dimanche 14 janvier 2018

François Darlan, un homme de gauche

Simon Epstein, Les dreyfusards sous l'Occupation, Paris, Albin Michel, 2001 :

"La victoire du Front populaire, en juin 1936, le ramène à Paris [Darlan]. Le nouveau ministre de la Marine, Gasnier-Duparc, est un vieil ami qui le nomme, une fois de plus, directeur de cabinet. La rébellion d'Espagne, en juillet, lui donne l'occasion de se faire connaître et apprécier de Léon Blum. Il est en effet favorable aux républicains, et hostile aux nationalistes insurgés. Raisonnant en marin, il craint qu'une Espagne gagnée au fascisme ne compromette les liaisons entre Marseille et l'Afrique du Nord, ou entre Bordeaux et l'Afrique noire. Blum l'envoie à Londres pour tenter, en vain, d'y faire admettre ce point de vue. Cet épisode espagnol sera à l'origine de l'estime réciproque qui caractérisera désormais les relations entre Blum et Darlan. Il aura pour effet immédiat d'avantager Darlan dans la course au poste de chef d'état-major général de la Marine, poste qui est sur le point de se libérer et vers lequel, aidé de ses fidèles, il souque ferme et sans relâche. Il n'est pas le seul candidat mais sa valeur propre, l'intervention de ses amis bien placés, dont certains francs-maçons, ses attaches républicaines et ses positions sur l'Espagne font pencher la balance en sa faveur : c'est lui qui est choisi par le gouvernement Blum, en octobre 1936. Qu'il doive sa promotion au Front populaire lui vaudra d'être parfois qualifié d'« amiral rouge », ce dont-il n'aura cure, bien qu'« amiral républicain » eût certainement été plus approprié. La « confiante cordialité » qui l'unit à Léon Blum durera jusqu'en 1940." (p. 165)

"Au plan intérieur, Darlan ne renie pas ses origines : « Je suis un homme de gauche », déclare-t-il à ses préfets1. Il dirige une équipe où cohabitent intellectuels, marins et technocrates. Ces derniers se piquent de moderniser, à leur manière, les structures administratives et économiques du pays, mais le pillage systématique de la France par l'Allemagne, par le jeu des indemnités d'occupation, interdit toute réforme réelle : ils ne font, en dernière analyse, que gérer la pénurie et rationaliser l'asservissement. (...)

1. Joseph Barthélemy, Ministre de la justice. Vichy 1941-1943. Mémoires, Paris, Pygmalion-Gérard Watelet, 1989, p. 82." (p. 169)

samedi 13 janvier 2018

L'antisémitisme d'Emile Zola

Emile Zola, L'Argent, Paris, G. Charpentier, 1891 :

"Il pénétra dans l'angle de droite, sous les arbres qui font face à la rue de la Banque, et tout de suite il tomba sur la petite bourse des valeurs déclassées : les « Pieds humides », comme on appelle avec un ironique mépris ces joueurs de la brocante, qui cotent en plein vent, dans la boue des jours pluvieux, les titres des compagnies mortes. Il y avait là, en un groupe tumultueux, toute une juiverie malpropre, de grasses faces luisantes, des profils desséchés d'oiseaux voraces, une extraordinaire réunion de nez typiques, rapprochés les uns des autres, ainsi que sur une proie, s'acharnant au milieu de cris gutturaux, et comme près de se dévorer entre eux. Il passait, lorsqu'il aperçut un peu à l'écart un gros homme, en train de regarder au soleil un rubis, qu'il levait en l'air, délicatement, entre ses doigts énormes et sales." (p. 15)

"Un instant, Saccard, avant de quitter la salle, se haussa, comme pour mieux embrasser la foule autour de lui, d'un coup d'œil. Il était réellement grandi, soulevé d'un tel triomphe, que toute sa petite personne se gonflait, s'allongeait, devenait énorme. Celui qu'il semblait ainsi chercher, par-dessus les têtes, c'était Gundermann absent, Gundermann qu'il aurait voulu voir abattu, grimaçant, demandant grâce ; et il tenait au moins à ce que toutes les créatures inconnues du juif, toute la sale juiverie qui se trouvait là, hargneuse, le vît lui-même, transfiguré, dans la gloire de son succès." (p. 345)

mercredi 20 décembre 2017

La turcophobie de Richard Walther Darré (théoricien nazi du Blut und Boden)

Walther Darré, La Race. Nouvelle noblesse du sang et du sol, Paris, Fernand Sorlot, 1939, p. 70 :

"Le bolchevisme, dans le fond de sa doctrine, n'est autre que le marxisme adapté aux idées tartares, autrement dit une forme moderne du nomadisme. Il ne diffère en rien, bien qu'il emploie des moyens différents pour arriver à son but, de l'éternelle attaque des nomades, Huns, Hongrois, Tartares, Turcs, etc., etc., contre l'Europe germanique."

dimanche 12 novembre 2017

Recep Peker et l'antisémitisme national-socialiste

Avram Galante, Türkler ve Yahudiler eserlerime ek, Istanbul, Fakülteler Matbaası, 1954, p. 39-40 :

"N. — Le 28 mars 1947, le premier ministre Redjeb Peker prononça un discours dans le nouveau salon de conférences de l'Université d'Istanbul et choisit pour thème: "Le nationalisme". Après avoir parlé des éléments qui portent le nom de "minorités", il aborda la question de l'antisémitisme. Après avoir dit que les patriotes appartenant à d'autres religions et à d'autres races sont considérés comme des pièces inséparables du fonds national, il ajouta qu'il est inutile d'aborder la question juive. Mais, après la ruine du royaume juif et surtout à la suite du fanatisme chrétien, cette question (l'antisémitisme) se développa par les mouvements naziste et fasciste. Nous devons croire que pour une société à un haut esprit humanitaire, cette fausse conception primitive est nuisible et que le noble nationalisme en sait tirer son profit. L'histoire humaine enregistre comme une honte l'antisémitisme au XXème siècle.
(29/3/1947)"

Wilhelm Salomon-Calvi : un géologue juif allemand, réfugié en Turquie kémaliste



"Les tremblements de terre d'Erzincan du 21 novembre et du 27 décembre 1939.

Si l'on se réfère à l'examen des cartes géographiques, l'Anatolie apparaît comme une masse homogène rectangulaire qui, projetée hors du corps de l'Asie, s'élance comme un pont vers l'Europe. Toutefois, l'examen géologique montre qu'en réalité cette péninsule est constituée par une mosaïque de fragments très hétérogènes qui, soudés les uns aux autres, lui donnèrent par la suite son unité apparente.

Une ligne tectonique de première importance, partant de la région de Mûrefte en Thrace, se dirige approximativement en direction ouest-est, à travers la mer de Marmara vers le golfe d'Izmit, pour se poursuivre de là vers Sapanca, Adapazar, Düzce, Bolu, Gerede. Plus au nord, nous trouvons une zone (Zonguldak) qui, anciennement, faisait partie du continent antique septentrional connu sous le nom de « Palaearctis ». Vers le sud, ce sont d'anciens « Zwischenlaender » (régions intermédiaires), tels par exemple le massif « galato-lycaonien » d'Ankara-Konya, le massif du Kizil Irmal, le haut-plateau de l'Ararat-Agri, et d'autres volcans géants de l'est. Au sud de ces régions intermédiaires se dressent les chaînes du Taurus et les parties plus septentrionales de l'ancien continent du « Gondwana » (Syrie, Arabie, Afrique).

Ces terrains, séparés à l'origine le long de la ligne d'Izmit (paphiagonische Narbe de Nowack, ligne du Tonale de Salomon-Calvi), sont aujourd'hui réunis et soudés, mais les mouvements qui opérèrent leur jonction se poursuivent encore, et chaque nouveau déplacement provoque des ébranlements sismiques, en sorte que les régions échelonnées le long de cette ligne constituent probablement la zone la plus dangereuse de la Turquie.

Izmit a été détruit ou fortement endommagé : le 2 janvier 69, le 24 août 358, le 2 décembre 362, le 16 août 555, le 25 mai 1719, le 15 avril 1878, et Adapazar le 10 juillet 1894. Et cette liste n'est certainement pas complète.

La mer Egée, le Karadeniz et l'Akdeniz sont de jeunes effondrements. Leurs bords sont en grande partie des failles (çöküntü). Seul, le Cukur Ova fait exception. De la mer Egée, de profondes dépressions pénètrent en terre ferme ; ce sont les fossés du Gediz, des deux Manderes et de l'Izmir Körfezi. De la mer de Marmara, se détache le golfe de Gemlik avec une prolongation formée par le lac d'Iznik, l'ancien golfe de Manyas-Apuliyond-Bursa-Inegöl, actuellement comblés par les alluvions des rivières. Ces deux dépressions sont aussi des fossés ; de même en est-il à l'est pour Tokat, Susehri, Erzincan et Erzerum. La région de Van semble, elle aussi, être un fossé, mais ici, le volcan Nemrut est encore entré en activité en 1441, et des éruptions ultérieures sont encore possibles. Les tremblements de terre dans ces régions comme par exemple ceux de l'Agri (Ararat), peuvent être d'origine volcanique, bien que l'Agri soit actuellement éteint. Les « ovas » (plaines alluvionnaires), enfoncés dans les hauts-plateaux de l'Anatolie centrale, sont pour la plupart des failles d'effondrements. Leurs bords sont des failles ou des flexures. Dans d'autres régions, il en existe qui ne sont pas visibles morphologiquement, mais qui contribuent aussi aux mouvements de l'écorce terrestre.

Lors du tremblement de terre de Kirsehir, près d'Akpinar, une faille devint visible sur 14-15 kilomètres ; les terres le long de cette faille se déplaçaient dans le sens horizontal. Fort heureusement, la plupart de ces failles et fossés sont à l'état de repos. C'est ainsi que le fossé d'Ankara semble être stabilisé, en sorte que l'on peut espérer que la capitale échappera au danger sismique. Mais, là où les failles, les fossés et les bassins d'effondrement sont encore actifs, il se produit peu à peu, en bordure, des tensions, lesquelles augmentent jusqu'au moment où elles rompent la cohésion de l'écorce terrestre ; alors les deux « lèvres » se disjoignent, provoquant ainsi l'ébranlement dû sol. Les déplacements produits peuvent être verticaux, horizontaux ou obliques. Si, dans quelques failles ou fossés, les tensions sont déjà fortes sans toutefois être suffisantes pour occasionner une secousse sismique, un autre ébranlement plus sévère pourra fournir l'énergie nécessaire au déclenchement du phénomène. Ces ébranlements secondaires sont désignés par les termes « tremblements de relais ». De très fortes secousses peuvent alors déclencher un grand nombre dé ces secousses secondaires. Ce fut le cas du grand tremblement de terre d'Erzincan du 27 décembre 1939.

Le M. T. A. possède heureusement une carte géologique d'Erzincan à l'échelle de 1:100.000, relevée par M. le Dr Stchepinsky, et une autre de Tokat relevée par M. le Dr Lahn. On constate, sur la carte de M. Stchepinsky, qu'Erzincan est située dans un fossé dirigé WNW-ESE sur une longueur d'environ 50 km. Ce géologue a constaté en outre la présence d'une autre faille de même orientation et de même longueur, située à 35 km. au NE de la précédente. Cette deuxième faille se termine dans le fossé de Tercan. Or, les rapports relatifs aux dégâts provoqués par les deux séismes montrent que le premier (21 novembre) fut produit par des mouvements localisés le long de cette faille ; quant au second, il fut provoqué par des mouvements du fossé d'Erzincan. Un trait caractéristique réside dans le fait que les deux casernes d'Erzincan — à peu près les deux seuls édifices restés intacts — sont situées sur les pentes des montagnes, en dehors du fossé. Celui-ci, selon les indications données dans les journaux, fut évidemment l'épicentre. De la région épicentrale, les secousses se sont propagées fort loin et ont déclenché des tremblements de relais à Tokat, Susehri, Giresun, et divers autres endroits. Il est évident que les renseignements donnés par les journaux devront être contrôlés et complétés par les recherches ultérieures des géologues.

Il est possible que le faible tremblement de terre de novembre ait déclenché le violent séisme du mois de décembre, par une augmentation des tensions déjà existantes dans le fossé. D'après les observations du Dr Lahn, Tokat se trouve également situe dans un fossé, et selon les indications données par M. l'Ingénieur des Mines Server, la région de Giresun est sillonnée de failles. Ainsi, les secousses d'Erzincan ont « activé » ces dernières, notamment les failles et les fossés de Tokat et de Susehri. Si les tensions d'une faille sont encore très faibles, cette dernière ne bouge pas, comme ce fut le cas, cette fois, pour les failles du fossé d'Erzincan, lequel eut autrefois ses propres ébranlements ; mais ce serait une erreur de supposer que ce fossé restera toujours stabilisé.

Les quelques considérations précédentes expliquent la grande extension des dégâts causés par cette terrible catastrophe d'Erzincan. Non seulement l'intensité des secousses, mais encore la structure géologique des régions limitrophes de cette localité furent cause de l'importance des dommages provoqués en de nombreuses villes ou villages. A Ankara, qui se trouve à une distance de 580 kilomètres d'Erzincan, beaucoup de personnes ont été réveillées par la secousse. Par bonheur, les failles du fossé d'Ankara restèrent tranquilles.

Or, la question importante pour l'Etat turc est de savoir comment il serait possible, à l'avenir, de diminuer les pertes de vies humaines et les dommages matériels, car on ne saurait supposer que les ébranlements cesseront. Ils se produiront encore pendant des milliers d'années.

Les notices historiques recueillies par Abich dans son ouvrage sur l'Anatolie orientale signalent des tremblements de terre qui ont détruit ou gravement endommagé Erzincan depuis l'année 1.000, notamment en : 1045, 1166, 1168, 1254, 1268, 1281, 1287, 1290, 1356, 1374, 1458, 1482, 1578, 1584, 1784. Cette liste terrible est certainement fort incomplète. On n'a tenu compte que des secousses les plus violentes, et pour de longues périodes, les notes manquent complètement. Cependant, le résultat est clair. Erzincan a été détruit au moins seize fois au cours des dernières 1.000 années. On pourrait recueillir de semblables résultats pour Izmit, Izmir, et encore pour beaucoup d'autres villes turques.

L'étude des dégâts du tremblement de terre de Kirsehir en 1938 et de Bergama-Dikili en 1939 m'a enseigné trois choses :

1) qu'une grande partie des dégâts matériels est une conséquence de la construction défectueuse des édifices et que les perles de vies humaines dépendent, pour la plupart, de la façon dont sont construites les toitures ;

2) qu'une autre cause des dégâts provient de la qualité du sous-sol.

3) On a bâti beaucoup de villages et de villes en des endroits géologiquement dangereux, alors qu'il eût été possible de choisir des emplacements plus favorables à peu de distance de là.

C'est pour cette raison que les autorités compétentes ont décidé de prendre les mesures qui pourraient dans la mesure du possible diminuer, à l'avenir, les dégâts.

Wilhelm Salomon-Calvi."

Source : Revue pour l'Etude des Calamités (Bulletin de l'Union internationale de secours), tome III, 1940, p. 178-180.

vendredi 13 octobre 2017

L'engagement de certains Juifs d'Izmir dans l'armée de Benito Mussolini

Henri Nahum, Juifs de Smyrne, XIXe-XXe siècle, Paris, Aubier, 1997, p. 148 :

"(...) en 1941, un groupe de jeunes Juifs de Smyrne, de nationalité italienne, s'engageront comme volontaires dans l'armée italienne, combattront en Libye aux côtés des troupes de Rommel ; certains d'entre eux seront tués, d'autres seront faits prisonniers par les Anglais."

lundi 9 octobre 2017

Les socialistes français et le régime castriste

François Mitterrand, cité par Le Monde, 23 octobre 1974 :

"Un homme modeste [Castro], désireux d'être compris, ouvert, généreux, à la recherche d'une éthique nouvelle."

Jack Lang, intervention à la Conférence mondiale des ministres de la Culture, Mexico, 27 juillet 1982 :

"Cuba est un pays courageux, qui construit une nouvelle société. Son socialisme n'est pas le nôtre, nous le respectons. Et penser qu'on continue encore aujourd'hui à contester le droit de ce pays à vivre, et à vivre librement en choisissant son régime politique. Nous ne pouvons pas l'admettre."

lundi 3 juillet 2017

Le national-socialisme est un socialisme

François-Georges Dreyfus, entretien à Magazine Hebdo, 20 avril 1984, p. 72 :

"(...) si les premiers fondateurs du NSDAP ne sont pas des marxistes, ils viennent quand même de la classe ouvrière. On aurait sans doute d'ailleurs intérêt à mieux connaître le Comité libre pour la classe ouvrière fondé à Brême par un certain Wahl. Les militants proviennent vraisemblablement des syndicats et des milieux révisionnistes du SPD qui approuvent l'impérialisme, car « le prolétariat a, lui aussi, intérêt à l'expansion de la Nation ». Ce même SPD défend un certain nationalisme et la militarisation, critique l'antipatriotisme de Hervé et préconise le colonialisme. D'ailleurs, ce néo-nationalisme socialiste est stigmatisé par Charles Andler (auteur, entre autres, d'une monumentale biographie de Nietzsche) dans une série d'articles contre Jaurès, repris en livre sous le titre le Socialisme impérialiste. Il existe ainsi, bien avant 1914, dans la classe ouvrière allemande, et favorisée par une partie du SPD, une forte tendance nationaliste ; au moment même, rappelle Sternhell, où se désintègre la notion de classe, le sentiment national émerge comme la force dominante de l'histoire de la Nation, incarne toujours les valeurs fondamentales de la société. L'évolution du SPD avant 1914 explique le comportement d'hommes issus du prolétariat comme Wahl à Brême, Drexler à Munich ; Drexler y fonde le Deutsche Arbeiter Partei, DAP. En mai 1919, Drexler accuse « la social-démocratie d'avoir abusé d'une façon inouïe de l'idée du socialisme ».

En raison des données mêmes de l'histoire allemande, histoire d'une nation divisée et unifiée seulement en 1871, le sentiment national a toujours tenu une large place dans le mouvement de l'opinion publique, y compris chez les socialistes. D'autre part, la défaite, et surtout le traité de Versailles, œuvre d'un monde occidental libéral et capitaliste, a amené l'Allemagne à se rapprocher du monde soviétique. Cette donnée, à la fois diplomatique et idéologique, ne doit pas être perdue de vue, car elle explique le comportement de nombreux nationalistes allemands qui s'opposent à l'Occident et souhaitent le rapprochement avec l'URSS. Ils constituent même un groupe de pensée que l'on appelle généralement le national-bolchevisme. On a souvent dit et écrit que l'inspiration socialiste des vingt-cinq points du programme nazi, rédigé en 1920, n'était que démagogie. Rien n'est moins sûr quand on sait la date de la rédaction (février 1920) et de la confirmation (mai 1926). Le NSDAP d'alors est encore un parti ouvrier et s'il change de dénomination, c'est pour se distinguer nettement des partis ouvriers d'inspiration marxiste. Ces tendances socialistes se renforceront fortement entre 1922 et 1926, sous l'influence des frères Strasser qui implanteront le nazisme, à ses débuts essentiellement bavarois, dans toute l'Allemagne du Nord, avec l'appui, jusqu'au printemps 1926, de Goebbels. Otto Strasser vient du SPD et Goebbels semble avoir eu des liens avec le KPD. En janvier 1926, les nazis du Nord approuvent à Hanovre un programme socialiste révolutionnaire qui propose une réforme agraire, avec la redistribution des terres, la nationalisation des grandes entreprises, la participation ouvrière à la gestion des sociétés permettant l'intégration du prolétariat dans la Nation, et l'instauration d'une culture d'Etat. Durant toute cette période, Goebbels invite au soutien à la Russie, « véritablement nationaliste et socialiste », affirme que le marxisme a falsifié le socialisme et proclame, le 19 janvier 1926, dans un grand discours à Koenigsberg, que seule l'alliance des nazis et des communistes permettrait d'aboutir à « la résolution de la question sociale » et à « la mise en place d'un socialisme de possession et de gestion des biens »."

"Le socialisme allemand a eu deux caractères : un aspect révolutionnaire profondément dominé par le marxisme et un aspect national qui récuse largement la notion de lutte des classes pour promouvoir une conception tout à fait différente : l'intégration de la classe ouvrière dans le système social allemand. Telle a été la vision de Lassalle, poursuivie après lui par les socialistes de la Chaire, puis par les révisionnistes, tels Bernstein, Naumann. C'est ainsi que les socialistes révisionnistes inspireront fortement le national-socialisme dont on a pu dire que son principal mentor en matière sociale avait été Lassalle qui, dès 1859, avait engagé les socialistes allemands dans la voie nationaliste et s'alliait, en 1862, contre les libéraux avec le nouveau président du Conseil prussien, Bismarck. Ce socialisme révisionniste, peu à peu démarxisé et devenu même antimarxiste, explique d'ailleurs la forte participation de la classe ouvrière au national-socialisme, bien avant la prise du pouvoir."

vendredi 16 juin 2017

Les Sépharades vus par Napoléon Ier et Atatürk



Napoléon Ier, "décret infâme", 17 mars 1808 :

"Art. 18. Les dispositions contenues au présent décret auront leur exécution pendant dix ans, espérant qu'à l'expiration de ce délai, et par l'effet des diverses mesures prises à l'égard des juifs, il n'y aura plus aucune différence entre eux et les autres citoyens de notre Empire ; sauf néanmoins, si notre espérance était trompée, à en proroger l'exécution pour tel temps qu'il sera jugé convenable.

Art. 19. Les juifs établis à Bordeaux et dans les départements de la Gironde et des Landes, n'ayant donné lieu à aucune plainte, et ne se livrant pas à un trafic illicite, ne sont pas compris dans les dispositions du présent décret."

Mustafa Kemal, déclaration à Rafael Amato, reproduite dans Le Levant (Izmir), 3 février 1923 :

"Nous avons quelques éléments fidèles, qui ont uni leurs sorts à celui de l'élément dominant, qui est le peuple turc. Les Juifs, surtout, ayant prouvé leur fidélité à cette nation et à cette patrie, ont mené jusqu'ici, une vie confortable et vivront dans l'avenir, dans le confort et le bonheur."

dimanche 4 juin 2017

La noblesse des Sépharades de l'espace ottoman



Houston Stewart Chamberlain, La Genèse du XIXe siècle, Paris, Librairie Payot & Cie, 1913, p. 370-374 :

"Considérons, par exemple, en opposition à la race anglo-saxonne qui est nouvelle et que nous voyons se fixer, les SEFARDIM ou, comme on dit couramment, les « Juifs espagnols » : nous apprendrons par eux comment une race fixée peut, en persévérant dans sa pureté, se maintenir noble durant des centaines et des milliers d'années, mais aussi combien il est nécessaire de distinguer dans un peuple entre les produits de culture noble et les autres. En Angleterre, en Hollande et en Italie, il existe encore d'authentiques Sefardim, mais en petit nombre, car ils ne peuvent presque plus éviter le mélange avec les Askenazim, ou « Juifs allemands » : ainsi les Montefiore de la génération actuelle ont tous épousé des représentantes de ce dernier groupe. C'est dans l'Europe orientale, où les Sefardim non adultérés fuient le contact des autres Juifs et marquent une horreur presque comique pour les Askenazim, qu'il faut les étudier : quiconque a eu l'occasion de le faire me comprendra, si j'affirme qu'au spectacle de ces hommes m'est devenue pour la première fois intelligible la signification du judaïsme dans l'histoire du monde. Voilà de la noblesse au plein sens du mot, voilà l'authentique noblesse de race ! Belles statures, nobles têtes, dignité parfaite dans le discours et dans le maintien. Le type est « sémitique » — dans l'acception que nous donnons à ce terme en l'appliquant à certains Arabes ou Syriens de la catégorie la plus élevée. Un coup d'œil, et j'avais compris que du milieu de telles gens eussent pu surgir des prophètes et des psalmistes, chose qui, je l'avoue, ne m'avait jamais réussi à l'examen, pourtant attentif, de centaines de « Bochers » qu'on rencontre à Berlin le long de la Friedrichstrasse. (...) Et j'ajouterai : si quelqu'un désire connaître, par le témoignage de ses yeux, ce qu'est une race noble et ce qui n'en est pas une, qu'il fasse venir de Salonique ou de Sarajevo le plus pauvre des Sefardim (ces gens possèdent rarement de grandes richesses, car ils sont d'une honnêteté scrupuleuse) et qu'il le confronte avec un baron Rotschild ou un baron Hirsch de son choix : il apercevra aussitôt la différence entre la noblesse que confère la race et celle qu'octroie un monarque 2). (...)

2) Les Goths, qui plus tard passèrent en masse à l'islamisme dont ils furent les plus nobles et les plus fanatiques champions, avaient auparavant adopté en grand nombre le judaïsme ; un spécialiste en la matière, professeur à l'université de Vienne, m'assure que la supériorité morale et intellectuelle, autant que physique, des Juifs dits « espagnols » et « portugais », s'expliquerait par ce riche appoint de sang germanique plus encore que par cette discipline raciale dont j'ai parlé et dont il ne méconnaît point au reste la considérable importance. Je suis incompétent pour décider si cette opinion est justifiée."