samedi 6 octobre 2012

Un non-dit de la gauche actuelle : le soutien et la participation du parti de Marcel Déat (soi-disant "de droite depuis 1933") au Front populaire

Philippe Burrin, La dérive fasciste : Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, Paris, Le Seuil, 2003, p. 272-273 :

"Le Petit Congrès de l'USR, réuni à la fin de mai [1936], approuva la participation au gouvernement Blum ; Maurice Viollette, Ramadier et Pierre Viénot devaient l'y représenter. Cette décision n'alla pas sans faire apparaître de significatives réticences. Lafaye et Montagnon parlèrent de sauvegarder la personnalité et l'originalité de l'USR en ne la fondant pas dans une participation sans relief. Le second aurait préféré que l'USR restât en réserve comme le PC, en attendant l'heure où elle pourrait se présenter en recours ; mais c'était une position qu'il tenait pour politiquement impraticable dans les circonstances, et c'est pourquoi il se prononça en définitive en faveur de la participation. Avec moins de réserves exprimées, en raison probablement de ses fonctions, ce fut la position de Déat, qui parla d'appui loyal et de liberté critique. Seuls quatre délégués furent d'un avis contraire, parmi lesquels Marion ; avec plus de détermination que Montagnon, il tenait pour la position de réserve à l'instar du PC et de la CGT, jusqu'à ce que fût venue l'heure du désenchantement. Insatisfait d'une formation politique qui lui paraissait se mettre passivement à la remorque de la majorité de gauche, il partit avec Fabre-Luce, Jouvenel et Gaucher rejoindre Doriot. D'autres tirèrent de la même situation des conclusions opposées, et c'est ainsi que Hauck et Vallon s'en retournèrent à la SFIO, estimant que tant qu'à se retrouver dans le Front populaire, autant revenir à un parti qui offrait de meilleures perspectives d'action.

Composante mineure du Front populaire, l'USR fit preuve jusqu'à l'éclatement de ce dernier en 1938 d'une fidélité comparable à celle de la SFIO. Les divergences qui avaient écartelé le PSdF entre une aile néo et une aile cartelliste s'étaient pourtant prolongées au sein de la nouvelle formation. Il reste ici encore que Déat et ses amis suivirent sans résistance majeure, et surtout sans rupture, l'orientation de leur parti. Comme Bergery et les frontistes, mais plus longtemps qu'eux, ils furent des alliés critiques des gouvernements de Front populaire. Le parallèle avec Bergery vaut d'abord pour l'attitude prise par Déat envers la politique économique du gouvernement Blum. Comme le dirigeant frontiste, dont son journal déplorait le « splendide isolement », Déat approuva la législation sociale adoptée par le Parlement au lendemain de la vague de grèves et réclama l'élaboration d'un « avenant » à un programme désormais accompli. Comme lui, il estimait insuffisante la transformation opérée et appelait à la réalisation de véritables réformes de structure. Tout ce qui dans l'œuvre du gouvernement allait dans le sens d'une économie organisée reçut son appui : ainsi en fut-il à propos de l'organisation du marché du charbon ou de l'institution de l'arbitrage obligatoire dans les conflits du travail. En sens inverse, le tournant vers le « libéralisme » qui s'affirma dans la « pause » de février 1937 fut sévèrement critiqué."

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 197 :

"L'USR se rallie au gouvernement Blum après la victoire du Front populaire."