samedi 6 octobre 2012

La gauche et l'immigration dans les années 30

Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006, p. 147-152 :

"Une partie de la gauche, comme les radicaux Edouard Daladier et Pierre Mendès France, le socialiste Roger Salengro, certains dirigeants de la Ligue des droits de l'homme se rallient à la demande de contingentement de la main-d'œuvre étrangère, tandis que la CGT réformiste réclame que les travailleurs français bénéficient de la préférence à l'embauche.

C'est dans ce contexte de montée de la xénophobie qu'est votée, à l'unanimité (le groupe communiste s'abstenant), la loi du 10 août 1932 visant à protéger la main-d'œuvre nationale. Désormais, les pouvoirs publics peuvent fixer par décrets la proportion maximale d'étrangers que les entreprises ont le droit d'employer. Ces dispositions se révélant insuffisantes, elles sont bientôt complétées par différentes mesures de restriction : fermeture des frontières, limitation du nombre des régularisations et des opérations de renouvellement des cartes. Le décret du 6 février 1935 condamne à l'expulsion les étrangers qui, ne pouvant justifier d'une présence de plus de dix ans sur le territoire national, exercent une profession dans un secteur touché par le chômage. Entre 1931 et 1936, près de 130 000 Polonais, selon les sources françaises, regagnent volontairement ou non leur pays. (...)

En aucun cas, les Algériens ne sont l'objet des mesures de reconduite forcée à la frontière qui frappent beaucoup d'étrangers, en particulier ceux réduits au chômage. Certes, les voix sont nombreuses, notamment d'élus locaux et de journalistes, pour exiger que les Algériens sans travail soient « rapatriés ». Mais c'est à tort qu'on en tirerait la conclusion que ces appels ont été entendus : parce qu'ils sont français, ils ne peuvent être expulsés pour des raisons économiques et rien ne peut s'opposer à l'entrée en métropole de ceux qui remplissent les conditions exigées. Une liberté de circulation totale (sans condition) est même rétablie par le Front populaire, de juillet à octobre 1936 ; mais l'afflux des Algériens est tel qu'il paraît nécessaire de reinstituer des contrôles, pour éviter un déséquilibre du marché du travail."