samedi 29 septembre 2012

Le prétendu "sionisme" du blumiste Daniel Mayer : beaucoup de paroles et peu d'actes

Arnold Mandel, "C'est terrible !", L'Arche, n° 142, 26 décembre 1968-25 janvier 1969 :

"Le beau livre de Jacob Tsur, ancien ambassadeur d'Israël à Paris, depuis sa petite enfance juive polonaise, jusqu'à la naissance de l'Etat d'Israël sous une pluie de feu et un orage de haine arabe, ce livre s'appelle « Prière du Matin ». « Prélude à Suez » n'en est pas la suite et se situe sur un autre plan. Au clair-obscur et au doux-amer de l'évocation sensible, succède l'aperçu politique, la brève notation significative des réactions de tel ou tel autre diplomate ou homme d'Etat en vue, la relation ou le rappel d'instantanés dramatiques dans la marche du temps. C'est un journal daté. Le journal d'un ambassadeur, le représentant d'un pays exposé, menacé, soupçonné ; rarement aimé ; un pays essentiellement solitaire. Comme partout et toujours l'homme juif au destin de solitude dont cet Etat est la cristallisation politique et actuelle.

Jacob Tsur s'est débattu avec la complexité des situations, Avenue de Wagram, de 1953 à 1956, époque cruciale aussi bien pour l'histoire de la France d'après la seconde guerre mondiale, que pour le Moyen-Orient arabe et son « épine » : Israël. La France vit dans l'instabilité politique. La guerre d'Algérie suscite le trouble et le déchirement. (...) En Egypte c'est l'ascension de Nasser qui a éliminé Néguib. Dans ce même pays des sionistes sont condamnés à mort. Le canon israélien tonne à Gaza en représailles des attentats et sabotages arabes en partance de cette enclave égyptienne. Au Maroc se déclenche une action contre les Juifs désireux d'immigrer en Israël.

Un peu partout dans les capitales arabes on manifeste contre la France, en solidarité avec les fellaghas. Dans ces conditions, le rapprochement franco-israélien s'inscrit dans la logique des faits. Pourtant, il ne se produit pas sans accrocs, ni reculs. La France ménage toujours relativement ses partenaires-adversaires arabes. Pour Israël, c'est la croix et la bannière d'obtenir de son alliée française les armes dont il a besoin.

Tout cela débouche sur la solution de continuité de Suez. M. Guy Mollet étant devenu la providence d'Israël, alors que des hommes politiques sans doute plus sympathiques que lui, et Juifs de surcroît, Mendès-France et Daniel Mayer, s'opposent, en raison de leurs convictions, à une entreprise d' « agression » qui signifie bel et bien pour Israël un inéluctable acte de défense. (...)

Les Français obéissent à l'injonction des vrais puissants. Les Israéliens mettent un peu plus de temps à évacuer le Sinaï qu'ils ont mis à le conquérir. C'est « Suez aller-retour ».

Nous ne savons pas ce qui se passe dans le cœur de M. Guy Mollet. Toutefois, Daniel Mayer et Mendès-France devraient être relativement contents, leur position et leur mise en garde étant justifiées.

Or, apparemment, ils ne le sont pas du tout. Mendès-France se montre inquiet. Au bout du fil téléphonique, Daniel Mayer, apprenant la nouvelle de la fin de l'aventure, dit à l'ambassadeur d'Israël : « C'est terrible ! »."

Guy Mollet, lettre à Gérard Jaquet (secrétaire d'Etat à l'Information), 3 décembre 1956, Archives Guy Mollet de l'Office Universitaire de Recherche Socialiste (AGM 73 : Radiotélévision 1956. Présidence du Conseil, secrétariat d'Etat à l'Information) :


"Je t'ai signalé certains cas : j'ai trouvé anormal l'éloge fait de la Russie des Soviets à de nombreux égards ; l'incident sur le pétrole soviétique ; le fait de confier à Daniel Mayer un commentaire sur Israël alors que Daniel est parmi ceux qui auraient tranquillement laissé disparaître Israël, sauf à pleurer ensuite sur son sort."