jeudi 6 novembre 2014

1942 : l'avis du jeune François Mitterrand sur Pierre Laval et le SOL (ancêtre de la Milice)

François Mitterrand, lettre à sa cousine Marie-Claude Sarrazin, 22 avril 1942, cité par Pierre Péan dans Une jeunesse française. François Mitterrand. 1934-1947, Paris, Fayard, 1994, p. 187 :

"Comment arriverons-nous à mettre la France sur pied ? Pour moi, je ne crois qu'à ceci : la réunion d'hommes unis par la même foi. C'est l'erreur de la Légion que d'avoir reçu des masses dont le seul lien était de hasard : le fait d'avoir combattu ne crée pas une solidarité. Je comprends davantage les SOL, soigneusement choisis et qu'un serment fondé sur les mêmes convictions lie. Il faudrait qu'en France on puisse organiser des milices qui nous permettraient d'attendre la fin de la lutte germano-russe sans crainte de ses conséquences (que l'Allemagne ou la Russie l'emporte, si nous sommes forts de volonté, on nous ménagera). C'est pourquoi je ne participe pas de cette inquiétude née du changement de gouvernement. Laval est sûrement décidé à nous tirer d'affaire. Sa méthode nous paraît mauvaise ? Savons-nous vraiment ce qu'elle est ? Si elle nous permet de durer, elle sera bonne..."

dimanche 2 novembre 2014

L'amitié entre le mittérrandien Bernard Kouchner et le solidariste Patrice Franceschi

"Où est passée la génération « OAS métro-Jeunes » ?", Arsenal (revue du M6M), n° 1, juin 2013 :

"Au début des années soixante-dix, Patrick Edel, ancien détenu OAS qui n'a jamais vraiment rompu avec l'armée française, a l'intuition de développer la "Guilde du Raid" sous la forme d'une sorte de « scoutisme pour trentenaires » placé sous le signe du solidarisme, la doctrine politique qui inspire alors le réseau OAS survivant.

Appuyé sur ses amitiés au sein du mouvement solidariste Français dont le Conseil solidariste de la révolution s'inscrit en filiation directe avec l'ancien conseil national de la révolution de l'OAS après 1962, Patrick Edel organise, dès 1972, ses premiers raids vers Kaboul, Dakar et Katmandou.

Au Liban, en 1977, l'adjoint de Patrick Edel, Philippe de Dieuleveult (qui deviendra célèbre en animant l'émission de télévision « La chasse au trésor » puis en étant assassiné par les forces de sécurité de Mobutu Sese Seko qui l'accusaient avec pertinence d'espionnage), convoie un camion vers le réduit chrétien des phalanges.

Adepte de « l'aventure utile » (soyons clair en traduisant par "l'aventure qui peut se doubler de missions de renseignements"...), la Guilde du Raid commence néanmoins à se manifester à travers des actions de développement en couverture.

Avec le soutien de deux chefs d'entreprises proches des mieux "Algérie Française", Hugues Renaudin, patron de la Générale Sucrière, et Lucien Pfeiffer, banquier initiateur du crédit-bail, Patrick Edel lance ses premiers raids vers l'Afghanistan... (...)

Toutes les opérations de Patrick Edel en Afghanistan s'appuient alors sur les quelques militants solidaristes que Patrick Edel a recruté au GAS (Groupe d'Action Solidariste). Parmi eux, les trois principaux leaders étudiants du solidarisme : Alain Boinet, Patrice Franceschi, et Laurent Maréchaux qui participera à une attaque du commandant Amin Wardak contre la ville de Ghazni en 1981 en confiant à son camarade Christophe De Ponfilly, chargé à cette époque de filmer les opérations : « On était tous des militants politiques et on rêvait d'aller faire la guerre. Il fallait qu'on ait un cache-sexe, qui était l'aide humanitaire ».

C'est donc la Guilde de Patrick Edel qui, dans la vallée du Panchir, ravitaillera Ahmed Shah Massoud en armes et en dollars, pour le compte du service action de l'Armée française... Ces différentes opérations ne feront finalement qu'un seul mort : un certain Thierry Niquet qui, dans région de Kunduz, fut assassiné par le Zabet Toufân, commandant du Hezb Islami jaloux du traitement de faveur entourant Massoud...

A partir de décembre 1981, la Guilde de Patrick Edel est reconnue "association d'utilité publique"... Normal... Avec les scouts d'Europe, les scouts marins, et le SIRPA de l'armée, la Guilde créera même une radio (Aventure FM).

Jamais l'idéal solidariste de départ n'aura été renié par Edel et ses compagnons, au point qu'en 2007, c'est encore sous la marque « Darna Solidaire » que la Guilde se lance dans le commerce équitable avec de la semoule du Maroc et des infusions de Palestine...

Mais c'est en Afghanistan, au tournant des années 80, que le groupe des jeunes militants solidaristes aura forgé son destin.

Ainsi, quand les russes se retirent d'Afghanistan au milieu des années 80, Boinet, Franceschi (tous deux nés en 1954) et Laurent Maréchaux (1952) se trouvent en quelque sorte démobilisés... Ils sont encore les premiers sur le coup en décembre 1989, dans la Roumanie qui vient d'exécuter le communiste Ceaucescu. (...)

En 1991, Alain Boinet et Patrice Franceschi lancent leur propre ONG, toujours solidariste. Ils la baptisent donc Solidarités."

Jocelyn Chavy, "Patrice Franceschi : avant la dernière ligne droite", Wider, n° 5, mai-juin 2012 :

"Quand Patrice Franceschi apprend en 1979, qu'un certain Bernard Kouchner veut sauver les boat people vietnamiens, il s'arrange pour rencontrer le fondateur de Médecins du Monde et se fait envoyer sur un cargo humanitaire affrété par Kouchner. Le début d'une longue amitié, qui culmine quand Kouchner, ministre de la Santé et de l'action humanitaire sous Mitterrand, le nomme responsable de la mission pour la Somalie en 1992. Franceschi organise l'opération où Kouchner, sac de riz sur l'épaule, parade devant les caméras. Il livre sa version des faits et déplore un homme « piégé par ceux qui voulait sa tête »."

Bernard Kouchner, entretien au Meilleur des Mondes, n° 1, printemps 2006 :

"J'ai été certes bouleversé de découvrir sa proximité [Mitterrand] avec René Bousquet, et j'en ai ressenti de l'amertume : je l'ai d'ailleurs dit publiquement. C'était, hélas, le reflet d'une époque et l'image malheureuse de notre pays. Mais je garde à François Mitterrand du respect et une grande affection. J'ai beaucoup appris de sa culture, j'ai beaucoup aimé être au Conseil des ministres. Pendant quelques mois j'ai fréquenté, sans illusion mais avec bonheur, ce premier cercle de François Mitterrand, où l'on riait beaucoup. Sur cet aspect un livre très juste vient de paraître."

dimanche 21 septembre 2014

Le poids de l'héritage ottoman en Israël



Bernard Lewis, Faith and Power : Religion and Politics in the Middle East, Oxford-New York, Oxford University Press, 2010, p. 43-44 :

"De façon surprenante, l'Etat d'Israël est le successeur, non seulement des Britanniques mais aussi de l'Empire ottoman ; dans des proportions inégales, sans doute, mais Israël, dans son système de gouvernement, dans ses habitudes sociales et tout le reste, préserve une grande partie du système ottoman, en partie ce que nous pourrions appeler le système ottoman classique et dans une plus grande mesure le système ottoman réformé du XIXe et du début du XXe siècle. En effet, je dirais que l'héritage ottoman est davantage conservé en Israël que dans l'un ou l'autre des Etats ayant succédé aux Ottomans, certainement plus que dans les Etats balkaniques, beaucoup plus que dans la République turque, et même, à certains égards, plus que dans les Etats arabes ayant succédé aux Ottomans.

L'Empire ottoman maintint et, au XIXe siècle, systématisa ce qu'on appelle le système des millet, au sein duquel chaque communauté religieuse vivait sous ses propres chefs, sous ses propres lois, dirigeait sa propre éducation. Dans le cas des Juifs (et c'est la même chose pour les autres), le rabbinat jouissait même du pouvoir juridique d'imposer ses règles. Dans l'Empire ottoman, les Juifs pouvaient être punis d'emprisonnement, d'amendes ou de flagellation, pour des infractions à la loi rabbinique, par exemple, profaner le Shabbat, les règles alimentaires et autres. Ce système comporte un élément très important, parfois connu comme la loi du statut personnel, c'est à dire, principalement le mariage, le divorce et l'héritage. Dans l'Empire ottoman, c'était entièrement le domaine réservé des communautés religieuses. Vous pouviez avoir dans la même rue, vivant côte à côte, des musulmans, des chrétiens et des Juifs. Les musulmans étaient autorisés à pratiquer la polygamie et le concubinage ; les Juifs étaient autorisés à pratiquer la polygamie mais pas le concubinage ; il était interdit aux chrétiens de pratiquer l'une ou l'autre, et les chrétiens sous l'Empire Ottoman pouvaient être sévèrement punis, par l'autorité du prêtre, pour avoir fait des choses qui étaient parfaitement légales pour la communauté majoritaire et dominante de l'Empire.

On voit la survie des pratiques ottomanes dans cet Etat moderne qu'est Israël, même dans la tenue. Je n'ai cessé d'être frappé par la pratique de certains rabbins israéliens qui consiste à porter le costume d'un fonctionnaire ottoman de rang intermédiaire de la fin du XIXe siècle."

mardi 24 juin 2014

François Mitterrand, Gabriel Matzneff et le GRECE d'Alain de Benoist

Anne-Marie Duranton-Crabol, "La « nouvelle droite » entre printemps et automne (1968-1986)", Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n° 17, janvier-mars 1988, p. 48 :

"Peut-être faut-il mettre au compte de la souplesse un léger regain d'activité, comme si le Groupement [GRECE] avait un peu surmonté la crise du début des années 1980. La reprise en 1983 de la revue doctrinale Etudes et recherches..., abandonnée sept ans auparavant, s'accompagne, à partir de 1985, de la publication du Panorama des idées actuelles, petit fascicule destiné à faire connaître, par voie de comptes rendus, des ouvrages que le GRECE juge utiles, malgré leur faible diffusion. Quant à Matulu, remise en route d'une éphémère revue culturelle des années 1970, sa deuxième livraison, consacrée à Gabriel Matzneff (juillet 1986), a fait quelque bruit, la signature de François Mitterrand y voisinant avec celle d'Alain de Benoist."

vendredi 16 mai 2014

Le peuplement juif de l'Empire ottoman

Nicoară Beldiceanu, "L'organisation de l'Empire ottoman (XIVe-XVe siècles)", in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 134-135 :

"L'Empire ottoman connaît au XVe siècle une population juive qu'on peut diviser en deux selon ses origines :

1) Les Ottomans trouvèrent dans les territoires qu'ils occupèrent un peuplement juif antérieur à leur arrivée. Il s'agissait des juifs de l'ancien Empire byzantin. Des actes mentionnent ainsi l'existence de communautés juives au XVe siècle au Sarukhan, en Crimée, à Gallipoli, à Corinthe, à Salonique et, bien entendu, à Constantinople. En 1488-1489 le fisc ottoman y enregistre 429 feux, soit plus de 2000 juifs.

2) Des juifs qui arrivèrent en grand nombre dans les pays de la Porte provenaient de la péninsule Ibérique après le décret d'expulsion promulgué par les rois catholiques, le 31 mars 1492, de l'Italie du Sud et même des pays germaniques et de Provence. Les recensements ottomans connaissent l'existence d'importantes communautés juives dans tous les centres urbains de quelque notoriété. La ville de Salonique, où plus de 60 % de la population sont israélites, deviendra au XVIe siècle la grande métropole juive de l'Empire ottoman. Les recenseurs impériaux inscrivent l'origine des diverses communautés : Espagne, Portugal, Sicile, Provence, Allemagne, etc. A Andrinople, par exemple, s'établissent des émigrés arrivés d'Espagne, du Portugal, de Sicile et d'Allemagne. Valona est également un centre assez important de peuplement juif ; il constitue 35,84 % de la population au début du XVIe siècle. Il faut savoir qu'à partir du décret d'expulsion, toute ville ottomane comptera un certain nombre de communautés juives venues d'Occident, et cela selon l'importance économique de la localité considérée. La politique favorable de la Porte envers l'émigration juive trouve probablement une explication dans la volonté du sultan de combattre le rôle économique de l'élément arménien, mais surtout grec, les Grecs rêvant de secouer l'emprise de l'Etat ottoman."

Les Juifs et la police ottomane sous le sultan Abdülhamit II

Noémi Lévy-Aksu, Ordre et désordres dans l'Istanbul ottomane (1879-1909), Paris, Karthala, 2012 :

"Au vu des listes de policiers conservées dans les archives, la très grande majorité des agents était sans surprise musulmane. Cependant, comme dans la plupart des institutions de l'époque, les non musulmans étaient aussi représentés dans la police. L'exemple le mieux documenté est fourni par Rafael Chikurel, commissaire de police à Izmir à l'époque hamidienne, qui relate son expérience professionnelle dans des mémoires écrits en 1911. L'auteur y mentionne à plusieurs reprises l'obstacle à son ascension professionnelle que constituait son appartenance ethno-confessionnelle. Cependant, celle-ci apparaît aussi comme une ressource lorsqu'il est confronté aux accusations de la communauté arménienne d'Izmir après la révolution jeune-turque. C'est une délégation de notables juifs qui obtient sa libération auprès du comité jeune-turc local.

Les compétences linguistiques des non musulmans semblent avoir été particulièrement recherchées pour certains postes dans l'institution, notamment le service des passeports. Ainsi, la fiche professionnelle de Rafael Chikurel, responsable de la police des passeports d'Izmir, précise qu'il avait effectué ses études à l'école de l'Alliance israélite universelle et qu'il lisait et comprenait le turc, le grec, l'espagnol, l'italien, le français, et que l'anglais lui était familier." (p. 152)

"On peut cependant observer une vigilance particulière des autorités dans certains quartiers de la ville, où les différentes communautés étaient particulièrement imbriquées, tels Fener et Balat ou Hasköy, situés sur les deux rives de la Corne d'or. Les responsables religieux y apparaissent comme des relais privilégiés des forces de l'ordre dans la prévention et la résolution des conflits. Ainsi plusieurs documents des archives ottomanes appellent les patriarches grecs et arméniens à veiller à ce que les fêtes de Pâques ne soient pas l'occasion d'attaques contre les sujets juifs de la capitale. Comme pour les coups de feu, l'adresse par le patriarche de consignes destinées à être lues pendant le prêche dans toutes les églises de la ville constitue le moyen privilégié de rappeler les fidèles à leurs devoirs. (...)

Outre ces mesures préventives, les responsables religieux étaient également conduits à intervenir pour apaiser la population lors de conflits. C'est notamment le cas en juin 1881, lorsqu'un commissaire de police de Fener alerte sa tutelle sur un libelle signé par des sujets arméniens et grecs du quartier de Balat contre la communauté juive. L'affaire éclate au grand jour alors que des chrétiens tentent de persuader des musulmans du quartier d'apposer eux aussi leurs sceaux sur le libelle. L'intervention du patriarcat grec, de l'imam du quartier de Balat et d'un commissaire délégué depuis le quartier de Beşiktaş permet de résorber l'affaire tout en mettant en évidence la vigilance de ces différentes autorités pour prévenir le désordre.

Ces exemples soulignent l'influence que conservaient les autorités religieuses dans l'encadrement de leur communauté à la fin du XIXe siècle. Ils mettent aussi en lumière la coopération étroite entre les acteurs religieux et les forces de l'ordre pour la préservation ou le rétablissement de l'ordre. Cette coopération avait des fondements légaux liés aux statuts des différentes communautés et aux relations qu'elles avaient établies avec le pouvoir ottoman dès les premiers siècles de l'empire." (p. 224)

lundi 5 mai 2014

François Mitterrand et la torture en Algérie

Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de Dieu. Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite, Paris, Le Seuil, 1994, p. 214-218 :

"Elu sur le thème de la « paix en Algérie », un mois seulement après la fameuse réception aux tomates dont est victime le président du Conseil, le Front républicain fait voter par l'Assemblée, communistes compris, par 455 voix contre 76, les pouvoirs spéciaux. Désormais, le ministre résident en Algérie, Robert Lacoste, concentre entre ses mains une grande partie des prérogatives de l'exécutif comme du judiciaire.

Une semaine plus tard, le 17 mars 1956, François Mitterrand, garde des Sceaux, publie deux décrets relatifs à l'organisation et au fonctionnement de la justice militaire en Algérie. C'est par ces textes que sera octroyé aux militaires le pouvoir de rendre justice pour assurer « le rétablissement de l'ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire ». Les tribunaux permanents des forces armées (TPFA) sont nés. Une justice d'exception est mise en place : « Article 1er. A dater de la mise en vigueur du présent décret, les juridictions militaires établies en Algérie pourront être saisies, même dans la phase d'instruction, de tous les faits commis postérieurement au 30 octobre 1954 [...]. »

Pour la première fois depuis le régime de Vichy, un ministre de la Justice, suivi par l'ensemble de l'exécutif, accepte d'instaurer un décret qui a un effet rétroactif. Cette disposition est en contradiction avec la tradition du droit français et la Déclaration des droits de l'homme en son article 11. Ces décrets sont à l'origine, à gauche, d'articles et de prises de position publiques très dures contre François Mitterrand. Paul Thibaud constate quelques mois plus tard, dans un article de la revue Esprit intitulé « Comment fonctionne la justice en Algérie », que, « pour la première fois, la République française laisse à la discrétion du pouvoir exécutif toutes les dispositions concernant les libertés des citoyens [...] toute cette organisation a fait la part très belle à l'efficacité : procédures accélérées, jurés combattants, assignations à résidence, tribunal de cassation sur les lieux, tout est fait pour la rapidité ». Tandis que l'intellectuel catholique Henri Marrou dénonce dans les colonnes du Monde, le 5 avril 1956 : « Je ne puis éviter de parler de Gestapo. Partout en Algérie, la chose n'est niée par personne, ont été installés de véritables laboratoires de torture, avec baignoires électriques et tout ce qu'il faut, et cela est une honte pour le pays de la Révolution française et de l'affaire Dreyfus. » Gilles Martinet, combattant infatigable pour l'instauration d'une éthique en politique, se souvient encore aujourd'hui des réflexions du ministre de la Justice de l'époque : « François Mitterrand minimisait la torture, et ça, on l'avait là ! » Le journaliste de Libération Albert-Paul Lentin témoigne, des années plus tard : « Des ordres ont été transmis afin d'obtenir des informations par tous les moyens. Ces ordres se sont propagés oralement du haut en bas de l'armée. Le Haut Commandement a obtenu que jamais un officier ne serait jugé pour une "bavure". C'était une loi non écrite convenue entre Guy Mollet, son ministre de la Justice, Mitterrand, et le Haut Commandement. Je voyais des militaires qui s'en vantaient : "On est couvert, on vous emmerde". » Et il est vrai que durant cette période le travail de la presse ne se fait pas sans peine. François Mitterrand lui-même ne ménage pas ses propos : « Il n'est pas supportable que par voie de presse, d'écrits, de discours ou sous quelque forme que ce soit, [...] un citoyen s'oppose à la nation au risque de la déchirer. » D'autres mettront en pratique ces déclarations : plusieurs journalistes et hommes de plume, comme Claude Bourdet, seront arrêtés.

Le 7 janvier 1957, une ordonnance consacre dans les faits la transmission des pouvoirs de justice aux militaires. Le procureur général d'Alger en est réduit à ne connaître les dossiers que d'après ce que peut en dire la presse. Il s'en émeut et écrit au garde des Sceaux : « La presse constitue actuellement, je le dis à regret, la principale, si ce n'est l'unique source d'information de mon substitut général et de mon parquet d'Alger. » Les militaires savent en effet faire respecter les nouvelles directives. Ainsi, le général Allard signe une circulaire en date du 20 avril 1957 qui prévoit bien que les dossiers en cours d'examen ne doivent pas être « passés à la justice avant que l'autorité militaire ait donné son consentement ». Pierre Vidal-Naquet, dans La Torture dans la République, décrit les effets de ce transfert de pouvoir du judiciaire au militaire : « Les choses étant ce qu'elles étaient, il ne fallait certainement pas s'attendre à ce que la magistrature d'Alger fût capable de mettre fin à la torture. La plupart des victimes ne portaient pas plainte, soit par ignorance ou par mépris des mécanismes locaux, soit par peur des représailles : des enfants furent assassinés parce que leur frère ou leur père avait dénoncé les tortures qu'ils avaient subies. »

Une pratique qui se généralisait à l'ombre d'une justice d'exception et de la démission de l'Etat, que dénoncent ceux qui deviendront pourtant les proches du président, parmi lesquels Robert Badinter. Il se souvient de son sentiment d'alors : « J'ai rompu dans les premiers mois de 1956 avec ce gouvernement, dernier degré de la honte. Le social-molletisme me sortait par les yeux. » L'historien Benjamin Stora a, sur le rôle de François Mitterrand durant ces deux années maudites, un regard sans concession : « 56-57 sont les années les plus dures de la guerre d'Algérie [pour ce qui est de la répression]. Ces années-là sont les grosses casseroles que traîne Mitterrand. Il a toujours été en fait Algérie française, c'est un nationaliste, il a maintenu des liens avec Soustelle et Bidault. »

La mise en place de ces mesures d'exception, de ces « lois scélérates », comme l'écrira Pierre Vidal-Naquet, et la bataille d'Alger vaudront au gouvernement du Front républicain le qualificatif de « gouvernement de la honte ». En ces années 1956-1957, même si l'exécutif refuse de le reconnaître officiellement, la France est en guerre, la justice ne peut être qu'expéditive. En dix-huit mois d'exercice du ministère de la Justice, 44 condamnés à mort seront exécutés. Depuis les tristement célèbres tribunaux d'exception de l'épuration, jamais un tel record n'a été atteint. C'est le 19 juin 1956 que les deux premières exécutions ont lieu. Celles de rebelles. Le message est clairement destiné à apaiser les représentants des Européens d'Algérie qui demandent depuis de longues semaines déjà que les condamnations à mort soient enfin exécutées. Le garde des Sceaux, François Mitterrand, leur donne finalement raison et fait appliquer les décisions de justice. Cette date peut aujourd'hui être qualifiée de capitale quant au déroulement des évènements d'Algérie."

mercredi 30 avril 2014

Le gouvernement Mauroy face aux grévistes de Renault-Flins (1983)

Gaston Defferre (ministre de l'Intérieur), déclaration sur Europe 1, 26 janvier 1983 :

"Il s'agit d'intégristes, de chiites [les grévistes de Renault-Flins]."

Pierre Mauroy, interview à Nord-Eclair, 27 janvier 1983 :

"Les principales difficultés qui demeurent sont posées par des travailleurs immigrés dont je ne méconnais pas les problèmes, mais qui, il faut bien le constater, sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises."

Jean Auroux (ministre délégué auprès du ministre des Affaires sociales), déclaration à Libération, 11 février 1983 :

"Il y a à l'évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits [sociaux] que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n'est pas exclusivement syndicale. Cela étant dit, nous sommes dans un Etat laïc et nous entendons bien que les choses restent ainsi... Je m'opposerai à l'institutionnalisation d'une religion quelle qu'elle soit à l'intérieur du lieu de travail. Je suis contre la religion dans l'entreprise comme je suis contre la politique dans l'entreprise. Lorsque des ouvriers prêtent serment sur le Coran, il y a des données qui sont extrasyndicales."

dimanche 6 avril 2014

Vu d'Israël, le FN n'a rien à voir avec la droite

"Vu d'Israël

Marine, la gauchiste ?


L'historien israélien Zeev Sternhell, spécialiste de l'extrême droite française, trouve Marine Le Pen bien plus modérée que les ténors de la droite de son pays. En octobre 2013, un millier de membres du PS, parmi lesquels des ministres et des dirigeants du parti, se sont réunis à Paris pour débattre du Front national, qui, selon les derniers sondages, semble appelé à accroître considérablement son poids électoral. L'objectif était de parvenir à une meilleure compréhension du phénomène FN. Dans le contexte actuel, il importe de bien comprendre une chose : la droite xénophobe, raciste, fait partie intégrante de la culture européenne et constitue un élément intrinsèque du nationalisme ethnique et culturel de l'Europe. Il faut également savoir que cette droite, qui a vu le jour au XXe siècle, n'est pas simplement la conséquence de la Première Guerre mondiale et des crises qui ont éclaté dans son sillage. Beaucoup de gens se posent aujourd'hui cette inquiétante question : sommes-nous témoins d'un retour aux années 1930 ? Un Israélien qui participait à la conférence n'a pas pu s'empêcher de comparer la situation en Europe avec celle que connaît aujourd'hui Israël. Quand on se risque à un tel parallèle, il est difficile d'échapper à la conclusion que, de tous les pays occidentaux, celui où l'extrême droite est la plus puissante – elle se trouve même au pouvoir – est Israël. Là aussi, la source du problème réside dans la culture, dans le concept de nation en tant que tribu et dans la définition problématique de l'identité juive. Il est encore plus difficile d'échapper à la conclusion que la droite israélienne – du Likoud de Benyamin Nétanyahou au parti Habayit Hayehudi [le Foyer juif, extrême droite] – est beaucoup plus à droite que le Front national de Marine Le Pen. Comparée à la plupart des ministres et députés israéliens, Marine Le Pen apparaît comme une dangereuse gauchiste.

—Zeev Sternhell

Publié le 1er novembre 2013"

Source : Courrier international, n° 1221, 27 mars-2 avril 2014.

lundi 24 mars 2014

Marseille : entente secrète entre Patrick Mennucci (PS) et Stéphane Ravier (FN) ?

Aziz Zemouri, "Marseille : quand le Front national rend service à Mennucci", Le Point, n° 2166, 20 mars 2014 :

"Des bruits désagréables étaient déjà remontés aux oreilles de Jean-Marie Le Pen : le candidat FN aux municipales à Marseille, Stéphane Ravier (photo, à dr.), 44 ans, s’entendrait un peu trop bien avec le chef de file socialiste, Patrick Mennucci. Ils ont tous deux un adversaire commun : Jean-Claude Gaudin. Puis, en décembre dernier, Le Pen découvre dans Le Point (n° 2151) que le groupe FN au conseil régional PACA s'était abstenu lors du vote, en juin 2012, d'une subvention de 90 000 euros à l'Union des familles musulmanes des Bouches-du-Rhône, fondée par la suppléante de Patrick Mennucci. Le Pen, président du groupe FN, mais absent le jour du vote, demande des explications à Ravier. Comment Stéphane Ravier, qui prétend lutter contre ce qu'il appelle l'« islamisation de Marseille », pourrait-il laisser subventionner une organisation communautaire ? Le jeune mariniste nie, dément avoir donné une telle consigne, prétexte une erreur administrative. Le leader d'extrême droite exige donc que Ravier donne toutes ces explications aux lecteurs du Point : « Tu demandes un droit de réponse ! » ordonne-t-il au candidat FN. Un droit de réponse que Le Point attend toujours."

samedi 8 mars 2014

Georges Sauge : de l'extrême droite nationale-catholique et pro-OAS à la gauche mittérrandienne

"Des conventions de cadres de réserve d'inspiration socialiste vont militer pour une "armée nouvelle"", Le Monde, 10 avril 1974 :

"Au sein de la Convention des cadres de réserve pour l'armée nouvelle, seront constitués des groupes d'études sur des sujets particuliers (M. Hernu a cité, à ce propos, la défense opérationnelle du territoire, l'encadrement, la préparation militaire ou l'organisation des armées) et, parmi les directeurs de ces groupes d'études, on relève notamment le nom de M. Georges Sauge, membre du parti socialiste depuis 1971. (...)

Jusqu'en 1952, il [Georges Sauge] suit le R.P. Filières, professeur à l'Institut catholique de Paris et fondateur de "l'Homme nouveau", journal dont il se sépare lorsque l'abbé Richard en assure la direction. A la fin de 1958, il crée le Centre d'études supérieures de psychologie sociale et, entre 1959 et 1961, il crée des comités civiques avec M. Pierre Debray (qui a animé jusqu'en mai 1973 le Rassemblement des silencieux de l'Eglise), organismes qui se veulent "apolitiques" avec un but "uniquement civique de formation et d'action anticommuniste" et qui étaient soutenus par divers groupes d'extrême droite. Hostile au voyage de M. Khrouchtchev en France, en 1960, il est placé en garde à vue et poursuivi pour atteinte à la sûreté de l'État, puis éloigné de Paris "préventivement". Il prononce des conférences à l'Ecole de guerre à Paris et au collège militaire de l'OTAN sur "la stratégie du communisme international", qui n'ont pas été sans influencer certains officiers engagés, alors, dans la guerre d'Algérie et dans l'expérience d'"action psychologique". Hostile au gaullisme, il soutient lors des élections présidentielles de 1965, la candidature de M. Jean Lecanuet, puis au second tour celle de M. François Mitterrand. En octobre 1966, il préconise une entente entre ces deux hommes et, en 1971, après le congrès d'Epinay-sur-Seine, il adhère au nouveau parti socialiste et il est membre de la fédération socialiste des Hauts-de-Seine."

Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de Dieu. Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite, Paris, Le Seuil, 1994, p. 49-51 :

"L'entourage de François Mitterrand s'intéresse avec gourmandise à cette fraction de l'extrême droite [le PFN] qui entend s'opposer au giscardisme naissant. Des contacts seront maintenus jusqu'en 1981. Entre les deux tours de la présidentielle, le candidat socialiste accepte, une nouvelle fois, une invitation à déjeuner du Syndicat de la presse parisienne. Cet organisme rassemble notamment des directeurs de lettres confidentielles proches de l'extrême droite. Ainsi, autour de la table se retrouvent ce jour-là François Brigneau", à l'époque membre du Parti des forces nouvelles, et deux autres témoins. En se rendant à ce déjeuner, François Mitterrand sait déjà qu'il peut compter sur le soutien de Jean-André Faucher, longtemps secrétaire général du SPP, de Roland Gaucher et de Georges Sauge. Ce dernier s'est surtout distingué pendant la guerre d'Algérie : « Il représentait alors l'aile religieuse, catholique fanatique du camp des "ultras", jusqu'à sympathiser avec l'OAS. En fait, ce national-catholicisme considérait la religion chrétienne comme le moyen le plus efficace pour lutter contre les théories subversives et révolutionnaires, en premier lieu le communisme. » En 1946, Georges Sauge a créé un bimensuel, L'Homme nouveau, chaud partisan de l'amnistie des faits de collaboration et en croisade contre « l'infiltration marxiste dans les milieux catholiques ». En 1965, sans rien renier de ses convictions, c'est le même homme qui appelle à voter pour François Mitterrand en expliquant ainsi son choix : « François Mitterrand, pour avoir la liberté compatible avec la haute charge de la magistrature suprême, doit être allégé du handicap communiste par l'apport massif des voix nationales, que celles-ci soient socialistes, radicales ou, comme les nôtres, indépendantes. » Six ans plus tard, il rejoint le Parti socialiste d'Epinay, dans lequel il voit « l'arme la plus efficace pour réduire et venir à bout du péril communiste ». Membre de la commission Armée nouvelle du PS, c'est aussi un proche de Charles Hernu. « En 1974, lors de l'élection présidentielle, nous étions réunis au QG de campagne de François Mitterrand à la tour Montparnasse. Il y avait là des gens de tous les milieux. On en rigole encore, heureusement qu'on n'a pas pris de photo », se souvient avec amusement Georges Sauge."

Georges Sauge, La Lettre d'Information de Georges Sauge, 11 décembre 1965 :

"De Gaulle élu le 19 décembre, le peuple sera pour longtemps dans l'impossibilité de faire entendre sa voix, les options prises en politique étrangère par le chef de l'Etat seront irréversibles. En ce qui concerne la politique intérieure, le régime gaulliste sera fidèle à lui-même : pas de dissolution de la Chambre, stagnation sociale, amnistie aléatoire, ce sera la stabilité du désordre et de l'équivoque.

Nous optons donc pour François Mitterrand. (...)

François Mitterrand, pour avoir la liberté compatible avec la haute charge de la magistrature suprême, doit être allégé du handicap communiste par l'apport massif des voix nationales, que celles-ci soient socialistes, radicales, ou, comme les nôtres, indépendantes.

Mais l'argument politique déterminant en faveur de Mitterrand est le suivant : contrairement à de Gaulle, Mitterrand, au lendemain de son entrée à l'Elysée, dissoudra la Chambre. Les prochaines élections législatives verront donc, face à une gauche forte, certes, un centre nouveau dont la vitalité politique jeune, positive et hardie n'aura rien à craindre du communisme français. Cette force nouvelle permettra au nouveau président de la République d'agir en toute liberté et en toute équité."

vendredi 21 février 2014

La vérité pleine et entière sur le groupe stalinien "Manouchian"

"PROGRAMME, DEPROGRAMME, REPROGRAMME : LE FILM QUI DIVISE L'OPINION SERA DIFFUSE MARDI

Affaire Manouchian : "J'ai vu le film, voici ce que j'en pense"


20 février 1944. Les trois juges militaires allemands reviennent en séance. Leur délibération a duré une demi-heure. Un lieutenant-colonel lit la sentence. L'Arménien Missak Manouchian et vingt-deux de ses camarades, tous communistes, tous membres des F.T.P.-M.O.I. (Main-d'œuvre immigrée), tous étrangers à l'exception de Georges Cloarec et Roger Rouxel, sont condamnés à mort. Le 21 février, à 15 heures, ils seront fusillés après qu'un photographe eut pris, de chacun d'eux, une photo qui servira bientôt à la propagande. Quarante et un ans plus tard, l'« affaire Manouchian » éclate à l'occasion de la décision d'« Antenne 2 » de projeter un film, « Des « terroristes » à la retraite », commandé avant mai 1981 par le p.-d.g. Maurice Ulrich au réalisateur Mosco. Nous avons demandé à notre ami Henri Amouroux, auteur de « la Grande Histoire des Français sous l'Occupation » (Laffont) de nous donner son opinion.

PAR HENRI AMOUROUX
de l'Institut

Cris d'indignation du parti communiste. Articles de l'Humanité qui, confondant volontairement toutes les époques, profitent de l'occasion, non seulement pour faire l'impasse sur le pacte germano-soviétique, mais aussi pour tenter de faire croire que la résistance communiste à Hitler a débuté en septembre 1939. Menaces de Georges Marchais, promettant « des surprises aux téléspectateurs ». Aller-retour, et crise de conscience, de la direction d'Antenne 2 et de la Haute autorité qui programment, déprogramment, reprogramment, s'en remettent à un jury d'honneur pour, presque immédiatement, en récuser le verdict. Accusation contre le parti communiste, soupçonné de vouloir cacher des actes inavouables. Accusation contre l'Elysée (nous sommes en pleine querelle P.S.-P.C.) qui serait intervenu (et c'est vrai, il y a eu intervention) pour que tous les voiles soient, au contraire, déchirés. Feuilletons dans les journaux qui s'efforcent de ressusciter ces difficiles années 43-44, jettent en pâture au lecteur des noms, des pseudos, des témoignages, des affirmations, des réfutations, en oubliant simplement que, plus de quarante années ont passé, et que la majorité des lecteurs n'était pas née en février 1944.

Alors de quoi s'agit-il ? La décision d'Antenne 2 de programmer malgré tout le film le 2 juillet est-elle bonne ? L'indignation du parti communiste est-elle justifiée ?

J'ai vu le film Des « terroristes » à la retraite et je pense connaître l'époque qu'il reconstitue, sans peut-être suffisamment faire comprendre en quoi elle fut terrible pour ceux qui luttaient contre l'occupant. Surtout lorsqu'il s'agissait de juifs (neuf dans le groupe Manouchian) et d'étrangers qui préservaient, plus difficilement que d'autres, leur clandestinité. Il suffisait de les écouter parler...

Et c'est vrai, ils ont des noms difficilement prononçables, les F.T.P. - M.O.I. fusillés le 21 février. Ils s'appellent Wolf Wajsbrot, Szlama Grywacz, Jonas Gedulgig Rayman, mais Wajsbrot a lancé une bombe, le 3 janvier 1943, sur une compagnie allemande, mais Grywacz a dynamité les locaux de la Pariser Zeitung, journal imprimé à l'intention des troupes allemandes, mais Gedulgig a fait sauter l'Hôtel Pierre-de-Serbie, mais Rayman a tué Ritter, responsable de la déportation de la main-d'oeuvre française. Entre autres attentats...

Ce sont, presque tous, de jeunes hommes. Et, presque tous, des hommes dont les parents ont été arrêtés au cours de la grande rafle de juillet 1942. Ont été déportés. Sont morts. A la fin du film de Mosco, l'un des rescapés juifs d'un groupe F.T.P.-M.O.I. énumère ceux de sa famille qui ont disparu dans les camps. Il dit : « Mon frère, ma mère, mes deux sœurs, mon oncle, ma tante, un petit cousin de deux ans. »

Et je crois que c'est l'un des instants les plus forts d'un film trop long sans doute, un peu confus, presque pour initiés, que tout le tohu-bohu journalistique et politique va transformer en film grand public.

Lorsque l'homme dit : « Mon frère, ma mère, mes deux sœurs... » on comprend la haine qui l'animait. Lors du procès, Wasjbrot dira au lieutenant-colonel qui l'interroge, et sa réponse sera publiée par les journaux de l'époque, car les occupants ont décidé de donner le maximum de publicité à une affaire de terrorisme.

« Il est normal que les juifs combattent les Allemands puisque les Allemands nous combattent. »


On comprend également que ces déracinés, sans liens sentimentaux avec le pays d'accueil, ces hommes aux familles dévastées ou encore ces révolutionnaires dans l'âme (« Je rappelle au tribunal mon impossibilité de vivre sans lutter contre la force armée allemande », dira Rayman) soient volontaires pour toutes les missions, comme ils sont sans illusions sur le sort qui les attend en cas de capture.

Le parti communiste va les prendre en main, les encadrer, en faire non son unique, mais sa plus efficace « force de frappe ». Opposé aux consignes de De Gaulle qui après les premiers attentats de l'automne de 1941 et les premières exécutions d'otages, a demandé que l'on ne tue pas encore d'Allemands, le parti a, en effet, depuis longtemps enclenché le cycle attentats-représailles-attentats. Pour soulager quelque peu l'armée soviétique en retenant en France un certain nombre d'unités allemandes ; pour faire régner un climat d'insécurité chez les « collaborateurs » et aussi, car il ne faut pas être dupe, pour prendre des options politiques sur l'avenir.

Tout au long des années 1942-1944, des étrangers regroupés dans le cadre de la Main-d'œuvre immigrée, mouvement créé en 1942 par le parti communiste, afin d'encadrer les antifascistes italiens, les juifs et les communistes allemands, roumains, hongrois, polonais, puis après la victoire franquiste, les Espagnols de l'armée républicaine battue et les anciens des Brigades internationales, seront donc parmi les partisans les plus actifs. Ils sont répartis en « détachements » d'une trentaine d'hommes : le premier est hongrois, le deuxième est juif polonais, le troisième italien, le quatrième espagnol.

Missak Manouchian a la responsabilité de ces quatre détachements opérant sur Paris et sa banlieue.

Après le procès et l'exécution lorsque les Allemands publieront, à quinze mille exemplaires, l'affiche : Les libérateurs. La libération par l'armée du crime, affiche, qui deviendra, en partie grâce au poème d'Aragon, l'Affiche rouge, il sera désigné comme le chef. « Manouchian, Arménien, chef de bande. Cinquante-six attentats. Cent cinquante mort, six cents blessés. » "

Source : Le Figaro Magazine, 29 juin 1985.

mardi 18 février 2014

La France mittérrandienne, terre d'asile pour les terroristes d'extrême droite et d'extrême gauche européens

"M. Mila Rodriguez a été inculpé de recel de faux papiers", Le Monde, 1er août 1981 :

"Le militant espagnol d'extrême droite Ernesto Mila Rodriguez, arrêté mercredi 22 juillet à Paris (le Monde du 24 juillet) et un temps soupçonné d'être l'un des responsables de l'attentat de la rue Copernic (le Monde daté 26-27 juillet), a été condamné, samedi 25 juillet, par la seizième chambre correctionnelle de Paris, sur saisine directe, à six mois d'emprisonnement, dont trois avec sursis, pour recel de documents administratifs falsifiés. Il avait été déféré au parquet du tribunal de Paris après que la Cour de sûreté de l'Etat eut mis un terme à sa garde à vue, estimant valable son alibi dans l'affaire Copernic.

La militante d'extrême droite italienne Cecilia Marvulli, qui a été interpellée mercredi 22 juillet en même temps que M. Mila Rodriguez, fait désormais l'objet d'une demande d'extradition de la part des autorités italiennes. Elle est accusée de complicité dans le meurtre, le 11 mars 1980, de Martino Traversa, dix-neuf ans, animateur d'une radio libre à Bari. Son époux, accusé dans la même affaire, Stefano di Cagno, est détenu à Fleury-Mérogis, où il fait depuis le 9 juillet une grève de la faim pour obtenir l'asile politique et protester contre l'avis favorable donné à son extradition, le 8 juillet, par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris."

"Un extrémiste de droite italien demande l'asile politique", Le Monde, 22 août 1981 :


"M. Stefano di Cagno, vingt et un ans, militant italien d'extrême droite, actuellement détenu à la prison de Fleury-Mérogis, a demandé, jeudi 20 août, l'asile politique au président de la République et au garde des sceaux. M. di Cagno avait entrepris, jeudi 9 juillet, une grève de la faim (le Monde du 22 juillet), pour protester contre l'avis favorable d'extradition rendu la veille par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris.

La justice italienne, qui demande l'extradition de M. di Cagno, l'accuse d'avoir participé le 11 mars 1980 au meurtre de Martino Traversa, dix-neuf ans, animateur d'une radio libre à Bari (Pouilles). Le gouvernement français n'a pas encore pris de décision sur le sort de M. di Cagno. Ce dernier, qui proteste de son innocence demande à voir sa compagne, Mlle Cecilia Marvulli, vingt et un ans, enceinte de sept mois, interpellée à Paris mercredi 22 juillet, en même temps que M. Mila Rodriguez, Espagnol d'extrême droite, un moment soupçonné d'avoir participé à l'attentat de la rue Copernic (le Monde daté 26-27 juillet). Mlle Marvulli, qui fait également l'objet d'une demande d'extradition de la justice italienne, est actuellement écrouée à la prison de Fleury-Mérogis."

Bertrand Le Gendre, "La plupart des militants réclamés par l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie ont été libérés", Le Monde, 3 novembre 1981 :


"A une exception près, aucune extradition de militant politique n'a eu lieu depuis le changement de majorité (1). D'abord incrédules, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne se sont rendues à l'évidence. La quinzaine de militants qu'elles réclamaient au total ont retrouvé la liberté, hormis trois Basques espagnols qui devraient bientôt connaître le même sort.

Aucun refus d'extradition n'a encore été officiellement notifié à ces trois pays, mais le fait est là : le gouvernement s'en tient scrupuleusement à la position affirmée par M. Mauroy au printemps dernier : la France entend redevenir une terre d'asile.

Les remous suscités en Espagne par cette attitude se sont apaisés. Il est vrai que la vague d'attentats qui avait suivi le putsch manqué du 23 février s'est calmée. Depuis trois mois l'ETA militaire observe un semblant de trêve que seul l'assassinat récent d'un garde civil est venu troubler.

La position du gouvernement français n'est pas confortable pour autant. Les accusations de servir de base arrière aux terroristes peuvent resurgir un jour ou l'autre, surtout si la police mettait la main sur l'un des militants activement recherchés, qui ont trouvé refuge en France. Par exemple, Inge Viet, l'une des principales figures de l'extrême gauche ouest-allemande, qui, après avoir gravement blessé un policier parisien en août dernier, a réussi à prendre la fuite. (...)

Le refus de la France d'extrader les militants politiques a conduit le gouvernement à les mettre peu à peu en liberté, une fois purgées les peines auxquelles ils avaient été condamnés pour des délits commis sur le territoire français (le plus souvent détention d'armes et participation à une association étrangère non autorisée). Cela allait de soi pour ceux dont la justice française avait refusé l'extradition, mais la question se posait pour les autres, plus nombreux, qui avaient fait l'objet d'un avis contraire. Finalement le gouvernement a estimé qu'il était difficile de les maintenir en prison, des lors que la décision de ne pas les livrer à leur pays était prise et que la justice française n'avait plus rien à reprocher. (...)

(1) Cette exception concerne Stefano di Cagno, un militant d'extrême droite réclamé par l'Italie pour un vol à main armée. Comme la justice, le gouvernement français a estimé que ce vol n'avait aucun lien avec les activités politiques de l'intéressé."

Bertrand Le Gendre, "Le gouvernement veut modifier la loi sur l'extradition : Les retombées du droit d'asile", Le Monde, 23 février 1982 :

"La France veut être une terre d'asile. Ce principe, proclamé au mois de juin par M. Pierre Mauroy, n'a guère souffert jusqu'ici d'exception. Mais cette position est difficile à tenir. A plusieurs reprises, on a frôlé l'incident diplomatique, parce que le droit français s'accorde mal avec la nouvelle politique d'extradition. D'où le projet, caressé par M. Badinter, de changer la loi.

Cette loi est telle que, lorsqu'une chambre d'accusation donne un avis favorable à une demande d'extradition, le gouvernement se trouve dans une fâcheuse posture. Il lui faut à la fois passer outre une décision de justice et opposer une fin de non-recevoir au pays concerné. Rien ne s'y oppose juridiquement, mais la situation n'est guère confortable. Pris entre le marteau et l'enclume, fi a jusqu'ici tenu bon. Aucun Basque, réclamé par Madrid, n'a été extradé, malgré un concert de protestations des Espagnols rarement entendu jusqu'ici.

Le gouvernement français admet néanmoins avoir commis une faute en donnant son feu vert à l'extradition d'un néo-fasciste italien. Dans cette affaire, le premier ministre s'était rangé aux arguments de la justice française, qui avait estimé que ce militant avait agi pour des motifs de droit commun. Mais, après un examen plus approfondi du dossier, le gouvernement reconnaît aujourd'hui qu'il aurait dû, comme pour les Basques, s'opposer à cette extradition. Les grands principes doivent être respectés, quelle que soit la couleur politique de ceux qui en bénéficient. Cette autocritique ayant été faite, le gouvernement s'apprête à refuser de livrer à l'Italie une autre militante réclamée par son pays, néo-fasciste elle aussi."

Jean-Marie Le Pen et Guy Mollet

Jean-Marie Le Pen, cité par Le Monde, 6 octobre 1975 :

"Avec Guy Mollet disparait un représentant du socialisme français héritier de Jean Jaurès et de Léon Blum. Homme de parti, il fut un militant et un dirigeant politique souvent sectaire, mais l'indéniable patriotisme dont il fit preuve au pouvoir, sa sincérité et son intégrité, son hostilité foncière au communisme, justifient que nous saluions sa mémoire."

Le nationalisme de la SFIO dans les années 50

Patrice Buffotot, "Le Parti socialiste S.F.I.O. et l'Internationale socialiste (1944-1969)", in Hugues Portelli (dir.), L'Internationale socialiste, Paris, Editions ouvrières, 1983, p. 95-97 :

"La politique algérienne et l'expédition de Suez du gouvernement Mollet font ressurgir chez le parti Socialiste son « nationalisme » et son rêve de grande puissance pour la France. Il se trouve alors en conflit avec l'I.S. qui émet de sérieuses réserves sur sa politique « coloniale » en Algérie. (...)

La politique algérienne de la S.F.I.O. est mise en accusation au sein de l'I.S. au Congrès de Vienne les 2-6 juillet 1957. Une mise en garde est adressée au parti socialiste S.F.I.O., lui rappelant qu'il a adopté lors du premier congrès de Francfort-sur-le-Main en juin 1951 la déclaration sur « les buts et tâches du socialisme démocratique ». Face aux accusations portées contre sa politique, la S.F.I.O. contre attaque en expliquant que l'I.S. est mal informée et propose l'envoi d'une mission d'information en Algérie, proposition adoptée immédiatement par le Congrès.

C'est le Bureau de l'I.S. du 10 octobre 1957 à Londres qui fixe les objectifs à la mission d'information de l'I.S. en Algérie. Le Fact Finding Mission devra étudier la situation en Algérie « du point de vue du socialisme démocratique », faire une « enquête objective et constructive », prendre des contacts avec des personnalités sans jouer les négociateurs et examiner les problèmes économiques et sociaux. Elle fera ensuite un rapport au Bureau et au Conseil. Les membres de cette mission sont au nombre de cinq ; J. Clarck en est leur secrétaire.

La mission se rend donc en Algérie et termine son rapport début février 1958. Le Bureau de l'I.S. du 14 février 1958 décide d'envoyer ce rapport sans les conclusions, aux partis membres et à la presse. Une nouvelle commission, composée de nouveaux membres qui ne sont pas allés en Algérie, doit rédiger de nouvelles conclusions. Le Comité Directeur du parti socialiste S.F.I.O. s'émeut de cette décision qui va donner des armes à la propagande ennemie. « Il fait sienne la protestation de son Secrétaire Général, et demande avec insistance au Bureau de l'I.S. de reconsidérer sa position et de décider la publication intégrale du rapport de la commission de l'I.S. en Algérie, y compris les conclusions tirées par les membres de cette commission ».

Le Conseil National des 15-16 mars 1958 exige la publication des conclusions de la commission d'information en Algérie. Lors du Comité Directeur de la S.F.I.O., la question est de nouveau évoquée. Un participant demande à Guy Mollet pourquoi cette opération est-elle menée par le Labour contre la S.F.I.O. ?

Guy Mollet répond que le Labour cherche à se rapprocher des pays arabes depuis l'affaire de Suez et pense se dédouaner en menant cette opération contre le gouvernement français. Le Bureau de l'I.S. du 29 avril 1958 décide de ne pas publier les conclusions de la commission d'information contre l'avis du parti socialiste S.F.I.O.

Les événements du 13 mai 1958 en Algérie puis l'investiture du général de Gaulle, le 1er juin par l'Assemblée Nationale, vont atténuer cette affaire. L'opposition entre la S.F.I.O. et le Labour ne va pas pour autant s'estomper. Le Comité Directeur du 4 juin donne mandat à sa délégation de s'opposer au vote d'une résolution de l'I.S. sur la France à son prochain conseil des 12 et 14 juin 1958.

Le conseil de l'I.S. condamne officiellement « tous les actes de tortures, de terrorisme, d'intimidation et de suppression des libertés civiques en Algérie » et demande « que soit mis un terme au conflit en Algérie au moyen de négociations pacifiques et sur la base d'une garantie des libertés démocratiques ».

On comprend que le parti socialiste se soit opposé à ce texte ; il a en effet toujours nié l'existence de la torture en Algérie lorsqu'il était au gouvernement. (...)

Certains socialistes, comme Max Lejeune ou Robert Lacoste, font preuve d'un nationalisme virulent. Partisans de l'Algérie française, ils voient en effet dans les ressources en gaz et en pétrole du Sahara, un des moyens pour relancer l'économie française et de permettre à la France de se hisser au rang des grandes puissances, de jouer un rôle mondial en ayant une zone d'influence sur l'Afrique et le bassin méditerranéen."

dimanche 5 janvier 2014

Le jeune François Hollande : un compagnon de route du Parti communiste en pleine époque brejnevienne

René Chiche, "Un provincial à Neuilly", Le Magazine (Lafont Presse), n° 5, avril-mai-juin 2012 :

"Tout en faisant son entrée dans la cour prestigieuse de Sciences Po, où il croisera la fille de Valéry Giscard d'Estaing, la princesse Caroline de Monaco ou son compère du lycée Pasteur, l'acteur Christian Clavier, l'ex-numéro un du Parti Socialiste approfondit ses connaissances en sciences de la politique au contact d'Huguette Debaisieux, une journaliste politique qui se trouve être la mère de Lorène Debaisieux, élève au lycée Saint-James à Neuilly-sur-Seine et amie de François Hollande. Proche de Charles Hernu, l'un des fidèles lieutenants de François Mitterrand qui le nommera ministre de la Défense après sa victoire du 10 mai 1981, Huguette Debaisieux dévoile de nombreux codes et secrets sur les arcanes politiciennes à l'étudiant Hollande qui boit ses paroles et écoute ses conseils avec délectation et concentration. Son choix est fait : il veut s'engager en politique. Mais pour parvenir à ses fins, l'ancien compagnon de Ségolène Royal doit s'appuyer sur un réseau, un club ou une association. Grâce à Christian Clavier, qui ne restera que quelques mois sur les bancs de Sciences Po avant d'aller rejoindre sa bande du Splendid, François Hollande rencontre, au cours de l'automne 1971, Jean-Maurice Ripert, lui aussi ancien élève du lycée Pasteur et étudiant à Sciences Po. Celui qui deviendra un diplomate de haut rang (et conseiller diplomatique de Lionel Jospin quand celui-ci dirigea le gouvernement de cohabitation entre 1997 et 2002) dirige le cercle UEC (Union des Etudiants Communistes) de l'institution de la rue Saint-Guillaume. « Jean-Maurice Ripert est séduit par ce type plein d'enthousiasme et de détermination. Une longue amitié naît ce jour-là. François devient un militant exemplaire de l'UNEF Renouveau, proche du Parti Communiste, toujours prêt à débattre, toujours prêt à perdre cinq minutes pour convaincre un sceptique. Il traîne à la cafétéria pour faire adhérer les récalcitrants. Quand les élections syndicales s'annoncent, il faut désigner une tête de liste, un étudiant pas trop marqué politiquement et qui peut séduire au-delà de son camp. François est tout indiqué. Il n'est pas communiste. Il est « l'idiot utile » ou le compagnon de route. », souligne Serge Raffy." (p. 26)

Martin Leprince, Le roman de la promotion Voltaire, Editions Jacob-Duvernet, 2013 :

"Au lycée Pasteur de Neuilly, où il entre à 15 ans, François se présente déjà comme un sympathisant de l'Union de la gauche, mais ses centres d'intérêts tournent plus volontiers autour des sorties entre copains, du football ou du cinéma. Il franchit le pas de l'engagement au printemps 1971, après avoir intégré Sciences Po Paris. Une période durant laquelle il rencontre un futur camarade de la promotion Voltaire, Jean-Maurice Ripert, présenté par un copain de lycée, le futur comédien Christian Clavier. Ripert, lui, est déjà de plain-pied dans le militantisme. Fils d'un diplomate et d'une sociologue, et lui aussi ancien élève du Lycée Pasteur, Jean-Maurice se revendique comme « gauchiste » lors de son adhésion au PSU, à 15 ans, juste après les manifestations de Mai 68, auxquelles il n'a participé que de loin. Au moment de sa rencontre avec François, Jean-Maurice s'est désormais rapproché de l'Union des étudiants communistes (UEC) de Sciences Po. Les deux garçons deviennent rapidement amis, intègrent le syndicat de l'Unef-Renouveau, au sein duquel ils se révéleront très actifs." (p. 13)

"A la rentrée 1978, les statuts sont déposés et le Caréna devient officiellement un syndicat. En plus de François Hollande et Jean-Maurice Ripert, la section compte en son sein Michel Sapin, Bernard Cottin, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marc Janaillac, Pierre Duquesne, Jean-François Blarel, Pierre-René Lemas, Dominique Villemot et Christian Tardivon, qui en est également le trésorier. Ils sont très vite rejoints par Michel Gagneux, Marie-Josée Palasz, Colette Horel et Sylvie François, qui connaît Hollande depuis Sciences Po. Par la suite, quelques autres élèves adhéreront à leur tour, comme François Morlat. Si François Hollande s'impose dès l'origine comme l'animateur central du Caréna, et en quelque sorte son leader, le véritable penseur de l'organisation reste Jean-Maurice Ripert. Pour la composition de la liste du premier scrutin, les trois premiers candidats doivent symboliquement représenter les principales tendances politiques de la gauche : 1- François Hollande (ancien proche du PCF par son adhésion à l'UNEF-Renouveau), (...)." (p. 78)