dimanche 7 juillet 2013

La sous-représentation de la gauche non-communiste dans la Résistance française

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 391 :

"Le moment est venu de nous replier sur l'hexagone et d'y suivre le destin des antisémites de type traditionnel, c'est-à-dire des antisémites issus de l'extrême droite... On en retrouvera beaucoup dans la collaboration (c'est l'évidence) mais on en verra beaucoup, aussi, parmi les résistants. Ce sont ceux-là, ici, qui nous intéressent.

Pour reprendre une distinction devenue classique, bien que souvent trop rigide, ils seront hommes de réseaux et hommes de mouvements, c'est-à-dire qu'on les trouvera dans le renseignement et l'action armée tout autant que dans la politique ou la propagande. Il en est qui s'engageront dès 1940, avec l'occupation du territoire, il en est qui attendront 1941, 1942 ou 1943 pour prendre part à la bataille clandestine. Ils travailleront directement pour les services secrets britanniques, ils agiront dans le cadre de la France libre, ou encore dans celui de la résistance intérieure. On les croisera à Londres, en métropole et en Afrique du Nord. On les verra soldats et officiers dans les forces armées françaises qui, petit à petit, reprennent le combat. Pour certains, pour beaucoup même, la route de la résistance passera par une étape plus ou moins longue d'adhésion au régime de Vichy ou de soutien à la personne du Maréchal.

Leur poids, dans la Résistance prise dans son ensemble, n'excède sans doute pas celui des communistes, mais dépasse largement celui des anciens de la SFIO et du Parti radical, les deux autres composantes du Front populaire de 1936. Leur poids relatif s'accroît encore si l'on se place avant le 22 juin 1941, c'est-à-dire avant l'entrée massive des communistes dans la Résistance. Il n'est pas inutile d'insister. Rapportée à la Résistance non-communiste, la part des originaires de l'extrême droite est considérable. Replacé dans la résistance des débuts, quand il n'y avait personne, ou presque, leur apport est crucial."