lundi 6 février 2012

David Ben Gourion et la Turquie



Alain Dieckhoff, "Israël et la Turquie : contrastes et perspectives", in Elizabeth Picard (dir.), La nouvelle dynamique au Moyen-Orient. Les relations entre l'Orient arabe et la Turquie, Paris, L'Harmattan, 1993, p. 143 :

"Dans les années 1913-1914, lorsque le Comité Union et Progrès tiendra les rênes du pouvoir, certains dirigeants sionistes, comme Ben Gourion et Ben Zvi, iront même jusqu'à prôner l'ottomanisation des Juifs dans le cadre d'une citoyenneté globale qui préserverait les diversités nationales."

Michel Bar-Zohar, Ben Gourion. Le prophète armé, Paris, Fayard, 1966, p. 43-44 :

"Weizmann à Londres, Trumpeldor et Jabotinsky au Caire lancent des appels pour que les Juifs se rangent au côté de l'Entente. Mais l'Entente, cela veut dire aussi la Russie, la Russie du Tsar, du despotisme, des pogroms. Ben Gourion et Ben Zvi sont contre cette tendance. (...) Ils continuent donc de lutter pour l'ottomanisation, idée stérile et dépassée mais dont ils ne peuvent se détacher. Pour eux, c'est le seul moyen de rester en Palestine et de sauvegarder la fragile tête de pont établie sur place. Ils militent pour créer un corps de volontaires juifs qui combattraient dans les rangs de l'armée turque."


Elise Ganem, L'axe Israël-Turquie, vers une nouvelle dynamique proche-orientale ?, Paris, L'Harmattan, 2005, p. 16 :

"Ankara fut le premier Etat musulman à reconnaître l'Etat hébreu, de facto en 1949 puis de jure un an plus tard. Abandonnant son principe de neutralité qui prévalait jusqu'alors dans la conduite de sa politique extérieure, la Turquie choisit résolument le camp occidental pendant la Guerre Froide. Ainsi, elle participa à la Guerre de Corée auprès des Etats-Unis en 1950, elle adhéra à l'OTAN en 1952, au Pacte de Bagdad en 1955 puis successivement à l'OCDE et au Conseil de l'Europe. En 1958, le Premier ministre israélien Ben Gourion signa avec son homologue turc Adnan Menderes un accord de coopération contre « le radicalisme au Moyen-Orient et contre l'influence soviétique »."

samedi 4 février 2012

Benjamin Disraeli, l'Islam et les Turcs



Bernard Lewis, Islam in History : Ideas, People, and Events in the Middle East, Chicago, Open Court Publishing Company, 2001, p. 141 :

"Le sémitisme sentimental de Disraeli, pourtant bien documenté, n'explique pas ses sentiments pro-turcs ; et cela fait encore moins la lumière sur l'attitude générale des Juifs d'Europe vis à-vis des Turcs et de l'Islam. Comme son biographe Buckle l'a remarqué, si Disraeli avait été guidé par un sentiment racial, "la race que ce sentiment l'aurait conduit à soutenir aurait été ... l'Arabe, et non le Turc". En tout cas, le racisme de Disraeli (son obsession pour la race en général et la race juive en particulier) doit plus à son éducation chrétienne qu'à son ascendance juive et n'a pas de parallèle dans les écrits des Juifs authentiques de l'époque. C'était dans l'Europe chrétienne que les grands mythes raciaux, accompagnés du rejet des "souches inférieures", avaient commencé à influencer les idées et les événements ; les hymnes de Disraeli, ou plutôt les fugues, sur le thème du pouvoir juif et de la gloire juive ne sont pas plus que des stéréotypes anti-juifs inversés, avec aussi peu de fondement dans la réalité que leurs originaux.

Pourtant, sous les distorsions et les calomnies des ennemis politiques de Disraeli, il y avait un élément important de véracité. Disraeli était un admirateur de l'Islam, des Perses et des Turcs, aussi bien que des Arabes, et dans sa jeunesse il avait même songé à rejoindre l'armée turque comme volontaire. Par ailleurs, ses sentiments pro-turcs étaient liés à sa judéité vestigiale et sont typiques d'une bonne partie de l'opinion juive de l'époque. O'Connor, malgré ses exagérations perfides, n'était pas loin de la vérité en parlant des Juifs dans l'Europe du XIXe siècle comme d'un élément pro-turc, et plus généralement pro-musulman."