mardi 18 février 2014

La France mittérrandienne, terre d'asile pour les terroristes d'extrême droite et d'extrême gauche européens

"M. Mila Rodriguez a été inculpé de recel de faux papiers", Le Monde, 1er août 1981 :

"Le militant espagnol d'extrême droite Ernesto Mila Rodriguez, arrêté mercredi 22 juillet à Paris (le Monde du 24 juillet) et un temps soupçonné d'être l'un des responsables de l'attentat de la rue Copernic (le Monde daté 26-27 juillet), a été condamné, samedi 25 juillet, par la seizième chambre correctionnelle de Paris, sur saisine directe, à six mois d'emprisonnement, dont trois avec sursis, pour recel de documents administratifs falsifiés. Il avait été déféré au parquet du tribunal de Paris après que la Cour de sûreté de l'Etat eut mis un terme à sa garde à vue, estimant valable son alibi dans l'affaire Copernic.

La militante d'extrême droite italienne Cecilia Marvulli, qui a été interpellée mercredi 22 juillet en même temps que M. Mila Rodriguez, fait désormais l'objet d'une demande d'extradition de la part des autorités italiennes. Elle est accusée de complicité dans le meurtre, le 11 mars 1980, de Martino Traversa, dix-neuf ans, animateur d'une radio libre à Bari. Son époux, accusé dans la même affaire, Stefano di Cagno, est détenu à Fleury-Mérogis, où il fait depuis le 9 juillet une grève de la faim pour obtenir l'asile politique et protester contre l'avis favorable donné à son extradition, le 8 juillet, par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris."

"Un extrémiste de droite italien demande l'asile politique", Le Monde, 22 août 1981 :


"M. Stefano di Cagno, vingt et un ans, militant italien d'extrême droite, actuellement détenu à la prison de Fleury-Mérogis, a demandé, jeudi 20 août, l'asile politique au président de la République et au garde des sceaux. M. di Cagno avait entrepris, jeudi 9 juillet, une grève de la faim (le Monde du 22 juillet), pour protester contre l'avis favorable d'extradition rendu la veille par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris.

La justice italienne, qui demande l'extradition de M. di Cagno, l'accuse d'avoir participé le 11 mars 1980 au meurtre de Martino Traversa, dix-neuf ans, animateur d'une radio libre à Bari (Pouilles). Le gouvernement français n'a pas encore pris de décision sur le sort de M. di Cagno. Ce dernier, qui proteste de son innocence demande à voir sa compagne, Mlle Cecilia Marvulli, vingt et un ans, enceinte de sept mois, interpellée à Paris mercredi 22 juillet, en même temps que M. Mila Rodriguez, Espagnol d'extrême droite, un moment soupçonné d'avoir participé à l'attentat de la rue Copernic (le Monde daté 26-27 juillet). Mlle Marvulli, qui fait également l'objet d'une demande d'extradition de la justice italienne, est actuellement écrouée à la prison de Fleury-Mérogis."

Bertrand Le Gendre, "La plupart des militants réclamés par l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie ont été libérés", Le Monde, 3 novembre 1981 :


"A une exception près, aucune extradition de militant politique n'a eu lieu depuis le changement de majorité (1). D'abord incrédules, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne se sont rendues à l'évidence. La quinzaine de militants qu'elles réclamaient au total ont retrouvé la liberté, hormis trois Basques espagnols qui devraient bientôt connaître le même sort.

Aucun refus d'extradition n'a encore été officiellement notifié à ces trois pays, mais le fait est là : le gouvernement s'en tient scrupuleusement à la position affirmée par M. Mauroy au printemps dernier : la France entend redevenir une terre d'asile.

Les remous suscités en Espagne par cette attitude se sont apaisés. Il est vrai que la vague d'attentats qui avait suivi le putsch manqué du 23 février s'est calmée. Depuis trois mois l'ETA militaire observe un semblant de trêve que seul l'assassinat récent d'un garde civil est venu troubler.

La position du gouvernement français n'est pas confortable pour autant. Les accusations de servir de base arrière aux terroristes peuvent resurgir un jour ou l'autre, surtout si la police mettait la main sur l'un des militants activement recherchés, qui ont trouvé refuge en France. Par exemple, Inge Viet, l'une des principales figures de l'extrême gauche ouest-allemande, qui, après avoir gravement blessé un policier parisien en août dernier, a réussi à prendre la fuite. (...)

Le refus de la France d'extrader les militants politiques a conduit le gouvernement à les mettre peu à peu en liberté, une fois purgées les peines auxquelles ils avaient été condamnés pour des délits commis sur le territoire français (le plus souvent détention d'armes et participation à une association étrangère non autorisée). Cela allait de soi pour ceux dont la justice française avait refusé l'extradition, mais la question se posait pour les autres, plus nombreux, qui avaient fait l'objet d'un avis contraire. Finalement le gouvernement a estimé qu'il était difficile de les maintenir en prison, des lors que la décision de ne pas les livrer à leur pays était prise et que la justice française n'avait plus rien à reprocher. (...)

(1) Cette exception concerne Stefano di Cagno, un militant d'extrême droite réclamé par l'Italie pour un vol à main armée. Comme la justice, le gouvernement français a estimé que ce vol n'avait aucun lien avec les activités politiques de l'intéressé."

Bertrand Le Gendre, "Le gouvernement veut modifier la loi sur l'extradition : Les retombées du droit d'asile", Le Monde, 23 février 1982 :

"La France veut être une terre d'asile. Ce principe, proclamé au mois de juin par M. Pierre Mauroy, n'a guère souffert jusqu'ici d'exception. Mais cette position est difficile à tenir. A plusieurs reprises, on a frôlé l'incident diplomatique, parce que le droit français s'accorde mal avec la nouvelle politique d'extradition. D'où le projet, caressé par M. Badinter, de changer la loi.

Cette loi est telle que, lorsqu'une chambre d'accusation donne un avis favorable à une demande d'extradition, le gouvernement se trouve dans une fâcheuse posture. Il lui faut à la fois passer outre une décision de justice et opposer une fin de non-recevoir au pays concerné. Rien ne s'y oppose juridiquement, mais la situation n'est guère confortable. Pris entre le marteau et l'enclume, fi a jusqu'ici tenu bon. Aucun Basque, réclamé par Madrid, n'a été extradé, malgré un concert de protestations des Espagnols rarement entendu jusqu'ici.

Le gouvernement français admet néanmoins avoir commis une faute en donnant son feu vert à l'extradition d'un néo-fasciste italien. Dans cette affaire, le premier ministre s'était rangé aux arguments de la justice française, qui avait estimé que ce militant avait agi pour des motifs de droit commun. Mais, après un examen plus approfondi du dossier, le gouvernement reconnaît aujourd'hui qu'il aurait dû, comme pour les Basques, s'opposer à cette extradition. Les grands principes doivent être respectés, quelle que soit la couleur politique de ceux qui en bénéficient. Cette autocritique ayant été faite, le gouvernement s'apprête à refuser de livrer à l'Italie une autre militante réclamée par son pays, néo-fasciste elle aussi."