mardi 25 septembre 2012

Résistance : l'aveu de François de Grossouvre

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008 :

" « J'ai bien connu le colonel du Jonchay, officier de l'Armée Secrète, membre de l'état-major national des FFI », dira François de Grossouvre (1918-1994). Lui aussi originaire de l'Action française, il est à la Légion française des combattants puis au Service d'ordre légionnaire (SOL). Mais il ne passe pas à la Milice, comme le feront les gens du SOL menés par Darnand. Il est à l'ORA, il rejoint le maquis de la Chartreuse fin 1942 ou début 1943, et il combat dans l'armée française jusqu'en 1945.

Est-il mêlé, dans l'après-guerre, à d'étranges réseaux anticommunistes ? Ce qui est sûr, c'est qu'il suit fidèlement François Mitterrand, qu'il connaît depuis le début des années 1960, tout au long de son cheminement politique : à la Convention des institutions républicaines puis au Parti socialiste, au leadership de l'opposition puis à la présidence de la République. Conseiller de Mitterrand à l'Elysée, il entretiendra des relations d'abord très étroites, puis distendues, puis conflictuelles avec son vieil ami devenu chef de l'Etat. De Grossouvre se donnera la mort dans son bureau de l'Elysée, le 7 avril 1994. La presse retracera son itinéraire de médecin et d'homme d'affaires, résistant issu de l'extrême droite, amateur de chasse et friand de secrets d'Etat. Fait qui compte pour le sujet que nous traitons, c'est lui qui incita Dominique Venner (militant, publiciste et écrivain d'extrême droite) à écrire une histoire de la Résistance mettant en valeur le rôle joué, dans le combat clandestin, par les hommes d'extrême droite. « C'est la gauche qui a exploité la Résistance, mais ce sont les gens de droite qui l'ont créée ! », dit-il à Venner, dont on comprend qu'il fut agréablement surpris d'« entendre cela de la bouche du conseiller personnel de François Mitterrand ». Venner lui rendra hommage : « Je n'aurais pas écrit ce livre sans François de Grossouvre. C'est lui qui en eut l'idée. » " (p. 414)

"Une amitié [entre Mitterrand et Bousquet] qui scandalisa François de Grossouvre en 1961 et Jacques Attali en 1975. Grossouvre quitte un déjeuner avec Bousquet, auquel Mitterrand l'avait convié pour préparer un voyage en Chine : Edwy PLENEL, « François de Grossouvre, l'ami blessé », Le Monde, 9 avril 1994. Mitterrand présentera une version différente de l'incident." (p. 555, note 17)