dimanche 21 octobre 2012

"Le FN est un parti qui a soutenu pendant la guerre la collaboration avec les nazis" (Anne Hidalgo)

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008 :

"Faure, Spinasse, Monnet, Sérol et Albertin furent ministres de la SFIO dans les dernières années de la IIIe République. Sur dix-sept ministres socialistes qui seront encore en vie à la Libération, douze seront exclus de leur parti au vu de leur comportement pendant la guerre. Ce fait, pourtant significatif, sera assez fréquemment passé sous silence par les historiens du Front populaire." (p. 98)

"Ce que nous venons de voir sur les débuts politiques de Roland Gaucher et de François Brigneau donne une saveur toute spéciale à un article publié en mai 1990, après Carpentras, par L'Evénement du jeudi. Visant, en toute légitimité à mobiliser les esprits contre le racisme, il est consacré aux filiations historiques du Front national. Il fustige, en péroraison dramatique, « l'extrême droite collaborationniste de Paris dont Doriot ou Déat sont les figures de proue », et il révèle que « ce sont surtout des rescapés de cette extrême droite parisienne, de François Brigneau à Roland Gaucher, que l'on trouve aujourd'hui encore autour de Le Pen ». Le texte est superbe, il dit tout ! Il veut illustrer la malfaisance immanente de l'extrême droite éternelle, et il brocarde quatre noms, et seulement quatre : un ex-communiste (Doriot), un ex-socialiste (Déat), et deux anciens militants de la gauche pacifiste de la fin des années 1930 (Brigneau et Gaucher)...

Concluons donc sur ce point. Avec Saint-Loup et Saint-Paulien, avec Roland Gaucher et François Brigneau, pour ne s'en tenir qu'à ces quatre-là, il s'avère que les anciens antifascistes, les anciens de la gauche et de l'extrême gauche pacifiste pèsent d'un poids assez lourd dans les secteurs les plus radicaux de l'extrême droite française de la seconde moitié du XXe siècle. Rien que de très normal, bien sûr, au vu de l'impétuosité du torrent qui les a précipités, en leur temps, vers la collaboration et le nazisme. Ceux d'entre eux qui, à la Libération, n'auront pas choisi de se « recaser » et qui seront restés fidèles à l'« idéal » qu'ils servirent entre 1940 et 1944, ceux-là se retrouveront dans les multiples réseaux, chapelles et tendances de ce qui s'intitulera l'Opposition nationale. S'ils ont un tel poids dans l'extrême droite de l'après-guerre, c'est, ne l'oublions pas, parce qu'ils ont eu un très grand poids pendant la guerre elle-même.

Cette vérité, on s'en doute, n'est pas bonne à dire." (p. 298-299)