mardi 12 juin 2012

L'antisémitisme et l'antimaçonnisme de Jules Guesde et Jean Jaurès

Jules Guesde, "Lèse-Rothschild", Le Cri du Peuple, 17 juin 1886 :

"En l'an de capital 1886, la Maison de la rue Laffitte est la vraie, l'unique Maison de France, dont l'inviolabilité n'a même pas besoin d'être établie par une loi, préexistante qu'elle est à toutes les lois — qu'elle domine ou supprime.

On peut, le radicalisme bourgeois a fini par s'y résigner, réclamer le retour à la nation — ou la confiscation — des biens du clergé, de tous les clergés. Ils ne représentent que les dieux qui s'en vont. On peut non seulement proposer, mais voter, comme le Conseil municipal de Paris, le retour à la nation — ou la confiscation — des biens des familles ci-devant royales ou impériales, et, comme la minorité du même Conseil, vouloir l'arrestation immédiate des membres de ces familles. — Si elles ont régné, elles ne règnent plus.

Mais ne vous avisez pas de préconiser le même régime pour le mauvais juif de Francfort installé depuis près d'un siècle, comme une pieuvre gigantesque, au cœur de la France, dont il aspire le sang par tous ses suçoirs, — ou malheur à vous !

Rothschild est un roi debout ! Rothschild est le dieu vivant ! Et à défaut des crimes de lèse-majesté et de blasphème disparus de nos codes, la République invoquera « l'excitation au pillage et au meurtre » contre les audacieux parlant de le mettre à Mazas comme un simple d'Orléans et de nationaliser ses millions escroqués à la nation."

Jules Guesde, déclaration au 3e congrès de la SFIO, Limoges, octobre 1906 :

"Il s'agit de savoir s'il y a plus d'inconvénients ou d'avantages pour le parti à ce que quelques-uns de ses membres fassent partie de la Franc-Maçonnerie. Telles sont les conséquences d'une pareille présence, alors surtout que dans quantité d'endroits nous avons à lutter contre les Francs-Maçons ; cette présence apporte le trouble dans les cerveaux, elle désarme l'action ouvrière."

Jean Jaurès, "Industrie et cléricalisme", La Dépêche de Toulouse, 21 juin 1892 :

"Il apparaîtra de plus en plus que le socialisme, luttant, à la fois, contre la juiverie financière qui opprime les intérêts, et contre le capitalisme clérical qui opprime à la fois les intérêts et les consciences, est le seul parti de la liberté."

Jean Jaurès, "Choses électorales", La Dépêche de Toulouse, 5 mars 1894 :

"Quand beaucoup d'ouvriers « conservateurs » du Gard, dont les chefs réactionnaires avaient surexcité le fanatisme religieux pour les mener à leur guise, se sont aperçus que les chefs de la réaction étaient maintenant les fiancés politiques de la juiverie opportuniste, ils ont eu un mouvement de dégoût, et ils se sont rapprochés de leurs frères, les ouvriers socialistes, dont un malentendu déplorable les avait séparés jusqu'ici."

Jean Jaurès, La Dépêche de Toulouse, 13 mars 1895 :

"J'estime que la juiverie politique et financière qui nous ronge est la plus grande plaie sociale du jour."

Jean Jaurès, L'Algérie (journal d'E. Cat), 27 avril 1895 :

"Il est légitime que les Algériens abattent les influences politiques funestes qui avec l'appui de la juiverie suppriment ici toute équité."

Jean Jaurès, "La Question juive en Algérie", La Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895 :

"Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les juifs, c'est que, par l'usure, par l'infatigable activité commerciale et par l'abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique. (...) En France, l'influence politique des juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s'exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l'argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n'ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d'un point, la double force de l'argent et du nombre ; et il est telle circonscription où c'est le quartier juif qui, par ses suffrages, a déterminé l'élection. (...) Ils votent en bloc comme juifs, et ils votent pour les candidats opportunistes : d'abord parce que l'opportunisme a développé la puissance de la finance et qu'il est ainsi, si l'on peut dire, la forme politique de l'esprit juif ; ensuite parce que c'est lui, depuis quinze ans, qui est le maître de la République et que les juifs algériens peuvent ainsi recevoir de lui les innombrables faveurs gouvernementales et administratives, et ces parcelles de pouvoir qui flattent  singulièrement ici une race longtemps humiliée par l'orgueil musulman. (...) Il me semble donc que le vrai rôle des travailleurs conscients d'Algérie est de se mêler aux luttes algériennes pour adoucir le plus possible la crise présente, pour obtenir une administration équitable et bienveillante, pour arracher à l'opportunisme juif le pouvoir dont il s'est fait un monopole ; mais c'est surtout de coordonner leur pensée et leur effort à la pensée et à l'effort de tout le socialisme français, uni au socialisme international."

Jean Jaurès, "Choses algériennes", La Dépêche de Toulouse, 8 mai 1895 :

"Il y a bien longtemps que dans les pays français le mouvement antijuif n'avait pris cette forme aiguë : il y a là la marque  d'un malaise profond. Il y a là aussi la condamnation nouvelle et saisissante d'un régime social qui permet l'accaparement de presque toute la fortune, mobilière et immobilière, par une classe d'hommes qui ne produisent pas. On entend des hommes, qui passent pour modérés, regretter le temps où les deys d'Alger faisaient rendre gorge, périodiquement, aux usuriers. Ils ne se doutent pas tous que cette opération hardie contre la finance, si elle se renouvelait ne porterait pas seulement sur les juifs, et c'est ainsi que sous la forme un peu étroite de l'antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire. (...) Depuis vingt-cinq ans, depuis le décret Crémieux, depuis le développement de la République opportuniste, les Arabes assistaient avec stupeur et mépris à la mainmise officielle du juif algérien sur l'Algérie. Quand ils ont vu se former parmi les Français des ligues antijuives, quand ils ont entendu les trois mille électeurs français de Constantine crier dans les rues : « A bas les juifs ! » ils ont eu le sentiment qu'un grand changement se préparait, et ils se sont mêlés au mouvement. Les souvenirs de la conquête et tous les préjugés qui animaient les uns contre les autres vainqueurs et vaincus, Français et indigènes, semblaient un moment effacés, et contre l'usure juive, qui est aujourd'hui le vrai conquérant de l'Algérie, se faisait la réconciliation de l'Européen et de l'Arabe."

Jean Jaurès, "A Carmaux", La Dépêche de Toulouse, 22 avril 1898 :

"Ainsi, l'intérêt le plus vital de toute une région était sacrifié aux combinaisons capitalistes, et ce sont les grandes dynasties financières qui osent demander à tout un pays de se livrer à elles ! Ce sont ces dévorants, ces calculateurs à outrance qui osent, dans les réunions privées de leurs comités, crier contre moi : « A bas le juif ! » Ont-ils donc oublié que Drumont lui-même les a signalés, eux, comme les plus beaux spécimens de la juiverie chrétienne ? Ont-ils oublié que ce sont eux et leurs amis qui ont livré à M. de Rothschild la Banque de France, que nous voulions leur arracher pour la remettre à la France elle-même ? Pour moi, je me borne à demander, je demanderai demain comme hier sans hésitation et sans faiblesse, que la loi soit égale pour tous, que tous les citoyens quels qu'ils soient, quelles que soient leur religion et leur race, soient jugés selon les formes légales, et ni les menaces ni les insultes n'étoufferont le cri de ma conscience d'honnête homme et de républicain."

Jean Jaurès, discours au Tivoli, cité dans La Petite République, 9 juin 1898 :

"Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n'est pas par la fièvre du prophétisme, nous savons bien qu'elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de cor­ruption et d'extorsion. Mais nous disons, nous : ce n'est pas la race qu'il faut briser ; c'est le mécanisme dont elle se sert, et dont se servent comme elle les exploiteurs chrétiens."

Jean Jaurès, "L'embarras de Drumont", La Petite République, 13 décembre 1898 :

"Si M. Drumont avait eu la clairvoyance qu'il s'attribue tous les matins, il se serait borné à dénoncer dans l'action juive un cas particulièrement aigu de l'action capitaliste. Comme Marx, qu'il citait l'autre jour à contre-sens, il aurait montré que la conception sociale des juifs, fondée sur l'idée du trafic, était en parfaite harmonie avec le mécanisme du Capital. Et il aurait pu ajouter sans excès que les juifs, habitués par des spéculations séculaires à la pratique de la solidarité et façonnés dès longtemps au maniement de la richesse mobilière, exerçaient dans notre société une action démesurée et redoutable."

Jean Jaurès, "Derniers combats", L'Humanité, 16 avril 1907 :

"De même, il n'y a rien de scandaleux à ce que le Vatican confie ses économies à un banquier juif ; c'est une tradition fort ancienne, et à la cour de Rome comme à la cour d'Avignon, les juifs furent les meilleurs argentiers des papes. Cependant, en un temps où l'antisémitisme a été un des grands moyens d'action de l'Eglise, quand tous les républicains sont dénoncés et flétris par les journaux pieux, et les candidats de sacristie comme les stipendiés et les esclaves de la juiverie, les fidèles un peu simples ne voient pas sans quelque étonnement que l'Eglise met ses fonds chez M. de Rothschild ; mais si M. de Rothschild est à peu près le seul homme de France (avec M. Groussau) dont le correspondant du pape parle avec une sympathie sans réserve, l'étonnement redouble et les « bons » paysans se demandent : « Se serait-on moqué de nous ? » "

Jean Jaurès, L'organisation socialiste de la France : l'armée nouvelle, Paris, L'Humanité, 1915, p. 485 :

"Ce sera un régime de plein air, un régime public et loyal qui donnera aux officiers bien plus de garanties que ne leur en donnent les règles et les pratiques d'aujourd'hui. Ils sont à la merci des caprices d'un chef, des notes souvent fantaisistes d'inspecteurs qui passent à de rares intervalles et qui les jugent de très haut et de très loin. C'en sera fini du règne alternatif ou simultané des coteries rivales : jésuitière ou franc-maçonnerie. Je supplie les officiers vraiment républicains et démocrates de songer en quelle triste situation ils se trouvent."