jeudi 13 septembre 2012

Paul Faure, secrétaire général de la SFIO dans l'entre-deux-guerres

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 92-94 :

"Comme Compère-Morel et comme Séverac, Paul Faure (1878-1960) fut guesdiste dans ses jeunes années. Député de Saône-et-Loire, il est secrétaire général de la SFIO dans l'entre-deux-guerres. Il est ministre d'Etat du Front populaire, de juin 1936 à janvier 1938, et de nouveau en mars-avril 1938. Ses relations avec Léon Blum, leader du parti, se font difficiles et conflictuelles à la fin des années 1930. Il est à la tête des pacifistes et des munichois de la SFIO.

Faure bien sûr n'a rien contre les Juifs : au cours d'une tournée en Algérie, en 1930, il tient à rassurer les Juifs contre un regain d'agitation hostile et proclame son intention d'interpeller le gouvernement sur la question de l'antisémitisme. Mais les tensions internes à la SFIO s'accroissent en 1938. Une rumeur se répand avec insistance, selon laquelle les partisans de Faure n'hésiteraient pas à employer, en sourdine, des arguments antisémites contre Blum et les militants juifs de son entourage. La LICA tient à publier un démenti (qui ressemble fort à une mise en garde) en février 1939 : « Dans la lutte idéologique que mènent, l'une contre l'autre, les deux tendances du Parti socialiste SFIO, de bonnes âmes voudraient découvrir de l'antisémitisme. Pour mieux nous exprimer, on accuse dans maints journaux la tendance de M. Paul Faure de nourrir contre la tendance de M. Léon Blum de sombres desseins, tout simplement dans le but de mener une campagne raciste au sein du parti. Ces bobards seraient plaisants si de braves gens ne finissaient par y croire dur comme fer. Conseillons cordialement aux amis SFIO d'en finir publiquement avec des sornettes qu'il n'est pas bon, même si on les méprise, de voir se multiplier un peu partout. » La rumeur n'en cesse pas pour autant, ce qui conduit Le Droit de vivre à émettre, quelques mois plus tard, une deuxième mise au point tout aussi péremptoire que la précédente. Paul Faure et la SFIO sont-ils au-dessus de tout soupçon ? La LICA, d'ordinaire vigilante, perd-elle son acuité auditive quand c'est un parti ami, et non une abominable ligue fasciste, qui chuchote contre les Juifs ?

Faure, dans ses conversations privées, ne mâche pas ses mots. Il redoute en octobre 1939 la formation d'un cabinet de guerre avec Blum « installant tout Israël avec lui ». Une source certes contestable, mais non nécessairement mensongère, lui fait dire que Léon Blum « nous aurait tous fait tuer pour ses Juifs ! » Déat notera dans ses carnets, en octobre 1943 : « Je passe à l'Œuvre, Guérin me raconte son déjeuner avec Paul Faure. Celui-ci, en très bonne forme, est très antigaulliste et antisémite. » Faure en 1940 n'est pas nommé ministre mais est très lié au pouvoir de Vichy. Membre du Conseil national de l'Etat français, il pratique une collaboration « maréchaliste » relativement modérée, tout en veillant à protéger et à intégrer au nouveau régime les anciens militants de sa tendance. Les paul-fauristes sont particulièrement nombreux à collaborer.

Paul Faure ne manque pas de toupet. Il continuera, après la guerre, à tancer Léon Blum, lui reprochant de ne pas avoir pris la parole lors du vote du 10 juillet 1940. Il lui reprochera aussi sa célèbre phrase sur Pétain (« le plus noble, le plus humain de nos chefs militaires »), laquelle date de mars 1939... Il sera actif, avec Flandin, avec Marchandeau, dans les regroupements d'anciens parlementaires pétainistes. Il animera un Parti socialiste démocratique où se retrouveront des militants exclus de la SFIO pour faits de collaboration.

La LICA en 1948 contredira les démentis qu'elle émettait avant-guerre. Elle dénoncera rétroactivement, avec neuf années de retard (mais quelles années !) la « campagne raciste » que Faure menait en 1939 contre Blum. L'antijuif Henry Coston, pour sa part, ne s'y sera pas trompé. Il saluera la mémoire de « l'ancien ministre Paul Faure, qui dirigeait avec talent et courage La République Libre » et qui « nous avait maintes fois témoigné sa sympathie agissante ». Faure est loin d'être le seul, parmi les grands antifascistes de 1936, à s'être rapproché de Coston."

Serge Berstein, "De la Troisième à la Quatrième République", in Françoise Gaspard (dir.), De Dreux à Alger. Maurice Viollette (1870-1960), Paris, L'Harmattan, 1991, p. 87-88 :

"En avril 1946 l'UDSR s'allie d'ailleurs aux radicaux, aux modérés de l'Alliance démocratique, aux républicains-socialistes, mais aussi à des nostalgiques du PSF ou des socialistes épurés pour vichysme autour de Paul Faure au sein du RGR (Rassemblement des Gauches Républicaines) qui constitue un groupe à la Constituante. Si Viollette ne se sent sans doute pas totalement à l'aise dans ce voisinage, il ne peut qu'apprécier un parti qui laisse une large liberté d'expression et qui va très vigoureusement prendre parti contre le tripartisme (alliance PC-SFIO-MRP), héritier du général de Gaulle après la démission de celui-ci."

François Goguel, La Vie politique et les Partis en France, Paris, Les Cours de Droit, 1951, p. 451 :

"Après avoir ainsi considéré le Parti radical, je signale que le Rassemblement des Gauches républicaines n'est pas un parti.

Le R.G.R., créé au printemps 1946, et auquel le Parti Radical-Socialiste a adhéré, de même qu'une série d'autres partis moins importants et dont, pour cette raison, il ne sera pas question (Union démocratique et socialiste de la Résistance de M. Pleven et M. Miterrand [Mitterrand], le Parti socialiste démocratique de M. Paul Faure, l'Alliance Démocratique de M. Flandin, le Parti républicain social de la Réconciliation Française, qui groupe d'anciens membres du P.S.F.) est une fédération de groupements qui, en principe, n'a pas d'adhérents individuels."