mercredi 19 septembre 2012

17 octobre 1961 : les mensonges de l'antigaulliste François Hollande

François Hollande, déclaration, cité par Leparisien.fr, 17 octobre 2011 :

"De ce pont, et d'autres ponts de la région parisienne, des manifestants Algériens furent jetés dans la Seine le 17 octobre 1961, victimes d'une répression aveugle. A leur mémoire, le 17 octobre 2011."

Michel Bergès et Maurice Papon, La vérité n'intéressait personne, Paris, François-Xavier Guibert, 1999, p. 293-295 :

"M.B. - En démocratie, il est fondamental que la police ne puisse être, dans sa dimension « spéciale », un instrument systématique de gouvernement. Dans l'histoire de la police, à travers tous les régimes, on observe que ses hauts fonctionnaires restent à sa tête, au-delà des gouvernements et des ministres. Vous-même avez assumé une transition entre deux républiques.

M.P. - Oui. En 58. Changement de régime, à Paris, au siège des pouvoirs publics, sans une goutte de sang, je le répète ! Avec des rues et des places pleines de peuple !

M.B. - Le choix des chefs est décisif, en la matière. Vous avez été un chef, à la préfecture de police. Comment avez-vous fixé votre méthode de travail à ce poste ? On a fait de vous, lors de votre procès, l'homme de Charonne, celui des cadavres flottant dans la Seine, comme si vous aviez donné l'ordre, froidement. Qu'en pensez-vous ?

M.P. - Faut-il répéter que les cadavres jetés dans la Seine étaient des cadavres du MTLD, c'est-à-dire les partisans de Messali Hadj, éliminés par le FLN ? Comme vous le savez, dans tout mouvement révolutionnaire, l'ennemi numéro un, c'est celui qui est à côté de vous qui a le même objectif, mais par d'autres méthodes. Cela, on l'a vérifié par l'identité des gars que l'on a repêchés. Souvent ils avaient la gorge tranchée, comme le montrent les photos de l'identité judiciaire. On avait un fichier bien fait. Ils se trouvaient tous dans le MTLD ! Vous voyez des Français, fussent-ils policiers, trancher la gorge ou émasculer ? C'est aussi ridicule qu'odieux.

M.B. - Jamais vous n'avez donné l'ordre à des policiers de les pousser dans la Seine pour les noyer ?

M.P. - Vous êtes fou ? Notre objectif était de garder la maîtrise de la rue et de disperser une manifestation interdite. Comment peut-on imaginer autre chose ? D'ailleurs, les policiers n'auraient pas exécuté de tels ordres ! Une telle question est incongrue !

M.B. - Les policiers de la P.P. étaient pour la majorité syndiqués à gauche...

M.P. - Bien sûr ! Les policiers sont comme les curés ou les bonnes soeurs : ils marchent toujours par deux. Ce n'est plus valable aujourd'hui pour les curés... Il suffit d'être deux pour qu'il y en ait un contre ! Tout ça c'est du roman fumeux. Les chefs syndicalistes de la P.P. étaient communistes et socialistes pour défendre leurs intérêts. Mais fondamentalement, le personnel était avant tout gaulliste. Le premier venu ne peut comprendre cela d'emblée.

M.B. - A posteriori, n'avez-vous pas couvert vos hommes, malgré certains débordements ?

M.P. - C'est cela assumer ses fonctions de chef ! Cela ne veut pas dire que je ne lavais pas le linge en famille. Il y eut des sanctions et même des exclusions. Pour l'honneur de la Maison, je ne le braillais pas sur les toits, ce qu'auraient bien voulu les médias. Mais j'avais le respect de l'institution et des hommes qui la servent."

Jacques Valette, "La manifestation du FLN à Paris le 17 octobre 1961. Le témoignage du lieutenant-colonel Montaner", Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 206, 2002/2 :

"Le Pr Brunet, exploitant des archives restées inédites, propose une estimation d’une trentaine de victimes algériennes. Il se base sur les entrées à l’Institut médico-légal, qui sont inscrites de façon précise, sur un registre : aucune pour le 17 octobre, 40 entre le 18 et le 31 octobre. Des cadavres ont été repêchés dans la Seine, sans qu’on puisse les attribuer systématiquement à la répression par la police. Il est possible que des récalcitrants à la manifestation aient été châtiés par des commandos de choc du FLN. (...)

Cette manifestation ne peut être détachée du contexte, la guerre d’Algérie en 1961. En mars 1961, l’ouverture de négociations avec le FLN à Evian, a été annoncée, négociations suspendues le 13 juin 1961. En avril 1961, le putsch d’Alger, qui a échoué, a permis au général de Gaulle d’appliquer l’article 16 de la Constitution, d’offrir au FLN un cessez-le-feu de trois mois, qui fut refusé. La guerre se poursuit toujours en France. Le FLN et le MNA se battent pour contrôler une population d’environ 300 000 Algériens émigrés. A l’hôpital de Montfermeil, cité à forte population favorable au MNA, un commando du FLN avait tué 40 personnes. Enfin, les saisies d’armes et d’argent (500 millions de francs en novembre 1961) montraient que le FLN n’était pas liquidé.

Cette manifestation serait la réponse de la Fédération de France du FLN à la police parisienne, une offensive meurtrière. La presse avait rapporté l’attaque, le 8 juin 1961, de plusieurs postes de police parisiens par 33 combattants du FLN en tenue militaire. Huit policiers avaient été blessés, et les attaquants furent tous arrêtés. Du 1er juillet au 30 septembre 1961, 14 policiers et gendarmes sont tués, sans compter des civils. Aussi, M. Brunet insiste-t-il avec raison sur l’état psychologique des policiers, victimes d’attentats presque quotidiens, ayant perdu en quelques mois 47 camarades, dont 15 supplétifs musulmans, sans compter les 140 blessés.

Attentats, combats entre Algériens, crimes de droit commun ne cessaient pas. Entre le 1er et le 15 octobre 1961, l’Institut médico-légal avait reçu 50 cadavres. Cette situation poussa le préfet de police, M. Papon, à imposer le couvre-feu aux Algériens et à leurs lieux de rencontre, les cafés. L’objectif en aurait été double : freiner les représailles que certains policiers seraient tentés d’exercer pour venger leurs camarades, et paralyser l’action des agents du FLN dans les bidonvilles de la banlieue. C’était une opération de reprise en mains alors que « le FLN avait besoin de résultats pour assurer son autorité ».

Le 17 octobre, la Fédération de France, approuvée par le GPRA de Tunis selon M. Haroun, monta sa manifestation pacifique. Mais le préfet de police, M. Papon, sut très vite que des « groupes armés avaient été mobilisés pour encadrer la manifestation mais aussi pour la précéder. Dans les bidonvilles de Nanterre, les OS passaient l’arme à la main pour dire : ou vous y allez ou on tire ». Il ajoute n’avoir appris le projet que « la veille » et en avoir « sous-estimé l’importance ».

Quel était le but recherché ? Affaiblir la police ? Déstabiliser les autorités françaises ? Briser l’obstacle du couvre-feu, selon M. Haroun : « Défendre aux Algériens de sortir le soir, c’est pratiquement arrêter toutes les activités organiques, les éléments du FLN étant pratiquement tous des travailleurs qui ne peuvent militer qu’après les heures d’usine. » "

Jean-Paul Brunet, "Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ?", Atlantico.fr, 17 octobre 2011 :

"Les controverses portent essentiellement sur le nombre de morts. Les chiffres souvent cités de 200 ou 300 morts ne reposent sur aucun fondement. Les listes avancées par Jean-Luc Einaudi sont fantaisistes et concernent en majorité des décès survenus avant le 17 octobre. Le livre de House et Macmasters, qui se fonde sur les registres de l’Institut médico-légal, évoque une fourchette de 108 à 121 morts, eux aussi survenus pour l’essentiel avant le 17 octobre. Si l’on se limite à la répression des manifestations des 17 et 18 octobre, je suis parvenu, et sans avoir été démenti par aucune nouvelle étude, à une évaluation de plusieurs dizaines (de 30 à 50, en comptant large). Sur l’ensemble des mois de septembre et octobre 1961, 140 cadavres de Nord-Africains ont été enregistrés à l’Institut médico-légal. Comment apprécier les causes de leur mort ? A cet égard il est indispensable de se référer à une source capitale, d’ampleur considérable et qu’aucun autre chercheur n’a entrepris de consulter, fût-ce par sondage et pour vérifier mes dires. Il s’agit des procédures judiciaires qui sont ouvertes après toute mort suspecte ou toute tentative d’homicide.

En faisant mon travail d’historien, c’est-à-dire en effectuant la critique méthodique de cette source (j’y ai trouvé et j’ai souligné des cas de partialité patente), il m’a semblé certain que de nombreux cadavres de Nord-Africains, parmi les 140 dont il est question, n’ont aucun rapport avec la police parisienne. Certains sont ceux de harkis ou d’anciens harkis, de membres ou d’anciens membres du Mouvement national algérien, de « traîtres » divers refusant d’obéir aux directives du FLN : anciens combattants de l’armée française, maris de métropolitaines refusant de le rejoindre ; Algériens refusant de payer la capitation mensuelle exigée par le Front ; Algériens rétifs à la loi coranique, par exemple s’adonnant à la boisson et refusant de s’amender, ou faisant appel aux tribunaux français pour régler un litige, etc. Tout cela, je l’ai longuement écrit et argumenté, sans le moindre démenti. L’histoire ne peut se construire qu’avec méthode et sans a priori ni souci des sollicitations extérieures."