jeudi 14 novembre 2013

L'admiration de François Mitterrand pour la RDA rouge-brune

Michel Tournier, Le bonheur en Allemagne, Paris, Maren Sell Editeurs, 2004, p. 65-68 :

"Nous retrouvions un terrain politique quand il [Mitterrand] m'interrogeait sur l'Allemagne de l'Est où je me rendais alors régulièrement. Je ne lui cachais pas que je tenais cet Etat pour une création totalement artificielle, rejeté par la très grande majorité de ses citoyens et qui sombrerait dès que l'URSS cesserait de le porter à bout de bras.

Ces propos étaient ingrats, si l'on considère la faveur avec laquelle j'étais traité de l'autre côté du Mur. On m'avait élu à l'Académie des arts de Berlin-Est, et j'étais sans doute l'un des très rares écrivains occidentaux traduits et diffusés en RDA. Mais c'était une vérité qui crevait les yeux. En revanche, je me rendais mal compte à quel point cette opinion pouvait déplaire à François Mitterrand. Car il appréciait à sa manière l'Allemagne de l'Est. Il redoutait une réunification qui ferait de l'Allemagne un voisin d'une taille et d'une puissance à ses yeux exorbitantes. (...) Il eut deux fois l'occasion de manifester sa sympathie pour la RDA. La première fut la réception qu'il organisa à l'Elysée le jeudi 7 janvier 1988 en l'honneur d'Erich Honecker en visite officielle en France. J'étais invité, mais j'appris au cours de la soirée que c'était de la part de l'ambassade de la RDA à Paris. Honecker et François Mitterrand accueillaient les invités sur le seuil de la salle de réception. Mitterrand me dit : « C'est vous qui m'avez révélé la Prusse. » Il faisait allusion au livre Profils prussiens de Sébastien Haffner préfacé par moi que je lui avais fait envoyer. La quantité et la qualité des invités dénotaient à coup sûr un indiscutable désarroi de la part du chef du protocole. Il y avait de quoi : qui inviter en l'honneur d'Erich Honecker, obscur fonctionnaire de l'appareil communiste ? La réponse avait été : tout le monde. Et en effet il y avait au moins deux cents convives, parmi lesquels on reconnaissait avec étonnement Juliette Gréco, Marcel Marceau, Alain Robbe-Grillet, Georges Moustaki, Gilbert Bécaud, Antoine Vitez, etc., tous se demandant visiblement ce qu'ils étaient venus faire là. (...)

Le second hommage que François Mitterrand devait rendre à la RDA se situa le 6 octobre 1989, lorsque Erich Honecker invita tous ses amis (à commencer par Mikhaïl Gorbatchev) à fêter à Berlin-Est le 40e anniversaire de la RDA. François Mitterrand accomplit ce voyage étrange en une République fissurée de toutes parts dont le naufrage ne faisait plus de doute. Il eut lieu quelques jours plus tard (le 18 octobre) lorsque Egon Krenz remplaça Honecker."

"Biographie d'un ennemi public", Arte Magazine, n° 45, 5-11 novembre 2005, p. 16 :


"Entre la fin des années 70 et le début des années 80, Odfried Hepp fut à la fois le néonazi le plus recherché d’Allemagne, un officier du Front de libération de la Palestine et un informateur de la Stasi. Jan Peter met en scène le témoignage de ce personnage sulfureux.

A 20 ans, Odfried Hepp dirige son propre groupuscule néonazi et organise des attentats contre les troupes américaines stationnées en Allemagne. Puis, sous l’influence de Karl-Heinz Hoffmann, figure de proue de l’extrême droite en RFA, il part au Liban se former au maniement des armes et à la tactique de la guérilla. De retour en Allemagne, il crée une organisation terroriste. A la même époque, il devient un contact pour la Stasi. Pour cet “apôtre de la libération nationale”, les Américains sont en effet l’ennemi numéro un et la RDA peut constituer un allié potentiel. Vivant dans la clandestinité, Hepp n’a cessé de changer d’identité et de visage. Après plusieurs arrestations, il a été condamné en 1986 à dix ans et demi de prison."

mercredi 13 novembre 2013

L'aveuglement de la Mitterrandie face au conflit yougoslave

Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine : faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 375-376 :

"Il est évident que la culture politique unitariste des dirigeants français et britanniques, qui altérait bien souvent leur jugement, ou celle, « intégrationniste », des principaux responsables d'institutions européennes - on pense à Jacques Delors et à Jacques Attali, président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (B.E.R.D.), exprimant tous deux à plusieurs reprises l'opinion selon laquelle la disparition d'une entité multinationale telle que la  Yougoslavie constituait une régression - a joué, au détriment des républiques sécessionnistes et en faveur des Serbes, considérés (à tort) comme les défenseurs de la Yougoslavie, un rôle non négligeable. (...)

« Je n'oublie pas », avait déclaré François Mitterrand en 1992, « les liens historiques de la Serbie et de la France, ni leur solidarité lors des deux guerres mondiales ». On peut se demander si la position de François Mitterrand face à la crise yougoslave, face aussi à la réunification allemande qu'il n'avait pas prévue et qu'il n'avait pas voulue2, ne relevait pas d'un attachement viscéral à certaines idées de sa jeunesse : l'extrême-droite française à laquelle il avait appartenu, comme le révéla Pierre Péan dans un livre qui donna lieu à un débat public passionné en septembre 19943, militait dans l'entre-deux-guerres pour la perpétuation de l'ordre de Versailles dont la Yougoslavie était partie prenante. Peut-être cette position n'était-elle, plus simplement, que le reflet d'une peur du changement4 assortie d'un manque total d'imagination, qui ont fait dire à Stanley Hoffmann « qu'après la chute de l'Empire soviétique, de Gaulle aurait cherché à exploiter les circonstances de façon plus audacieuse et dynamique que Mitterrand - particulièrement à l'égard de l'Europe du Centre et de l'Est, et de la Yougoslavie ». (...)

2. Sa rencontre avec Mikhaïl Gorbatchev, le 6 décembre 1989, et sa visite en R.D.A. les 20 et 21 décembre de la même année, destinée à conforter la légitimité internationale d'un Etat est-allemand déliquescent, ne tendaient-elles pas à empêcher ou retarder cette réunification et le départ des troupes étrangères d'Allemagne ? (Claire Tréan, « Une malencontreuse réécriture de François Mitterrand sur l'unification allemande », in Le Monde, 24 avril 1996, et Daniel Vernet, « Les réserves de François Mitterrand sur l'unification allemande », in Le Monde, 4 mai 1996)

3. Une jeunesse française. François Mitterrand, 1934-1947, Paris, Fayard, 1994.

4. François Mitterrand fit part aux dirigeants est-allemands de sa préoccupation devant les événements qui « portent en eux le risque de détruire l'ordre existant en Europe depuis quarante ans » (Daniel Vernet, « Les réserves de François Mitterrand sur l'unification allemande », op. cit.)."

Serge Métais, Histoire des Albanais. Des Illyriens à l'indépendance du Kosovo, Paris, Fayard, 2006, p. 383 :

"Du côté français, la volonté de coopérer avec les Etats-Unis fut affirmée dès l'élection du nouveau président. Contrairement à Mitterrand, Chirac n'excluait pas l'option militaire. A cela s'ajouta la création de la Force de réaction rapide, en juin 1995 ; puis la décision, en juillet, suite au massacre de Srebrenica, de ne plus subordonner une intervention militaire de l'OTAN à une autorisation des Nations unies. Le résultat fut Dayton. On ne saurait dire que ce fut un résultat heureux tant le gâchis accumulé fut immense."

François Mitterrand, déclaration le 21 janvier 1990, cité par Jacques Attali dans Verbatim III, 1988-1991, Paris, Fayard, 1995 :

"Quel désordre ! Il n’y a que les Serbes de sérieux dans ce pays (...). Kohl va encore me parler de ses amis croates."

François Mitterrand, directive en Conseil des ministres, 7 août 1991, cité par Roland Dumas dans Le Fil et la pelote. Mémoires, Paris, Plon, 1996, p. 354 :

"Nous ne devons pas négliger de tenir compte des amitiés traditionnelles. Pour nous, comme pour les Russes, c’est la Serbie. La Slovénie et la Croatie sont plutôt tournées vers les Germains."

François Mitterrand, interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, 14 décembre 1991 :

"Vous me demandez qui est l'agresseur et qui est l'agressé ? Je suis incapable de vous le dire. Ce que je sais c'est que l'histoire de la Serbie et de la Croatie, depuis déjà longtemps, est remplie de drames de ce genre. Notamment, lors de la dernière guerre mondiale, les Serbes ont eu beaucoup de personnes tuées dans des camps croates. Vous savez que la Croatie faisait partie du bloc nazi et pas la Serbie."

François Mitterrand, déclaration le 25 janvier 1993, cité par Bernard-Henri Lévy dans Le Lys et la Cendre, Paris, Grasset, 1999 :

"Moi vivant, jamais, vous m’entendez bien : jamais, la France ne fera la guerre à la Serbie."

François Mitterrand, cité par Laure Adler dans L'année des adieux, Paris, J'ai lu, 1996, p. 77 :

"J'aime les Serbes, oui et alors ? Pendant les deux guerres, comment oublier leur courage ? Ce sont les Croates qui ont opprimé sept cent mille Serbes."

"Julliard n'est qu'un enragé catholique qui a épousé la querelle des Croates. Les Croates, c'est le Vatican. Les Allemands et le Vatican ont fait une campagne pro-croate. Mon but à moi a toujours été de sauver les musulmans bosniaques, qui, hélas, contribuent eux-mêmes à leur propre malheur."

vendredi 8 novembre 2013

Le socialiste Robert Badinter et la Serbie rouge-brune de Slobodan Milosevic

Serge Métais, Histoire des Albanais. Des Illyriens à l'indépendance du Kosovo, Paris, Fayard, 2006 :

"C'est seulement à la fin de 1991, alors que l'Union soviétique avait implosé et que la Serbie de Milošević avait montré son impuissance à conserver l'« intégrité territoriale de la Yougoslavie », que les dirigeants de la Communauté européenne adoptèrent les principes de reconnaissance des Etats issus de ces pseudo-fédérations. Cela se fit dans le cadre de la réunion du 16 décembre 1991 du Conseil des ministres de la Communauté européenne et d'une commission ad hoc présidée par le Français Robert Badinter. Les conclusions de cette commission sur la reconnaissance des Etats issus de la Yougoslavie furent présentées le 11 janvier 1992. Elles étaient fondées sur les principes suivants : 1. Seuls des Etats qui avaient auparavant le statut de république pourraient être reconnus comme Etats indépendants ; 2. Aucune modification des frontières des républiques ne serait admise sans l'accord préalable des parties intéressées  ; 3. Les droits civiques des minorités seraient reconnus dans le cadre des nouveaux Etats indépendants conformément au droit international.

Ces principes, appelés en Albanie « principes de Badinter », revenaient à considérer le Kosovo comme un territoire serbe et les Albanais de Serbie comme une minorité. Selon ces principes, la seule chose qu'ils pouvaient demander, c'était le respect des conventions internationales sur les droits de l'homme et des minorités. L'Europe libre leur demandait de consentir à ce sacrifice. Comme en 1938, on abandonnait un peuple pour apaiser la « bête ». On préférait l'injustice au désordre qu'aurait provoqué le mécontentement des Serbes." (p. 359-360)

"François Mitterrand avait dit : « Nous ne ferons jamais la guerre aux Serbes. » Son ancien ministre de la Justice, Robert Badinter, avait exposé des principes qui faisaient que la Serbie restait souveraine au Kosovo." (p. 372)

dimanche 3 novembre 2013

Elsa Vassent : de Terra Nova au FN

Aziz Zemouri, "Les méthodes douteuses de l'égérie de la dédiabolisation du FN", Lepoint.fr, 25 octobre 2013 :

"L'égérie de la dédiabolisation du FN [Elsa Vassent], héroïne d'un reportage au 20 heures de France 2 le 14 octobre dernier, est déjà dans la tourmente. Outre ses responsabilités au FNJ, elle est candidate aux élections municipales à Houilles (Yvelines) et ancienne chargée du développement à la fondation Terra Nova, un think tank proche du Parti socialiste. La jeune femme de 29 ans, diplômée de Sciences po, a réussi à s'imposer au Front national en à peine un an et demi."