mardi 8 mai 2012

Hüseyin Cahit Yalçın et Refik Saydam face à la question des Juifs turcs et étrangers en Turquie

"Les juifs en Turquie

Le journal Istanbul a reproduit dans son numéro du 24 janvier un article sur la question juive paru dans Yeni Sabah sous la signature de M. Hussein Djahid Yaltchin. Nous en publions quelques passages :

...Nous nous trouvons aujourd'hui en présence d'un grand problème juif auquel l'univers entier s'intéresse.

...Pour commencer, nous pouvons affirmer tout de suite qu'il n'existe de question pour les israélites citoyens turcs. Le statut organique de la République turque reconnaît tous les droits politiques aux juifs qui vivent et qui travaillent depuis des siècles en Turquie. La charte républicaine ne fait aucune distinction entre les citoyens au point de vue de la religion et de la race. Dans une égalité parfaite, tous les enfants de ce pays jouissent d'une liberté absolue de conscience et possèdent le droit et le devoir de concourir la main dans la main au bonheur et au salut de la patrie commune...

...Pour les citoyens turcs de confession hébraïque, toutes les écoles de l'Etat sont ouvertes. Ils peuvent y entrer en toute liberté et autant qu'ils veulent. Ils peuvent avoir aussi accès à toute espèce de fonction, voyager dans toutes les parties du pays, publier des journaux. Bref ils ont la faculté de vivre dans ce pays sans qu'on les distingue de la masse des citoyens appartenant à la religion musulmane.

...Ces paroles ne sont ni une promesse, ni un souhait, ni un but quelconque. Elles expriment la simple réalité d'aujourd'hui. A tel point que c'eût été futile d'en parler s'il n'y avait une question juive qui cause dans le monde certaines inquiétudes.

...On ne saurait supposer que le statut organique qui a jusqu'ici assuré à tous les citoyens de la République sans aucune discrimination de race ni de religion des droits égaux et qui leur prescrit des devoirs puisse subir quelque modification. Une telle inquiétude ne saurait avoir place dans le coeur d'aucun citoyen turc. Je suis autorisé à le déclarer dans les termes les plus catégoriques. Je n'exprime donc pas là une opinion personnelle, des pensées intimes. Ces lignes, je les trace avec la ferme conviction née des opinions recueillies auprès de nos hommes d'Etat éminents et autorisés d'Ankara.

...Pour ce qui est des juifs de sujétion étrangère, comme il n'existe en Turquie aucun sentiment d'animosité, soit d'ordre individuel, soit d'ordre collectif, contre les israélites, nous regardons le problème juif sous l'angle humanitaire.

Une mesure toute récente du gouvernement ottoman annulant toutes les ordonnances de refoulement prises par les autorités policières à l'encontre d'un certain nombre de familles juives austro-allemandes résidant en Turquie, illustre cet esprit de justice et d'égalité, de même qu'un communiqué à la presse dans lequel le Président du Conseil, Rafik Saydam, déclare :

« La Turquie n'a jamais connu la question juive ; elle ne la connaîtra jamais. Si une erreur se produit, nous la corrigerons. Nous ne pouvons pas envisager une immigration massive des juifs persécutés dans d'autres pays, mais ceux qui se trouvent ici pourront rester. Les spécialistes étrangers ayant un emploi en Turquie pourront faire venir ici leurs familles.

« Quant aux juifs turcs, ils ne sont pour nous que des Turcs, tout court. Leur religion ne peut servir de prétexte pour les limiter dans leurs droits de citoyens turcs. Notre Constitution a une base laïque et ne connaît ni les races ni les religions »."

Source : Paix et Droit (organe de l'Alliance Israélite Universelle), n° 2, 19e année, février 1939, p. 12.