vendredi 2 mars 2012

Les incidents antisémites dans l'Empire ottoman au XIXe siècle

Paul Dumont, "Une source pour l'étude des communautés juives de Turquie : les archives de l'Alliance Israélite universelle", Journal asiatique, tome 267, 1979, p. 133-134 :

"Tableau VII. Les relations intercommunautaires.

Chronologie des principales crises dans les dernières décennies du XIXe siècle.

Date Lieu L'incident

Avril-juin 1872 Smyrne Découverte du cadavre d'un enfant chrétien dans un égout. Accusation de meurtre rituel. Graves émeutes.

5 juillet 1872 Salonique Accusation de meurtre rituel.

1874 Urla Disparition (momentanée) d'une jeune fille grecque. Emeutes antijuives.

27 mars 1876 Smyrne Une fillette est retrouvée morte dans un cimetière israélite. Accusation de meurtre rituel.

29 mars 1876 Boudja (région de Smyrne) Un enfant est caché par deux grecs dans la hotte d'un chiffonnier israélite. Accusation de meurtre rituel.

30 mars 1876 Bournabat (Smyrne) Un enfant est découvert dans la maison d'un notable juif. Accusation de meurtre rituel.

14 mai 1876 Haskeuy (Const.) Disparition d'un enfant chrétien. Les juifs sont accusés de l'avoir enlevé.

23 mars 1884 Baïrametch (Dardannelles) Disparition d'un apprenti chrétien. Accusation de meurtre rituel.

29 mai 1884 Koulacsiz (Const.) Disparition d'un enfant musulman. Accusation de meurtre rituel.

3 octobre 1884 Tchorlou (Const.) Disparition d'un enfant grec. Accusation de meurtre rituel.

18 avril 1885 Haïdar-Pacha (Const.) Une croix couverte d'ordures est découverte sur le seuil d'une boutique grecque. Graves émeutes antijuives.

21 mars 1888 Salonique Accusation de meurtre rituel.

Août-déc. 1889 Bagdad Choléra. Affrontements entre juifs et musulmans. Les juifs sont accusés de propager la maladie.

1890 Beyrouth Affrontements entre juifs et chrétiens à l'occasion d'un enterrement Israélite.

Août 1890 Damas Accusation de meurtre rituel.

3 juin 1891 Alep Agitation antijuive dans les quartiers musulmans. Accusation de meurtre rituel.

Mai 1891 Smyrne Accusation de meurtre rituel.

29 juin 1891 Mustapha-Pacha Des juifs sont accusés d'avoir assassiné un boucher bulgare. Emeutes.

Avril 1892 Rodosto Disparition d'un enfant chrétien. Emeutes antijuives.

Août 1893 Smyrne Magnésie Choléra. Les israélites sont accusés de propager la maladie.

12 avril 1894 Cavalla Accusation de meurtre rituel.

18 mai 1895 Solimanieh Les Kurdes chiites font courir le bruit que des juifs ont blasphémé la religion musulmane. Emeutes.

1895-1897 Salonique Smyrne Constantinople Polémiques suscitées par l'affaire Dreyfus. (...)

Mai 1897 Salonique Constantinople Guerre gréco-turque. Les juifs manifestent leur patriotisme ottoman. Ils sont accusés par les Grecs."

jeudi 1 mars 2012

Vladimir Jabotinsky et l'islam

Marius Schattner, Histoire de la Droite israélienne. De Jabotinsky à Shamir, Bruxelles, Complexe, 1991, p. 88 :

"Pour Jabotinsky l'Occident incarne progrès et démocratie ; l'Orient incarne l'arriération et le despotisme. L'Orient mythique, chanté par les Romantiques, le laisse de glace. Le meilleur souhait qu'il formule à l'intention des peuples de l'Orient réel, c'est qu'ils « se libèrent au plus vite du mode oriental de civilisation ». Pour cela ils devront changer d'attitude vis-à-vis de la femme, remettre la religion à sa place. L'islam n'est pas en cause, « c'est certainement une religion noble et sage ; tout le problème vient de ce que l'Orient introduise la religion dans tous les aspects de la vie ». Il leur faudra donc s'inspirer des peuples d'Occident, pour lesquels « la religion est réservée au rapport entre l'individu et Dieu ; elle ne régit ni les lois, ni la philosophie, ni la science, ni les repas ».

Jabotinsky ne se prive pas à l'époque de dénoncer les mêmes maux dans le judaïsme orthodoxe qui « hait le libre arbitre, intervient dans la vie quotidienne, force les femmes à porter la perruque et leur interdit tout contact avec un étranger ». Mais ces archaïsmes ne reflètent pas selon lui l'essence du judaïsme."

Abraham-Salomon de Camondo, le Rothschild d'Orient



Jean-François Solnon, Le turban et la stambouline : l'Empire ottoman et l'Europe, XIVe-XXe siècle, affrontement et fascination réciproques, Paris, Perrin, 2009, p. 478 :

"Pour être de nationalité austro-hongroise, Abraham-Salomon de Camondo n'en était pas moins sujet juif du sultan. Banquier à Istanbul pendant trois décennies, proche conseiller et ami des grands vizirs du Tanzimat, comblé d'honneurs et plusieurs fois décoré par le Grand Seigneur qui lui avait accordé le privilège exclusif de posséder immeubles et terrains à Péra et Galata, le « Rothschild d'Orient », comme on l'appelait, s'était notamment illustré dans le financement de l'effort de guerre ottoman en Crimée, avait participé à la création de banques modernes et fait œuvre d'urbanisme à Istanbul dont témoignent encore les « escaliers Camondo »."