vendredi 8 novembre 2013

Le socialiste Robert Badinter et la Serbie rouge-brune de Slobodan Milosevic

Serge Métais, Histoire des Albanais. Des Illyriens à l'indépendance du Kosovo, Paris, Fayard, 2006 :

"C'est seulement à la fin de 1991, alors que l'Union soviétique avait implosé et que la Serbie de Milošević avait montré son impuissance à conserver l'« intégrité territoriale de la Yougoslavie », que les dirigeants de la Communauté européenne adoptèrent les principes de reconnaissance des Etats issus de ces pseudo-fédérations. Cela se fit dans le cadre de la réunion du 16 décembre 1991 du Conseil des ministres de la Communauté européenne et d'une commission ad hoc présidée par le Français Robert Badinter. Les conclusions de cette commission sur la reconnaissance des Etats issus de la Yougoslavie furent présentées le 11 janvier 1992. Elles étaient fondées sur les principes suivants : 1. Seuls des Etats qui avaient auparavant le statut de république pourraient être reconnus comme Etats indépendants ; 2. Aucune modification des frontières des républiques ne serait admise sans l'accord préalable des parties intéressées  ; 3. Les droits civiques des minorités seraient reconnus dans le cadre des nouveaux Etats indépendants conformément au droit international.

Ces principes, appelés en Albanie « principes de Badinter », revenaient à considérer le Kosovo comme un territoire serbe et les Albanais de Serbie comme une minorité. Selon ces principes, la seule chose qu'ils pouvaient demander, c'était le respect des conventions internationales sur les droits de l'homme et des minorités. L'Europe libre leur demandait de consentir à ce sacrifice. Comme en 1938, on abandonnait un peuple pour apaiser la « bête ». On préférait l'injustice au désordre qu'aurait provoqué le mécontentement des Serbes." (p. 359-360)

"François Mitterrand avait dit : « Nous ne ferons jamais la guerre aux Serbes. » Son ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, avait exposé des principes qui faisaient que la Serbie restait souveraine au Kosovo." (p. 372)