samedi 8 septembre 2012

Les Tats juifs ou Juifs des montagnes

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 29-31 :

"Cette dénomination générique [Tats] fait référence à divers groupes ethniques, de religions variées, que réunit la pratique d'une autre langue iranienne, la langue tat, plus proche du farsi moderne que la langue des Talyches. On veut voir dans cette présence linguistique persophone la preuve de la continuité d'un peuplement iranien dans l'Azerbaïdjan caucasien et une marque de son ancienne domination dans la zone.

Leur répartition géographique suit une ligne nord-sud le long du littoral caspien, entre Derbent et Bakou, et quelques poches dans la profondeur des terres : la décision du pouvoir sassanide au VIe siècle de former des colonies de peuplement et des cantonnements sur la route stratégique pour protéger la région des invasions du Nord, par les « Portes de Fer » de Derbent et maintenir les lignes de défense fortifiée, en auraient été la première motivation et l'origine de leur présence. Ces communautés sont ensuite demeurées dans ces régions jusqu'à présent, leur nombre se réduisant du fait d'une lente assimilation.

Il existe des Tats musulmans, juifs et chrétiens. Les Tats chrétiens étaient représentés par la très ancienne communauté des Arméniens iranophones qui se sont depuis fondus dans la communauté arménienne d'Azerbaïdjan. Les Tats juifs étaient traditionnellement installés à Qouba, dans le nord du pays, sur l'ancienne route Derbent-Shemakhi. Connus sous le nom de « juifs des montagnes », on les rencontrait en zone rurale dans le bourg d'Oghouz (ancienne Vartachen, dans le centre du pays) mais aussi au Daghestan et jusqu'en Kabardino-Balkarie. Leur langue tat est fortement influencée par la phonétique de l'hébreu et contient des tournures empruntées au turc. Il s'écrivit en caractères hébreux jusqu'en 1929, époque où le linguiste Boris Miller leur façonna un alphabet latin propre à leur phonétique hébraïque. Quoiqu'ils soient nombreux à avoir émigré en Israël à la chute de  l'URSS pour trouver une vie meilleure, il reste une communauté active à Bakou, où ils disposent d'une synagogue qui leur est propre, distincte de celles qu'animent des juifs ashkénazes ou géorgiens. Ils étaient 21 000 en 1886, dont 10 000 ruraux. Ils étaient environ 10 000 en 1990.

Les Tats musulmans, chiites, étaient les plus nombreux : principalement installés dans la région de Qouba, Shemakhi, Göytchay, sur le littoral caspien mais aussi et surtout à Bakou et sur la péninsule d'Apsheron (Balakhany, Sourakhany). On estime à 25 000 le nombre de ceux qui ont conservé la pratique de la langue tat et à beaucoup plus ceux qui l'ont perdue mais ont conservé le souvenir d'une identité collective distincte. La tendance est toutefois à l'assimilation et à l'absorption dans la nation azérie sous la forme d'une sorte de régionalisme diffus. Au groupe linguistique tat, il convient de rattacher les iranophones de la région de Lahidj (au nord d'Ismaëli), ainsi que les descendants des nombreux ouvriers venus d'Iran (Azéris ou Perses) travailler sur les sites de forages pétroliers à la fin du XIXe et début du XXe siècle, dont tous ne sont pas repartis après l'occupation par les bolcheviks."