vendredi 29 juin 2012

Trotsky et les pogroms de l'Armée rouge

Norman Cohn, Histoire d'un mythe. La « conspiration » juive et les protocoles des Sages de Sion, Paris, Gallimard, 1992, p. 126 :

"Lorsqu'à Saint-Pétersbourg une députation juive vint demander à Trotsky de s'abstenir de tout acte qui pût inciter la soldatesque blanche à des pogromes, il lui répondit : « Allez trouver vos Juifs, et dites-leur que je ne suis pas Juif, et que je n'ai pas le moindre souci des Juifs et de ce qui peut leur arriver. » "

Boris Mirsky, Les Juifs et la Révolution russe, Paris, J. Povolozky, 1921, p. 53 :

"Le réactionnaire antisémite russe (je ne parle pas des vulgaires « pogromistes » mais des théoriciens) n'est ni un révolté ni un emballé ; l'antisémite de la Russie méridionale actuelle est un filou débrouillard, sans surface et sans talent, capable de s'adapter à toutes les circonstances, socialiste à l'époque de Kérensky, militaire aux ordres de Trotsky, toujours prêt à prélever sa part de butin après un bon pogrom juif."

Lidia Miliakova, "Introduction", in Lidia Miliakova (dir.), Le livre des pogroms. Antichambre d'un génocide Ukraine, Russie, Biélorussie, 1917-1922, Paris, Calmann-Lévy, 2010, p. 12 :

"Les victimes et les témoins raisonnent rarement en catégories (« Blancs », « Rouges », « petliouriens ») lorsqu'il s'agit d'identifier les participants aux pogroms ; en revanche, elles nomment avec précision les régiments, les bataillons, les compagnies « pogromistes », nombreuses dans l'Armée nationale ukrainienne, l'armée polonaise, l'Armée blanche, l'Armée rouge, les unités de Boulak-Balakhovitch et de Savinkov."

Nicolas Werth, "Dans l'ombre de la Shoah : les pogroms des guerres civiles russes, 1918-1921", ibid., p. 44 :

"Les Juifs furent encore victimes d'un autre ennemi, plus inattendu : certaines unités de l'Armée rouge, tout particulièrement celles de la célèbre Ire armée de cavalerie dirigée par le général Boudienny. Composées à plus de 90 % de paysans, russes pour la plupart, les unités de la 6e division perpétrèrent toute une série de pogroms lors de leur retraite devant l'armée polonaise en septembre et octobre 1920. Le grand écrivain Isaac Babel a superbement rendu compte, dans son recueil de récits La Cavalerie rouge, du contexte dans lequel se déroulèrent ces pogroms et des raisons qui poussèrent des soldats de l'Armée rouge à s'y livrer."

"Communiqué de l'hebdomadaire Le Dimanche juif au sujet du pogrom perpétré dans la ville de Novgorod-Severski (province de Tchernigov), au mois d'avril 1918", ibid., p. 67 :

"Les contributions et les perquisitions étaient monnaie courante, ce pouvoir cauchemardesque terrorisait les Juifs plus que tous les autres encore. Par exemple, une bande de soldats de l'Armée rouge exigea des Juifs une contribution de 750 000 roubles. Etant donné la pénurie de numéraire, les hommes de l'Armée rouge se satisfirent des 230 000 roubles apportés le lendemain par les Juifs.

Le 1er avril, un groupe de bolcheviks organisa un pogrom. Une milice d'autodéfense, à laquelle participaient des officiers et des soldats, intervint contre eux. Mais cette milice, trop faible, dut reculer. Le 6 avril, une bande de soldats de l'Armée rouge et de marins encercla la ville et pilla la population juive plusieurs heures durant. Soixante-deux Juifs furent tués, quatorze grièvement blessés. La même bande pilla, sur sa route, les Juifs des villages alentour, laissant derrière elle seize cadavres." 

Stéphane Courtois, "Du passé faisons table rase !", in Stéphane Courtois (dir.), Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Paris, Robert Laffont, 2002, p. 83 :

"Trotsky fut le fondateur des camps de concentration soviétiques à l'été 1918 et il couvrit de son autorité d'innombrables massacres perpétrés par « son » armée, y compris des massacres de Juifs."

Isaac-Leib Peretz, Les oubliés du Shtetl : Yiddishland, Paris, Plon, 2007, p. 306 :

"Les archives secrètes, désormais accessibles depuis la chute de l'URSS, nous apprennent que la seule réaction de Lénine, lorsqu'il fut dûment informé de cette campagne de tueries entreprise par sa célèbre « Cavalerie rouge », fut d'ordonner que le rapport dénonçant les pogroms soit... archivé. Et lorsque le Bureau central de la section juive du PC de Russie lui adressa un appel angoissé, daté du 6 juillet 1921, en soulignant que la passivité des autorités incitait les fauteurs de pogroms en Biélorussie à croire que le Kremlin restait indifférent à ces tueries, Lénine confirmera implicitement cette appréciation des pogromistes en ordonnant à nouveau le classement vertical du rapport. Même indifférence criminelle de la part du commandant de l'Armée rouge : Trotski reçut des centaines de rapports relatifs aux pogroms perpétrés par ses propres soldats en Ukraine. Mais jamais il ne fit la moindre référence à ces atrocités, ni dans ses déclarations officielles ni dans ses communications confidentielles au gouvernement à Moscou. C'est bien simple : le terme « pogrom » ne figure même pas dans l'index du volume contenant ses discours et directives de l'année 1919."