mardi 9 juillet 2013

Les gouvernements Blum et Daladier face au "projet Madagascar"

Annette Wieviorka, Le procès Eichmann, Bruxelles, Complexe, 1989, p. 50-51 :

"Ce n'est en réalité pas une idée neuve [le projet Madagascar]. Le premier projet serait dû au nationaliste allemand antisémite Paul de Lagarde qui pensait y déporter les Juifs de Pologne, de Russie, de Roumanie et d'Autriche. Colonie française depuis 1896, l'île était peuplée avant la guerre de 3 800 000 indigènes et de 36 000 Européens. « Depuis 1931, des auteurs allemands proposaient périodiquement la création de colonies juives à Madagascar. On pense que Himmler lui-même en avait suggéré l'idée à Hitler en 1934. Trois ans plus tard, Marius Moutet, député SFIO et ministre des Colonies, publia dans 'Le Matin' un article favorable à l'implantation des Juifs dans les territoires d'outre mer, et en particulier à Madagascar. En Pologne, où le gouvernement, à défaut de colonies, n'ignorait pas l'antisémitisme, cette proposition suscita un grand intérêt. L'ambassadeur de Pologne en France avait suggéré d'y envoyer des paysans polonais en 1926, mais l'idée avait été abandonnée à la suite de rapports défavorables sur les conditions climatiques et l'état du sol. La suggestion renaissait maintenant pour les Juifs polonais. »

Léon Blum et son ministre des Affaires étrangères, Yvon Delbos, consentent à ce qu'une nouvelle mission polonaise parte étudier les possibilités en mai 1937. Une future implantation de Juifs est même envisagée dans le traité de commerce franco-polonais du 22 mai."

Józef Beck, Dernier rapport : politique polonaise, 1926-1939, Neuchâtel, La Baconnière, 1951, p. 139-140 :

"Tenant compte de tout cela et comptant en outre sur une discussion internationale du problème de l'émigration, tenant compte aussi de la concentration de la population juive en Pologne qui présentait un danger économique et social, j'entrepris vers la fin de 1937 une pleine activité dans le but de trouver si possible une solution à ce problème. Je mis en avant les principes suivants : 1° la population juive, à quelque catégorie qu'elle appartienne, s'adapte difficilement à l'activité économique des autres groupes de la nation ; sa propre activité se déploie généralement dans un sens unique ; 2° le type du juif oriental, qui forme le gros de la population juive de Pologne, manque particulièrement de souplesse à cet égard ; 3° la modernisation de la vie économique en Pologne, le perfectionnement des moyens de communications, le développement du mouvement coopératif et les exigences croissantes du consommateur polonais, dues aux progrès rapides de la culture dans la Pologne indépendante, tout cela rend superflu, du point de vue économique et social, le petit commerce de détail, principale occupation des juifs de Pologne. Comme il s'agissait d'une population de plus de trois millions et qu'elle ne s'adaptait que lentement aux conditions nouvelles, la seule solution possible paraissait être d'en transférer une partie, notamment la jeunesse, sur des territoires nouveaux. C'est pour cette raison que la Pologne s'intéressait au problème de la Palestine et aussi à toutes les autres possibilités d'émigration juive. Je m'efforçai de placer mes plans et les thèses que j'énonçais à ce sujet lors des réunions internationales dans le cadre plus général de l'émigration polonaise, afin de ne pas toucher au complexe propre à tous les juifs quand on parle de leur émigration. J'essayai également de gagner à cette thèse l'opinion publique juive de Pologne, ainsi que les organisations juives internationales, et enfin les gouvernements représentés à la Société des Nations. Ce n'était pas chose facile : les juifs polonais étaient méfiants de nature, les organisations internationales étaient dirigées par des sionistes qui, recrutés parmi les juifs occidentaux, n'essayaient même pas de comprendre la mentalité du juif oriental, beaucoup plus pauvre et resté à un niveau de culture inférieur ; sur le plan international, je devais prendre garde en outre de ne pas compliquer les difficultés de la Grande-Bretagne avec les Arabes dans le Proche-Orient. Pourtant, et en dépit de ces obstacles, je revenais toujours à mes thèses et tentais d'aboutir à une certaine coopération avec les dirigeants des divers groupes juifs en Pologne, avec les chefs des mouvements internationaux comme M. Weizmann et M. Schechtmann, et aussi avec les gouvernements des pays amis qui avaient des colonies. Je dois reconnaître que M. Léon Blum, alors président du Conseil en France et qui devait par la suite se ranger du côté de ceux qui attaquaient ma politique, fit preuve, à cette époque, de beaucoup de compréhension, bienveillante et profondément humaine, pour mes idées. J'ai l'impression qu'il sentait la sincérité de mes intentions, que je résumais de la façon suivante : résoudre le problème juif de Pologne, qui devenait de jour en jour plus dangereux, par une entente honnête, sans rien concéder aux animosités de race alors en vogue. Ainsi, malgré la résistance routinière de l'administration coloniale française, nous obtînmes du gouvernement français qu'une commission mixte, composée de Juifs et de Polonais, allât faire des études approfondies à Madagascar, région à laquelle nous songions en vue d'une immigration considérable venant de Pologne."

Eliahu Ben Elissar, Le facteur juif dans la politique étrangère du IIIe Reich (1933-1939), Paris, Julliard, 1969, p. 369-370 :

"Le jour même où, à Berchtesgaden, Pirow s'entretient avec Hitler, Chamberlain et Halifax rencontrent Daladier et Bonnet au Quai d'Orsay. On s'attarde longuement sur la question juive. Lorsque, six semaines auparavant, Roosevelt avait prié Chamberlain de s'interposer auprès de Hitler, le Premier ministre s'était récusé. Maintenant que Ribbentrop était attendu à Paris pour signer une déclaration franco-allemande, Chamberlain invite ses interlocuteurs à rouvrir avec Ribbentrop l'éternel dossier du transfert à l'étranger des avoirs juifs bloqués en Allemagne.

Georges Bonnet, dont le gouvernement n'avait pas, jusque-là, cru bon de donner suite aux diverses communications que le comité d'Evian ne cessait de lui adresser depuis le mois d'août, accepte de soulever la question avec son homologue allemand.

Au cours de la concertation franco-britannique, les uns et les autres mettent en avant leurs projets respectifs d'installer des réfugiés dans certains de leurs territoires coloniaux, au Tanganyika et en Guyane pour les Anglais ; à Madagascar et en Nouvelle-Calédonie pour les Français.

Le 6 décembre, Ribbentrop arrive à Paris à la tête d'une imposante délégation. Après la signature de la déclaration franco-allemande, les deux ministres, accompagnés de leurs experts, se retirent pour examiner des affaires d'intérêt commun. Sachant que Ribbentrop ne se prêtera pas à une discussion du problème juif devant des tiers, Bonnet choisit de s'en entretenir avec lui en tête à tête. Le soir, le ministre français des Affaires étrangères offre un grand dîner en l'honneur de son invité d'outre-Rhin. Georges Mandel, ministre des Colonies, qui est juif, et Jean Zay, ministre de l'Education nationale, qui, bien que protestant, est d'origine juive, n'ont pas été conviés.

Le lendemain, le dialogue Bonnet-Ribbentrop se déroule dans les appartements que l'hôte de la France occupe à l'hôtel Crillon. Même dans ce cadre peu protocolaire, Ribbentrop se refuse à parler de la question juive autrement qu'à titre « personnel et officieux ».

Bonnet apprend alors au Reichsminister que la France ne souhaitait plus donner asile à des Juifs d'Allemagne. Il l'interroge même pour savoir si Berlin ne pouvait pas prendre des mesures afin de leur interdire d'y venir. Bonnet révèle à son interlocuteur que la France devra installer « quelque part » dix mille Juifs et que l'île de Madagascar pourrait bien être retenue à cette fin.

Sans prendre position sur les propos de Bonnet, Ribbentrop se répand en invectives violentes contre les Juifs. Il existe deux catégories de Juifs, les mauvais et les bons. Tous les Juifs en Allemagne sont mauvais ; la France et la Grande-Bretagne, parce qu'elles ont de bons Juifs, ne peuvent pas comprendre l'animosité qu'éprouve l'Allemagne envers les Juifs ni la politique qu'elle pratique pour s'en débarrasser."

dimanche 7 juillet 2013

François Mitterrand et l'Allemagne nazie

François Mitterrand, recueil de textes sur Robert Antelme, cité par Jacques Attali dans C'était François Mitterrand, Paris, Le Livre de Poche, 2005, p. 399 :

"Dachau... Un spectacle tragique et inoubliable. Cette première heure de libération. Les soldats allemands pourchassés, abattus. Ceux qui attendaient leur sort... Que leur sort fût décidé... (...) Mais évitons cette description qui a été faite par d'autres."

François Mitterrand, déclarations en 1986, cité par Jacques Attali, ibid., p. 398-399 :


"C'est un châtiment un peu inhumain [l'incarcération de Rudolf Hess depuis 40 ans] (...). Cet homme a pris tous les risques des deux côtés. Sa tentative [d'évasion en Angleterre] est tout à fait étonnante. Vous savez, j'ai vu Hess. J'ai assisté à une séance du procès de Nuremberg. C'était grotesque de voir, devant les juges déguisés comme au spectacle, ces accusés dont les noms avaient rempli d'horreur l'univers. Des gens terribles, certes, mais certains l'étaient peut-être moins. Et, au milieu de tous, Hess paraissait tout à fait étranger. Lors des interruptions de séance, ils discutaient entre eux. Hess ne fréquentait pas les autres et restait tout seul dans son coin."

"Ce n'était pas un idéologue, c'était un aventurier [Goering]."

François Mitterrand, interview au magazine Globe, 13 mars 1986 :

"L'orateur qui n'exprime pas une idée, mais un besoin, s'il y ajoute ce je ne sais quoi qu'on appelle le charisme, peut faire marcher des montagnes... Hitler a eu une idée simple, l'unité allemande, et exalté un besoin, sortir de la misère, du chômage, de la crise, de l'humiliation avec l'atout d'un immense talent oratoire. Tant que Hitler a réuni des Allemands, il a obtenu des succès époustouflants. Il a pu, sans guerre, avec un pays vaincu, écrasé, divisé, rattraper onze millions d'Allemands à la barbe des vainqueurs. L'idée de l'unité était tellement puissante qu'elle a tout débordé, renversé les traités et que les puissances, aussi bien la Russie que l'Angleterre, la France que les Etats-Unis, n'ont pas osé, n'ont pas voulu s'opposer... Hitler a perdu la guerre quand il a substitué à l'idée d'unité allemande l'esprit de conquête. Tchécoslovaquie, Pologne : il a gagné en un éclair et pourtant il avait déjà perdu. Le grand mérite de Charles de Gaulle est de l'avoir perçu."

François Mitterrand, allocution à Hanovre, 21 octobre 1987 :

"Je suis né pendant la première guerre mondiale et j'avais l'âge d'être soldat lors de la deuxième guerre mondiale. J'ai été prisonnier de guerre en Allemagne, c'est comme cela que j'ai connu votre pays. Je vous ai quittés sans vous demander votre permission. Cependant, vous m'aviez donné le temps de réfléchir. Je me souviens, alors que je venais d'être arrêté après une évasion manquée, j'étais entouré de quelques soldats qui m'amenaient en prison à nouveau. Une vieille dame allemande a écarté les soldats, m'a donné du pain et une saucisse. C'était au mois d'avril 1941, elle m'a dit : "monsieur, j'espère que cela vous fera aimer l'Allemagne".

Je dois dire que beaucoup de faits m'ont permis d'aimer l'Allemagne tout en accomplissant mon devoir à l'égard de mon propre pays. Au fond c'est une histoire banale. Elle a été partagée par des millions d'hommes en Europe, des hommes de ma génération. Les plus jeunes ont vécu d'autres expériences, c'est leur vie, ce n'est pas la même. Peut-être n'ont-ils pas pu éprouver à ce point la nécessité d'en finir avec un état de crise permanent, l'animosité entretenue, le nationalisme affronté. Bref, il fallait changer le cours des choses.

Précisément, dans cette Allemagne où j'ai vécu les quelques événements que je vous racontais, Kriegsgefangener [prisonnier de guerre], j'étais étonné de rencontrer des Allemands qui ne correspondaient pas au schéma que je m'étais formé dans ma jeunesse. Je me disais : mais les Allemands ne nous détestent pas. Il doit bien y avoir quelques Allemands qui ont vécu la même expérience et qui ont découvert que les Français ne les détestaient pas. Il fallait donc changer le cours des choses. Passer par-dessus les deuils, les blessures de toutes sortes, les ruptures."

François Mitterrand, rencontre avec des Allemands de l'Est à l'Université Karl Marx de Leipzig, 21 décembre 1989 :

"Au lendemain de cette guerre, je suis allé en République fédérale, dès 1945, et j'ai vu l'effroyable désastre des villes, Francfort, Nuremberg et les autres, réduites à rien. Vraiment la guerre était abominable, et de part et d'autre, nous nous sommes détruits follement. Donc, ce que vous appelez l'anti-fascisme, c'est aussi une certaine forme de défense de la paix et le refus d'une idéologie imposée par la force. Voilà ce que cela veut dire. Les idéologies sont saines, il faut bien avoir des idées. Il est même bon d'avoir un corps de doctrine pour s'expliquer le monde, expliquer le rôle des individus dans une société, la relation entre l'Etat et le citoyen. Chacun selon sa préférence. Mais, quand on veut imposer son idéologie aux autres, on commet un crime contre l'esprit, et c'était cela le fascisme et le nazisme."

François Mitterrand, discours devant le Parlement européen, 17 janvier 1995 :


"J'ai rencontré des Allemands et puis j'ai vécu quelques temps en Bade-Wurtemberg dans une prison, et les gens qui étaient là, les Allemands avec lesquels je parlais, je me suis aperçu qu'ils aimaient mieux la France que nous n'aimions l'Allemagne. Je dis cela sans vouloir accabler mon pays, qui n'est pas le plus nationaliste loin de là, mais pour faire comprendre que chacun a vu le monde de l'endroit où il se trouvait, et ce point de vue était généralement déformant. Il faut vaincre ses préjugés."

François Mitterrand, discours à Berlin, 8 mai 1995 :


"Je ne suis pas venu célébrer la victoire dont je me suis réjoui pour mon pays en 1945. Je ne suis pas venu souligner la défaite, parce que j'ai su ce qu'il y avait de fort dans le peuple allemand, ses vertus, son courage, et peu m'importe son uniforme, et même l'idée qui habitait l'esprit de ces soldats qui allaient mourir en si grand nombre. Ils étaient courageux. Ils acceptaient la perte de leur vie. Pour une cause mauvaise, mais leur geste à eux n'avait rien à voir avec cela. Ils aimaient leur patrie. Il faut se rendre compte de cela."

François Mitterrand, discours à Moscou, 9 mai 1995 :

"Comment distinguer le courage du soldat allemand du courage du soldat russe ? Qui, l'un et l'autre, ont dû mener des batailles terribles, chacun pour son idéal mais surtout chacun pour sa terre. (...) Je n'ai jamais considéré que les Allemands étaient nos ennemis, simplement il fallait se battre car tels sont les systèmes, les idéologies, les déformations de l'esprit. N'allez pas demander cette analyse à chaque soldat. Le devoir du soldat est plus simple. Il l'accomplit comme nous l'avons fait."

Jacques Attali, note dans son journal intime, 21 octobre 1987, citée dans C'était François Mitterrand, Paris, Le Livre de Poche, 2005, p. 401 :


"Ce discours [à Hanovre] sonne à mes yeux comme une justification de la Collaboration. Pas un mot sur la spécificité du nazisme, sur le caractère spécifique de la lutte pour la démocratie. Pas un mot pour différencier la Première Guerre mondiale de la Seconde, comme chez Céline. Maladresse ? Volonté de ne pas indisposer nos hôtes ?"

La sous-représentation de la gauche non-communiste dans la Résistance française

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 391 :

"Le moment est venu de nous replier sur l'hexagone et d'y suivre le destin des antisémites de type traditionnel, c'est-à-dire des antisémites issus de l'extrême droite... On en retrouvera beaucoup dans la collaboration (c'est l'évidence) mais on en verra beaucoup, aussi, parmi les résistants. Ce sont ceux-là, ici, qui nous intéressent.

Pour reprendre une distinction devenue classique, bien que souvent trop rigide, ils seront hommes de réseaux et hommes de mouvements, c'est-à-dire qu'on les trouvera dans le renseignement et l'action armée tout autant que dans la politique ou la propagande. Il en est qui s'engageront dès 1940, avec l'occupation du territoire, il en est qui attendront 1941, 1942 ou 1943 pour prendre part à la bataille clandestine. Ils travailleront directement pour les services secrets britanniques, ils agiront dans le cadre de la France libre, ou encore dans celui de la résistance intérieure. On les croisera à Londres, en métropole et en Afrique du Nord. On les verra soldats et officiers dans les forces armées françaises qui, petit à petit, reprennent le combat. Pour certains, pour beaucoup même, la route de la résistance passera par une étape plus ou moins longue d'adhésion au régime de Vichy ou de soutien à la personne du Maréchal.

Leur poids, dans la Résistance prise dans son ensemble, n'excède sans doute pas celui des communistes, mais dépasse largement celui des anciens de la SFIO et du Parti radical, les deux autres composantes du Front populaire de 1936. Leur poids relatif s'accroît encore si l'on se place avant le 22 juin 1941, c'est-à-dire avant l'entrée massive des communistes dans la Résistance. Il n'est pas inutile d'insister. Rapportée à la Résistance non-communiste, la part des originaires de l'extrême droite est considérable. Replacé dans la résistance des débuts, quand il n'y avait personne, ou presque, leur apport est crucial."

La violente opposition de Charles Maurras (germanophobe et antisémite) à l'"antifascisme" et au pacifisme de Léon Blum

Charles Maurras, L'Action française, 14 mai 1936 :

"Comme le rappelle plus haut Léon Daudet, une des obsessions maladives de M. Léon Blum tient aux sanctions [contre l'Italie], parce que les sanctions signifient ou signifièrent sa loi messianique, sa loi de sans-patrie imposée aux nations.

Pour ce signe de ses passions de race, M. Léon Blum est prêt à faire périr quinze cent mille hommes.

Nous avons le devoir de lui redire que notre risque entraînerait le sien.

Nous devons lui redire avec fermeté qu'il ne déchaînera pas la guerre impunément.

On ne se laissera pas faire.

On ne le laissera pas faire.

Il va être le maître du pouvoir ? C'est possible. Il ne sera pas maître d'envoyer le peuple français à l'abattoir.

S'il le fait, il sera le premier abattu.

Pas un homme de coeur ne partirait pour le front anglo-italien avant d'avoir tiré justice de M. Léon Blum.

J'aime mieux le lui dire. Par pure humanité. La figure de son destin peut lui épargner de blâmables excès d'idéologie homicide.

La seconde marotte n'est pas moins dangereuse.

M. Léon Blum se propose de nous désarmer sans qu'Hitler ait posé les armes.

Cela compris, il est trop clair qu'il s'ensuivra de terribles conséquences pour notre pays, qui attirera la horde hitlérienne, une fois qu'il sera désarmé et ouvert. Mais il n'y a pas de désarmement qui tienne ! Le jour de l'agression et de l'invasion, il restera toujours en France quelques bons couteaux de cuisine et M. Léon Blum en sera le ressortissant numéro un. (...)

On lira plus loin cette information que je tiens à mettre en vedette :

........ Sur la proposition de M. Géo Gérald, le conseil général de la Charente a adopté un voeu demandant « que la vente et la diffusion, en France, du texte original de « Mein Kampf », livre dit impérissable, et dirigé ostensiblement contre nous soient facilitées ; que ce livre soit répandu dans tout le pays, plus pour nous instruire et nous prévenir des arrière-pensées qui nous menacent, et, avec nous, la paix de l'Europe, que pour en épouser l'esprit de haine brutal et belliqueux que nous laissons à un peuple fanatisé jusqu'au paroxysme... Par lui, les Français de tout rang et de toute condition seront prévenus et avertis ».

On sait qu'un exemplaire de Mein Kampf est remis à tout jeune couple allemand après la cérémonie du mariage.

Mais peut-être ne sait-on plus, car l'oubli va très vite, que le Livre destiné à l'éducation nationale des jeunes Allemands a été soustrait d'office à la connaissance des Français jeunes ou vieux.

Une traduction complète avait été faite. Les Editions Latines en avaient tiré un fort bel in-octavo : la claire connaissance des intentions, volontés, idées et doctrines des Allemands était mise à la disposition des Français.

Soudainement, Hitler s'opposa à la sortie du volume.

C'était son intérêt. Il veut nous assaillir sans que nous soyons sur nos gardes. Il veut nous assaillir après nous avoir trompés et dupés, comme il a si bien commencé à le faire.

Ce qui n'était pas de l'intérêt de la France, c'est que les Pouvoirs publics français, saisis de l'affaire, au nom des traités de commerce, courussent se ruer au service d'Hitler.

Ils s'y sont rués, cependant !"

Charles Maurras, L'Action française, 15 mai 1936 :

"(...) venons (3°) ou revenons à la première et dernière observation de Gide que nous transmet Massis. Gide, bien impartial, nous apprend qu'il ne faut considérer Blum qu'en tant que Blum est Juif. Gide a senti cela. Gide a vu qu'en son cher Blum, l'écrivain, le fonctionnaire, le parlementaire, le militant ne sont presque rien en comparaison du fils de la race tronquée. Juif d'abord ! Il serait misérablement niais de notre part, de négliger ce caractère capital. C'est en tant que Juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum.

Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d'ajouter qu'il ne faudra abattre physiquement M. Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu'il rêve contre nos compagnons d'armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer. (...)

Nous devons inscrire, dès aujourd'hui, à l'actif ou au passif de Léon Blum un libellé déjà vengeur :

— Théoriquement élevé à la direction de la politique française, se disposant à l'assumer, faisant déjà figure de chef de gouvernement et de chef d'Etat, M. Léon Blum s'est rendu coupable de la honteuse et tragique négligence (si ce n'est abstention volontaire) qui a permis à Hitler de renouveler sa provision d'espérance.

» M. Blum aura laissé faire à MM. Sarraut, Flandin, Boncour, exactement tout ce qu'il fallait pour séparer l'Italie de la France et pour la jeter dans les bras de Hitler.

» M. Blum aura secondé, avec une ténacité digne d'un meilleur objet les efforts que faisait Hitler pour élaborer une alliance avec l'Italie.

» Le bon sens indiquait la nécessité de manoeuvrer dans la direction de l'amitié italienne. Le rêve juif de MM. Blum et Boncour les a occupés, tout au rebours, à nous éloigner de tout ce que Rome nous offrait de substantiel... Tout à Londres ! Et comme à Londres on n'est pas prêt, ce sera cette fois au seul idéal de l'Empire britannique, que nous demanderons un concours qu'il est incapable de nous apporter. »

Tous les chiens de l'Europe et du monde attendent leur proie.

Les régalerons-nous de nos os ?

La politique de M. Blum s'est dangereusement découverte ces jours derniers.

Elle a parlé de désarmement français sans contre-partie allemande."

Charles Maurras, L'Action française, 16 mai 1936 :

"P.-S. — Un bon mot sur Blum — De son oeil amusé, Jacques Bainville aimait à suivre dans les propos de Blum le contraste de ses ressentiments judéo-révolutionnaires contre Hitler et les signes nombreux de ce germanisme fondamental propre à ceux dont les père et mère ont parlé yeddiche... Les Allemands ne s'y sont pas trompé. Voici ce qui a paru sur Léon Blum dans l'Angriff, organe national-socialiste à Berlin, où l'on aime les Juifs pour l'usage externe :

« Blum a combattu Poincaré et la politique de la Ruhr.

« Il s'est toujours montré hostile à la thèse stérile de la sécurité défendue par le quai d'Orsay.

« IL A TOUJOURS PROTEGE LE POINT DE VUE ALLEMAND selon lequel le désarmement par étapes est la meilleure garantie de la sécurité. »

La plupart des Juifs exilés d'Allemagne et réfugiés sur notre sol, au nombre de dix mille, environ, pensent et sentent exactement comme ce Blum.

Ce qui devrait former un bel avertissement du destin. La Juiverie est faite pour le Germanisme et le Germanisme pour la Juiverie. Quand le comprendrons-nous ?"

Extrait d'un article du Völkischer Beobachter consacré à la personnalité et au programme de Léon Blum, cité dans Prométhée (organe de défense nationale des peuples du Caucase, de l'Ukraine et du Turkestan), n° 114, mai 1936, p. 24 :

"En politique extérieure, il refuse de prendre la tête d'une croisade réclamée par les émigrants et les deux Internationales contre le fascisme et le national-socialisme. Il a toujours combattu le système de Versailles, l'occupation de la Ruhr et, jusqu'à l'arrivée de M. Hitler au pouvoir, s'est prononcé carrément pour l'entente avec l'Allemagne. Un « modus vivendi » avec lui ne paraît pas impossible. Son intention de reprendre l'idée du désarmement effraie ceux qui y sont hostiles, mais non pas l'Allemagne.

Quant à la sécurité collective, dont il est des protagonistes, la discussion de ce problème avec lui ne sera pas nécessairement plus difficile qu'elle ne l'a été jusqu'à présent."

jeudi 4 juillet 2013

Le soutien des solidaristes à François Mitterrand en 1974

Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France : répertoire critique, Lyon, PUL, 1992, p. 17 :

"Une formulation encore plus radicale se trouve dans le texte "Nationalisme, année zéro", publiée dans la revue de Michel Schneider, les Cahiers du CDPU (N° 6, 1975), venant au moment de la rupture entre "nationaux" lepénistes et "nationalistes" d'Ordre nouveau : lors des élections présidentielles de 1974, le CDPU [Centre de Documentation Politique et Universitaire] appelle à voter pour François Mitterrand. Il emploie alors une phraséologie très marquée par le gauchisme, indiquant entre autres que les nationalistes-révolutionnaires ne sont "ni les chiens de garde du capital, ni une police supplétive du régime et ni les futurs cadres des partis de droite". Le CDPU se place dans la lignée de Georges Valois et de Doriot. Il revendique une alternative totale à la droite, souhaite rompre avec le recrutement sociologique particulier des "nationaux" 1, se situe, au plan de la politique internationale, aux antipodes de l'atlantisme du FN. Le CDPU par exemple, est avant tout anti-américain : ses alliés déclarés sont "le monde arabe, la Chine et le Japon". Son ennemi premier est le capitalisme, dans la mesure où il souhaite que l'Etat soit indépendant des "factions économiques et financières" ; son idéal est un régime qui "supprime les partis politiques traditionnels", instaure la représentation des syndicats et associations, donne le pouvoir à une dizaine de "super-régions". Mais surtout, au plan international, en proposant une participation active aux mouvements comme l'IRA ou les groupes armés palestiniens, il s'inscrit dans une stratégie de rupture avec l'ordre des grandes puissances. (...)

1. M. S. (Michel Schneider ?), "Nationalisme-révolutionnaire, année zéro", Cahiers du CDPU, n° 6, 1975.  L'auteur rappelle que les solidaristes du GAJ et de l'OLP [Organisation lutte du peuple], avaient aussi recommandé de voter Mitterrand lors des présidentielles de 1974."

mercredi 3 juillet 2013

"Un peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur"

Alain Griotteray, Retour d'Israël, Paris, Editions du Rocher, 1992, p. 54-55 :

"Israël, je ne connaissais pas. J'avais eu d'entrée une approche affective pour ces malheureux qui prétendaient construire un état et le construire malgré les uns et contre le monde arabe qui, disait-on en 1947 à Londres, à Washington, à Paris et ailleurs, n'allait en faire qu'une bouchée. On connaît la suite. Pour ma part, j'étais surtout attiré par le refus que ces hommes et ces femmes opposaient à l'inexorable marche de l'Histoire. (...) Je n'ai jamais compris pourquoi le propos du général De Gaulle sur Israël avait froissé si profondément les Juifs. "Ce peuple sûr de lui et dominateur". Je ne voyais dans cette définition rien que de très honorable. Ils ne l'ont ni oubliée, ni pardonnée... Qu'ils me pardonnent donc de dire à mon tour que, s'ils n'étaient pas sûrs d'eux, ils ne se lanceraient pas dans l'aventure folle de l'absorption des Juifs de Russie et d'Ethiopie. S'ils n'étaient pas dominateurs, ils n'auraient pas la prétention de faire et de garder Jérusalem comme leur capitale."

mardi 2 juillet 2013

Jean-Yves Le Drian et le thiriartiste Gilles Munier

"Qui a assassiné Rafic Hariri ? Les Juifs, bien sûr !", L'Arche, n° 563-564, mars-avril 2005 : 

"Gilles Munier est issu du mouvement néo-fasciste « Jeune Europe », dirigé par l'ex-collaborateur belge Jean Thiriart. Il fut notamment le correspondant à Alger de l'organe du mouvement, La nation européenne, dans lequel il tint à l'occasion des propos négationnistes."

Patrice Chairoff, Dossier néo-nazisme, Paris, Ramsay, 1977, p. 228 :

"L'antisémitisme fanatique des trois cents militants du CDPU [Centre de Documentation Politique et Universitaire] les a poussé, sous couvert « d'anti-sionisme », à faire un bout de conduite avec quelques groupuscules palestiniens, et en particulier le FPLP de Georges Habache. Deux douzaines de militants néo-nazis ont suivi un entraînement au Moyen-Orient et l'un d'entre eux, Roger Coudroy, est mort au combat. Ce décès a été prétexte à la création d'une « Association européenne Roger Coudroy » animée en France par Gilles Munier. Ses buts officiels sont constitués par « la lutte contre l'influence sioniste », mais il s'agit en réalité d'assurer le soutien logistique de certains réseaux extrémistes et minoritaires palestiniens."

Nicolas Legendre, "Les mystères de « l'Irakien » breton", Le Mensuel de Rennes, octobre 2009, p. 28 :

"Au début des années 80, il [Gilles Munier] adhère à l’association Bretagne-coopération internationale, dont fait partie Jean-Yves Le Drian, alors maire de Lorient. Désormais président (PS) de la région Bretagne, nous l’avons sollicité pour connaître son « avis » sur le personnage Munier. Il n’a pas souhaité répondre à nos questions."

Jean-Marc Ayrault et Yvon Chotard

François Dufay, "Bordeaux-Nantes ou la mémoire honteuse de l'esclavage", L'Histoire, n° 301, septembre 2005, p. 27 :

" « Tout le monde a joué le jeu, se félicite le maire PS Jean-Marc Ayrault. Le diocèse s'est impliqué, des vieilles familles de l'île Feydeau ont accepté d'ouvrir leurs archives. » Sur cette lancée, le château des ducs de Bretagne va consacrer une salle entière à cette face sombre de l'histoire nantaise.

Derrière ces manifestations : l'association Les Anneaux de la mémoire, pilotée par l'avocat Yvon Chotard. Cet ancien soixante-huitard publie aussi une revue annuelle sur la question, Cahiers des Anneaux de la mémoire. De plus, en tant qu'adjoint au maire, il développe les relations de Nantes avec l'Afrique et le Nouveau Monde.

« Ni déni, ni péché d'anachronisme », telle est la ligne de ­conduite d'Yvon Chotard. Mais voilà : à l'ambitieux musée international qu'il voudrait voir sortir de terre, Jean-Marc Ayrault a préféré le projet porté par un autre de ses adjoints, antillais celui-là, d'un mémorial à l'abolition de l'esclavage. Liste gravée dans le sol de tous les bateaux négriers partis de Nantes 1745 expéditions au total, citations de Nelson Mandela ou d'Aimé Césaire : ce « monument à l'esclave inconnu » disent ses détracteurs devrait voir le jour, quai de la Fosse, d'ici deux ans."

Pierre-André Taguieff, La judéophobie des Modernes : des Lumières au jihad mondial, Paris, Odile Jacob, 2008, p. 651, note 12 :


"Le Mémoire en défense de Faurisson était dédié à un certain nombre de personnages (cités dans l'ouvrage, p. XVII) : Eric Delcroix, avocat d'extrême droite ; Yvon Chotard, avocat d'extrême gauche, à l'époque membre du MRAP (...)."

lundi 1 juillet 2013

L'indignation bien tardive de Daniel Mayer et Pierre Moscovici

Stéphane Trano, Mitterrand, les amis d'abord, Paris, L'Archipel, 1999, p. 301 :

"Dans les rangs des fidèles, l'affaire Bousquet suscite en 1994 quelques déclarations qui marquent une prise de distance spectaculaire. Daniel Mayer, grand résistant socialiste, ancien président de la Ligue des droits de l'homme, ministre au côté de François Mitterrand dans le premier gouvernement d'après-guerre et nommé par lui au Conseil constitutionnel, déclare ainsi :

« Je croyais qu'il était passé à Vichy pour voir. Je ne savais pas. Si j'avais su, avant 1981, ce que l'on dit aujourd'hui, je n'aurais pas appelé à voter pour François Mitterrand. Mais si j'avais été suivi dans ce refus, la peine de mort n'aurait pas été abolie. Or, la lutte contre l'occupant et Vichy, d'une part, et la bataille contre la peine de mort, d'autre part, sont les deux combats de ma vie. »

Le député européen Pierre Moscovici, à son tour :

« Je ne savais pas ce que Péan a raconté dans son livre. Les conventionnels, eux, savaient. Et ils minimisent parce qu'ils savaient. C'est une imposture collective. Le Mitterrand de la Résistance a effacé celui de Vichy. La violence de leur réaction [au sein des instances du PS] est à l'aune de leur gêne. Et cela vaut aussi pour les jeunes, même si j'ai beaucoup d'affection pour eux. Hollande, Royal ou Bredin m'ont insulté. Ils sont incapables de distinguer leur propre destin du sien. Ma relation au Parti socialiste ne sera plus jamais la même. » "

François Mitterrand, Israël et les Juifs

François Mitterrand, déclaration en septembre 1988, cité par Jacques Attali dans C'était François Mitterrand, Paris, Le Livre de Poche, 2005, p. 372 :

"Encore ces lobbies et ces agents d'Israël qui prétendent faire la loi à Paris ! Arafat n'est pas un inconnu. Tous les ministres des Affaires étrangères, depuis Sauvagnargues, sont allés le voir à Tunis. J'ai moi-même déjeuné avec lui au Caire il y a quinze ans. Le Premier ministre, M. Rocard, l'a rencontré. Et il serait devenu tout à coup scandaleux de le voir ? Nous ne sommes pas israéliens ! La France n'est pas à la merci d'un froncement de sourcils d'un certain nombre d'agents d'Israël ou de différentes associations. Elle doit préserver sa capacité de dialogue. Ne soyons pas effrayés par la peur de perdre quelques voix aux prochaines élections. Il n'y a au contraire que comme cela qu'on en gagne !"

François Mitterrand, discours devant le Parlement européen, 25 octobre 1989 :


"(...) quelle que soit la dialectique employée, rien n'autorise cette répression [israélienne] continue où l'homme devient gibier et où reprend l'éternel va-et-vient de l'agresseur et de l'agressé, de celui qui tue et de celui qui meurt. Je pense que ce qui se passe en Cisjordanie a assez duré !"

François Mitterrand, message à Yasser Arafat, 15 janvier 1991 :

"Profondément ému par l'assassinat de trois de vos plus proches collaborateurs, je vous prie d'accepter mes condoléances personnelles et de transmettre aux familles des victimes, l'expression de mes sentiments de compassion."

François Mitterrand, interview à France 2, 12 septembre 1994 :


"Vous me dites les lois anti-juives, il s'agissait (ce qui ne corrige rien, et ne pardonne rien), d'une législation contre les juifs étrangers, dont j'ignorais tout."

François Mitterrand, déclaration au sujet de l'affaire Bousquet, 17 mai 1995, cité par Jean d'Ormesson dans Le rapport Gabriel, Paris, Gallimard, 1999, p. 347 :


"Vous constatez là, l'influence puissante et nocive du lobby juif en France."

Jacques Attali, préface de Verbatim I, Paris, Fayard, 1993 :


"Fasciné par le destin du peuple juif, furieusement anti-hitlérien, il [Mitterrand] ne porte sur le génocide qu'un regard distant : ce n'est pour lui qu'un fait de guerre, pas une monstruosité de la nature humaine."