mercredi 12 septembre 2012

La préférence nationale : de la SFIO au FN, une idée qui a fait du chemin

Paul Ramadier, intervention au nom du groupe socialiste à la Chambre des députés, 17 novembre 1931 :

"Messieurs, la présence de nombreux ouvriers étrangers a poussé certains esprits à rechercher dans leur refoulement une solution au problème angoissant du chômage. Cette suggestion nous paraît absolument inadmissible.

Pendant une longue période de prospérité, on ne s'est pas fait faute de faire appel à la main-d'oeuvre étrangère. Des travailleurs sont venus sur la promesse qui leur a été faite de travail et de salaires. Souvent, ils étaient nantis de contrats en bonne et due forme. En tout cas, on avait fait miroiter à leurs yeux la perspective d'une France accueillante, qui les traiterait comme ses nationaux. Notre pays ne peut manquer aux engagements qu'il a ainsi assumés. Mais s'il n'est pas possible de refouler en masse les milliers de travailleurs qui sont venus dans notre pays, cela ne veut pas dire que tout soit parfait dans l'état actuel du marché du travail et dans l'emploi de la main-d'œuvre étrangère (...). Maintenant que la crise est ouverte, il faut qu'un remède énergique soit apporté à une situation très grave. On ne conçoit pas que la frontière soit encore ouverte à certaines introductions d'ouvriers étrangers. La première mesure qui s'impose est la fermeture rigoureuse de la frontière.

Il faut, d'autre part, prévenir l'abus d'une utilisation excessive d'ouvriers étrangers. Respectons les situations acquises et les étrangers en place, puisque nous n'avons pas été prévoyants. Mais qu'on ne laisse pas un employeur recruter des Italiens, des Polonais, des Espagnols, quand il excède déjà la limite raisonnable. La proposition que nous vous soumettons s'inspire à cet égard des décrets de 1899 sur les entreprises faites pour le compte de l'Etat, des départements et des communes. Nous fixons une proportion de 10 % que ne peut excéder la main-d'œuvre étrangère. Mais des circonstances particulières à certaines professions ou à certaines régions peuvent justifier des dérogations. Une commission paritaire départementale en jugera. Si un employeur passe outre, il devra payer une redevance spéciale de six francs par jour ouvrable (...)."