lundi 10 septembre 2012

Le grand-rabbin Haim Nahum, une figure emblématique du judaïsme en Méditerranée orientale



"EGYPTE

Election du grand-rabbin du Caire

Dimanche le 25 janvier, S. E. Haïm Nahoum Effendi, ancien grand-rabbin de Turquie, a été élu, à une imposante majorité, grand-rabbin du Caire, par le vote, au suffrage universel, des membres de la Communauté. Il remplace Rabbi Raphaël Bension, qui a pris sa retraite il y a trois ans.

L'importance de cette élection et les incidents qui l'ont précédée méritent de retenir l'attention. Dès le mois de novembre 1923, le Conseil de la communauté, comprenant 18 membres, avait désigné M. Nahoum. Mais celui-ci avait exprimé le voeu que sa nomination revêtît un caractère officiel et fût sanctionnée par un rescrit royal. Le gouvernement adhéra à cette proposition, qui constituait une innovation en matière de culte en Egypte ; mais il demanda qu'au préalable l'élection fût ratifiée par une assemblée générale des membres de la communauté. Cette réunion eut lieu en juin 1924. A une très forte majorité M. Nahoum allait être proclamé élu ; mais il se produisit de regrettables incidents ; pour des raisons diverses, il s'était formé un parti d'opposition, qui se livra à des scènes tumultueuses ; la séance dut être levée et ajournée. Le Conseil de la communauté donna alors sa démission ; seul, le vice-président, Joseph Aslan Pacha, resta en fonctions pour assurer le fonctionnement des divers services et préparer de nouvelles élections. Le Conseil des ministres s'occupa de la question et, à la fin de décembre dernier, il élabora un règlement en vue du retour à un ordre normal et fixa les détails de la procédure. Les opérations électorales de dimanche dernier, qui comportaient également la désignation du Conseil de la communauté, marqueront, il convient de l'espérer, le début d'une ère nouvelle dans la vie religieuse de ce grand centre.

Il importait, en effet, que la communauté juive d'une ville où l'influence de l'Europe est si sensible eût à sa tête un pasteur de culture occidentale et moderne. Elle compte aujourd'hui une population de 35 à 40.000 âmes. Les israélites du Caire occupent des situations sociales et morales en vue ; le président par intérim de l'administration de la communauté, Joseph Aslan Cattaui Pacha, est ministre des Finances du gouvernement actuel. Les oeuvres cultuelles et philanthropiques de cette grande collectivité sont quelque peu atrophiées par suite d'une trop longue période de désorganisation. Il est urgent que tout soit repris en main sous la direction d'un chef qualifié.

Le grand-rabbin aura également un rôle de premier plan en raison du voisinage de la Palestine et la grande mission lui incombera de veiller à l'établissement ou au maintien des relations cordiales entre Musulmans et Juifs au moment où, à propos de la Palestine, se posent d'aussi graves problèmes. Le grand-rabbinat devient enfin un poste reconnu par l'Etat, ce qui confère à son titulaire une autorité que ses prédécesseurs n'ont pas connue, mais en fait aussi une fonction lourde de responsabilités.

Physionomie populaire dans tous les milieux orientaux, personnalité connue et estimée bien au-delà des confins où le grand-rabbin a exercé jusqu'ici son activité, M. Nahoum est né à Magnésie (Turquie d'Asie) en 1874. Il a fait ses études secondaires et supérieures (1891-1897) au Séminaire rabbinique de Paris, d'où il est sorti gradué grand-rabbin. En même temps il suivait les cours de l'Ecole des Langues orientales vivantes et de l'Ecole des Hautes Etudes ; il est diplômé de ces deux établissements. Il retourna ensuite à Constantinople et fut appelé aux fonctions de professeur de Talmud et d'homilétique au Séminaire rabbinique qui fut fondé dans cette ville en 1898. En 1907, il fut chargé par l'Alliance Israélite d'un voyage d'études auprès des Falachas d'Abyssinie. A son retour, en 1908, lorsqu'eut été proclamée la Constitution ottomane, il fut désigné comme locum tenens du grand-rabbinat ; le 26 janvier 1909, il était élu grand-rabbin de Turquie par une assemblée générale des délégués israélites de l'Empire ottoman, qui lui donna 82 voix sur 87 votants. Il occupa ces hautes fonctions jusqu'en 1920. Au cours de cette période, il s'employa à donner une organisation et une impulsion nouvelles à toutes les oeuvres religieuses, philanthropiques, scolaires, qui ressortissaient à sa sphère d'action. Mainte initiative heureuse fut prise par lui : c'est à son intervention, par exemple, qu'est due la suppression, en 1912, du « passeport rouge » qui était exigé des israélites étrangers se rendant en Palestine, dût leur séjour ne durer que quinze jours. Il obtint aussi, en 1914, la reconnaissance légale des « yechiboth » de Jérusalem en vue d'assurer aux élèves-rabbins la dispense du service militaire. Pendant la guerre de 1914-18, il sut assurer le maintien et le fonctionnement des écoles israélites non-turques établies dans le pays. Avec le concours du Joint Distribution Committee de New-York, il organisa en Turquie des cuisines populaires, des oeuvres de secours aux veuves et aux orphelins de la guerre.

Le grand-rabbin Nahoum donna sa démission en mai 1920, à la suite de divergences de vues avec le gouvernement de Férid Pacha au sujet de la composition du corps électoral juif. Le grand-rabbin avait vainement insisté pour que, sans distinction de nationalité, les israélites établis en Turquie fussent reconnus électeurs à l'intérieur des Communautés pour les intérêts uniquement religieux.

L'année suivante, M. Nahoum fit une tournée de conférences auprès des Israélites sefardites dans les principaux centres des Etats-Unis d'Amérique.

En 1922, il assista Ismet Pacha comme conseiller à la Conférence de Lausanne.

Les différentes distinctions honorifiques conférées au grand-rabbin Nahoum attestent que ses mérites ont été reconnus non seulement dans sa patrie d'origine, mais dans plusieurs autres pays. Le gouvernement de la République française l'a fait officier de la Légion d'honneur ; le gouvernement autrichien lui avait conféré la grand-croix de l'ordre de François-Joseph pour services rendus à la Communauté israélite autrichienne de Constantinople. Il a reçu du gouvernement ottoman le grand-cordon de l'Osmanié et celui du Medjidié."

Source : L'Univers israélite, n° 21, 13 février 1925, p. 490-492.