mercredi 12 septembre 2012

Marcel Déat, un disciple de Jean Jaurès

"L'Europe, tradition française", L'Oeuvre, 28 novembre 1940 :

"(...) Jaurès était magnifiquement français, mais il sentait l'Europe et sa nécessité bienfaisante. S'il était encore parmi nous, je ne doute pas un instant de son attitude : il adjurerait le peuple français de s'avancer hardiment sur le chemin de la collaboration."

Mémoires politiques, Paris, Denoël, 1989 :

"Le socialisme de Jaurès, le socialisme démocratique et national, le nôtre, avait refusé de se russifier [au congrès de Tours]. (...) Nous étions français, occidentaux, idéalistes, bien que très capables d'utiliser la méthode marxiste dans nos analyses : nous ne pouvions ni ne voulions sortir de notre peau pour nous mettre dans celle du moujik, ni dans celle du « révolutionnaire professionnel », au risque de nous faire traiter ignominieusement de petits-bourgeois. Aussi bien nous paraissait-il excessif que l'ont fît appel à un marxisme de stricte obédience pour justifier et illustrer une révolution qui, du point de vue même de la doctrine, était un paradoxe déconcertant : elle se développait dans un pays sans industrie, dans le pays le plus arriéré d'Europe, au sein d'une immense paysannerie à peine sortie du servage ; cette révolution était d'ailleurs issue d'un coup de main opéré sur une première révolution démocratique dont les bolcheviks avaient été les profiteurs, et qui avait surgi de la lassitude de la guerre, de la décomposition du front, du désir des paysans de s'emparer des domaines des boyards. Le même cri qu'en 1905 avait retenti : « La paix et la terre ! » Il ne resterait plus, pour vérifier le marxisme, qu'à construire une industrie et à fabriquer du prolétariat, pour fournir enfin la classe dominante et dirigeante dont tenait lieu pour l'instant une petite secte dictatoriale, recrutée dans l'émigration et la clandestinité." (p. 133)

"La tradition du socialisme français, exaltée et maintenue par Jaurès, avait heureusement sauvegardé dans une large mesure la tendance organique, et fait en même temps barrage contre le bolchevisme. Et c'était Jaurès qui, dans L'Armée nouvelle, avait le premier tenté la réconciliation entre la classe et la nation, essayé de définir un Etat dont la capacité administrative et juridique suffirait à couvrir et à animer une révolution-évolution créatrice d'un ordre juste, où les classes disparaîtraient, mais non pas au profit d'une immense poussière d'individus. Cet élan authentique du socialisme français, nous le portions en nous, et c'est pourquoi nous nous retrouvions finalement au niveau du national-socialisme allemand." (p. 786)

"Et l'on voyait bien aussi que, dans la mesure où le socialisme français, par nos soins, prolongeant l'effort de Jaurès, avait retrouvé et maintenu la tendance organique, mis l'accent sur le cadre national, puis sur le rôle de l'Etat, sur la révolution dirigée, sur la révolution nationale enfin, socialiste et nationale, beaucoup de chemin avait été fait vers un point de rencontre encore incertain, mais inévitable." (p. 791)

"L'évolution du socialisme", L'Effort, 25 septembre 1940 :

"Je ne chercherai pas à doser ce qu'il y avait de national et ce qu'il y avait de social dans cette entreprise, s'il s'agissait davantage de socialiser la nation ou de nationaliser le socialisme. Ce que je sais, c'est que les deux termes ont tendu depuis vingt ans à se répandre, en France comme ailleurs, et que leur mélange est explosif au bon sens du terme : de quoi faire pétarader tous les moteurs de l'histoire.

Car des nationaux sont devenus sociaux, très sincèrement, très fortement, et des socialistes sont devenus nationaux, sans arrière-pensée. Cela a donné en Italie le fascisme, en Allemagne le national-socialisme. En France, cela produira sans doute des institutions originales, des manières de sentir et d'agir dont le modèle exact ne nous sera fourni par personne. Mais l'erreur à ne pas commettre, pour les meilleurs militants du vieux socialisme, ce serait de tourner le dos à la révolution nationale et de la bouder sous prétexte qu'elle ne porte pas exactement les couleurs de leur jeunesse."

"Et pourquoi pas la République", L'Oeuvre, 24 octobre 1940 :

"Et pourtant, si nous avions été vraiment républicains (...) Eh bien, il n'y aurait pas eu la guerre. Parce que nous aurions essayé de comprendre les autres peuples au lieu de décréter sottement qu'ils se trompaient (...) parce que la révision des traités aurait seule satisfait nos consciences inquiètes, en même temps qu'elle eût apportée la paix à l'Europe (...) Disons donc hardiment que la France est tombée parce qu'elle avait oublié d'être républicaine. Et parce que des peuples plus jeunes (...) inventaient une démocratie d'un autre genre (...) Si nous faisions la République, une, belle, une grande République, qui prenne tout naturellement sa place en Europe."

"Vues sur l'Europe", L'Oeuvre, 27 novembre 1940 :

"Que les masses ouvrières ne tournent pas sottement le dos à la seule révolution possible pour suivre les faux prophètes du nationalisme (...)."

"Construction sociale de l'Europe", L'Oeuvre, 19 janvier 1941 :

"Il reste le social, le socialiste, lequel n'est pas davantage réservé à l'usage interne, lequel est au contraire international par définition. Et l'unification de l'Europe appelle cette uniformisation des structures économiques et des institutions sociales."

L'Oeuvre, 21 mars 1941 :

"Il ne peut pas ne pas y avoir accord profond entre Maurras et Churchill. La collusion est évidente. Tout ce qui est contre l'Allemagne et la révolution européenne est dans le camp maurrassien. Les juifs de Vichy ont certainement répondu avec un sûr instinct et un sincère enthousiasme aux appels de fonds de l'Action Française. Quant aux francs-maçons d'outre-mer, ce sont des gens très bien. Les foudres de Maurras ne sont pas pour eux. (...) On prépare tout pour le coup de force. La politique maurrassienne est essentiellement « revancharde ». Sa germanophobie délirante, sa passion chauvine, sans retenue ni bon sens, sont au premier chef, opposées à tout ce qui peut ressembler à une entente européenne et à une collaboration franco-allemande."

L'Oeuvre, 9 avril 1941 :

"Le slogan de l'Action Française : la France, la France seule, est la couverture de l'anglophilie, rien de plus, et personne n'est dupe."

Discours à une conférence sur le thème "La France nouvelle dans la nouvelle Europe", 17 mai 1941, cité dans La Petite Gironde du 18 mai :

"Il y a pour la France une nécessité absolue de s'intégrer, avec loyauté, confiance et élan, à cette Europe qui naît et aux vastes possibilités de cette solidarité économique, qui sera la règle de demain. Elle y trouvera, au surplus, les tâches dignes de son génie propre, honneur et profits, car, dans ce renouvellement des conditions internationales, dans cette harmonie du continent, pour que la création soit forte, durable et réelle, il faut que le vainqueur vive mieux et que le vaincu vive bien. (...)

La révolution nationale sera autoritaire et socialiste, parce que véritablement sociale et génératrice de libertés. (...)

C'est parce que je suis Français 100 % que je trouve la force d'être Européen 100 %."

"Rassemblement national-populaire : la Politique générale", discours prononcé au premier congrès du RNP à Paris, 14-15 juin 1941 :

"(...) ceux-là qui ont d'abord été trompés par toutes les fausses mystiques du mauvais nationalisme au service des grands intérêts du capitalisme international, ceux-là ont compris, petit à petit, que la masse des travailleurs existait, et qu'elle bouderait la patrie tant que l'Etat ne serait pas devenu, au lieu d'être l'instrument de la domination d'une classe, ou d'une catégorie d'intérêts, le grand outil de la libération du prolétariat. Ils ont compris, dis-je, que rien ne serait possible tant que l'Etat et la Nation ne seraient pas l'Etat et la Nation de tous, donc tant que la nation ne serait pas devenue une communauté nationale où chacun aurait, avec la possibilité de vivre décemment et normalement, la possibilité de développer ce qu'il porte en lui d'espérance ou de virtualité, jusqu'à l'achèvement de son être et de sa personne. Ayant compris cela, ils sont venus à la même révolution à travers la nation, tandis que nous, nous découvrions la nation à travers l'idée incomplète d'une révolution de classes."

L'Oeuvre, 26 juillet 1941 :

"Charles Maurras condamne la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, à croire qu'il ne veut faire à Staline nulle peine, même légère."

Discours à une réunion du RNP à la Mutualité, 12 avril 1942, cité dans La Petite Gironde du 13 avril :

"Nous autres, nous avons rejoint le front révolutionnaire européen. Nous sommes Européens et Français indivisiblement. Nous militons dans l'avenir autant que dans le présent, et nous jurons que, quoi qu'il puisse arriver dans l'immédiat, la vermine installée dans l'Etat sera balayée, et que notre peuple renaîtra dans la chaleur de la communauté européenne. Depuis que notre combat politique est commencé, nous n'avons pas un mot ni un geste à regretter. Nous continuerons."

L'Oeuvre, 24 novembre 1942 :

"La manchette de l'Action Française, La France, la France seule... a fourni les prétextes patriotiques au refus de toute coopération européenne."

Discours à l'occasion de la fête du travail, Palais de Chaillot, 1er mai 1944 :

"Le gouvernement a tenu à ce que la fête du travail fût solennellement célébrée en la capitale, dans un Paris enfiévré et meurtri. Le Premier Mai des vieilles revendications ouvrières, ce Premier Mai qui jamais n'obtint mieux que la tolérance inquiète des pouvoirs publics et la hargne de la bourgeoisie est devenu fête nationale. Nos choix sont faits, depuis longtemps. Nous n'avions pas à choisir la France, nous avons suivi la pente de notre être et obéi à nos instincts, comme le Maréchal, en juin 40. Nous avons choisi l'Europe, comme à Montoire, parce que c'était le bon sens et parce qu'aucun cadre ne s'offrait à nos destinées collectives. Et nous voici maintenant, patrons, techniciens, ouvriers, serviteurs de l'Etat, en face des plus dures épreuves. Nous ne tiendrons que si nous nous tenons serrés les uns contre les autres, solidaires et fraternels. Les Français vont faire, face à la mort, un pacte d'unité et d'amitié qui se passera de formules et de palabres. Si vous daignez enfin tous comprendre ce qui est accompli, admettre l'irrévocable, et vous jeter d'un coeur joyeux vers l'avenir, tout sera sauvé : le corps et l'esprit !"