samedi 9 février 2013

Résistance de la première heure : la droite était au rendez-vous

"Résistance : la gauche n'était pas la première au rendez-vous

PAR HENRI AMOUROUX
de l'Institut

Le livre d'Alain Griotteray est né de la réaction sentimentale d'un résistant de la première heure, du fondateur du réseau « Orion », à une assimilation commune, et politiquement opportune, entre Vichy, la collaboration et la droite.

Assimilation qui n'est même plus discutée alors qu'elle demeure historiquement discutable.

Car il est bien vrai, comme l'affirme Griotteray, qu'en 1940 les premiers résistants étaient pour la plupart des hommes de droite groupés autour d'un homme de droite - De Gaulle - dont les communistes, dans leurs journaux clandestins, dénonceront pendant plusieurs mois l'entourage « cagoulard », tandis qu'en janvier 1941 ils se refuseront encore à choisir entre « la guerre sous le signe de la collaboration ou la guerre sous le signe d'une prétendue résistance à l'oppresseur ».

De leur côté, mais avec une méfiance moindre, les socialistes discuteront longtemps du républicanisme de De Gaulle. Arrivé à Londres le 20 juin 1940, Georges Gombault écrit, après son premier entretien avec De Gaulle : « Si on m'avait dit que j'aurais un jour une conversation avec le général Boulanger, j'aurais été étonné. »

Deux ans passent. En mai 1942, Léon Blum, indiscutable opposant, alors interné à Bourrassol, demande à Félix Gouin de se rendre à Londres pour « y voir clair dans le jeu qui se mène aussi bien dans l'entourage du Général que dans les rangs de ceux de nos amis qui s'en tiennent à l'écart ».

Aussi, à l'appui de ce qui est moins une thèse qu'un rappel d'une part de la vérité historique - en 1940 des hommes de droite étaient au rendez-vous de la résistance - Alain Griotteray a-t-il tracé le portrait d'une femme - Marie-Madeleine Fourcade - et de treize hommes (...).

Voici l'admirable d'Estienne d'Orves dont les lettres de prison devraient être données en lecture dans toutes nos écoles ; voici Rémy, dont le réseau portera sans doute les coups les plus cruels à l'occupant ; Maurice Duclos « cagoulard » au temps du Front populaire ; Loustanau-Lacau, Charles Vallin, les colonels Groussard, Arnould, Fourcault ; Henri Frenay injustement méconnu ; le romantique Pierre de Bénouville, Henri d'Astier de La Vigerie, follement courageux.

Hommes d'action qui, plus tard, ne chercheront généralement pas à se « placer » en politique, ce qui explique la part modeste qui leur est réservée par certains historiens, ces hommes ne prétendent certes pas avoir été seuls à détenir l'esprit de lutte.

L'originalité de la Résistance consiste précisément à avoir abattu beaucoup de cloisons, mêlé ceux qui paraissaient ne jamais pouvoir l'être, rapproché ceux qui semblaient destinés à demeurer toujours étrangers : communistes, monarchistes, modérés, socialistes, croyants, laïcs, anarchistes.

Sans doute une fraction de la droite se retrouva-t-elle, - par antibolchevisme puisque tel était le mot alors utilisé -, dans les rangs de la collaboration. Sans doute une bonne partie de la droite, par fidélité au vainqueur de Verdun, hostilité au front populaire et amour des vertus classiques, suivra-t-elle longtemps le maréchal Pétain.

Mais la droite, pas plus que la gauche, n'était un bloc. Griotteray le montre avec beaucoup de talent et de force de conviction - tous ceux dont il parle ont été ou sont des amis de combat des années 1940-1944 - dans un livre brillant, rapide, passionnant parce que passionné et qui a le mérite de rétablir une vérité trop longtemps masquée.

Qui furent les premiers résistants ? d'Alain Griotteray, Robert Laffont, 260 p., 82 F."

Source : Le Figaro Magazine, 14 décembre 1985.