lundi 1 octobre 2012

Benito Mussolini et les Juifs

Pierre Milza, Mussolini, Rome, Carocci, 2000, p. 809 :

"On trouve un certain nombre de personnalités israélites parmi les premiers bailleurs de fonds du fascisme : le commendatore Elio Jona, le banquier Giuseppe Toeplitz, un certain nombre de propriétaires fonciers de la région de Ferrare, qui ont soutenu les squadre de Balbo. Il y a au moins cinq Juifs parmi les "saint-sépulcristes" du 23 mars 1919, et au moins trois dans le martyrologe de la « révolution fasciste ». 230 Juifs ont reçu le brevet confirmant leur participation à la marche sur Rome et à la fin de 1922, au moins 750 avaient pris la carte d'adhérent du PNF [Parti national fasciste]."

Benito Mussolini, discours à la Chambre des députés, 13 mai 1929 :

"Les Juifs sont à Rome depuis l'époque des rois ; peut-être ont-ils fourni aux Sabines des vêtements après leur enlèvement. Ils étaient cinquante mille sous Auguste et ils demandèrent à pleurer sur la dépouille de Jules César. Nous les laisserons en paix."

Benito Mussolini, entretien avec Emil Ludwig, 23 mars 1932 :

"La fierté ne nécessite pas un état de transe provoqué par la race, l'antisémitisme n'existe pas en Italie. Les Juifs italiens se sont toujours bien comportés comme citoyens et bravement battus comme soldats. Ils occupent des places éminentes dans les universités, dans l'armée, dans les banques. Il y en a toute une série qui sont officiers supérieurs : le commandant de la Sardaigne, le général Modena, un amiral de la flotte, un général d'artillerie et un général des bersaglieri."

Benito Mussolini, entretien avec Chaim Weizmann, 17 février 1934 :

"Je trouve votre idée excellente, mais pour revenir à la Palestine vous devez créer un Etat juif. J'ai déjà parlé avec les Arabes. Je crois qu'on peut arriver à une entente. La difficulté peut provenir de la question de Jérusalem. Les Arabes disent que les Juifs doivent avoir leur capitale à Tel-Aviv."

Benito Mussolini, entretien avec Nahum Goldmann, 13 novembre 1934 :

"Je suis sioniste, moi. Vous devez créer un véritable Etat et non le ridicule Home National que les Anglais vous ont offert. Le plus important, c'est que les Juifs soient confiants et ne se laissent pas effrayer par cet imbécile de Berlin."

Résolution adoptée au Congrès fasciste de Montreux, 17 décembre 1934 :

"Le Congrès déclare que la question juive ne saurait se traduire par une campagne universelle de haine contre les juifs."

Alberto Bianco, "Les sionistes révisionnistes et l'Italie : histoire d'une amitié très discrète (1932-1938)", Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, 13 | 2003, p. 22 :

"Entre 1934 et 1938, en pleine période fasciste, des centaines de jeunes juifs du Betar arrivant d’Europe de l’Est et de Palestine suivent des cours à l’Ecole maritime de Civitavecchia, une ville située à 70 kilomètres de Rome. Ce chapitre de l’histoire du mouvement révisionniste est peu ou très mal connu des historiens, sauf de ceux qui se sont penchés en particulier sur l’histoire de ce mouvement dirigé par Vladimir Zeev Jabotinsky."

Sigmund Freud, dédicace de Pourquoi la guerre, Vienne, 26 avril 1933 :


"A Benito Mussolini, avec l'humble salut d'un vieil homme qui reconnaît dans le gouvernant le héros de la culture."

Chaim Weizmann, entretien avec Mussolini, 17 février 1934 :


"Je pourrai mettre à votre disposition toute une équipe de savants chimistes de première valeur : des hommes compétents, fidèles et loyaux qui n'auront qu'un seul désir : celui d'aider l'Italie et de nuire à l'Allemagne. S'il y a besoin on pourra trouver aussi les capitaux nécessaires."

"Ma femme et moi nous serions très honorés d'avoir votre photographie."

Emil Ludwig, Les Dirigeants de l'Europe, Paris, Gallimard, 1936, p. 242-243 :


"La conséquence la plus importante de cette victoire [en Ethiopie] est, à mon avis, que Mussolini aura la possibilité, dans la guerre mondiale prochaine, de rester neutre, car il aura déjà fourni au fascisme sa victoire ; son prestige a grandi et il est trop avisé pour ne pas saisir cette grande chance que lui offrira la neutralité. Maintenant il a la paix à l'intérieur pour plusieurs années. D'autre part, l'Europe a reconnu quel étonnant diplomate elle a devant elle à Rome. Il a réussi à transférer sur un pays lointain la mentalité guerrière qu'il avait contribué à créer et à développer et à obtenir une victoire à peu de risques et de pertes. Comme les Italiens ne sont pas des Allemands, leur victoire ne les rendra pas plus avides, mais les invitera au repos sur leurs lauriers."

Tekin Alp (Moiz Kohen), Le Kemalisme, Paris, Félix Alcan, 1937, p. 234-235 :

"En Italie, le nationalisme présente un aspect tout à fait différent. Tandis que le Français fait mine d'être satisfait et se sent fier de sa situation, l'Italien joue le rôle de victime affranchie qui cherche par tous les moyens à s'assurer au soleil la place qu'il croit mériter et c'est ainsi que le nationalisme italien est nécessairement frondeur et dynamique.

L'unité italienne, qui n'avait derrière elle qu'un siècle d'existence, a subi un coup terrible après la Grande Guerre. Ce n'étaient plus les provinces qui s'éntr'égorgeaient comme autrefois, mais les classes sociales. Il n'y avait plus de patriotes florentins combattant contre les patriotes génois ou vénitiens, mais des patrons et des ouvriers, des bourgeois et des prolétaires dans le domaine économique, des radicaux, des libéraux, des modérés, des conservateurs, etc. se faisant continuellement une guerre sans merci. L'activité et la prospérité nationales étaient paralysées et contrecarrées par les intérêts opposés des différentes classes et des différents partis politiques. C'était l'anarchie dans la vie économique, le désordre dans la vie publique. 

Le nationalisme fasciste créé par Mussolini, c'est la réaction naturelle contre cet état de choses. Grâce à cette réaction, la lassitude et l'épuisement ont cédé la place à une exaltation nationale saine et vigoureuse. Tournant les yeux vers l'extérieur, l'Italie fasciste constate qu'elle n'a pas au soleil la place qu'elle mérite, et que ses intérêts nationaux ont été gravement lésés ou négligés dans la répartition des fruits de la victoire, lors des pourparlers de Versailles.

Forte de son réveil national, l'Italie fasciste a décidé de réagir, le souvenir de l'éclat et de la splendeur de cet empire dont Rome était la capitale et qui, pendant des siècles, a maintenu son hégémonie sur le monde entier, lui ont servi de puissant levier. Les masses éparpillées dans de nombreux groupes hostiles ont été électrisées et ramenées vers le même centre de ralliement, par l'idéal romain et par d'autres facteurs qui font partie de l'idéologie fasciste.

Inutile d'ajouter que si le fascisme italien se proclame héritier de l'ancienne Rome, des Auguste et des César, il ne pense pas naturellement à reconstituer l'ancien empire en réunissant sous son sceptre une macédoine de peuples. La nouvelle Rome prétend relever le niveau social, économique et intellectuel du peuple, et marcher ainsi à la tête du monde civilisé comme l'ancienne Rome marchait à la tête du monde païen. C'est là peut-être une ambition qui se heurterait aux ambitions des autres peuples ; n'empêche que, tant qu'elle reste dans les limites raisonnables et qu'elle ne se heurte pas aux autres nationalismes que par des idées, elle ne peut être que bienfaisante et peut servir puissamment à électriser les masses, à les pousser vers le progrès moral et matériel et à donner libre cours à la vitalité vigoureuse d'un peuple prolifique et travailleur. 

Ce n'est pas là, évidemment, du mysticisme proprement dit, car, quelle qu'en soit la forme, le mouvement fasciste s'appuie sur des bases réalistes. Ce sont des émanations de l'âme nationale, des radiations psychologiques, comme dirait Fortunat Strowski, qui revêtent des formes différentes d'après le moment, le milieu et les circonstances, et qui sont exaltées par la mystique nationale."

L'Univers israélite, n° 31, 9 avril 1937, p. 481 :


"M. Benito Mussolini a visité le quartier juif de Tripoli. Il y a été reçu avec enthousiasme par la population. La jeunesse du « Maccabi » formait la haie.

Le nouveau grand-rabbin, le Dr Lattes, assisté des membres du tribunal rabbinique, a souhaité la bienvenue au duce, exprimant le voeu que l'Italie fasciste, fidèle à ses traditions, respectera les droits religieux des Israélites.

M. Mussolini a dit au grand-rabbin le plaisir que lui a fait cette chaleureuse réception.

Le 19 mars, le grand-rabbin, Dr Aldo Lattes a offert à M. Mussolini, au nom de la communauté israélite, un magnifique candélabre d'argent. A cette occasion, il a déclaré au duce que les Juifs lui sont aussi sincèrement dévoués que les musulmans.

On croit qu'après celle visite du duce la loi interdisant aux commerçants juifs de Tripoli de fermer leurs magasins le samedi sera, sinon abolie, du moins atténuée quant à son application. Des licences ont déjà été rendues à des Juifs à qui on les avait retirées parce qu'ils ne voulaient pas se soumettre aux ordres du général Balbo. Celui-ci a d'ailleurs fait à un correspondant de l'A. T. J. des déclarations nettement favorables aux israélites, rappelant, entre autres, qu'il comptait parmi ses amis de nombreux Juifs et que dans sa ville natale, Ferrare, il y avait une communauté juive qui lui a toujours inspiré, le plus profond respect."

Serge Berstein et Pierre Milza, Le fascisme italien (1919-1945), Paris, Le Seuil, 1980, p. 219-220 :

"Il faut cependant reconnaître que, contrairement à ce qui se passe au même moment en Allemagne, il y a loin parfois de la théorie à son application [la législation raciale de 1938]. Le régime multiplie les exemptions pour les familles des Israélites tombés au cours de la guerre de Libye, de la guerre de 1915-1918, des campagnes d'Ethiopie et d'Espagne, de ceux qui sont tombés pour la cause fasciste, des blessés, décorés et mutilés pour faits de guerre, des adhérents au fascisme avant la Marche sur Rome, ou inscrits pendant le second semestre 1924 (affaire Matteotti). Par ailleurs, la loi subit de nombreuses entorses du fait de la manière dont elle est appliquée par les citoyens et par de nombreux fonctionnaires gouvernementaux (attestations de complaisance et facilités de tout genre données aux Israélites pour échapper à la loi). Enfin, nombre de fonctionnaires se laissent acheter pour délivrer des attestations ou fermer les yeux sur la non-application des lois, élément supplémentaire d'une corruption déjà généralisée. Peu de familles seront en fin de compte touchées par la législation raciale (3 552 sur un total de 15 000), mais le terrain se trouvera préparé pour les déportations du temps de l'occupation allemande."

Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs, Paris, Le Livre de Poche, 1981, p. 503 :

"Les Italiens ont défendu les Juifs étrangers aussi bien que ceux qui étaient italiens, non seulement dans leur propre pays, mais aussi en France, en Tunisie, en Croatie et en Grèce."

Pierre Milza, entretien à Outre-Terre, n° 3, 2003/2 :


"Voilà précisément ce dont il faut éviter le retour, celui de la révolution nationale de Pétain appelé au demeurant par la chambre du Front populaire qui a fait, sans les communistes évidemment, le 10 juillet 1940 : une option française, donc, et non pas imposée par les Allemands. Pire : c'est le régime raciste et xénophobe de Pétain qui a imposé au pays les lois raciales de 1940-1941 sans que les nazis s'en mêlent. Alors que les soldats de Mussolini allaient protéger les juifs après l'invasion de la zone libre par les Allemands en 1942."