lundi 11 juin 2012

Ce qui intrigue François Hollande

Serge Raffy, Le Président : François Hollande, itinéraire secret, Paris, Fayard/Pluriel, 2012 :

"Pourquoi donc leur père [de François et Philippe Hollande], patron d'une clinique prospère, dirigeant un cabinet en pleine expansion, abandonne-t-il tout en quelques semaines, comme s'il avait le diable à ses trousses ? Quels fantômes hantent l'âme de ce médecin de province ? Est-ce la faute à la politique qui l'a accaparé ces dernières années ? Georges Hollande a été candidat malheureux en 1959 aux élections municipales de Rouen, sur une liste d'extrême droite. Ses penchants pour l'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, ancien camelot du roi, croix-de-feu, sont connus de tous. Tout comme son aversion profonde pour le général de Gaulle. Georges, en 1944, a été mobilisé quelques mois et garde de cette période une certaine fidélité au maréchal Pétain. Il a un mépris profond pour ceux qu'il appelle « les résistants de la dernière heure ». Durant la guerre d'Algérie, il ne dissimule pas ses sympathies pour l'OAS. Il les clame même haut et fort. A Rouen, son caractère bien trempé lui joue parfois des tours. Dans les milieux feutrés de la bourgeoisie locale, ses coups de menton agacent. Même ses amis médecins lui conseillent de tempérer ses ardeurs politiques, dans l'intérêt de son propre cabinet. Mais Georges n'en a cure.

En 1965, il se présente à nouveau aux élections municipales, à Bois-Guillaume, à la tête d'une liste de « rénovation et d'expansion » à la composition sulfureuse. On y trouve des anciens de l'OAS, des élus soupçonnés d'avoir trempé dans la collaboration et des industriels du bâtiment plus intéressés par les terrains vierges de la commune que par le débat, qui fait rage alors, sur l'introduction du français à la place du latin dans les églises. Nouvelle déconvenue : il est battu à plate couture par la liste gaulliste." (p. 23-24)

"Passionné par l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, il [François Hollande] vient de lire Eric Roussel, auteur d'un ouvrage, Le Naufrage, consacré à la défaite de 39-40 et à ses effets dévastateurs sur les élites françaises qui se sont données au maréchal Pétain. L'ancien premier secrétaire du PS n'en finit pas d'être intrigué par le glissement d'une société démocratique vers un système autoritaire. En sommes-nous là, aujourd'hui ? Evidemment non, mais rien n'est définitif. Une autre question le tourmente : comment des hommes au parcours sans tache plongent-ils dans un régime qu'ils ont autrefois ardemment combattu ? « C'est l'histoire qui, à un moment précis, façonne le parcours des hommes, soutient-il. Dans une période comme 1939, l'année de la débâcle, des républicains authentiques ont basculé progressivement dans le pétainisme. Cela reste pour moi une énigme. Ces hommes ont renoncé, pour mille raisons, à défendre leurs convictions. Pourquoi, à un moment précis, un homme comme Charles de Gaulle se lève et a le courage de refuser ? Pourquoi d'autres, peut-être plus brillants, ont raté leur rendez-vous avec l'histoire ? » En filigrane, c'est de lui qu'il parle, bien sûr." (p. 348-349)