dimanche 30 décembre 2012

François Mitterrand, François Brigneau et François Duprat : l'ami commun, Gabriel Jeantet

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 554 :

"De sa phase vichyssoise, Mitterrand connaît aussi Gabriel Jeantet, qui fut son parrain, en 1943, pour la Francisque : il l'aidera en 1948, lors du procès de la Cagoule."

Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, La Main droite de Dieu. Enquête sur François Mitterrand et l'extrême droite, Paris, Le Seuil, 1994, p. 154 :

"Après la guerre, François Mitterrand n'oublie pas ses amis aux prises avec la justice de la Libération. La fidélité jouera. Ainsi, en 1948, voit-on à plusieurs reprises celui qui est devenu le secrétaire d'Etat à l'Information du cabinet Queuille dans l'assistance du procès de la Cagoule. François Méténier et Gabriel Jeantet sont dans le box des accusés."

Philippe Bourdrel, La Cagoule. Histoire d'une société secrète du Front Populaire à la Ve République, Paris, Albin Michel, 1992, p. 343 :

"Lors du procès de la Cagoule, François Mitterrand, alors ministre, se montre souvent dans la tribune du public et s'intéresse au sort de Méténier malade. Il assistera à ses obsèques. Parmi les accusés, le jeune ministre de la IVe République reconnaît Gabriel Jeantet... Quelques jours avant l'ouverture du procès, en octobre 1948, il lui a envoyé un signe d'amitié en rédigeant à l'attention des juges de la Chambre civique de la Seine une lettre dans laquelle il atteste de son courage pendant l'occupation. Ce geste de sympathie, assez rare à l'époque, n'empêchera pas Jeantet d'être condamné à vingt-cinq ans d'indignité nationale."

Stéphane Trano, Mitterrand, les amis d'abord, Paris, L'Archipel, 1999, p. 69-70 :

"Nous voyons aussi Gabriel Jeantet, né en 1906, issu d'une famille royaliste, responsable de l'achat des armes au sein de la Cagoule, puis des affaires financières. Beau-frère du patron des apéritifs Byrrh, il évolue de l'Action française à Vichy, où il est le parrain de François Mitterrand pour l'attribution de sa francisque en août 1942.

En septembre 1969 (il a alors soixante-trois ans), Gabriel Jeantet fait partie des fondateurs du mouvement Ordre nouveau, qui sera le plus important et le mieux structuré des groupes nationalistes au lendemain de mai 68, et s'inscrit délibérément dans le registre du tout-activisme. Pépinière de cadres nationalistes, comme a pu l'être, en son temps, le mouvement Occident, Ordre nouveau aurait compté près de cinq mille membres, issus pour la plupart des milieux universitaires. (...) Gabriel Jeantet est donc de la partie, avec l'avocat tixiériste Jean-François Galvaire, François Duprat, François Brigneau ou encore Philippe Asselin. Avec Henry Charbonneau, ancien camelot du roi et ancien dirigeant du MSR d'Eugène Deloncle puis milicien, Gabriel Jeantet va être l'un des mentors d'Ordre nouveau. Le mouvement a pour thème central « l'unité européenne » et se veut « parti frère » du MSI italien, du NPD allemand et de la Phalange espagnole. En 1970, Minute, Rivarol, l'Elite européenne et le groupe Pour une jeune Europe, anti-américain et anti-israélien, se joignent au meeting organisé par Ordre nouveau sous l'intitulé « Pour un 13 mai nationaliste ». Lorsque la scission intervient, Gabriel Jeantet se retrouve au Parti des forces nouvelles, qui va être entre 1974 et 1981 le principal rival du Front national que viennent de créer, entre autres, Alain Robert et François Brigneau. Les militants et cadres du PFN, plus nombreux que ceux du FN, récusent la ligne (trop modérée à leur goût) du leader de ce dernier, Jean-Marie Le Pen."