jeudi 13 septembre 2012

Camille Chautemps : radical-socialiste, franc-maçon, "humaniste", "ami des Juifs"

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, p. 77-78 :

"Franc-maçon notoire, Camille Chautemps (1885-1963) est radical-socialiste. Ministre de l'Intérieur au moment de la prise du pouvoir par Hitler, il exprime sa compassion pour les victimes du nazisme dans son discours du 5 avril 1933 à la Chambre des députés : « Nous avons les uns et les autres le sentiment d'être les interprètes de la pensée française unanime en disant que les souffrances de dizaines ou de centaines de milliers d'hommes, qui se trouvent des parias dans leur pays, ont un douloureux retentissement dans l'âme nationale. [...] A cet égard, je tiens à dire non seulement que les ordres nécessaires seront donnés, mais encore que, dès le premier jour, le Conseil des ministres en a délibéré et que j'ai donné en son nom les instructions les plus précises pour que les personnes qui demandent asile sur notre territoire y fussent accueillies conformément à toutes les traditions de l'hospitalité française. » Il adresse une lettre chaleureuse à Robert de Rothschild, président du Comité national de secours aux réfugiés allemands victimes de l'antisémitisme.

Chef du gouvernement un peu plus tard, Chautemps fait transmettre un message à Bernard Lecache : « M. le Président du Conseil ne peut être indifférent à l'appel que vous lui adressez au nom de la Ligue internationale contre l'antisémitisme. Je vous prie de donner à tous vos adhérents l'assurance que la ligne de politique du gouvernement et les sentiments républicains de tous ses membres doivent rassurer les vrais amis de la liberté et qu'aucune campagne ne sera tolérée qui soit une menace pour les Français d'aucune confession. » Contacté à nouveau par la LICA, en 1938, au sujet de l'antisémitisme qui se répand en Alsace-Lorraine, Chautemps répond que les faits signalés font l'objet de toute sa vigilance.

Chautemps en 1940 est vice-président et ministre d'Etat du gouvernement Pétain qui demande l'armistice. Il pousse à la cessation des combats ainsi qu'à la transmission des pouvoirs au Maréchal. Chargé d'une mission diplomatique auprès du président Roosevelt, il part pour les Etats-Unis où il s'installera définitivement. Chautemps n'a donc pas été collaborateur, à proprement parler, mais il a fortement contribué à l'instauration du régime de Vichy. Il sera condamné, par contumace, à cinq ans de détention."

Camille Chautemps, circulaire ministérielle aux préfets des départements frontaliers du Nord et de l'Est, 2 août 1933 :

"Il m'a été signalé qu'un assez grand nombre d'étrangers venant d'Allemagne se présentent à notre frontière et, s'autorisant à tort de la qualité de "réfugiés politiques", demandent l'accès de notre territoire et le droit d'y séjourner. Il importe de ne pas céder à de pareilles sollicitations. (...) L'introduction en France des Israélites chassés d'Allemagne doit se poursuivre avec une extrême circonspection."