jeudi 13 septembre 2012

Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères d'Edouard Daladier

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 78-79 :

"Georges Bonnet (1889-1973), député radical-socialiste de la Dordogne, membre de nombreux gouvernements sous la IIIe République, sera ministre des Affaires étrangères entre avril 1938 et septembre 1939. Bonnet est loin d'être indifférent aux souffrances juives. Ses rapports avec la LICA remontent à 1933. Il est parmi les « amis de la LICA » dont l'organisation antiraciste salue la réélection en 1936. Il est président d'honneur du 2e congrès international du Rassemblement mondial contre le racisme, qui se réunit, à l'initiative de la LICA, en juillet 1938. Bonnet en fin 1938 crée un Comité chargé du problème des réfugiés en France : « La France doit donner l'hospitalité à ceux dont la vie est menacée dans leur pays pour des raisons racistes ou politiques. Nous venons de recevoir cent mille réfugiés allemands considérés comme non-aryens dans leur patrie d'origine. Notre devoir est de venir en aide à ces malheureux », déclare-t-il lors de la séance inaugurale du Comité, en janvier 1939.

Or Bonnet a négocié, aux côtés d'Edouard Daladier, président du Conseil, les accords de Munich qui, en fait, livrent la Tchécoslovaquie aux nazis (septembre 1938). Artisan de la politique d'apaisement à l'égard de l'Allemagne, il reçoit von Ribbentrop, son homologue d'outre-Rhin, le 6 décembre 1938. A en croire son interlocuteur, Bonnet lui fait savoir que la France ne désire plus accueillir de réfugiés juifs, et qu'elle envisage même d'en envoyer une partie à Madagascar. Ses propos contredisent quelque peu l'émouvant discours public qu'il tiendra, un mois plus tard, devant le Comité pour les réfugiés, mais il présentera, après la guerre, une tout autre version de son entretien avec von Ribbentrop.

Est-il devenu antisémite après Munich, comme l'affirmera Emmanuel Berl ? Toujours est-il qu'il vote en 1940 les pouvoirs constituants au maréchal Pétain et qu'il sera membre du Conseil national de Vichy. Le négociateur de Munich se réjouit naturellement de la rencontre de Montoire : « Oui, ces entretiens du chancelier Hitler et du maréchal Pétain ont un caractère historique, car ils doivent marquer le début d'une organisation nouvelle de l'Europe dans laquelle l'Allemagne et la France, chacune avec son génie propre, doivent tenir une place. » Bonnet s'éloignera du pétainisme dans les deux dernières années de la guerre et passera en Suisse. Il aura aidé, de Périgueux, des Juifs à se procurer de faux papiers d'identité. La LICA n'absoudra pas ce « munichois for ever », ce qui ne l'empêchera pas de retourner au Parlement en 1956."