur inaction. Moins le judaïsme français a agi pour favoriser la libération du judaïsme russe et plus les israélites français doivent donner pour soulager les souffrances des israélites russes.

Ce qu'ils doivent, ils ne le pourraient pas ? Ils ont donné, et donné sans compter, pour les soldats et pour les civils, pour les Belges, pour les Arméniens et pour les Serbes, pour les invalides de la guerre de Maurice Barrès et pour les « chiens errants » de Gustave Hervé, et maintenant qu'il s'agit de juifs aussi malheureux, sinon davantage (car ils ne recevront pas de secours d'ailleurs), ils diraient : « C'est fini : nous n'en pouvons plus ! » Ce n'est pas possible.

Des personnes se croient autorisées à assurer qu'un appel n'aurait pas de succès actuellement. Mais d'autres se croient fondées à soutenir le contraire. Qu'on se concerte, qu'on prenne conseil. Que l'on réunisse les représentants des communautés et des oeuvres. Que l'on constitue un Comité qui ait de la surface et il se trouvera peut-être un grand journal pour recevoir les souscriptions.

Ecoutez ce qui a été fait en Angleterre. Les Anglais souffrent moins directement de la guerre que les Français, mais on leur demande plus de sacrifices d'argent qu'à nous.

Quand on y connut la misère qui s'était abattue sur les juifs polonais, un Comité se fonda à Londres, sous l'impulsion de M. Hermann Landau, et fit une active propagande dans les milieux populaires. De petites gens, des ouvrières, « s'imposèrent » tant pour cent sur leur salaire. Près de 30.000 livres sterling furent ainsi réunies (la somme a plus que doublé depuis), Mais, là-bas, la détresse devenait de plus en plus grande. Le Comité central de secours, qui fonctionne à Pétrograd sous la présidence du baron de Gunzbourg, appela le judaïsme anglais au secours (comme il a sans doute fait chez nous). Une conférence fut convoquée à Londres, sous la présidence de M. Léopold de Rothschild. Un grand nombre de notabilités juives et de délégués des communautés de tout l'Empire votèrent la résolution suivante :

« La condition effroyable des victimes juives de la guerre en Russie réclame une aide urgente et exige les plus grands sacrifices de tous ceux qui sont en état de secourir. »

Voici quelques extraits des discours prononcés à cette réunion par les deux grands rabbins de Londres.

Le Chief-Rabbi (M. Hertz) :

Nous avons à faire face à une catastrophe plus vaste que la situation créée par les 131 pogromes dans les années 1905-1906, nous avons devant nous un million et demi d'êtres humains mourant de dénûment, devenant fous par centaines à la vue de leurs enfants qui périssent comme des mouches... Des centaines de milliers de nos frères, la dixième partie du judaïsme, vont avoir leur vitalité réduite d'une manière permanente par le manque de nourriture, par la misère et la souffrance qui dépassent l'endurance humaine... La situation est telle qu'elle demande les plus grands sacrifices de tous ceux qui sont en mesure de secourir. Il ne s'agit pas de dons. Il ne s'agit pas de présents. Il s'agit de sacrifices... Oui, tous nous devons faire des sacrifices. Certains d'entre vous qui m'écoutez avez donné ce que vous aviez de plus cher, vos enfants, certains d'entre vous — leurs fils uniques. Vous les avez offerts sur l'autel de la patrie et une grande fierté vous accompagnera jusqu'à votre dernier jour pour avoir fait ce sacrifice. Vos coeurs saignent. Vous avez donné vos enfants. On vous demande maintenant de donner quelque chose d'infiniment moindre, afin de maintenir en vie des centaines de mille d'êtres humains... Souscrivez des contributions régulières. Parce que vous avez maintenu quelqu'un en vie au mois d'octobre, ce n'est pas une excuse pour ne pas faire votre devoir en janvier ou en février, pour ne pas faire ce que font les plus pauvres d'entre les pauvres. Que nul ne tente d'échapper à ce devoir sacré. Nos anciens docteurs nous enseignent que, quand un malheur frappe la communauté, nul n'a le droit de manger et de boire en se disant que les choses se passeront sans lui. « Malheur, disent-ils, à l'homme qui croit que tout ira bien, qu'il supporte sa part ou non. » Notre maître Moïse portait toujours sa part dans les malheurs de son peuple. « Ils prirent une pierre et la placèrent sous lui » pour affermir ses mains. Pourquoi n'ont-ils pas pris un siège ou un coussin ? « Non, avait-il dit, puisque mon peuple est dans le malheur, je veux porter ma part avec eux, car celui qui porte sa part du fardeau commun vivra assez pour voir l'heure de la consolation ».

Voilà ce que je voudrais graver dans l'esprit des israélites anglais. Nous sommes assez heureux pour être en mesure d'aider. Le judaïsme anglais est en cause. A nous de prouver que nous avons des cerveaux juifs capables d'envisager ce problème, des coeurs juifs prêts à embrasser cette cause. A nous de prouver que la charité juive peut être aussi vaste et aussi inépuisable que la détresse juive.

Le Haham (M. Gaster) :

... En considérant les sacrifices que la communauté juive a déjà consentis, l'assistance qu'elle a donnée aux milliers de réfugiés belges et à d'innombrables oeuvres charitables, je me suis demandé si nous pouvions continuer nos appels. Mais les nouvelles qui nous sont venues de l'est se sont accrues en sombre horreur. Les nouvelles qui nous sont parvenues sont devenues si effroyables, le cri est si puissant, que nous nous sentons obligés de faire appel à toute la collectivité israélite de la Grande Bretagne, afin qu'elle se lève et se montre solidaire et consciente de la grande oeuvre qui lui incombe, afin que, par sa réponse généreuse et magnifique, elle soulage une détresse qui dépasse toute imagination humaine. Ce ne sera pas un appel en vain si vous comprenez exactement ce qu'on vous demande de faire. Vous frissonnez en traversant un cimetière. Je vous convie maintenant à me suivre vers un immense cimetière, dans la plus ténébreuse des régions du théâtre de la guerre. Penchez votre oreille vers la terre et écoutez. Je vous dis que les vivants sont dans la tombe. Ils implorent votre aide parce que le dernier souffle va s'exhaler d'eux. Prenez votre pioche et votre pelle. Creusez profond et vite. Forcez les tombes et que le monde voie les faces émaciées de ces enterrés vivants par la plus cruelle et la plus impitoyable des persécutions. Peut-être la vue de ces martyrs éveillera-t-elle pour un moment un sentiment de commisération. Peut-être leur conscience n'est-elle pas entièrement morte et grâce à votre assistance ces condamnés à une mort vivante pourront-ils être rappelés à la vie.

Que comptez-vous faire ? On nous a dit que notre aide ne peut être qu'une goutte dans l'océan ? Mais quand un homme se meurt, une bouchée de nourriture, une goutte d'eau peut le rendre à la vie. Il n'y a pas de mesure à votre assistance. Tout ce que nous pouvons donner, continuons à le donner, avec la résolution de secourir tant que nous pouvons.

Je crois que de tels appels seront écoutés. Je crois même que des appels à la charité atteindraient un autre but encore.

Moïse commença par secourir quelques-uns de ses frères ; il finit par les affranchir tous.

JUDAEUS.

P.-S. — Est-ce une illusion ? Je viens de lire dans le Temps un appel signé de quelques-uns des plus grands noms de la littérature et de l'Université :

« Plus de 250.000 juifs polonais, parmi lesquels de très nombreux orphelins, ont dû, pour fuir la mort, émigrer en Russie. Ils sont aujourd'hui à la charge des juifs russes, et malgré la bonne volonté des autorités russes, leur situation est des plus précaires. Il en meurt des centaines par jour. En somme, ils n'échappent à la mort violente que pour succomber lentement de misère et de faim.

» On s'est déjà organisé en Angleterre pour envoyer des secours aux émigrés juifs. La France ne peut pas rester indifférente et elle prouvera une fois de plus si générosité traditionnelle en secourant tout de suite les malheureux survivants d'un peuple persécuté. »

Non : j'ai mal lu. Ce n'est pas un appel pour les juifs, c'est un appel pour les Arméniens."

Source : L'Univers israélite, 71e année, n° 17, 31 décembre 1915, p. 419-423.

Cemal Paşa et les Juifs



"PALESTINE

Les expulsions de Jaffa

Les journaux anglais, qui avaient annoncé des massacres, pillages et pendaisons de juifs en Palestine, commencent à reconnaître l'inexactitude de ces nouvelles. Le correspondant du Jewish Morning journal a télégraphié que le bruit qui avait couru de la destruction du quartier juif de Jaffa, Tel Abib, n'est pas fondé. Pas un seul édifice n'a été touché ; ce quartier n'a nullement été attaqué et n'a eu à souffrir aucun dommage. Il n'est pas douteux cependant que des Juifs eu grand nombre ont été expulsés de Jaffa, mais les récits d'atrocités commises à cette occasion sont de pures inventions. L'office sioniste de Copenhague a fait savoir que la plupart de ces juifs sont actuellement à Jérusalem dans une grande misère. Il faudrait 3.000 francs par jour pour les secourir efficacement. On a fait courir le bruit également que les expulsions de Jaffa auraient eu lieu parce que la nouvelle s'était répandue en Palestine que des manifestations se produisent en Amérique dans le but de faire donner la Palestine aux israélites, et les juifs de Jaffa se seraient vantés ouvertement que c'était un fait accompli.

Les organisations sionistes des pays neutres et celles d'Allemagne et d'Autriche, ainsi que les sociétés des Benei Beritch seraient intervenues, au dire des journaux d'Angleterre, auprès du gouvernement ottoman en faveur des juifs palestiniens et auraient reçu de lui des promesses rassurantes.

Voici, d'autre part, la dépêche détaillée du grand-rabbin de Jérusalem que nous avons annoncée dans notre précédent numéro :

Dépêche du Haklam-Bachi.

« D'après l'agence Havas, le bruit monstrueux s'est répandu d'une prétendue persécution de juifs en Palestine. Je considère comme un devoir sacré de réfuter de la façon la plus catégorique en mon nom et au nom des communautés israélites cette calomnie contre le gouvernement Ottoman, calomnie dont le but est visible, et je vous prie de donner à notre protestation la plus grande diffusion possible dans la presse. C'est une assertion mensongère que celle d'après laquelle les villes de Gaza et de Jaffa auraient été évacuées uniquement dans le but de chasser les juifs de Palestine, les juifsse trouvant ainsi seuls atteints par l'évacuation. La vérité est que, parmi les 30.000 habitants, qui ont dû quitter Gaza dans l'intérêt de leur propre sécurité, il ne se trouvait que 20 à 30 juifs. Parmi les 40.000 habitants, qui ont abandonné Jaffa pour le même motif, il y avait 7.000 juifs. Mais ceux-ci ont tous pu s'établir dans d'autres villes et villages à l'intérieur de la Palestine et c'est un fait que presque aucun d'eux n'a quitté le pays. Les colonies juives, même celles des environs immédiats de Jaffa et de Gaza ; sont restées complètement intactes. Ces faits prouvent clairement que, de la part du Gouvernement turc il ne s'agissait pas d'une mesure prise contre les juifs et que l'intention d'éloigner les juifs de Palestine n'a existé en aucune façon. Les habitants des villes évacuées ont tous eu, sans distinction de religion, les mêmes possibilités de remédier à la situation, autant que le permettaient les circonstances. Des secours en argent ont été accordés aussi par le gouvernement à la population nécessiteuse. Il est complètement faux que les biens aient été pillés ; tout ce qui a dû être laissé a été et est encore surveillé le mieux possible. En outre, c'est une méchante invention que de prétendre que 7.000 israélites auraient été chassés de Jérusalem. A l'exception d'un certain nombre de sujets de puissances en guerre, juifs et non-juifs, quelques familles juives isolées, pour des raisons purement administratives se sont vu refuser le séjour à Jérusalem depuis le commencement de la guerre. Il est pareillement faux que le commandant en chef du 4e corps d'armée ait jamais donné des preuves de malveillance contre les juifs. Bien au contraire, Djemal Pacha a trouvé à maintes reprises l'occasion de témoigner, par des paroles et par des actes, sa sympathie et ses dispositions bienveillantes en faveur de la population juive de Turquie. Il a constamment donné satisfaction aux désirs et aux besoins religieux des communautés juives et des militaires israélites dans l'esprit de cette parfaite tolérance religieuse qui est de tradition dans le gouvernement Ottoman. La nouvelle sensationnelle de potences constamment dressées et d'exécutions continuelles appartient aussi au domaine des fables. Le fait est que, à l'exception de trois soldats qui avaient gravement manqué à leur devoir, pas un seul juif n'a été condamné à mort depuis le commencement de la guerre.

« Le grand-rabbin N. DANON, HAKHAM, BACHI »

Un autre télégramme privé, émanant du Dr Thon de Jérusalem, confirme ces renseignements et ajoute que l'évacuation a eu lieu dans le plus grand ordre et que les colons et paysans de Galilée ont fourni aux évacués tout ce qu'ils ont pu trouver comme voitures et montures. « Il n'est que trop certain cependant que la population évacuée, tout comme celles des autres pays se trouvant dans la zone des armées, a eu beaucoup à souffrir et qu'elle est actuellement dans une grande détresse, les 100.000 francs mis à sa disposition par Djemal Pacha pour parer aux premiers soins ne constituant pas un secours suffisant ».

D'après une autre dépêche, il resterait à Jaffa 30 juifs comme chômerin, gardiens, dont 12 pour le quartier de Tel-Abib où tout est en parfait état, 3.000 des évacués se trouvent dans la Galilée inférieure, un millier à Petah-Tikwa, autant à Kfaraba ; le reste s'est dispersé dans les colonies juives de Samarie, du Nord de la Galilée et dans les villes.

Enfin une dépêche de Madrid, de l'agence Reuter, fait savoir que le Ministre des Affaires étrangères a reçu du Gouvernement allemand le démenti formel que des Juifs et des Chrétiens aient été, de la part de Turcs et d'Allemands, l'objet de mauvais traitements. Le cabinet de Berlin se déclare prêt à coopérer à l'organisation d'une commission composée de Consuls de pays neutres, y compris le Consul d'Espagne, dans le but de faire sur les lieux une enquête complète. Toutes les facilités seront accordées par le Gouvernement Ottoman à la Commission pour l'accomplissement de sa tâche.

L'ambassade de Turquie à Berne a fait, au sujet des événements de Palestine, une communication par écrit confirmant les renseignements que nous avons publiés et de laquelle il résulte en outre que les évacués ont été laissés libres, soit de transporter leurs effets et bagages à Jérusalem, soit de les laisser dans leurs maisons. Les objets laissés ont été inscrits sur des registres remis aux fonctionnaires locaux qui ont été rendus responsables personnellement des objets placés sous leur garde.

Le Commandement de la 4e Armée a ordonné la punition réglementaire après jugement par Conseil de guerre de tous ceux qui se livreraient au moindre acte de pillage. Mais ce fait ne s'étant produit nulle part aucune punition n'a dû être appliquée jusqu'à présent.

Les droits des propriétaires des potagers, jardins d'orangers et d'amandiers ont été strictement respectés et protégés et des Comités élus par les propriétaires ont été autorisés à rester sur place pour veiller à l'entretien et à l'arrosage des dites propriétés.

Les Consuls ont visité personnellement, celui d'Espagne y compris, les régions évacuées afin de pouvoir constater de visu la réalité des faits."

Source : L'Univers israélite, 72e année, n° 38, 15 juin 1917, p. 318-321.

Talat Paşa et les Juifs



"Les Juifs de Salonique", L'Univers israélite, 71e année, n° 8, 29 octobre 1915, p. 201-202 :

"Le Journal de Genève reçoit en réponse à la correspondance que l'on vient de lire, la lettre suivante qui est une excellente mise au point :

Votre correspondant de Salonique écrit textuellement : « Avant la révolution turque et pour gagner des situations officielles ou des grades dans l'armée, un certain nombre de juifs saloniciens s'étaient convertis à l'islam. »

La révolution turque a eu lieu en 1908. La secte des deunmés est vieille de sept cents ans. Les deunmés, avant d'embrasser l'islamisme, étaient des juifs non pas de Salonique, mais de Smyrne. Leur chef Sabbetaï Sévi, qui se faisait passer pour le Messie, s'est converti à la foi de Mahomet non pas pour gagner une situation ou un grade quelconque, mais pour échapper à la pendaison à laquelle il avait été condamné par les tribunaux. Ses disciples se convertirent comme lui à l'islamisme, mais en cachette ils pratiquent une religion qui n'est ni tout à fait juive ni tout à fait musulmane. Les deunmés sont au nombre de 4.000 à 5.000 sur lesquels une bonne moitié habite Salonique ; l'autre moitié se trouve dispersée à Constantinople et dans les grands centres de la Turquie.

Votre correspondant dit que « les deunmés se sont posés en champions du sionisme intégral » ; que « le résultat de l'activité turbulente des deunmés fut la révolution turque» ; que Talaat bey est un deunmé de Salonique » et que « Djavid bey était un petit employé des postes ».

N'ayant absolument rien de commun avec les juifs et le judaïsme moderne, dont ils sont même les ennemis, les deunmés ne se sont jamais occupés de sionisme. Cette doctrine, qui veut la restauration du royaume de Judée, ne compte que peu d'adeptes à Salonique.

La révolution turque n'est nullement l'oeuvre des deunmés, malgré la présence d'un des
leurs, Djavid bey, au sein du comité Union et Progrès. Talaat bey est un bon musulman et un brave et honnête garçon. Djavid bey, dont je n'aime pas la politique, était professeur d'économie politique à la Faculté de Constantinople. Il était très érudit.

Djavid bey, qui est un grand orateur, n'a jamais parlé du haut du balcon du Cercle de Salonique. Il se trouvait à Bucarest au moment où la révolution turque éclata.

Sam Lévy.
Ancien rédacteur en chef du Journal de Salonique."

"Nouvelles de l'Etranger", L'Univers israélite, 73e année, n° 40, 29 juin 1917, p. 379 :

"Constantinople. — Le grand-rabbin de Turquie Haïm Nahum Effendi a fait, de son côté, des déclarations publiques au sujet des prétendues persécutions de juifs en Palestine. « Tout ce qui a été annoncé, a-t-il dit, à propos de vexations et de massacres est dénué de tout fondement. Si le moindre fait de ce genre s'était produit, j'en aurais été immanquablement informé soit directement, soit indirectement, or je puis certifier qu'il n'en est rien. C'est un devoir de justice de reconnaître que le grand-Vizir actuel Talaat Pacha, en particulier, a toujours donné les preuves de la plus grande bienveillance envers les juifs ». On sait que le grand-rabbin Haïm Nahum Effendi a fait pendant six ans ses études rabbiniques à Paris. Il fut en 1907 chargé d'une mission en Abyssinie. Rentré à Constantinople en 1908, à la suite de la victoire du parti Jeune-Turc, il y fut, peu de temps après, appelé au grand-rabbinat."

"La Question palestinienne", L'Univers israélite, 73e année, n° 22, 8 février 1918, p. 534-535 :

"Le sionisme, l'Allemagne et la Turquie.

La déclaration du gouvernement anglais a obligé les gouvernements ennemis à prendre position vis à vis du sionisme. Nous avons résumé les déclarations faites par le grand-vizir et la résolution des sionistes allemands.

Un télégramme Reuter d'Amsterdam mande que le baron von dem Bussche, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, a reçu une délégation sioniste et philopalestinienne, à laquelle il a déclaré : « Nous apprécions le désir de la minorité juive des pays où elle mène sa vie propre de développer sa civilisation et nous sommes prêts à seconder ses efforts. En ce qui concerne les aspirations juives vers la Palestine et en particulier celles des sionistes, nous accueillons avec satisfaction la récente déclaration du grand-vizir Talaat pacha, favorable à un établissement juif florissant dans les limites des facultés du pays, à une autonomie locale dans le cadre de l'Etat et au libre développement culturel »."

"La Question palestinienne", L'Univers israélite, 73e année, n° 24, 22 février 1918, p. 590-591 :

"La Turquie, la Palestine et les Juifs allemands.

On mande de Genève que le grand-vizir Talaat pacha a reçu à Berlin une députation composée de : MM. le professeur James Israël, le banquier A.-F. Marcus, le docteur Nossig, le conseiller de commerce G. Simon et le professeur Ludwig Stein, pour porter à leur connaissance les projets du gouvernement ottoman en ce qui concerne plusieurs questions relatives à la situation des Juifs dans l'empire turc après la conclusion de la paix.

Le député à la Chambre ottomane, Emmanuel Carasso, arrivé récemment de Constantinople, assistait également à cette réception.

La discussion prouva l'accord sur les points les plus importants, de telle sorte que la députation a pu exprimer sa complète satisfaction au sujet de l'exposé du grand-vizir.

Les personnalités reçues par le grand-vizir n'appartiennent pas au sionisme, mais favorisent l'établissement des Juifs en Palestine et en Asie-Mineure ; elles représentent peut-être le « Comité de l'Est », qui a été reçu récemment par le sous-secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères. Le professeur James Israël est un médecin célèbre, le docteur Nossig, un sociologue et un statisticien qui s'est beaucoup occupé de la Palestine, le professeur L. Stein, un philosophe et publiciste.

Il ne faut pas confondre le conseiller de commerce G. Simon avec le consul James Simon, président du Hilfsverein et adversaire du sionisme. Le député Carasso est israélite et appartient au parti jeune-turc.
"

mercredi 8 avril 2015

Le Grand Mufti de Jérusalem, les Kurdes et les Arméniens

"Le grand moufti contre la paix : Les buts et les hommes du terrorisme arabe en Palestine", La Tribune juive, 20e année, n° 20, 20 mai 1938, p. 302 :

"M. Georges Meyer, le brillant correspondant égyptien du Temps envoie à son journal un excellent exposé sur le problème palestinien dans lequel nous trouvons une solide documentation concernant la propagande antijuive et antibritannique du grand moufti de Jérusalem et de ses compagnons et auxiliaires. Une partie des communications faites au journal parisien intéressent aussi la France.

Depuis le dix-neuf avril 1936, date du début des troubles politiques en Palestine, écrit M. Georges Meyer, l'insécurité, les attaques contre les personnes et les propriétés, les attentats et les meurtres n'ont cessé de se multiplier et les forces britanniques envoyées en Terre sainte pour réprimer cette insurrection sont demeurées jusqu'à présent impuissantes à ramener la paix et à rétablir l'autorité de la puissance mandataire.

Des officiers, des soldats et des fonctionnaires anglais, des colons et des citadins juifs, des Arabes chrétiens et musulmans accusés d'indifférence à l'égard des dirigeants du terrorisme organisé par le grand moufti de Jérusalem et par ses complices ont été les victimes d'un vaste complot dont les chefs, réfugiés à l'étranger où ils bénéficient d'une incompréhensible impunité sont à l'heure qu'il est parfaitement identifiés.

Au cours de l'année 1937, le total des personnes assassinées s'élevait à cent quatre-vingt-quatorze ; depuis le début de l'année, cette liste s'est sensiblement allongée.

Les chefs de l'insurrection.

Les chefs de l'insurrection sont des Palestiniens ou des Syriens ou des Kurdes qui, en majeure partie, ont déjà participé au soulèvement druse de 1925 dirigé contre la France.

Ils constituent une sorte de comité d'exécution et de liaison chargé de transmettre aux divers organismes de propagande politique les directives du grand moufti de Jérusalem, Amin el Husseini, réfugié à El-Zouk, près de Beyrouth. Ce comité est composé de vingt membres, tous nominativement connus des autorités françaises, qui résident en Syrie ; ces membres se réunissent fréquemment à Damas dans une maison du quartier Salhiyeh et, de ce quartier général, ils contrôlent l'activité des bandes terroristes qui agissent, en Palestine, ils organisent le recrutement, et l'envoi des renforts et assurent le ravitaillement, en armes et en argent. (...)

Qui sont les terroristes ?

Le recrutement des bandes arabes a été fort aisé grâce à l'attrait qu'offrent une solde élevée et la possibilité de satisfaire un instinct atavique de pillage. La plupart des recrues ont été composées de villageois, particulièrement, de la région du Haurane. Récemment, les agents du grand moufti réussissaient à recruter à Damas un nombre important de Marocains auxquels se joignaient des Druses, des Circassiens et des Arméniens.

Dans chaque ville et chaque village, Amin el Husseini dispose d'agents qui reçoivent ses instructions.

Tous sont largement payés.

Les dirigeants de la sédition possèdent des fonds importants d'origines diverses ; ces fonds se sont accrus d'envois considérables d'Irak, des Indes et d'Allemagne où réside un ancien membre du comité suprême arabe, Abdul Latif Salah."

"Jérusalem et le congrès islamique", La Tribune juive, 13e année, n° 50, 11 décembre 1931, p. 768 :

"Nous avons déjà annoncé la nouvelle de la réunion du congrès islamique convoqué à Jérusalem sur l'initiative du grand moufti Amin Husseini et du maulana hindou Chavkat Ali. Bien que l'Egypte et la Turquie n'y participent pas, on s'est inquiété des conséquences inévitables d'une telle manifestation et on s'est étonné que dans les circonstances actuelles, le chef spirituel de la communauté musulmane de Jérusalem ait pu, sans en avoir reçu mandat des pays les plus directement intéressés, donner pour but à ce congrès un double objet aussi important que le rétablissement éventuel du califat et la création en Terre sainte d'une université islamique destinée à supplanter dans l'esprit de ses promoteurs le prestige d'El Azhar, la vénérable université musulmane du Caire qu'une réputation millénaire a depuis longtemps placée à la tète du mouvement religieux de l'islam.

A ce sujet, un correspondant particulier du Temps adresse du Caire à sa feuille une remarquable lettre d'Egypte exposant que le grand moufti de Jérusalem tint à se rencontrer avec les chefs politiques et spirituels égyptiens et à les assurer de la nécessité impérieuse, à ses yeux, de barrer la route au sionisme en opposant à l'effort intellectuel juif réalisé par la création de l'université hébraïque de Jérusalem un effort musulman analogue par la fondation, dans la capitale palestinienne, d'une université islamique."

Le philosémitisme de la Turquie kémaliste

"La Turquie philosémite.

L'ambassade de la Turquie à Varsovie a fait connaître, à une délégation d'étudiants juifs de cette ville que pour l'année 1938/39 des étudiants juifs seraient admis aux universités turques."

Source : La Tribune juive, 20e année, n° 34, 26 août 1938, p. 532.