vendredi 18 octobre 2013

La poursuite de la collusion FN-PS en 2012

Tugdual Denis, "Comment le PS du Vaucluse a sciemment fait élire Marion Maréchal-Le Pen", Lexpress.fr, 28 mai 2013 :

"Une bombe est sur le point d'exploser au PS : des socialistes ont directement contribué à l'élection de Marion Maréchal-Le Pen à l'Assemblée nationale , en juin 2012. Dans la 3e circonscription du Vaucluse, la candidate du PS Catherine Arkilovitch, arrivée au premier tour en troisième position derrière l'UMP et le FN, s'était maintenue, malgré les injonctions de la première secrétaire de l'époque, Martine Aubry. C'est par l'entourage du président socialiste du conseil général du Vaucluse que Catherine Arkilovitch a été poussée à ne pas faire de front républicain. 

Un an après les faits, la thèse d'un deal entre le PS et le FN est désormais défendue par des socialistes repentis. Il y aurait eu échange de bons procédés : le maintien de la socialiste dans la circonscription de Marion Le Pen contre le maintien de la candidate FN dans la circonscription voisine, la 5e du Vaucluse, où le socialiste Jean-François Lovisolo avait besoin de la présence du FN au second tour pour l'emporter face à l'UMP.

En juin 2012, Patrice Lorello était le premier secrétaire de la fédération PS du Vaucluse. Aujourd'hui, il raconte : "Le lundi qui suit le premier tour, en début d'après-midi, je reçois un coup de fil de Claude Haut, le président du conseil général. Il me dit : ''Il faut prendre la décision du maintien à la réunion de la fédération ce soir. Et il faut que la réunion se termine avant 19 heures, afin qu'Arkilovitch puisse annoncer qu'elle va au second tour avec le soutien de la fédération."

Ce lundi 11 juin 2012, vers 17 heures, Lorello reçoit un deuxième appel, plus intrigant encore : il émane du responsable du local de campagne du candidat PS Jean-François Lovisolo. Qui lui confie : "Des gens du FN sont passés et ils menacent de faire retirer leur candidate, Martine Furioli, dans la 5e, si Arkilovitch se désiste dans la 3e."

Un dernier coup de téléphone ponctue l'après-midi de Patrice Lorello : "Vers 18 heures, j'ai directement notre candidat de la 5e, Lovisolo, qui me dit qu'il faut se maintenir dans la 3e, sans quoi le FN va retirer sa candidate dans la 5e." (...)

Le lundi soir, Catherine Arkilovitch annonce, lors d'une conférence de presse, qu'elle persiste à se maintenir, en dépit des consignes venues du PS national. Le lendemain, son suppléant démissionne. Il raconte aujourd'hui les pressions reçues à l'époque : "Un militant proche du conseil général m'a dit 'Si vous vous retirez, vous ferez perdre un camarade ailleurs'.'' On m'a également promis des opportunités professionnelles au conseil général si j'accompagnais Catherine Arkilovitch jusqu'au second tour." Mais le suppléant jette l'éponge. Le 12 juin, à 21h17, Martine Aubry lui laisse un message : "Bonsoir, je t'appelais pour te remercier. J'ai beaucoup parlé avec Catherine [Arkilovitch]... Quels que soient le travail fait et la difficulté de retirer une candidature, je pense qu'on ne peut pas taper la droite et ne pas faire ce geste-là. Merci encore."

Le 17 juin, Marion Maréchal-Le Pen est élue députée du Vaucluse avec 42,09% des voix contre 35,8% au candidat UMP Jean-Michel Ferrand et 22,08% à Catherine Arkilovitch.

Le déroulé de cet entre-deux-tours a fait naître des soupçons. L'antenne vauclusienne du think-tank Terra Nova a récemment rédigé une note de sept pages. Surtout, le siège parisien du PS s'est décidé à mener une enquête. Le 21 mars 2013, une mission d'information se rend à Avignon. Dans d'étranges conditions: à la gare TGV d'Avignon, Marc Mancel et Pascal Jailloux, les deux responsables de la mission, sont accueillis par le trésorier de la fédération PS du Vaucluse. Il s'appelle Yannig Joubrel et travaille comme directeur adjoint de cabinet du président du Conseil général. Pendant toute la durée des auditions, il va rester au siège de la fédération pour noter les noms de ceux qui apportent leur témoignage aux enquêteurs de Solférino.

Marc Mancel, qui rendra ses conclusions à la fin de cette semaine au premier secrétaire Harlem Désir, confie à L'Express : "Plusieurs personnes m'ont décrit un deal. Mais je n'ai pas eu les preuves concrètes. Néanmoins, compte tenu des éléments, mon rapport sera très à charge. Il n'est pas normal, par exemple, que le président socialiste du conseil général ait refusé de prendre Martine Aubry au téléphone pendant toute la semaine de l'entre-deux tours."

Le candidat du PS dans la 5e, Jean-François Lovisolo, que de nombreux témoins ont accusé durant les auditions du 21 mars, ne s'est pas présenté devant les enquêteurs venus de Paris. Contacté par L'Express, il se justifie : "Si j'ai quelque chose à dire à Solférino, je le dis directement là-bas.""