mercredi 19 septembre 2012

Les socialistes et la torture en Algérie

Pierre Messmer, entretien au Figaro Magazine, 2 décembre 2000 :

"Je suis frappé par l'attitude ambiguë du premier ministre [Lionel Jospin], qui est, constitutionnellement, en charge de la défense nationale. Il a commencé par manifester sa compréhension pour ceux qui avaient soutenu et aidé le FLN. Les réactions des militaires sont d'autant plus compréhensibles que nombre de nos soldats sont engagés dans des pays où peuvent se poser les problèmes qui se sont posés en Algérie... et qui déjà s'étaient posés, ne l'oublions pas, en Indochine. Les militaires ont le droit de se demander aujourd'hui si, en cas de crise, ils ne seraient pas lâchés par le pouvoir civil. Je crois aussi que le premier ministre, ayant regardé cette affaire de plus près, a compris que toute commission d'enquête conduirait naturellement à l'examen de la responsabilité des hommes politiques de 1956. Or tous ces hommes savaient ce qui se passait, souvent l'approuvaient, et en tout cas n'ont jamais rien fait pour s'y opposer. Le gouvernement, présidé par le socialiste Guy Mollet, a donné, en 1956-1957, tous les pouvoirs aux militaires, car il était impuissant à venir à bout des attentats en Algérie. Il s'en est remis à Massu pour que Massu fasse ce que les civils ne pouvaient pas faire !"

"En Algérie, la seule façon de mettre fin à la guerre, c'était de décoloniser, mais cette décision aurait dû être une décision politique qui n'a pas été voulue par les responsables politiques d'avant 1958. J'ajoute que, conformément aux instructions du général de Gaulle, j'ai veillé, dès l'instant où j'ai été ministre des Armées, à ce qu'il soit mis fin à la torture. Je l'ai fait en retirant aux militaires la responsabilité de procéder aux enquêtes et en créant un corps de procureurs militaires qui étaient des magistrats mobilisés. Dans tous les cas de torture que l'on ressort aujourd'hui, je n'en trouve aucun qui soit postérieur à 1960."