lundi 5 août 2013

Ce que cachent les indignations répétées et scénarisées des partis de gauche : le FN n'a jamais combattu concrètement l'immigration

Romain Rosso, "François Duprat, l'homme qui inventa le Front National", Lexpress.fr, 8 mars 2012 :

"Duprat est ainsi "l'homme qui inventa le Front national". Dans une nébuleuse dominée par ses démons groupusculaires, le leader des Groupes nationalistes révolutionnaires est l'un des rares à élaborer une pensée stratégique et unitaire. Son apport au changement doctrinal du FN, dont il est membre du bureau politique et responsable de la propagande, est fondamental : c'est lui qui convainc la direction d'adopter un discours anti-immigrés, à partir de 1977, alors que le parti [fondé en 1972] est originellement positionné sur l'anticommunisme. A l'époque, Jean-Marie Le Pen ne pensait pas que ce thème fut porteur..."

Aziz Zemouri, "Le Pen défend Mohamed", Le Nouvel Observateur, 10 décembre 1992 :

"D'un geste ample, elle fait remonter les manches de sa robe noire. Commise d'office à la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris la jeune avocate doit défendre, ce vendredi 4 décembre, des immigrés clandestins, quelques beurs et des blacks. Une rumeur enfle soudain dans la salle. L'avocate s'appelle Marine Le Pen. Vous avez bien lu : la propre fille de Jean-Marie. « J'aurais tout vécu avant de mourir », ironise l'un de ses clients, Mohamed, un Marocain qui vivait en France depuis l'âge de 3 ans, qui a été interdit de séjour pendant cinq ans. Il est revenu clandestinement. « Monsieur le Président, plaide Me Le Pen, Mohamed n'a jamais pu s'intégrer dans son pays de coeur, il vagabondait, il n'a pas de famille là-bas. Et le Maroc n'est pas un exemple de démocratie. Son vrai pays, c'est la France, il l'aime. M. Le Président, ajoute-t-elle de sa voix gutturale, je vous demande d'être compréhensif. » L'expulsion est ajournée. Maître Le Pen donne sa carte de visite à son « client ». En décembre 1993, le tribunal statuera définitivement sur le sort de Mohamed. Grâce à la fille de Jean-Marie Le Pen [adhérente du FN depuis 1986], la France ne comptera pas un immigré de moins."

Erwan Seznec, Syndicats, grands discours et petites combines, Paris, Hachette Littératures, 2006, p. 116-117 :

"Pendant la crise économique des années 1930, la CGT envoyait des émissaires en Italie pour demander aux travailleurs de ne surtout pas venir en France. En 1973, FO demandait officiellement l'arrêt total de l'immigration économique (la décision fut d'ailleurs prise par le Premier ministre Jacques Chirac l'année suivante). A l'époque, tout le monde pensait que la France courait à l'explosion sociale avec un million de chômeurs. Dans les années 1990, la CFDT des transports est monté au créneau contre le dumping social des pays de l'Est. Et toute l'année 2005, les syndicats se sont mobilisés massivement contre la directive Bolkenstein. Aucune xénophobie dans leur discours, d'accord, mais il s'agit tout de même d'empêcher l'entrée d'immigrés sur le territoire. Pas parce qu'ils sont étrangers mais parce qu'ils cassent les prix.

En 2001, Marseille a été le théâtre d'un étrange épisode de lutte sociale à front renversé. Des patrons maraîchers et fruiticulteurs du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône manifestaient violemment devant la préfecture pour obtenir davantage de contrats OMI. L'OMI, ou Office des migrations internationales, est l'organisme qui délivre des autorisations de travail aux saisonniers marocains, tunisiens, et polonais. Les vergers du Sud sont gros consommateurs de ces contrats OMI, depuis que les Espagnols et les Portugais sont devenus trop riches pour venir faire la saison en France. Il y aurait bien les étudiants et les chômeurs (14 % de la population active dans les Bouches-du-Rhône), mais ils boudent ce travail réputé ingrat et payé au lance-pierre. CGT en tête, les syndicats locaux étaient franchement hostiles à ce que la préfecture ouvre en grand le robinet de l'immigration saisonnière. Une fois encore, ce n'était pas par xénophobie. Ils demandaient une amélioration des conditions de travail et de logement des saisonniers. Par un étrange retournement de situation, le FN s'est alors mis à défendre le recours à l'immigration ! Le parti nationaliste réalise ses meilleurs scores nationaux en Paca. Jean-Marie Le Pen y tutoie la barre des 30 % à chaque suffrage, avec des pointes à 34 % dans le Vaucluse. Il fait probablement encore mieux dans le sous-groupe des petits patrons maraîchers et fruiticulteurs, marqués à droite. Impossible donc de les prendre à rebrousse-poil sur la question des contrats OMI. A l'époque journaliste en poste à Marseille, j'ai eu le privilège d'entendre Bruno Gollnisch, numéro 2 du FN en charge des questions économiques, me dire qu'il ne fallait « pas être dogmatique sur les questions d'immigration ». Et ce, pendant que la CGT faisait pression sur les pouvoirs publics pour qu'il n'y ait pas trop de contrats OMI !"