lundi 12 août 2013

L'alliance objective Mitterrand-Le Pen : ce qu'il faut savoir

Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de Dieu. Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite, Paris, Le Seuil, 1994, p. 21-31 :

"Sur les conseils de Michel Charasse, François Mitterrand signe, le 22 juin, une réponse écrite à Jean-Marie Le Pen  : « Il est regrettable que le congrès d'un parti soit ignoré par Radio-Télévision. [...] Elle ne saurait méconnaître l'obligation de pluralisme qui lui incombe [...]. L'incident que vous signalez ne devrait donc plus se reproduire. Mais d'ores déjà, je demande à Monsieur le Ministre de la Communication d'appeler l'attention des responsables des sociétés Radio-Télévision sur le manquement dont vous m'avez saisi. » Au cours d'un point de presse organisé peu après Michel Collinot salue, au nom du Front national, la « courtoisie du chef de l'Etat » qui a bien voulu répondre à la missive de Jean-Marie Le Pen. Contrairement, précise-t-il, aux lettres restées sans réponse sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. La presse écrite se fera l'écho discret de cet échange épistolaire. La courtoisie présidentielle se double d'une grande efficacité. Dès le lendemain, mardi 29 juin l'invité du journal du soir de TF1 en direct sur le plateau est... Jean-Marie Le Pen !

Entre la lettre de François Mitterrand et cette interview télévisée, une semaine seulement s'est écoulée. L'Elysée n'a pas perdu de temps. Coup de téléphone à Georges Fillioud. Le ministre de la Communication est chargé de faire passer le message aux présidents de TF1, A2 et FR3, qu'il va bien réunir, comme il le fait régulièrement. L'intervention du chef de l'Etat est justifiée par un laconique  : « Il convient dans souci d'équité de ne pas oublier le Front national. » Chacun enregistre la consigne tout en expliquant l'absence d'invitation faite, jusqu'à ce jour, au leader du Front national par la faible représentativité du parti.

La première chaîne, alors publique, se montre la plus zélée. Son PDG, Jacques Boutet, répercute l'injonction au directeur de la rédaction, Jean-Pierre Guérin. Annik Beauchamps et Alain Chaillou, présentateurs du journal de 23 heures, sont aussitôt convoqués. « Boutet s'est encore aplati, leur dit Guérin résigné, on n'a pas le choix. Il faut interviewer Le Pen. » D'abord interloqués, les deux journalistes répliquent  : « D'accord, mais je te préviens, on va se le payer ! » Annik Beauchamps se souvient de s'être fait imposer la présence du président du Front national : « C'était en fin d'après-midi, Alain Chaillou et moi-même, nous avons reçu l'ordre d'inviter, pour le journal de 23 heures, Jean-Marie Le Pen, et c'était un ordre suffisamment précis pour qu'on soit obligés d'y obéir. »

Avec le recul, Annik Beauchamps et Alain Chaillou expliquent pourquoi ils ont cédé : « Il faut reconnaître qu'à l'époque Le Pen ne faisait peur à personne, il était complètement marginal. Et puis on n'allait pas démissionner pour cela. » Seul à ne pas se souvenir des pressions politiques qui ont entouré cet épisode, Jacques Boutet. Un trou de mémoire que ses fonctions actuelles de président du Conseil supérieur de l'audiovisuel peuvent en partie expliquer.

Dans les couloirs de la Une, c'est la stupeur. Daniel Grand-Clément, rédacteur en chef de la chaîne, vient en effet de découvrir par l'AFP le contenu de la lettre de François Mitterrand. Il tend la dépêche au chef du service politique, Roger-Xavier Lanteri, et éclate  :

« On ne va tout de même pas donner la parole à ces cons-là !
- Mais non, temporise Lanteri, on est journalistes et on ne les invitera que si c'est justifié. »

Tous deux ne savent pas encore que Jean-Marie Le Pen est déjà prévu sur le plateau du dernier journal.

Coïncidence, le direct avec le dirigeant d'extrême droite a lieu le soir d'un mini-remaniement ministériel. Pierre Dreyfus et Nicole Questiaux quittent l'équipe Mauroy. Pierre Bérégovoy, alors secrétaire général de l'Elysée, fait son entrée. Jean-Pierre Chevènement coiffe désormais un vaste ministère de la Recherche et de l'Industrie. Placé de fait en opposant privilégié, Jean-Marie Le Pen commente ce changement à chaud devant les caméras  : « François Mitterrand est un grand manoeuvrier. Avec ce remaniement, il vire large. Cela démontre que le président veut prendre la barre en main dans la tempête qui s'annonce. »

Retour à l'actualité. Le journal roule sur quelques sujets l'étranger, le Liban, puis réapparaît le chef d'extrême droite, introduit par cette question sans détour  :

« Le président est un homme que vous connaissez bien, monsieur Le Pen, puisque vous lui écrivez. Alors, il paraît que vous êtes mécontent de la télévision, qui est pourtant indépendante  ?
- Il n'y a pas de télévision libre en France. Mais plutôt qu'à 23 heures je voudrais parler aux Français soit à midi, soit à 20 heures. Bref, pas quand ils dorment. En tout cas, je vois que cette lettre porte ses fruits. François Mitterrand réussit à se faire obéir. J'espère seulement que je serai réinvité en septembre pour notre grande fête des Bleu-Blanc-Rouge.
- La prochaine fois, monsieur Le Pen, passez-nous un petit coup de fil, ça ira plus vite, lui conseille Alain Chaillou avec ironie.
- Mais c'est ce que je fais et ça ne marche jamais [...]. »

Opération réussie pour Le Pen. En quelques minutes d'interview, il a su évoquer sa « rareté » dans les médias et les démarches nécessaires pour s'y faire inviter. Avec sa faconde et son style rentre-dedans, le président du Front national a surpris. Mieux, il est devenu pour de nombreux journalistes un « bon client ». Roger-Xavier Lanteri, présent sur le plateau, ne s'en cache pas  : « Il a vraiment été très bon, c'était du spectacle. » Un nouveau réflexe apparaît. Sous l'impulsion du pouvoir politique, Jean-Marie Le Pen fait son entrée dans la sphère médiatique. Par la petite porte certes, mais le pas est désormais franchi. Bel exploit pour un homme qui règne sur 1500 militants tout au plus, dont 2 permanents, Michel Collinot et sa femme.

A la radio comme à la télévision, les apparitions du Front national se multiplient. Journal de 13 heures sur TF1 le 7 septembre, journaux de 20 heures sur TF1 et A2 le 19 septembre à l'occasion de la fête des BBR, de nouveau sur la Une le 30 octobre et, enfin, le lendemain, la Deux livre un extrait brut d'un discours de Jean-Marie Le Pen sur la « lutte antimarxiste ».

Autre rendez-vous aussi couru qu'inespéré  : le célèbre « Tribunal des flagrants délires », animé par Claude Villers sur France-Inter. « C'est la première fois que le service public m'offre la possibilité de m'exprimer pendant plus d'une heure », reconnaît d'ailleurs à l'antenne le dirigeant du Front national. Emission mémorable entre toutes. Violent réquisitoire du procureur Desproges, plaidoirie caustique de l'avocat « le plus bas d'Inter », Luis Régo  : l'invité est malmené, on rit de lui, on rit avec lui. Mais, c'est là l'important, Le Pen n'effraie pas.

La série continue au moment des élections municipales de mars 1983. Par deux fois en six semaines, Yves Mourousi convie Jean-Marie Le Pen dans son journal de la mi journée. « Il y a incontestablement un mouvement boule de neige dans une telle succession d'interviews, constate le politologue Roland Cayrol. En résulte un effet structurant dans l'opinion en termes d'image et d'impact électoral. »

Mécontentement social, crispation politique à droite et premières désillusions à gauche feront le reste. Verdict des urnes pour le Front national : 11,3 % des voix en faveur de la liste Le Pen dans le XXe arrondissement de Paris, 9,6 % à Roubaix et 5,9 % à Marseille.

A l'autre bout de l'échiquier politique, la Ligue communiste révolutionnaire d'Alain Krivine et Lutte ouvrière d'Arlette Laguiller n'auront pas la divine surprise d'être propulsés sous les projecteurs au nom du « pluralisme des opinions » . Au fil des ans et de la montée en puissance du Front national, François Mitterrand a vu enfler une vague de suspicion sur sa responsabilité. A ceux qui l'accusent d'avoir mis le feu aux poudres lepénistes, le président répond avec la dernière énergie : « Vous me faites un procès politique ! » A l'occasion, il contre-attaque : « Ma vie et mes actes démentent ce soupçon. La calomnie dévoile un terrible désarroi chez ceux qui s'y adonnent. Quand ils en arrivent là, c'est qu'ils sont perdus, qu'ils le savent et qu'ils perdent la tête. Les mots pour eux n'ont plus de sens. Il ne leur reste plus que l'injure. Plus tard, dès qu'on aura le temps, on prendra pitié d'eux. »

Pourtant, l'hôte de l'Elysée ne réfute ni ses promesses écrites à Jean-Marie Le Pen ni les démarches qui les ont suivies  : « J'ai bien dit aux postes de télévision de le faire venir », reconnaît le président de la République. Et d'argumenter comme en 1982 sur son devoir « de rassembler tous les Français et de veiller au pluralisme ».

Longtemps ignorée, puis objet d'une tentative d'exploitation politique de la part du RPR en 1984, à l'occasion des élections européennes, la lettre de juin 1982 refait surface huit ans plus tard, sur l'initiative de l'organisation d'extrême gauche Reflex. 10 000 tracts sont lâchés dans les rues de Paris le 14 mai 1990, lors de la manifestation nationale de l'après-Carpentras, à laquelle se joint... François Mitterrand !

Quelques semaines plus tard, Philippe Alexandre s'attire les foudres de l'Elysée en évoquant la missive dans sa chronique matinale. Contestant d'abord l'existence même du document, l'Elysée exige un rectificatif sur l'antenne, puis se ravise devant l'évidence. Echange nourri de coups de fil avec le « château », et l'incident est clos.

Lorsqu'on lui demande aujourd'hui s'il a le sentiment de devoir au président de la République ses premières grandes apparitions télévisées d'avant son décollage électoral, Jean-Marie Le Pen répond sans hésiter : « Oui, on peut le dire. »

Au-delà des polémiques, le résultat est là. Défiant toute logique, l'ascension médiatique de Jean-Marie Le Pen a précédé son expansion électorale. La reconnaissance avant la légitimité. Une reconnaissance qui, à la lumière de faits précis, datés, prend racine dans une stratégie politique, celle du président. Celle que Pierre Bérégovoy, encore secrétaire général de l'Elysée en juin 1982, avouera plus tard à Franz-Olivier Giesbert  : « On a tout intérêt à pousser le Front national, il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C'est la chance historique des socialistes. » Une confidence que les proches du président reprennent. Maurice Faure, l'ancien ministre de la IVe et de la Ve République, figure du Sud-Ouest radical, complice du président, confie : « Mitterrand est un fameux connaisseur des rouages de la politique, hein! Les autres ont bien fait ça avec les communistes. Alors, pour le Front national, c'est de bonne guerre... » Paul Quilès, ancien ministre, directeur de la campagne de 1981, doit toute sa carrière à François Mitterrand. Homme à tout faire qui a gravi les échelons de la confiance en un éclair, il entonne lui aussi ce refrain : « Mes réflexions avec lui ont été nombreuses sur le sujet. Elles étaient plus stratégiques que politiques. Mitterrand est assez tacticien pour savoir qu'il faut diviser l'adversaire. »

Bastien Leccia est un mitterrandiste fidèle. II a suivi son ami depuis 1946 dans chacune de ses formations politiques (UDSR, Convention des institutions républicaines, FGDS, PS). Chaque 10 mai, il est convié à l'Elysée pour célébrer avec les « anciens » la victoire de 1981. Lui aussi justifie cette pratique : « Sans Le Pen, la gauche ne serait pas restée au pouvoir pendant dix ans. Mitterrand est un fin tacticien, c'est un champion. C'est une règle, vous savez, diviser l'adversaire. Si vous êtes de gauche, vous ne pouvez qu'être d'accord. » Jean-Marie Le Pen lui-même, s'il ne veut pas accréditer l'idée qu'il doit son ascension à quiconque, reconnaît que François Mitterrand a joué la carte FN et admet ne pas avoir eu à se plaindre de l'Elysée : « On ne peut pas dire que Mitterrand ait été pour nous un président persécuteur. II y a des gens autour de lui et au PS qui s'effraient en me voyant. D'autres disent "On ne va pas le louper, celui-là", et, au lendemain du 10 mai 1981, j'ai eu droit à une vérification fiscale ! »

François Mitterrand a du phénomène Le Pen une vision bien particulière. Le président de la République ne perçoit pas le leader du Front national comme un véritable danger, mais simplement comme un instrument tactique. Lorsque, au coeur de l'hiver 1984, le porte-parole du gouvernement vient à s'inquiéter de la médiatisation croissante de Jean-Marie Le Pen et demande au chef de l'Etat de freiner cette dérive, il s'entend répondre : « Ne vous en faites pas, Le Pen, je le connais, c'est rien, c'est un notable! » En privé, François Mitterrand s'emploie à banaliser le FN : « C'est une force comme les autres. Il ne faut pas avoir peur du Front national », s'est vu un jour rétorquer un Claude Cheysson inquiet. A l'historien Benjamin Stora, qui exposait ses craintes de voir durer le phénomène Le Pen, le président a répondu sèchement : « L'extrême droite, c'est la droite. »

La stratégie du « coup de pouce » n'est pas niée par l'extrême droite. Alexis Arette-Landresse, conseiller régional d'Aquitaine, démissionnaire du Front national en 1993, resté proche de son président, explique : « Le Pen a considéré que ce serait un mur sur lequel il pourrait rebondir. En fait, il y a eu une instrumentalisation mutuelle. Jean-Marie l'a reconnu. Je lui en ai parlé un jour en tête à tête. Ça ne l'a jamais trompé. Il m'a répondu, un peu à la manière de Mitterrand d'ailleurs  : "C'est l'Histoire qui voulait ça". »

La proportionnelle intégrale, instaurée pour les élections législatives de 1986, offre au Front national un groupe parlementaire et l'installe dans la durée. Pour Pascal Perrineau, le changement de mode de scrutin s'inscrit dans la stratégie du président.

« Avec ces élections, on voit bien la gestion du phénomène Le Pen. On attend 1985, après les cantonales, pour donner un débouché politique au Front. C'est, à ce moment-là, l'utilisation du scrutin proportionnel.
- Cela faisait partie des 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981...
- Oui, mais pourquoi attend-il 1985 pour le mettre en oeuvre ? Et pourquoi cet intégrisme dans le choix d'une proportionnelle intégrale ? »

A la même époque, la stratégie présidentielle poursuit un deuxième objectif, complémentaire du premier : après s'être employé à diviser la droite, il s'agit de ressouder un électorat de gauche en déshérence, en favorisant l'émergence d'un pôle antiraciste. L'opération SOS-Racisme commence. Son symbole, la petite main frappée du slogan : « Touche pas à mon pote ! »

« Tout est parti du petit groupe Filoche, tenu par Julien Dray, Didier François, alias "Rocky", et Harlem Désir, explique Benjamin Stora. Ils avaient été très marqués par la Marche des Beurs et se disaient qu'il fallait faire quelque chose. Tous décident d'en parler à leur camarade Jean-Loup Salzmann, dont le père est en poste à l'Elysée. Salzmann en parle au président, qui passe le bébé à Bianco. Et l'affaire est lancée. »

Désormais, tout est piloté de l'Elysée. Jean-Louis Bianco, alors secrétaire général de la présidence de la République, témoigne sans retenue :

« Mon premier contact, c'est Jean-Loup Salzmann. Il m'a dit : "J'ai des amis qui voudraient lancer un mouvement et j'ai même un type pour le diriger, il s'appelle Harlem Désir... Je te jure, c'est son vrai nom!" Je rencontre donc pour la première fois Julien Dray, Rocky, Harlem Désir. On les met en contact avec Pilhan pour la communication. On consulte aussi Marti.
- Pourquoi faire appel à des hommes de marketing ?
- Parce que c'est la plongée dans les sondages. C'est 83-84, les années noires pour le PS. Mitterrand voit à ce moment-là plein de gens, il commence à les écouter et il donne son feu vert... Pilhan les guide, leur dit : "C'est bon, c'est pas bon!" Sauf pour l'emblème, la petite main, ça, c'est Rocky. Vous savez, tous les gens qui sont sortis de ces années-là sont des créations de François Mitterrand : Elisabeth Guigou, même "Juju" et Harlem, bien sûr...
- Et votre rôle concret dans le lancement de SOS ?
- Moi, j'essaie de les aider à trouver des financements des ministères. »

Le ministère de la Culture répond à l'appel avec empressement. Ministre des « fêtes » et des « coups » tous azimuts, Jack Lang ne peut pas manquer une si belle occasion. Tout l'art consiste alors à récupérer le phénomène en se présentant comme l'un de ses inspirateurs : « J'ai participé à la Marche des Beurs en 1983. Plus tard, je réfléchissais à organiser moi-même ou à faire organiser un grand rassemblement. Je les ai vus, je leur ai donné un coup de main. Mais l'idée de la Concorde, c'était moi. J'ai bien versé de l'argent, c'était proprio motu et pas sur ordre. D'ailleurs, au début, je n'ai pas compris quels étaient les fils qui allaient de ce groupe à l'Elysée. »

A ce financement public s'ajoute la manne des fonds dispensés par des industriels proches de François Mitterrand, comme Jean Riboud, PDG de Schlumberger, les frères Seydoux, des Chargeurs réunis, et Pierre Bergé, PDG de la société Yves Saint Laurent.

Le cofondateur de SOS-Racisme, Julien Dray, devenu député socialiste de l'Essonne, conteste tout « calcul machiavélique » de l'Elysée à l'époque et affirme même qu'en 1983-1984 « le PS voit SOS comme une divine surprise car il ne sait pas répondre au FN ».

Quel usage politique François Mitterrand peut-il faire de l'instrument SOS-Racisme ? Pascal Perrineau livre l'analyse suivante : « On se redonne du contenu avec SOS-Racisme. Il y a la solution cynique qui consiste à utiliser le Front national pour diviser la droite et en même temps cela permet de ressaisir les socialistes et les déçus du socialisme en leur redonnant une identité et des valeurs. On se retrouve grâce à un diable xénophobe. François Mitterrand, pour sa part, a toujours privilégié une lecture cynique du Front national. » "