mardi 18 février 2014

Le nationalisme de la SFIO dans les années 50

Patrice Buffotot, "Le Parti socialiste S.F.I.O. et l'Internationale socialiste (1944-1969)", in Hugues Portelli (dir.), L'Internationale socialiste, Paris, Editions ouvrières, 1983, p. 95-97 :

"La politique algérienne et l'expédition de Suez du gouvernement Mollet font ressurgir chez le parti Socialiste son « nationalisme » et son rêve de grande puissance pour la France. Il se trouve alors en conflit avec l'I.S. qui émet de sérieuses réserves sur sa politique « coloniale » en Algérie. (...)

La politique algérienne de la S.F.I.O. est mise en accusation au sein de l'I.S. au Congrès de Vienne les 2-6 juillet 1957. Une mise en garde est adressée au parti socialiste S.F.I.O., lui rappelant qu'il a adopté lors du premier congrès de Francfort-sur-le-Main en juin 1951 la déclaration sur « les buts et tâches du socialisme démocratique ». Face aux accusations portées contre sa politique, la S.F.I.O. contre attaque en expliquant que l'I.S. est mal informée et propose l'envoi d'une mission d'information en Algérie, proposition adoptée immédiatement par le Congrès.

C'est le Bureau de l'I.S. du 10 octobre 1957 à Londres qui fixe les objectifs à la mission d'information de l'I.S. en Algérie. Le Fact Finding Mission devra étudier la situation en Algérie « du point de vue du socialisme démocratique », faire une « enquête objective et constructive », prendre des contacts avec des personnalités sans jouer les négociateurs et examiner les problèmes économiques et sociaux. Elle fera ensuite un rapport au Bureau et au Conseil. Les membres de cette mission sont au nombre de cinq ; J. Clarck en est leur secrétaire.

La mission se rend donc en Algérie et termine son rapport début février 1958. Le Bureau de l'I.S. du 14 février 1958 décide d'envoyer ce rapport sans les conclusions, aux partis membres et à la presse. Une nouvelle commission, composée de nouveaux membres qui ne sont pas allés en Algérie, doit rédiger de nouvelles conclusions. Le Comité Directeur du parti socialiste S.F.I.O. s'émeut de cette décision qui va donner des armes à la propagande ennemie. « Il fait sienne la protestation de son Secrétaire Général, et demande avec insistance au Bureau de l'I.S. de reconsidérer sa position et de décider la publication intégrale du rapport de la commission de l'I.S. en Algérie, y compris les conclusions tirées par les membres de cette commission ».

Le Conseil National des 15-16 mars 1958 exige la publication des conclusions de la commission d'information en Algérie. Lors du Comité Directeur de la S.F.I.O., la question est de nouveau évoquée. Un participant demande à Guy Mollet pourquoi cette opération est-elle menée par le Labour contre la S.F.I.O. ?

Guy Mollet répond que le Labour cherche à se rapprocher des pays arabes depuis l'affaire de Suez et pense se dédouaner en menant cette opération contre le gouvernement français. Le Bureau de l'I.S. du 29 avril 1958 décide de ne pas publier les conclusions de la commission d'information contre l'avis du parti socialiste S.F.I.O.

Les événements du 13 mai 1958 en Algérie puis l'investiture du général de Gaulle, le 1er juin par l'Assemblée Nationale, vont atténuer cette affaire. L'opposition entre la S.F.I.O. et le Labour ne va pas pour autant s'estomper. Le Comité Directeur du 4 juin donne mandat à sa délégation de s'opposer au vote d'une résolution de l'I.S. sur la France à son prochain conseil des 12 et 14 juin 1958.

Le conseil de l'I.S. condamne officiellement « tous les actes de tortures, de terrorisme, d'intimidation et de suppression des libertés civiques en Algérie » et demande « que soit mis un terme au conflit en Algérie au moyen de négociations pacifiques et sur la base d'une garantie des libertés démocratiques ».

On comprend que le parti socialiste se soit opposé à ce texte ; il a en effet toujours nié l'existence de la torture en Algérie lorsqu'il était au gouvernement. (...)

Certains socialistes, comme Max Lejeune ou Robert Lacoste, font preuve d'un nationalisme virulent. Partisans de l'Algérie française, ils voient en effet dans les ressources en gaz et en pétrole du Sahara, un des moyens pour relancer l'économie française et de permettre à la France de se hisser au rang des grandes puissances, de jouer un rôle mondial en ayant une zone d'influence sur l'Afrique et le bassin méditerranéen."