mardi 8 mai 2012

İsmet İnönü et les ressortissants juifs de Turquie

"Lettre de Londres

Londres, le 20 mai 1937.

Monsieur le Rédacteur en chef,

Le samedi, 14 mai, le général Ismet Inonu, Président du Conseil turc, délégué de la Turquie aux fêtes du couronnement du roi George VI, voulut bien me recevoir dans son hôtel à Londres.

Président-fondateur de la colonie turque de Nice, je présentai tout d'abord au général des souhaits de bienvenue en Europe au nom de mes compatriotes résidant sur la Côte d'Azur.

Le général exprima en termes vifs le plaisir que lui procurait cette marque de sympathie et il me chargea de transmettre à nos ressortissants le salut de la patrie.

Profitant de cette occasion, j'essayai d'attirer l'attention de notre Président du Conseil sur la situation tragique et le dénuement de beaucoup de Turcs résidant en France et dans d'autres pays.

Sans papiers en règle, ne jouissant d'aucune protection consulaire, ces malheureux voient tous les jours leur situation s'aggraver. Lui ayant brossé un tableau saisissant de leur état lamentable, qui dure depuis longtemps, le général devint soucieux et me répondit : « J'ignorais vraiment que la situation fût si grave » et il ajouta que la mesure en question n'avait pas été prise uniquement contre les israélites.

Il insista avec raison sur le devoir qu'incombe à tous les Turcs de respecter la loi.

Je l'assurai à mon tour que tout israélite digne de ce nom est fier d'aimer son pays, de le servir et de l'honorer.

« En Turquie, répondit le général, les israélites nous sont chers et nous les voulons toujours auprès de nous. »

J'ai l'impression, Monsieur le Directeur, que cette déclaration aura une suite : de nouvelles mesures de clémence que le général prendra sans doute en faveur des nôtres, une fois rentré au pays.

Le 16 mai, j'ai assisté à l'office de Chabouoth où un service spécial était organisé à l'occasion de la fête du couronnement.

Cela se passait à la synagogue portugaise de Londres, à Holland Park, construite pour les israélites orientaux.

La synagogue était pleine de fidèles venus entendre le sermon du Rév. Acher Levy, chef spirituel de la communauté.

Le pasteur rappela en termes éloquents tout d'abord le souvenir du roi George V et de la reine Mary.

« Le couronnement du roi George VI, poursuivit l'orateur, remplit de joie et de fierté le coeur de tout israélite habitant l'Angleterre. » Il demanda à Dieu d'accorder au nouveau roi tous les dons de la sagesse afin qu'il sache gouverner son grand peuple dans la justice et la paix pour le plus grand bien de l'humanité.

Pour finir, il exhorta les fidèles à rester attachés à la loi de Moïse, cette couronne impérissable de gloire pour Israël et de lumière pour le monde. Elie ESKENAZI."

Source : L'Univers israélite, n° 38, 28 mai 1937, p. 587.

Hüseyin Cahit Yalçın et Refik Saydam face à la question des Juifs turcs et étrangers en Turquie

"Les juifs en Turquie

Le journal Istanbul a reproduit dans son numéro du 24 janvier un article sur la question juive paru dans Yeni Sabah sous la signature de M. Hussein Djahid Yaltchin. Nous en publions quelques passages :

...Nous nous trouvons aujourd'hui en présence d'un grand problème juif auquel l'univers entier s'intéresse.

...Pour commencer, nous pouvons affirmer tout de suite qu'il n'existe de question pour les israélites citoyens turcs. Le statut organique de la République turque reconnaît tous les droits politiques aux juifs qui vivent et qui travaillent depuis des siècles en Turquie. La charte républicaine ne fait aucune distinction entre les citoyens au point de vue de la religion et de la race. Dans une égalité parfaite, tous les enfants de ce pays jouissent d'une liberté absolue de conscience et possèdent le droit et le devoir de concourir la main dans la main au bonheur et au salut de la patrie commune...

...Pour les citoyens turcs de confession hébraïque, toutes les écoles de l'Etat sont ouvertes. Ils peuvent y entrer en toute liberté et autant qu'ils veulent. Ils peuvent avoir aussi accès à toute espèce de fonction, voyager dans toutes les parties du pays, publier des journaux. Bref ils ont la faculté de vivre dans ce pays sans qu'on les distingue de la masse des citoyens appartenant à la religion musulmane.

...Ces paroles ne sont ni une promesse, ni un souhait, ni un but quelconque. Elles expriment la simple réalité d'aujourd'hui. A tel point que c'eût été futile d'en parler s'il n'y avait une question juive qui cause dans le monde certaines inquiétudes.

...On ne saurait supposer que le statut organique qui a jusqu'ici assuré à tous les citoyens de la République sans aucune discrimination de race ni de religion des droits égaux et qui leur prescrit des devoirs puisse subir quelque modification. Une telle inquiétude ne saurait avoir place dans le coeur d'aucun citoyen turc. Je suis autorisé à le déclarer dans les termes les plus catégoriques. Je n'exprime donc pas là une opinion personnelle, des pensées intimes. Ces lignes, je les trace avec la ferme conviction née des opinions recueillies auprès de nos hommes d'Etat éminents et autorisés d'Ankara.

...Pour ce qui est des juifs de sujétion étrangère, comme il n'existe en Turquie aucun sentiment d'animosité, soit d'ordre individuel, soit d'ordre collectif, contre les israélites, nous regardons le problème juif sous l'angle humanitaire.

Une mesure toute récente du gouvernement ottoman annulant toutes les ordonnances de refoulement prises par les autorités policières à l'encontre d'un certain nombre de familles juives austro-allemandes résidant en Turquie, illustre cet esprit de justice et d'égalité, de même qu'un communiqué à la presse dans lequel le Président du Conseil, Rafik Saydam, déclare :

« La Turquie n'a jamais connu la question juive ; elle ne la connaîtra jamais. Si une erreur se produit, nous la corrigerons. Nous ne pouvons pas envisager une immigration massive des juifs persécutés dans d'autres pays, mais ceux qui se trouvent ici pourront rester. Les spécialistes étrangers ayant un emploi en Turquie pourront faire venir ici leurs familles.

« Quant aux juifs turcs, ils ne sont pour nous que des Turcs, tout court. Leur religion ne peut servir de prétexte pour les limiter dans leurs droits de citoyens turcs. Notre Constitution a une base laïque et ne connaît ni les races ni les religions »."

Source : Paix et Droit (organe de l'Alliance Israélite Universelle), n° 2, 19e année, février 1939, p. 12.

lundi 7 mai 2012

Quand la gauche française traquait les réfugiés juifs

"Quand la gauche traquait les réfugiés

La France de la IIIe République, terre d'asile pour ceux qui fuyaient dictatures et persécutions raciales ? Voilà un cliché que deux historiens bousculent, preuves à l'appui. A l'origine de leur argumentaire, huit kilomètres d'archives : le fichier central de la direction générale de la Sûreté nationale.

Aujourd'hui conservé à Fontainebleau, ce fichier avait été saisi par les Allemands, fin juin 1940, puis transféré à Berlin : en 1945, les Soviétiques le transportaient à Moscou, et ce n'est qu'en 1992 que, parmi d'autres, ce fonds a été remis à la France. Depuis, il n'avait jamais été exploité. Quand Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin se sont plongés dedans, ce fut pour y dénicher 685 000 fiches de « suspects » et d'« indésirables », surveillés, avant guerre, par la police française. A partir de 1936, ce fichier avait été centralisé par un fonctionnaire dont la postérité a retenu le nom : René Bousquet. Appâtés par cette découverte, les deux chercheurs ont poursuivi leurs investigations. Archives ministérielles (Affaires étrangères, Finances, Travail), archives préfectorales, Journal Officiel, circulaires d'application des lois : ils ont dépouillé des milliers de dossiers. En annexe de leur livre, ils en publient un échantillon éloquent. Le 2 août 1933, quelques mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Camille Chautemps, ministre (radical) de l'Intérieur, envoie cette directive aux préfets du nord et de l'est de la France : « Il m'a été signalé qu'un assez grand nombre d'étrangers venant d'Allemagne se présentent à notre frontière et s'autorisant à tort de la qualité de réfugiés politiques, demandent l'accès de notre territoire et le droit d'y séjourner. Il importe de ne pas céder à de pareilles sollicitations (...) L'introduction en France des Israélites chassés d'Allemagne doit se poursuivre avec une extrême circonspection. » Le 9 juillet 1937, Marx Dormoy, ministre (socialiste) de Léon Blum, ordonne aux préfets de refouler les étrangers sans visa : « Tous ces immigrants viennent de plus en plus submerger nos professions commerciales et artisanales, pesant ainsi lourdement sur notre économie générale. »

Accumulant les faits, les deux historiens sont parfois emportés par leur démonstration. Ils tendent ainsi à déceler une même logique - d'exclusion - dans tous les règlements édictés à propos des étrangers entre 1917 et 1939.

Or autant, par exemple, l'attitude des pouvoirs publics, en 1938, à l'égard des juifs allemands et autrichiens, physiquement menacés dans leur pays, apparaît scandaleuse (et révélatrice de la cécité française face à la guerre qui vient), autant l'instauration de la carte d'identité, en 1917, ou certaines mesures de protection de l'emploi, dans les années 1920, relèvent non de la xénophobie mais d'un arsenal circonstanciel, légitimé par l'intérêt national. La grande leçon de cet ouvrage, cependant, c'est de montrer que la pratique de Vichy n'est pas née ex nihilo. Elle résultait d'un climat dans lequel le radical-socialisme eut sa large part, et fut mise en œuvre grâce à un appareil d'Etat forgé bien auparavant (voir Bousquet), marquant, par-delà la défaite, la continuité de l'administration jacobine. Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin n'entendent pas pour autant exonérer Vichy, et ne versent pas non plus dans le discours incriminant « l'idéologie française ». En livrant un document d'histoire à l'état brut, ils ouvrent un débat.

Jean Sévillia

Pierre-Jean Deschodt et François Huguenin, La République xénophobe, Lattès, 450 p., 135 F (20,58 €)."

Source : Le Figaro Magazine, 20 octobre 2001.

dimanche 6 mai 2012

Les Juifs et la turcologie

Ármin Vámbéry : orientaliste et explorateur hongrois, théoricien d'une parenté entre les langues turque et hongroise.

David-Léon Cahun : journaliste et orientaliste français, auteur de Introduction à l'histoire de l'Asie : Turcs et Mongols, des origines à 1405 (1896).

Gyula Germanus : écrivain et islamologue hongrois, agent secret au service de l'Etat ottoman durant la Première Guerre mondiale.

Bernard Lewis : historien anglo-américain, spécialiste de l'Islam et de l'Empire ottoman, auteur de The Emergence of Modern Turkey (1961) et Istanbul and the Civilization of Ottoman Empire (1963).

Stanford J. Shaw : historien américain, spécialiste de l'Empire ottoman et de la République de Turquie, auteur de History of the Ottoman Empire and Modern Turkey (1976-1977) et The Jews of the Ottoman Empire and the Turkish Republic (1991).

Arnold Reisman : ingénieur et professeur de management américain, spécialisé dans l'histoire des professeurs austro-allemands réfugiés en Turquie dans les années 30.

Jacob M. Landau : orientaliste israélien, spécialiste des mondes arabe et turc, auteur de Jews, Arabs, Turks (1993), Pan-Turkism : From Irredentism to Cooperation (1995) et Exploring Ottoman and Turkish History (2004).

Claude Cahen : orientaliste français, spécialiste des Seldjoukides, auteur de La Turquie pré-ottomane (1988).

Maxime Rodinson : islamologue et sociologue français, auteur de La fascination de l'Islam (1980).

Gilles Veinstein : historien français, spécialiste de l'histoire turque et ottomane, co-auteur de Histoire de l'Empire ottoman (1989).

Avigdor Levy : professeur israélien d'études proches-orientales et juives, auteur de The Sephardim in the Ottoman Empire (1992) et directeur de Jews, Turks, Ottomans : A Shared History (2002).

Jacob Barnai : historien israélien, co-auteur de The Jews in Izmir in the 19th Century (1984).

Henri Nahum : médecin et historien français, auteur de Juifs de Smyrne, XIXe-XXe siècle (1997).

mercredi 2 mai 2012

La politique pro-juive des sultans ottomans

Orhan : encourage l'immigration juive à Bursa.

Murat Ier : installe les réfugiés juifs de Hongrie en Thrace et en Anatolie.

Beyazıt Ier : installe les réfugiés juifs de France à Edirne et ailleurs dans les Balkans.

Murat II : installe les réfugiés juifs de Germanie à Salonique.

Mehmet II : repeuple Constantinople en installant des Juifs romaniotes et ashkénazes.

Beyazıt II : accueille les Juifs chassés d'Italie, d'Espagne et du Portugal.

Selim Ier : permet aux Juifs de prier sur le Mur des Lamentations après sa conquête de Jérusalem.

Süleyman Ier : fait ramener des Juifs de Hongrie par ses armées.

Selim II : installe des familles juives à Chypre après sa conquête de l'île.

Abdülmecit Ier : promulgue un décret de protection des Juifs contre les accusations de crime rituel.

Abdülhamit II : installe les réfugiés juifs fuyant les pogroms d'Europe de l'Est à Salonique et à Izmir.

Les Dönme célèbres



Sabetay Sevi : romaniote, rabbin kabbaliste, messie auto-proclamé, sa conversion à l'islam est à l'origine de la secte syncrétique judéo-islamique des Dönme.

Mazlum Hakkı : co-fondateur du journal jeune-turc Reşad.

Mehmet Cavit Bey : économiste, membre du CUP (Comité Union et Progrès), ministre des Finances en 1909.

Tevfik Rüştü Aras : médecin, membre du CUP, ministre des Affaires étrangères en 1925, président du conseil de la banque Türkiye İş Bankası sous le gouvernement Menderes.

Ahmet Emin Yalman : journaliste, rédacteur en chef du journal Vatan.

Abdi İpekçi : rédacteur en chef du journal Milliyet (1959-1979).

Coşkun Kırca : ministre des Affaires étrangères en 1995.

İsmail Cem : membre du DSP, ministre des Affaires étrangères en 1997.

Les Juifs ottomans/turcs éminents

Yakup Paşa alias Giacomo di Gaeta : juif italien converti à l'islam, médecin de Mehmet II.

Manuel Brudo : marrane, médecin de Süleyman Ier.

Moses Hamon : sépharade, physicien en chef à la cour de Süleyman Ier.

Nurbanu Sultan : sépharade, épouse de Selim II et mère de Murat III.

Yasef Nassi alias Joseph Nasi : marrane, banquier et diplomate au service de Selim II, et gouverneur de l'île de Naxos.

Esther Kiera : sépharade, favorite de la sultane Safiye sous Murat III.

Salomon Abenaes alias Alvaro Mendes : marrane, diplomate au service de Murat III.

Salomon Ashkenazi : ashkénaze, médecin et diplomate au service d'Ahmet Ier.

Hatice Muazzez Sultan : juive de Pologne, épouse d'İbrahim Ier et mère d'Ahmet II.

Bezm-i Alem Valide Sultan : juive de Russie ou de Géorgie, épouse de Mahmut II et mère d'Abdülmecit Ier (et donc grand-mère d'Abdülhamit II).

İshak Efendi : juif de Janina converti à l'islam, mathématicien, professeur en chef de l'Ecole de génie sous Mahmut II.

Abraham-Salomon de Camondo : banquier d'Abdülmecit I.

Rafael Çikurel : commissaire de la police portuaire et inspecteur général de la police du vilayet d'Izmir sous Abdülhamit II.

Nesim Levi Bayraklı : constructeur du grand ascenseur d'Izmir, grand-père de l'écrivain français Marc Levy.

Albert Fua : un des rédacteurs du journal jeune-turc Meşveret.

Tekin Alp/Munis Tekinalp : né Moiz Kohen, économiste, membre du CUP (Comité Union et Progrès), idéologue du nationalisme turc, promoteur de la turquisation des minorités, fondateur à ce titre des associations Milli Hars Birliği et Türk Kültür Cemiyeti, conseiller municipal d'Istanbul.

Emanuel Karasu : juriste, membre du CUP, député de Salonique en 1912.

Nissim Masliyah : membre du CUP, député d'Izmir en 1912, membre de la Milli Hars Birliği.

Sasun Eskl : membre du CUP, député de Bagdad en 1912.

Nissim Russo : membre du CUP, collaborateur du ministère des Finances.

Samuel Israel : membre du CUP, chef adjoint de la section politique de la police d'Istanbul.

Albert Ferid Asseo : inspecteur des finances en 1910.

Isaac Taranto : conseiller légiste adjoint au ministère des Affaires étrangères durant la Première Guerre mondiale.

Haim Nahum : grand-rabbin de l'Empire ottoman en 1909, proche du CUP.

Albert Antebi : directeur de l'école professionnelle de Jérusalem pour l'Alliance Israélite Universelle, conseiller de Cemal Paşa (1915-1916), puis soldat ottoman sur le front du Caucase en 1917.

Samuel Abravaya Marmaralı : médecin, membre de la Milli Hars Birliği, député de la ville de Niğde (1935-1943).

Avram Galante : professeur de langues et d'histoire, député de la ville de Niğde (1943-1946).

Hanri Soriano : professeur d'arithmétique, membre de la Türk Kültür Cemiyeti.

Marsel Franko : juriste, membre de la Türk Kültür Cemiyeti.

Salamon Adato : membre du DP, député d'Istanbul (1946-1950).

İsak Altabev : membre du DP, député d'Istanbul (1958-1960).

Cefi Kamhi : membre du DYP, député d'Istanbul (1995-1999).

Sami Kohen : analyste politique au journal Milliyet.

İshak Alaton et Üzeyir Garih : co-fondateurs et co-présidents du conglomérat Alarko.

Vitali Hakko : fondateur de la marque de haute couture Vakko.

Cem Hakko : fils de Vitali, lui succède à la tête de Vakko, propriétaire de la station de radio Power FM.