jeudi 30 août 2012

Les bouffées de haine antisémite au sein de la gauche française des années 30

Maurice Maurin (animateur de la tendance Action socialiste au sein de la SFIO), déclaration en 1934, cité par Michel Bilis dans Socialistes et pacifistes, 1933-1939. L'intenable dilemme des socialistes français, Paris, Syros, 1979, p. 142 :

"Il faut le dire hautement, sans crainte d'être accusé par tous les Blum, les Lévy, les Grumbach, d'être à la solde de la propagande allemande : si les conversations directes avec l'Allemagne contiennent une chance de paix sur mille, il faut causer."

Camille Chautemps (radical-socialiste, ministre de l'Intérieur), circulaire ministérielle aux préfets des départements frontaliers du Nord et de l'Est, 2 août 1933 :

"Il m'a été signalé qu'un assez grand nombre d'étrangers venant d'Allemagne se présentent à notre frontière et, s'autorisant à tort de la qualité de "réfugiés politiques", demandent l'accès de notre territoire et le droit d'y séjourner. Il importe de ne pas céder à de pareilles sollicitations. (...) L'introduction en France des Israélites chassés d'Allemagne doit se poursuivre avec une extrême circonspection."

Armand Chouffet (député SFIO du Rhône), déclaration en 1938, cité par Jacques Debû-Bridel dans L'agonie de la IIIe République, Paris, Editions du Bateau ivre, 1948, p. 422 :

"J'en ai assez de la dictature juive sur le parti. Le socialisme n'est pas un ghetto. Je ne marche pas, moi, pour la guerre juive."

Ludovic Zoretti (membre de la SFIO et secrétaire général de la Fédération générale de l'enseignement), Le Pays normand, 18 septembre 1938 :

"Oui, Blum, si la guerre éclatait, vous en porteriez la responsabilité que je vous souhaite légère. Vous ne deviez pas, avec votre haute intelligence, avec votre lucidité, céder au courant stalinien qui pousse à la guerre avec une volonté si manifeste (...). Le peuple de France ne vous suit pas. Il ne comprend pas. Il ne veut pas, dans son sein, faire tuer des millions d'hommes, détruire une civilisation pour rendre la vie plus facile aux 100.000 juifs des Sudètes."

Georges Bonnet (radical-socialiste, ministre des Affaires étrangères), déclarations à Joachim von Ribbentrop, 7 décembre 1938, cité dans la note de Ribbentrop n° RM 266, 9 décembre 1938 :

"Je veux simplement vous dire en privé tout l'intérêt que porte la France à une solution du problème juif."

"Les Français ne désirent plus accueillir de Juifs venant d'Allemagne. Ne pouvez-vous pas prendre des mesures quelconques pour les empêcher de venir en France ? De plus, la France doit expédier dix mille Juifs ailleurs. Nous pensons pour cela à Madagascar."

Jean Giraudoux (écrivain proche d'Edouard Herriot, contributeur du journal Marianne, puis commissaire à l'Information du gouvernement Daladier), Pleins Pouvoirs, Paris, Gallimard, 1939, p. 65-67 :

"Entrent chez nous tous ceux qui ont choisi notre pays, non parce qu'il est la France, mais parce qu'il reste le seul chantier ouvert de spéculation ou d'agitation facile, et que les baguettes du sourcier y indiquent à haute teneur ces deux trésors qui si souvent voisinent : l'or et la naïveté. Je ne parle pas de ce qu'ils prennent à notre pays, mais, en tout cas, ils ne lui ajoutent rien. Ils le dénaturent par leur présence et leur action. Ils l'embellissent rarement par leur apparence personnelle. Nous les trouvons grouillants sur chacun de nos arts ou de nos industries nouvelles et anciennes, dans une génération spontanée qui rappelle celle des puces sur un chien à peine né.

Entrent chez nous, sous le couvert de toutes les révolutions, de tous les mouvements idéologiques, de toutes les persécutions, non pas seulement ces beaux exilés de 1830 ou de 1848 qui apportaient là où ils allaient, Etats-Unis, Europe Centrale, Afrique du Sud, le travail, la conscience, la dignité, la santé, mais tous les expulsés, les inadaptés, les avides, les infirmes. Sont entrés chez nous, par une infiltration dont j'ai essayé en vain de trouver le secret, des centaines de mille Askenasis, échappés des ghettos polonais ou roumains, dont ils rejettent les règles spirituelles, mais non le particularisme, entraînés depuis des siècles à travailler dans les pires conditions, qui éliminent nos compatriotes, tout en détruisant leurs usages professionnels et leurs traditions, de tous les métiers du petit artisanat : confection, chaussure, fourrure, maroquinerie, et, entassés par dizaines dans des chambres, échappent à toute investigation du recensement, du fisc et du travail.

Tous ces émigrés, habitués à vivre en marge de l'Etat et à en éluder les lois, habitués à esquiver toutes les charges de la tyrannie, n'ont aucune peine à esquiver celles de la liberté ; ils apportent là où ils passent l'à-peu-près, l'action clandestine, la concussion, la corruption, et sont des menaces constantes à l'esprit de précision, de bonne foi, de perfection qui était celui de l'artisanat français. Horde qui s'arrange pour être déchue de ses droits nationaux et braver ainsi toutes les expulsions, et que sa constitution physique, précaire et anormale, amène par milliers dans nos hôpitaux qu'elle encombre."

Théo Bretin (membre de la commission administrative permanente de la SFIO), déclaration au congrès SFIO de Nantes (mai 1939), cité dans La Lumière, 9 juin 1939 :

"Autour de Blum, il n'y a plus que des juifs, les Blumel, les Grumbach, les Bloch, les Moch."

René Brunet (député SFIO de la Drôme), adresse à Georges Boris dans Le Pays socialiste, 11 août 1939 :

"C'est presque exclusivement pour sauver la vie et les biens de vos coreligionnaires allemands que j'ai eu des rapports avec l'ambassade d'Allemagne."

Paul Faure (secrétaire général de la SFIO, de 1920 à 1940), conversation avec Ludovic Zoretti, 12 octobre 1939, cité par Cyril Buffet et Rémy Handourtzel dans La collaboration... à gauche aussi, Paris, Perrin, 1989, p. 58-59 :

"Sais-tu quels sont les hommes que je considère comme les plus dangereux à l'heure actuelle ? C'est Blum et Herriot. Il était question d'Herriot aux Affaires étrangères. Tu vois cela d'ici ! Et Blum, vice-président du Conseil, installant tout Israël avec lui. C'était la guerre sans fin."

Sources : Marc Sadoun, Les socialistes sous l'Occupation, Paris, Presses de la FNSP, 1982.

Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin, La République xénophobe, Paris, JC Lattès, 2001.

Ralph Schor, L'Antisémitisme en France dans l'entre-deux-guerres, Bruxelles, Complexe, 2005.

Simon Epstein, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008.

Michel Dreyfus, L'antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe de 1830 à nos jours, Paris, La Découverte, 2010.