vendredi 5 octobre 2012

Jules Ferry : les contrevérités de François Hollande

François Hollande, discours en hommage à Jules Ferry, 15 mai 2012 :

"Dans l'histoire de la République, les grandes dates, les vraies étapes, les plus sûrs repères dans la marche du temps. Ce sont les lois.

Ici, en cet instant où commence un temps nouveau pour notre pays, je suis venu célébrer deux lois, que nous devons à l'obstination, à la volonté et au courage de Jules FERRY : la loi du 16 juin 1881 relative à la gratuité de l'enseignement primaire ; et la loi du 28 mars 1882 relative au caractère laïque et obligatoire de l'école.

Tout exemple connaît des limites, toute grandeur a ses faiblesses. Et tout homme est faillible. En saluant aujourd'hui la mémoire de Jules FERRY, je n'ignore rien de certains de ses égarements politiques. Sa défense de la colonisation fut une faute morale et politique. Elle doit, à ce titre, être condamnée. Et c'est le grand Clémenceau qui porta en son temps le réquisitoire le plus implacable au nom de la conscience universelle. C'est donc empreint de cette nécessaire lucidité que je suis venu saluer le législateur qui conçut l'école publique, le bâtisseur de cette grande maison commune, qu'est l'Ecole de la République. Nous devons tant à l'instruction publique. Et nous attendons encore tellement de l'école au moment où notre pays affronte de nouveaux défis.

C'est ce message de confiance à l'égard de l'Education nationale que je suis venu exprimer au moment où je prends mes fonctions de président de la République.

L'école comme émancipation. La connaissance, le goût d'apprendre, la jubilation de la découverte, le sens de la curiosité intellectuelle, sont des trésors auxquels l'Ecole a pour vocation de préparer toutes les jeunes consciences, tous les enfants de la Nation.

L'Ecole, comme lieu de la véritable égalité. Celle des chances, celle qui ne connaît comme seuls critères de distinction que le mérite, l'effort, le talent car la naissance, la fortune, le hasard établissent des hiérarchies que l'Ecole a pour mission, sinon d'abolir, du moins de corriger. (...)

Et l'Ecole garde toujours cette haute fonction que Jules FERRY lui conférait dans cette même Lettre aux Instituteurs : « (...) préparer à notre pays une génération de bons citoyens ».

Egalité, mixité, laïcité, instruction, apprentissage de la citoyenneté : Tels sont les principes contenus dans les lois dites Ferry."

Paul Esquieu, "Démocratisation de l'enseignement", Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation (ouv. col.), Paris, Retz, 2011, p. 255 :


"L'instruction primaire doit ainsi, selon Jules Ferry, « prédisposer les garçons aux futurs métiers de l'ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages des femmes ». Enseignement primaire et enseignement secondaire des lycées, qui recrutent leur public dès le plus jeune âge dans leurs « petites classes », vont d'ailleurs, durant des décennies, rester deux ordres d'enseignement bien cloisonnés : d'un côté l'Ecole du peuple, de l'autre celle des notables."

Pierre Kahn, La Laïcité, Paris, Le Cavalier Bleu, 2005, p. 37-38 :

"Dans sa lettre-circulaire aux instituteurs (1883), écrite pour tenter d'apaiser la guerre des manuels de morale que l'Eglise avait déclarée, il [Ferry] déclare que la morale que les instituteurs doivent enseigner est celle, universelle, de la sagesse du genre humain, qu'aucune morale confessionnelle ne saurait monopoliser mais qui ne peut non plus en offenser aucune, dans la mesure où chacune participe à sa manière à cette sorte de patrimoine moral commun. La morale de l'école républicaine doit donc avant tout se garder de blesser la conscience de quiconque. Ferry donne d'ailleurs aux instituteurs ce critère pour juger s'ils peuvent enseigner tel ou tel précepte moral : si vous pensez qu'il risque de heurter un père de famille qui assisterait à votre leçon, taisez-vous, et ne dispensez votre enseignement que s'il peut être reçu de tous. A l'école de Jules Ferry, il est proscrit d'enseigner contre les familles, fussent-elles catholiques.

Lorsque, devant une opposition parlementaire hostile, Ferry décrit au Sénat le contenu de l'enseignement moral tel qu'il est prévu par les nouveaux programmes de l'école laïque, il dit qu'« il sera question des nombreuses applications de ce précepte qui résume toute l'éternelle morale : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même ». Un contradicteur l'interrompt alors : « Ce sont les commandements de Dieu ! » et Ferry répond : « Je ne vous dis pas que ce ne sont pas les commandements de Dieu. » Ce qui signifie : la morale laïque n'a pas d'autres préceptes que ceux qui sont présentés dans le Décalogue comme les commandements de Dieu. Mais il s'agit désormais de les enseigner comme des vérités de fait ou de raison, et non comme des commandements de Dieu. Ce qui rend chacun libre de les considérer ou non comme des commandements de Dieu. La morale laïque, en somme ne contredit pas la morale chrétienne, elle l'englobe : on peut donc être catholique et laïque. Ferry, dans ce même discours au Sénat, exprimera cette idée par une formule célèbre : la morale des nouveaux programmes de l'école primaire est « sans épithète ». Ni chrétienne, donc, ni juive, ni athée, c'est la morale « tout court ». Mais peut-on dire alors qu'elle est laïque, puisque la qualifier telle serait encore lui donner une épithète ?"