mercredi 12 septembre 2012

La "communion de pensée" du collaborationniste socialiste Georges Albertini (SFIO, puis RNP) avec les résistants socialistes Paul Ramadier, Vincent Auriol et Guy Mollet

Jean Lévy, Le dossier Georges Albertini. Une intelligence avec l'ennemi, Paris, L'Harmattan, 1992, p. 153 :

"Si Albertini insiste sur « la communion de pensée » qui l'unit à Paul Ramadier et à Vincent Auriol, il n'est pas interdit de croire qu'elle fut à l'origine des réductions de peine dont il a bénéficié en 1947 (alors que le premier était Président du Conseil), et de sa libération de prison début 1948 du fait de la grâce présidentielle du second. Est-ce par modestie, oubli ou prudence politique, Vincent Auriol n'en fait aucune mention dans ses Mémoires..."

Georges Albertini, Le National-Populaire, 13 juin 1942 :

"Tous ces problèmes se ramènent au fond à la défense de la Nation. Le premier est la défense de la Nation contre le communisme, qu'il s'agisse de la lutte militaire contre le communisme extérieur, qui se livre sur le front de l'Est, ou de la lutte policière et politique contre le terrorisme communiste intérieur. Le parti est pour un soutien officiel et efficace de la LVF, pour la participation du travail français à la défense de l'Europe, pour la lutte sans merci contre les attentats communistes. Contre le bolchevisme, la Nation doit être protégée."

Georges Albertini, Le National-Populaire, 27 juin 1942 :

"Le fondateur du marxisme est le bourgeois Karl Marx, juif d'Allemagne. Le premier commissariat du peuple, en URSS, comprenait six juifs ; Urutzky, Trotski, Sverdlov, Zinoviev, Fatermann, Kamarad Michail. Le Soviet suprême lui-même comptait 393 juifs sur 490 membres ! Tout commentaire est superflu..."

Georges Albertini, Le National-Populaire, 28 novembre 1942 :

"Et il ne convient plus seulement de souhaiter la victoire de l'Allemagne. Il faut travailler avec elle afin qu'elle se produise. Car seule la victoire allemande permettra et la réorganisation de l'Europe et la révolution socialiste et la reconstruction nationale. (...) La France doit avoir une politique extérieure rectiligne et une politique intérieure révolutionnaire. Politique extérieure rectiligne, c'est-à-dire alliance avec l'Axe, et combat à ses côtés."

Georges Albertini, circulaire aux chefs départementaux et aux chefs de section du RNP, 21 janvier 1943 :

"Il n'est pas besoin de signaler la gravité du problème juif aux militants du RNP. La juiverie, non seulement est au nombre des forces contre-révolutionnaires, mais est à l'origine, plus ou moins directement, du développement de la plupart des autres forces contre lesquelles nous luttons. La solution du problème juif n'est certes pas suffisante pour que la Révolution Nationale et Socialiste soit faite mais il est certain que cette Révolution n'est possible que si elle comporte le règlement de ce problème."

Georges Albertini, dossier "Georges Albertini, Procès", Archives Nationales, 334 AP 10 :

"En juillet 1940, dans la zone non occupée, qui est-ce qui a pris position tout de suite contre le régime réactionnaire de Vichy ? Qui a attaqué cette politique imbécile de réaction, sinon Marcel Déat, dans l'Oeuvre ? (...) Derrière qui, un socialiste comme moi, pouvait-il marcher ? Quand Déat parlait de la défaite, qu'est-ce qu'il disait ? Il disait : - L'Allemagne a battu la France parce qu'elle est portée par une idée révolutionnaire. Cette guerre n'est pas une guerre comme les autres : c'est une grande révolution, mais c'est parce que l'Allemagne est un pays révolutionnaire que ses armées ont remporté des succès, parce qu'elles étaient portées par un idéal de liberté.

- Dans cette immense révolution, la défaite de la France n'est pas grand-chose, c'est un accident qui se guérira. L'Allemagne a autre chose à faire qu'à vouloir prendre à la France tel ou tel territoire, elle a à organiser l'Europe."

Georges Albertini, "A la mémoire de Guy Mollet", Est-Ouest, n° 559, 16-31 octobre 1975 :

"Il n'est pas possible de ne pas adresser, dans cette revue, un souvenir à la mémoire de Guy Mollet, qui vient de disparaître. C'est même un devoir que j'ai des raisons personnelles de remplir.

Certes, je n'oublie pas que dès 1964 il a été l'artisan du rapprochement du Parti socialiste avec le Parti communiste, qui a eu les conséquences que l'on sait. La première, la liquidation du vieux parti socialiste SFIO dont les erreurs ne doivent pas masquer qu'il a été l'un des plus grands partis français dans les soixante premières années de ce siècle, et qu'il a rendu au pays tout entier, et aux travailleurs en particulier, de très grands services. La seconde a été de conduire à cette union des deux partis qui est un véritable reniement et que des hommes comme Jean Jaurès, Léon Blum, Paul Faure, Paul Ramadier, Jules Moch ou André Philip n'auraient jamais acceptée.

Mais la vie politique de Guy Mollet ne saurait, sans injustice, être réduite à ses dix dernières années. Trente autres ont précédé, et ce sont ces trente années-là qu'il faut mettre en balance avec les dix années finales pour porter sur son action un jugement objectif et équilibré.

Formé au lendemain de la grande tuerie de 1914-1918, il était tout naturellement devenu un pacifiste (d'un pacifisme extrême) comme il y en avait beaucoup à la SFIO entre 1919 et 1939, et que j'ai des raisons très personnelles de bien comprendre, ayant partagé leurs illusions, et le regrettant comme il le regrettait lui-même. Ses prises de position dans ce domaine s'expliquent largement par l'influence (que j'ai moi-même subie) de Ludovic Zoretti, professeur à la Faculté des Sciences de Caen, l'un des esprits les plus originaux et les plus désintéressés du socialisme français entre les deux guerres. Ainsi s'explique que Guy Mollet, avant de militer dans les rangs de l'OCM, sous l'occupation, ait été un munichois déclaré - vérité qu'on cherche à dissimuler sans raison, puisque son évolution progressive après l'armistice, qui devait le conduire dans les rangs de la Résistance, n'en est probablement que plus méritoire.

C'est aussi à l'influence de Zoretti, l'un des pionniers du véritable syndicalisme universitaire (qui, dans son esprit, différait beaucoup de celui d'aujourd'hui) que Guy Mollet doit d'avoir compris, à l'inverse de beaucoup de membres de son parti, l'importance du phénomène syndical et sa compréhension des milieux syndicalistes. Ses relations avec Force Ouvrière et les grands syndicats libres des Etats-Unis et de Grande-Bretagne ont largement bénéficié de l'attitude constructive qui était la sienne à leur égard. Ce n'est pas un hasard si les leaders socialistes originaires des milieux syndicaux, comme Christian Pineau et Albert Gazier, ont compté parmi ses meilleurs collaborateurs.

Après 1945, Guy Mollet, qui n'avait joué jusque-là dans la SFIO qu'un rôle très effacé, se hisse aux premiers rangs. Les années qui le séparent de son accession au secrétariat général du parti ne sont pas les moins discutables de sa carrière : Léon Blum, Vincent Auriol, Paul Ramadier pourraient en témoigner s'ils étaient encore vivants. Ses positions en pointe à la gauche du parti, ses hésitations dans la politique à suivre à l'égard des communistes, son sectarisme dans toute la période de l'épuration, en particulier à l'égard d'un certain nombre de ses anciens camarades, ne sont assurément pas des attitudes ou bien très clairvoyantes, ou bien très généreuses. Quand le temps aura passé, il sera intéressant d'essayer de comprendre le pourquoi de son comportement dans ces trois ou quatre années.

Mais il faut avouer - quelque jugement qu'on veuille porter sur son attitude pendant cette brève période - qu'il a complètement changé lorsque, après 1948 et le coup de Prague, le péril communiste est devenu évident, et l'entreprise d'étouffement de toutes les libertés caractérisée. Personne ne peut oublier que c'est lui, aidé par Jules Moch et quelques autres, éclairé par les analyses de Léon Blum, soutenu par la volonté du nouveau président de la République Vincent Auriol, qui a engagé le Parti socialiste dans une lutte déterminée contre la politique soviétique et le Parti communiste français. Il leur a porté des coups très durs, avec une lucidité et une persévérance rares. Or, personne ne doit oublier que si le Parti socialiste, entre 1948 et 1958, n'avait pas été à la pointe du combat contre le Parti communiste et le stalinisme soviétique, le pire aurait pu advenir. Les autres partis n'ont pu se mobiliser contre le communisme que parce qu'ils avaient l'aide, et en quelque sorte la caution, de la SFIO et de son chef, Guy Mollet. En ce sens, il n'est nullement exagéré d'écrire que, pendant dix ans, il a accompli une difficile besogne de salut national, dont personne ne doit perdre la mémoire, et qui est la raison principale pour laquelle, dans cette revue il est nécessaire de lui rendre hommage. Porté au pouvoir par les élections de 1956, laissant le parti aux mains de Pierre Commin, si tôt et si malheureusement disparu, il devait y donner la preuve qu'avant d'être un socialiste il était un Français. (...)

Certes, toute vie publique comporte des ombres et des taches. La sienne n'a pas échappé à la règle. Mais c'est peut-être une forme de la justice, au moment où un serviteur du pays disparaît, de vouloir rappeler ce par quoi sa mémoire mérite d'être gardée. L'histoire se chargera de peser cette vie dans ses balances - qui ne sont pas toujours justes."

Georges Albertini, "Le parti communiste, le pouvoir et M. François Mitterrand", Est-Ouest, n° 595, 1er-15 juin 1977 :

"Quoi qu'on veuille, il faut bien en revenir à M. François Mitterrand, c'est-à-dire à un homme politique dont l'attachement à la liberté est insoupçonnable, et c'est bien l'un des Français les moins faits pour vivre dans une France communiste."

Georges Albertini, "Est-Ouest a trente ans", Est-Ouest, n° 626, mars 1979 :

"Nous avons travaillé en liaison avec tous ceux qui, en France et à l'étranger, au pouvoir ou dans l'opposition, dans les partis, les groupes, les syndicats, les journaux, combattaient le communisme, sans nous soucier de rien d'autre. C'est pourquoi nous avons si souvent été en communion de pensée avec la SFIO qui a été, de Ramadier et Vincent Auriol à Guy Mollet, Pierre Commin et Georges Brutelle, parmi les adversaires les plus déterminés et efficaces du Parti communiste."