samedi 14 septembre 2013

Dominique Strauss-Kahn accepte d'être le conseiller du gouvernement "rouge-brun" serbe (coalition SNS-SPS-URS)

"Deputy PM confirms two foreign advisers", B92.net, 13 septembre 2013 :

"Le vice-Premier ministre serbe et leader du parti au pouvoir SNS a déclaré à la télévision publique RTS jeudi soir que l'ancien directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn [PS] et l'ancien chancelier autrichien Alfred Gusenbauer [SPÖ] seraient conseillers dans le gouvernement remanié.

Selon Vučić, M. Strauss-Kahn conseillera le ministre des Finances, le Premier ministre, et lui-même et aidera la Serbie à rééchelonner sa dette."

mercredi 11 septembre 2013

Pourquoi la gauche avait besoin du général Pinochet

Jean-François Revel, Les plats de saison : journal de l'année 2000, Paris, Le Seuil, 2001, p. 137-139 :

"Mercredi 3 mai. Deux sons de cloche m'ont rappelé, ces derniers jours, combien la réalité est complexe et les idées toutes faites difficiles à défaire. (...)

L'autre son de cloche me vient de mon ami de jeunesse, le professeur Henri Sarles, l'illustre gastro-entérologue qui avait fait un procès en diffamation à Brigitte Bardot, laquelle l'avait traité de « nazi » parce que ses recherches médicales l'avaient amené à pratiquer la vivisection sur des animaux. Sarles m'écrit une lettre à propos de La Grande Parade. Et parmi les réserves qu'il formule, je cite celle-ci : « ...Vous parlez de Pinochet comme en parlent les gens dans le vent, c'est-à-dire comme un des nombreux atroces dictateurs. Il se trouve que j'ai été invité à faire une série de conférences au Chili au début de sa dictature. J'avais encore une vieille foi de gauche. Je n'aimais pas les dictatures et j'ai d'abord refusé comme j'avais refusé d'aller dans la Grèce des Colonels, en Espagne après la guerre, ou, à deux reprises, en URSS. Mon collègue chilien m'a alors écrit : "Venez et vous verrez que ce que l'on écrit est faux ou exagéré." Après quelques difficultés avec Air France qui m'a illégalement, pour me laisser partir, fait signer une décharge pour le cas où il m'arriverait malheur dans ce "pays fasciste", j'ai trouvé un Santiago détruit par les guérilleros d'Allende (de la faculté de médecine, il ne restait que la carcasse en ciment, toutes les plantes, tous les arbres du jardin botanique avaient été coupés). Les trois à quatre cents gastro-entérologues que j'avais à enseigner (au Chili, un mois d'enseignement postuniversitaire est obligatoire pour tout médecin), de droite ou de gauche, se disaient sans difficultés avec la police. Selon eux à la fin du règne d'Allende, il fallait des cartes pour obtenir le pain quotidien (et la viande exceptionnellement) et les guérilleros faisaient la loi dans la rue. Cette opinion était largement partagée par l'homme de la rue avec qui je discutais la nuit aux "esquinas" où les passants se rassemblent. J'ai fini par me demander si elle était vraie. Comme le Chili a été par la suite un des pays qui se sont développés le plus vite et le mieux, comme le peuple des faubourgs et des campagnes m'a paru beaucoup moins malheureux que, par exemple, en Pologne communiste, que j'ai bien connue ; comme Pinochet a lui-même rétabli la démocratie après des élections honnêtes, je me suis demandé s'il était aussi mauvais qu'on le disait et si le nombre de guérilleros morts après sa prise de pouvoir (plus de trois mille) n'était pas inférieur au nombre de paysans que tuent chaque année les guérilleros marxistes ou maoïstes au Pérou, en Bolivie, en Colombie etc. Ces vues divergentes demanderaient peut-être une enquête actuellement réalisable. »

Ce que je vais répondre à Sarles, c'est que la gauche avait besoin de durcir son portrait de la dictature de Pinochet, au-delà de la sévérité même qu'elle méritait à coup sûr, afin de se fabriquer un monstre fasciste faisant contrepoids au communisme. Elle pouvait ainsi repousser toute critique du communisme en alléguant un danger nazi beaucoup plus grave et la nécessité de reconstituer un front antifasciste en s'alliant avec les communistes.

Pinochet a rendu un beaucoup plus grand service à la gauche internationale qu'à la droite chilienne."

mardi 10 septembre 2013

Les origines de gauche de l'enseignant néo-fasciste François Duprat

Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France : répertoire critique, Lyon, PUL, 1992, p. 80 :

"François Duprat fut un des principaux dirigeants de l'extrême droite française des années 1960-70. Professeur d'histoire, collaborateur ou rédacteur d'une multitude de feuilles françaises ou étrangères, il devint aussi le théoricien du nationalisme révolutionnaire. Issu, selon son ami politique Alain Renault, d'une famille de gauche, il aurait été tenté par le trotskysme dans sa jeunesse 1, adhérant même à l'Union de la gauche socialiste. (...)

1. Cf. Défense de l'Occident, avril-mai 1978."

La part de responsabilité de François Mitterrand dans les exécutions de prisonniers algériens (1956-1957)

Cécile Prieur, "Guerre d'Algérie : François Mitterrand a approuvé plus de trente exécutions de militants du FLN", Le Monde, 31 août 2001 :

"En 1981, François Mitterrand, président de la République, faisait abolir la peine de mort en France. En 1956, François Mitterrand, garde des sceaux, approuvait les premières exécutions capitales de militants du FLN pendant la guerre d'Algérie. Une enquête du Point, à paraître dans ses éditions du 31 août, révèle que l'ancien président, alors ministre de la justice dans le gouvernement de Guy Mollet, ne s'est pas opposé aux premières mises à mort des combattants musulmans. "Sur 45 dossiers d'exécutions lors de son passage Place Vendôme, François Mitterrand ne donne que 7 avis favorables à la grâce (6 autres avis étant manquants)", écrit l'hebdomadaire. Avant la célébration des vingt ans de l'abolition de la peine capitale, le 9 octobre 1981, cette enquête, établie sur des archives inédites du ministère de la justice, constitue un nouvel éclairage accablant sur l'attitude de l'ancien chef de l'Etat pendant la guerre d'Algérie.

Les auteurs de l'enquête, les journalistes François Malye et Philippe Houdart, ont accédé, après dérogation, à l'ancien registre des grâces de la chancellerie - dans lequel figure, à partir de 1950, le nom de l'ensemble des condamnés à mort - ainsi qu'à 141 dossiers de condamnés exécutés. A partir de ces documents, ils ont procédé à un "décompte" des combattants exécutés pendant la guerre d'Algérie, en excluant les musulmans condamnés par des cours d'assises civiles pour des crimes de droit commun, ainsi que les membres de l'OAS. Il ressort de ces dossiers, parfois extrêmement sommaires - "quelques feuillets, deux ou trois bristols griffonnés" -, que 222 militants du FLN auraient été soit guillotinés, soit fusillés entre 1956 et 1962.

Les premières exécutions correspondent au passage de François Mitterrand au ministère de la justice, du 1er février 1956 au 12 juin 1957. Une année charnière de ce qui ne s'appelait pas encore la guerre d'Algérie, où le gouvernement fait voter les "pouvoirs spéciaux" et où la justice civile cède le pas devant la justice militaire. A l'époque, la frange ultra-conservatrice des Français d'Algérie, chauffée à blanc, réclame ouvertement l'exécution des condamnations à mort des combattants pour l'indépendance. Après une période d'hésitation, relatée par l'historienne Sylvie Thénault dans son livre Une drôle de Justice - Les magistrats dans la guerre d'Algérie (éd. La Découverte), le gouvernement Mollet décide de faire appliquer la peine capitale. Le 19 juin 1956, les premiers "rebelles" - Abdelkader Ferradj et Mohamed Ben Zabana - sont conduits à l'échafaud. (...)

De l'avis des historiens, ces exécutions donnent le coup d'envoi des représailles du FLN et signent l'escalade de la violence. De son bureau de la Place Vendôme, à Paris, François Mitterrand ne s'oppose pourtant qu'à très peu d'exécutions. Certes, la décision de gracier un condamné à mort revient, en dernier recours, au président de la République, René Coty. Mais, sous la IVe République, le pouvoir du président est plus honorifique que réel, et les avis du ministre de la justice, comme ceux du ministre de la défense, également consulté, engagent pleinement le gouvernement. Selon Le Point, sur les 45 exécutions qui ont eu lieu pendant son passage à la chancellerie, François Mitterrand a émis sept avis favorables à la grâce - qui n'ont pas été suivis. Six autres avis sont manquants - dont celui sur la condamnation de Fernand Iveton, militant communiste, le seul Européen parmi tous ces condamnés à mort, dont le dossier ne figure pas - ou plus ? - aux archives.

Au final, ce sont donc 32 exécutions auxquelles François Mitterrand ne s'est pas opposé en tant que garde des sceaux. Un simple "avis défavorable au recours" ou "recours à rejeter" signé de sa main suffisait à sceller le sort des condamnés. L'hebdomadaire en publie un fac-similé, où l'on peut reconnaître, comme un testament posthume, son écriture haute et tremblée, si caractéristique de l'ancien président de la République."

François Malye, entretien : "François Mitterrand, un guillotineur en Algérie", Lepoint.fr, 4 novembre 2010 :

"Le virage est pris lorsqu'il devient ministre de la Justice du gouvernement de Guy Mollet, le 2 janvier 1956. Le président du Conseil revient d'Alger où il a été conspué. Cette fois, il est bien décidé à écraser le FLN. La politique va se durcir. Garde des Sceaux, Mitterrand est alors le numéro trois du gouvernement. Au rythme où ceux-ci tombent, c'est bientôt son tour de diriger les affaires du pays, se dit-il. Mais pour rester dans la course, il ne faut pas faire partie des "mous". Il va alors se déclarer favorable, dans la grande majorité des cas, à l'exécution des condamnés à mort qui attendent dans les geôles d'Algérie, contrairement à ses compagnons Pierre Mendès France, Alain Savary ou Gaston Defferre. Le seul autre à approuver les exécutions est Maurice Bourgès-Maunoury, ministre des Armées, en compétition avec Mitterrand pour le poste de président du Conseil."

"On compte 45 guillotinés tandis qu'il occupe les fonctions de garde des Sceaux. Il refusera trente-deux demandes de grâce, en acceptera huit. Cinq avis ne sont pas connus. Retenons que dans 80 % des cas connus, François Mitterrand a refusé la grâce. Contrairement à ce qu'on a pu croire, ces premiers condamnés à mort exécutés de la guerre d'Algérie ne sont pas des poseurs de bombe. Ils ont participé à l'insurrection, mais souvent sans commettre de meurtre. L'un des deux premiers auxquels on a coupé la tête, Abdelkader Ferradj, était un musulman qui avait tenté de mettre le feu à une meule de foin ! Ce n'est qu'après Mitterrand que les poseurs de bombe du FLN d'Alger seront capturés. Avant, les prisonniers sont juste de pauvres types qui n'ont pas fait grand-chose..."

"Jean Daniel le dit très bien dans le documentaire. Très vite, la tutelle morale de Mendès France lui a paru insupportable. Ce Mendès à la conscience pure n'est plus un exemple pour Mitterrand. Mendès France démissionnera en 1956 quand il comprendra que Guy Mollet n'utilise les pouvoirs spéciaux que contre les musulmans et pas contre les Européens d'Algérie. Mitterrand en est soulagé. Mendès France ne reviendra plus jamais au premier plan de la politique. Au fond, Mitterrand s'est arrimé à lui le temps qu'il fallait... S'il approuve la politique de répression, c'est qu'il croit que la guerre peut être gagnée très vite. C'est loin d'être un visionnaire."