lundi 17 avril 2017

Les Juifs d'Anatolie ont eu beaucoup à souffrir des Arméniens

"Les pogroms juifs en Arménie

Le Neue Haint de Varsovie apprend :

Un groupe important de réfugiés juifs d'Arménie vient d'arriver à Bombay (Indes). Ils racontent que les Juifs ont beaucoup à souffrir des Arméniens. Ce groupe comprend 112 Juifs arméniens et 85 juifs persans. La plupart d'entre eux sont des commerçants. Ils étaient sujets turcs et vivaient en Anatolie et dans les provinces voisines ; il y a quelques mois, les bolcheviks arrivèrent en Anatolie et chassèrent les Turcs. En partant, les bolcheviks confièrent l'administration à leurs alliés arméniens. La première chose que firent ces derniers fut d'organiser un effroyable pogrom au cours duquel il y eut des centaines de victimes. Des familles entières furent exterminées. Les Juifs qui ont pu se sauver, ont perdu toute leur fortune."

Source : La Tribune juive, 2e année, n° 57, 28 janvier 1921, p. 8.

L'antisémitisme des Arméniens de Roumanie

"Les Juifs de Roumanie", La Tribune juive, 2e année, n° 60, 18 février 1921, p. 4 :

"Du reste les gouvernants de l'Etat Roumain, c'est-à-dire quelques milliers de personnes formant l'oligarchie agrarienne avec leurs auxiliaires électoraux, — avocats, professeurs, fonctionnaires et commerçants — ont-ils jamais accordé des droits au peuple, de leur propre gré, et sans la pression étrangère ? Non. Les Arméniens, nombreux en Roumanie, ont obtenu leur droit de cité par la Convention de Paris (à la suite d'un mémoire qu'ils ont présenté aux Puissances), ainsi que les étrangers de rite chrétien. Même les paysans n'ont vu abolir leur servage que grâce à l'intervention étrangère. Et personne ne leur en veut, ne les accuse de manque de patriotisme, et les Arméniens occupent aujourd'hui les plus hautes fonctions dans l'Etat, et — chose étrange — fournissent le plus fort contingent à l'antisémitisme."

vendredi 14 avril 2017

Les relations du parti Dachnak (racistes-aryanistes arméniens) avec la SFIO et l'IOS

Mikaël Varandian (représentant de la FRA-Dachnak auprès de la IIe Internationale), L'Arménie et la question arménienne, Laval, G. Kavanagh & Cie, 1917 :

"De toute façon, le peuple arménien est une branche de la race indo-européenne, de la grande famille Aryenne. La langue arménienne est cousine germaine du Zend, du grec, du latin." (p. 14-15)

"Le contraste est absolu entre l'élément arménien et son milieu ethnographique. Un petit fragment de race indo-européenne, placé entre des peuplades primitives et nomades appartenant à la race touranienne et professant une religion toute différente :

De là la grande tragédie de l'histoire arménienne. Les envahisseurs turcs, seldjoukides, mongols, osmanlis, se sont successivement établis sur le sol arménien, en hordes guerrières, qui ne savaient manier que l'épée et le cheval ; ils ont campé durant des siècles en Arménie, comme des corps étrangers, incapables de produire, d'assimiler et de gouverner, uniquement fort dans l'art de consommer, d'asservir et de détruire.

Le plus frappant exemple de cette mentalité de toute une race nous est donné par les Turcs ottomans, qui furent maîtres de la plus grande partie de l'Arménie pendant six siècles.

N'ont-ils pas été dès le début réfractaires à toute culture, ne sont-ils pas malheureusement restés depuis cinq siècles, campés sur le vaste territoire, comme un parasite gigantesque, vivant de l'exploitation des peuples assujettis ? N'ont-ils pas détruit, paralysé les modestes cultures grecque, arménienne, slave, sous le poids de leur militarisme, orgueilleux et paresseux ?" (p. 23-24)

Haïrenik Weekly (organe de la branche américaine du Dachnak), 10 mai 1935 :

"Les Arméniens ont aidé les Roumains à ne pas devenir les esclaves des Juifs [lors du pogrom meurtrier de Bucarest]."

Haïrenik, 19 août 1936 :

"Il est parfois difficile d'éradiquer ces éléments nocifs [les Juifs], quand ils ont contaminé jusqu'à la racine, telle une maladie chronique, et quand il devient nécessaire pour un peuple [les Allemands] de les éliminer par une méthode peu commune, ces tentatives sont considérées comme révolutionnaires. Au cours d’une telle opération chirurgicale, il est naturel que le sang coule. Dans de telles conditions, un dictateur apparaît comme un sauveur."

Haïrenik, 21 août 1936 :

"De même que les Britanniques utilisent des navires de guerre pour envahir des pays, les Juifs utilisent l'internationalisme ou le communisme comme des armes."

Haïrenik, 17 septembre 1936 :

"Et vint Adolf Hitler, après des combats dignes d'Hercule. Il parla de la race au cœur vibrant des Allemands, faisant ainsi jaillir la fontaine du génie national."

Haïrenik Weekly, 25 septembre 1936 :

"Et il n'y a pas de quoi être fier du type de Juif importé en Palestine. Leurs mœurs, et d'autres vices qui étaient inconnus des Arabes avant la Déclaration de Balfour, leur place au sommet de toutes les activités communistes, ont été la cause de la plupart des critiques arabes."

"La révolte des Kurdes", Le Populaire (organe de la SFIO), 31 août 1930 :

"Sur la base d'un rapport écrit du parti arménien affilié à l'I.O.S. [Internationale ouvrière socialiste] et après avoir entendu les explications orales d'Isahakian (Arménie), l'Exécutif adopta une résolution sur la question kurde protestant contre l'extermination des Kurdes par les Turcs, mais aussi contre le silence indifférent des gouvernements capitalistes en face de ces crimes."

"Une manifestation commémorative à la mémoire de Mikaelian Varandian", Le Populaire, 11 juillet 1934 :

"Tous les vieux habitués des congrès socialistes internationaux, tous les membres des organismes centraux de notre Internationale Socialiste avant, pendant et depuis la guerre ont conservé le souvenir de notre camarade Arménien Varandian Mikaelian. Sa mort récente — le 26 avril dernier, à Marseille — a été cruellement ressentie par ses camarades de l'organisation révolutionnaire arménienne, le « Dashnakzoutian », dont il a été pendant près d'un demi-siècle l'âme vivante et combattante, le serviteur dévoué et vigilant.

En son honneur, une célébration commémorative très émouvante a été organisée la semaine passée à la Société de Géographie, dont le hall était rempli par une foule émue et recueillie.

Le citoyen Hamo Ohandjanian, ancien président du conseil de la République arménienne (jusqu'à l'invasion bolchevik de 1922) présidait. Le camarade Chavarch Missakian, rédacteur en chef du quotidien socialiste arménien de Paris, le Haratch, rappela en termes éloquents la carrière de celui dont on célébrait la vie et dont l'existence, depuis qu'il avait l'âge d'homme, s'est confondue avec celle du parti révolutionnaire arménien lui-même. Un autre camarade arménien, le citoyen Sassouni décrit le rôle de Varandian comme littérateur, historien, polémiste, théoricien et dirigeant de son parti, comme aussi son activité au sein de l'Internationale Socialiste — à laquelle le « Dachnakzoutioun » adhérait dès 1907 — au lendemain de la première révolution russe qui avait fortement fait sentir son influence.

Toute une série de camarades d'autres sections de l'Internationale vinrent à tour de rôle rendre hommage au disparu et assurer leurs camarades arméniens de l'entière solidarité de l'Internationale Ouvrière Socialiste.

Ce fut d'abord Soukhomline qui, au nom du Parti S.R. russe, évoqua les similitudes de conceptions théorique et de tactique existant entre son parti et le « Dachnakzoutioun ».

Ce fut ensuite Jean Longuet qui, au nom de la C.A.P. de la S.F.I.O., salua la mémoire de « Mikaelian Joanissian » — c'est sous ce nom qu'il avait connu son vieil ami Varandian. Dès 1902, à Pro Armenia, à la fondation duquel il participait, et qu'honoraient les grands noms de Jaurès, Francis de Pressensé, Anatole France, fidèles amis de l'Arménie martyre et que Pierre Quillard avait groupés. Notre camarade rappela, le rôle de Varandian à l'Internationale d'avant-guerre, comme aussi son activité au service de la République Arménienne lorsqu'il avait été son ambassadeur à Rome. (...)

A plusieurs reprises, entre chaque discours, des morceaux de musique d'une grande beauté arménienne avaient été exécutés à la perfection par de jeunes violonistes et violoncellistes. La Marche Funèbre, de Chopin, fut notamment rendue de magistrale façon par ces talentueux jeunes artistes arméniens."

"Le Comité exécutif de l'Internationale Ouvrière Socialiste à Paris : Compte rendu de la session du 13 au 16 novembre", Le Populaire, 19 novembre 1934 :


"L'Exécutif de l'I.O.S a tenu une session à Paris à la Maison de la Mutualité, du 13 au 16 novembre, sous la présidence d'Emile Vandervelde. Pendant l'absence de Vandervelde, qui, en raison des événements politiques en Belgique, a été obligé de rentrer pour quelque temps à Bruxelles et n'a pu assister qu'à la première séance et aux séances finales, c'est Louis de Brouckère qui a assuré la présidence.

Etaient présents : S. Sassouni (Arménie), L. De Brouckère E. Vandervelde (Belgique) ; A. Andersen (Danemark) ; S. Crummenerl, O. Wels (Allemagne); Léon Blum, Bracke, J. Longuet (France) ; (...)."

"Les messages de sympathie adressés à Léon Blum", Le Populaire, 20 février 1936 :

"Voici une troisième liste de messages de sympathie que nous avons dépouillés, qui étaient adressés à Léon Blum : (...)

De l'étranger (...)

Parti communiste d'U. S. A. ; Parti révolutionnaire arménien « Dachnakzoutioun » ; Socialistes géorgiens à Paris ; Réfugiés espagnols à Tours (...)."

"On nous l'a tué !", Le Populaire, 20 novembre 1936 :

"Hier encore, durant toute la journée les témoignages de sympathie sont parvenus, innombrables, au siège du Parti, au « Populaire », au gouvernement et à la famille de Roger Salengro.

Aux condoléances attristées qu'exprimaient les télégrammes étalent jointes des protestations indignées contre les calomnies de la « feuille infâme ».

Dans tous était affirmée la volonté de voir cesser de pareilles ignominies et de voir assurer la véritable liberté de la presse. (...)

La Fédération révolutionnaire arménienne

La Fédération révolutionnaire arménienne « Dachnakzoutioun » profondément émue par la mort du vaillant militant Salengro, présente au Parti socialiste ses sincères condoléances — S. Sassouni, délégué à l'exécutif de l'I.O.S."

mercredi 12 avril 2017

La kurdophilie d'Adolf Hitler

Adolf Hitler, propos tenus le 22 janvier 1942, Libres propos sur la guerre et la paix, recueillis sur l'ordre de Martin Bormann, tome I, Paris, Flammarion, 1952, p. 223-224 :

"Les Suisses ne sont qu'un surgeon de l'arbre germanique.

Nous en avons perdu des Germains ! Les Berbères de l'Afrique du Nord, les Kurdes de l'Asie-Mineure. L'un d'eux était Kemal Ataturk, un homme aux yeux bleus, qui n'avait rien de commun, au point de vue de la race, avec ses compatriotes."

Note : contrairement à ce que pensait Hitler, Atatürk n'était pas d'origine kurde, mais était né dans une famille turkmène yörük, originaire de Konya et Karaman (Anatolie centrale), et transplantée à Kocacık en Macédoine.

Racisme, aryanisme et antisémitisme chez les Kurdes du PKK

"Kurden : Wende ins Völkische", Der Spiegel, 21 avril 1997 :

"Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), illégal, sous le leadership de son secrétaire général, Abdullah Öcalan, qui vit en exil en Syrie, s'éloigne de son positionnement d'extrême gauche et a une orientation nationale-socialiste. Les officiels du PKK adoptent un ton raciste en interne. Ils décrivent les Turcs comme une "sous-race de bâtards mongolo-arabes" et ils définissent les Kurdes comme un "peuple de race indo-germanique". Öcalan a retiré le marteau et la faucille comme emblème du parti et les a remplacés par une torche. Dans ses instructions à ses combattants, Öcalan définit le PKK comme un "mouvement national" et non comme un parti communiste. Dans une conversation avec Günter Wallraff, le leader du PKK a même exprimé sa gratitude à l'égard des racistes en Allemagne. Malheureusement, l'arriération de nombreux Kurdes qui ont immigré clandestinement en Allemagne est "un peu sale", et donc "le racisme est justifié". Öcalan : "Je pense également que la droite a raison. Je ne pense pas comme un social-démocrate sur ce point." Wallraff cite des amis kurdes qui disent : "Mieux vaut qu'il n'y ait pas de Kurdistan indépendant si c'est pour avoir la suprématie du PKK.""

Arnaud Leparmentier et Georges Marion, "Les pays européens redoutent une vague de violence kurde", Le Monde, 19 février 1999 :

"Mercredi 17 février : les services de sécurité du consulat d'Israël à Berlin ont ouvert le feu sur des manifestants kurdes qui avaient pénétré dans le bâtiment. Bilan : 3 morts. Selon le préfet de police berlinois, Hagen Saberschinsky, seuls trois policiers allemands étaient, comme d'habitude, alors stationnés devant le consulat. Ces policiers de faction sont aidés par deux patrouilles dans les environs. Lorsque, à 13 h 30, la police a été informée de l'intention des manifestants kurdes d'envahir le consulat, ils n'ont dépêché sur place qu'une trentaine d'hommes. Ceux-ci ont été accueillis par 50 à 100 Kurdes armés de barres de fer et de gourdins, qui ont frappé les policiers censés les empêcher de s'approcher du bâtiment, avec « une très grande violence », selon M. Saberschinsky. Vingt-sept policiers ont été blessés.

Au même moment, un groupe de Kurdes fait irruption dans le consulat israélien. Il semble qu'un des manifestants ait subtilisé l'arme d'un officier de sécurité israélien et menacé deux autres gardes. Ceux-ci auraient riposté, tuant 3 personnes et en blessant au moins 16 autres, dont une très grièvement, vers 13 h 45. Neuf assaillants ont alors pris une employée en otage. Ils ont négocié très rapidement avec les policiers allemands pour sortir de la représentation israélienne.

Dans l'après-midi, à Tel-Aviv, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a expliqué pourquoi les gardes du consulat avaient tiré : « Les manifestants ont tenté de prendre une de nos employées en otage (...) et les consignes que reçoivent nos agents de sécurité sont d'empêcher par la force, y compris en faisant usage de leurs armes, toute tentative de prendre des otages ». Il a répété qu'Israël continuerait à défendre ses citoyens et ses locaux partout dans le monde et que son pays n'avait rien à voir avec l'enlèvement d'Abdullah Öcalan (même s'il collaborait avec la Turquie dans la lutte contre le terrorisme). Plus tard dans la journée, le porte-parole des affaires étrangères, devait préciser que l'entremise de la police allemande avait permis la libération de l'otage.

Il semble toutefois que les services israéliens ait complètement sous-estimé les risques d'attentats contre leurs ambassades et consulats en Europe. Ces questions seront au coeur de l'enquête officielle qui va être menée sur ces événements. Désormais, la peur des autorités est qu'Israël soit entraîné dans un conflit qui, insiste-t-on, n'est pas le sien. Jérusalem craint notamment que l'affaire kurde nourrisse une solidarité avec des groupes palestiniens radicaux qui pourrait accroître les menaces terroristes."

Bese Hozat (co-présidente du KCK, branche du PKK), déclaration à Fırat Haber Ajansı, 8 janvier 2014 :

"Il y a des Etats parallèles en Turquie, qui se sont formés en dehors de l'Etat officiel. Par exemple, la confrérie de F. Gülen est un Etat parallèle. Le lobby israélien, et les lobbies nationalistes arménien et grec, sont des Etats parallèles. Les Etats parallèles ont de solides relations d'intérêts les uns avec les autres. Les Etats parallèles n'ont pas de lois formelles ou de constitutions. Ils n'ont pas d'armées officiellement, mais ils ont un pouvoir plus puissant et plus organisé que ce qui est dit officiellement. (...) L'Etat parallèle est un Etat du Gladio, c'est une organisation d'Etat illégale, composée de la confrérie et des lobbies, et soutenue par l'OTAN. L'objectif principal est d'empêcher la démocratisation de la Turquie."

"Öcalan : There is a high intensity war", Firat News Agency, 24 septembre 2014 :

"[Abdullah] Öcalan a déclaré que les attaques de l'EIIL [Daech] sont liées à Israël, ajoutant : "Le but est de créer un Israël sur ce territoire. Cf. les noms des lieux dans cette région. Par exemple, Suruç vient du nom hébreu Saruch, qui était un ancêtre d'Abraham et de Moïse, Harran vient du nom du frère de Moïse, Haroon. Tous ces noms sont dans la Torah. Il y a le GAP [Projet d'Anatolie du Sud-Est]. Lorsque le projet GAP a été lancé en 1978, j'étais à Urfa. Le projet a été conçu pour saisir la terre et l'eau du peuple. Personne ne peut s'opposer à la politique d'Israël. Ecevit le voulait, mais ils l'ont arrêté. L'EIIL est un projet israélien. L'AKP ne peut pas résister à cela. Ils l'ont menacé et le gouvernement a failli être renversé.""

samedi 1 avril 2017

Seconde Guerre mondiale : le sauvetage des Juifs d'Europe par la Turquie kémaliste



Lucien Steinberg, Chroniques d'un Juif laïque, Paris, Les Balustres, 2010, p. 436 :

"L'aspect de l'Héritage nous a partiellement échappé [au Musée juif de New York]. Voulait-on montrer le rôle joué par des Juifs éminents dans la société des Etats-Unis ? Voulait-on montrer plutôt comment le facteur juif s'intègre dans la vie du pays ? On regrettera que les aspects peu reluisants de l'action, ou de l'inaction du pouvoir américain entre 1939 et 1945 vis-à-vis des Juifs n'aient été davantage mis en évidence.

Une recherche récente a prouvé que, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis ont donné asile à moins de Juifs réfugiés que des pays tels que la Suisse, l'Espagne (franquiste !) ou la Turquie. On a beaucoup, suffisamment parlé de la Suisse ces derniers temps. L'Espagne franquiste ou la Turquie autoritaire n'ont jamais été considérées comme particulièrement attachées à la protection des réfugiés. A tort, comme nous le voyons."

Lucien Steinberg, "Le consul arrête un « train de la mort »", La Presse Nouvelle Magazine, novembre 2000 :


"Monsieur Necdent [Necdet] Kent est actuellement âgé de 92 ans. Il y a cinquante-sept ans, il était consul-général de Turquie à Marseille.

Un jour de 1943, il fut avisé par un employé juif du consulat que des Juifs turcs avaient été enfournés dans un train en partance de la gare Saint-Charles. Il s'est précipité à la gare et a découvert le train. A ce jour, indique M. Kent, il se souvient de l'inscription sur le wagon de bétail « Bestiaux 20, foin 500 kg ». De fait, les Juifs étaient entassés les uns sur les autres. Le consul s'est précipité sur le commandant de la Gestapo en gare, lui affirmant avec force qu'il s'agissait de citoyens turcs, qu'il convenait de relâcher. Le gestapiste a refusé indiquant qu'il ne s'agissait que de Juifs. N'écoutant que son cœur et son courage, le consul cria au fonctionnaire juif du consulat : « Allons-y, nous montons aussi dans le train ! » Sitôt dit, ils ont repoussé le soldat qui était devant un wagon et ont sauté dans le train. L'officier allemand leur demanda de descendre ; ils n'en firent rien et le train démarra. Au prochain arrêt, cependant, des officiers allemands se sont rendus devant le train et se sont excusés auprès de M. Kent pour « l'erreur commise » à Marseille. Ce dernier de rétorquer: « L'erreur n'est pas que je sois dans le train mais que quatre-vingt citoyens turcs y aient été entassés. En tant que représentant d'un gouvernement qui n'admet pas pareil traitement en raison des convictions religieuses, je ne puis envisager de les laisser-là. » Devant cette attitude énergique, les Allemands ont fini par relâcher tout le monde. M. Kent estime qu'il a fait ce qu'il avait à faire. Il n'a jamais informé son gouvernement de son acte. « Le gouvernement ne m'a jamais encouragé à agir comme j'ai agi, de sorte que j'estimais que ce n'était pas son affaire... Si on ne le sent pas soi-même, on n'agira jamais ».

Ce n'était pas la seule action en faveur des Juifs. Il a délivré de nombreux passeports à des réfugiés juifs qui n'avaient plus de passeports valides.

A un moment donné, il s'est plaint au commandant militaire allemand parce que des Juifs avaient été déculottés en pleine rue afin de déterminer s'ils étaient circoncis ou non. Il a fait admettre aux Allemands que la circoncision n'était pas réservée aux Juifs. Après la guerre, M. Kent a été en poste à Londres et n'est jamais retourné à Marseille. Il a reçu et continue de recevoir des lettres de remerciements de Juifs ayant vécu à Marseille à l'époque et de leur famille."

jeudi 23 mars 2017

Le REL de Dominique Venner et la FGDS de François Mitterrand

Robert Butheau, "En créant les C.O.D.E.R., on a répondu à un besoin par du folklore déclare M. Mitterrand à Lyon", Le Monde, 20 décembre 1966 :

"Poursuivant son tour de France qui le conduit chaque dimanche dans une région différente, M. François Mitterrand présidait dimanche à Lyon les assises régionales Rhône-Alpes de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste. S'il n'évoqua pas directement, dans sa conclusion, les négociations en cours entre la Fédération de la gauche et le parti communiste, on notera cependant cette phrase : "Nous sommes engagés dans une étude très approfondie pour que la gauche balaie devant sa porte et trouve les thèmes essentiels à une lutte en commun."

Le fait que M. Mitterrand ne s'étendit pas davantage sur ce sujet montre bien qu'il ne voulait pas, par des déclarations trop précises, altérer le cours des négociations. Pourtant la situation particulière de Lyon, où les rapports entre Fédération et parti communiste sont pour l'instant inexistants, alors que des ententes sont recherchées avec le Centre démocrate par M. Gagnaire, maire socialiste de Villeurbanne, et même parfois avec le Rassemblement européen de la liberté, qu'anime M. Dominique Venner, a pu lui faire préférer une certaine expectative."

Joseph Algazy, L'extrême droite en France de 1965 à 1984, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 38 :

"Au mois de juillet 1967 Europe-Action reparut (pas pour longtemps), cette fois dans un format ronéoté. La nouvelle direction du REL misait sur l'infiltration dans les organismes de l'opposition pour préparer l'après-gaullisme. L'application de cette tactique fut poussée si loin que le 7 janvier 1968 la direction du REL a refusé de suivre ses chefs et a expulsé de son sein le Maurice Rollet, Dominique Venner et Louis Daney. Cette information est rapportée par Jacques Delarue qui ajoute : « La direction du REL reprocha à ces trois hommes d'avoir engagé des pourparlers par l'intermédiaire d'un journaliste, avec la Fédération de la gauche démocrate et socialiste de M. Mitterrand, en vue d'y faire adhérer les membres du REL. (...) » "

mercredi 22 mars 2017

Le conflit entre Pierre Brossolette et les socialistes blumistes de la zone Sud

Pierre Brossolette, "Renouveau politique en France", La Marseillaise, 27 septembre 1942 :

"Dès que Charles Vallin a cessé de croire en Pétain, il a été gaulliste. Entre les deux attitudes, il n'y a pas de tiers parti possible.

A lui seul, le problème de la résistance aurait donc déjà suffi à dévaluer absolument les anciennes divisions politiques françaises. Mais un autre phénomène y contribue également avec force. C'est la volonté générale de rajeunissement et de changement qui rapproche aujourd'hui des esprits hier très opposés."

Guillaume Piketty, "Pierre Brossolette, un résistant socialiste", in Pierre Guidoni et Robert Verdier (dir.), Les socialistes en Résistance (1940-1944), Paris, Seli Arslan, 1999, p. 91-92 :

"Pressenti au début de l'été 1943 pour prendre la succession de Moulin, Brossolette revint finalement en France à la mi-septembre avec pour mission de présenter aux mouvements de Résistance le nouveau délégué du Comité français de Libération nationale, l'ancien préfet Emile Bollaert, et de travailler à la future organisation de la presse et de la radio à la Libération. Durant près de trois mois, dans un contexte particulièrement dangereux, il joua un rôle déterminant dans la réorganisation politique et surtout militaire d'une Résistance mise à mal par les arrestations du printemps et de l'automne. Plus que jamais progressiste d'esprit et de cœur, et alors même qu'il s'était délibérément refusé à participer directement aux reconstructions politiques en cours à Alger, il mit également à profit sa présence en France pour poser les bases de sa propre action politique à la Libération. Convaincu qu'il fallait « reconstituer la Fédération dans son cadre ancien », en ménageant cependant « toute son autonomie doctrinale » jusqu'au « premier Congrès national pour savoir où l'on [allait] », il entreprit de préparer la Libération dans l'Aube avec Germain Rincent. Celui-ci devait se glisser, et glisser « les camarades partout », rappeler « surtout » que Brossolette ne s'était « jamais éloigné des endroits où l'on se battait », et, en cas d'« élections municipales brusquées ou toute autre élection », lui réserver « une place si minime soit-elle ». Dans le même temps, Pierre Brossolette travaillait avec Francis-Louis Closon à « régl[er] [...] la constitution du Comité [de Libération] de l'Aube qui l'intéressait politiquement ».

Extrêmement claires dans son esprit, les intentions de Brossolette ne l'étaient toutefois pas pour tous ses camarades de parti. S'il bénéficiait d'une réputation plutôt favorable non seulement en zone Nord mais également dans les cénacles socialistes algérois et londonien, parmi les socialistes résistants de zone Sud, en revanche, sa position était nettement plus fragile. Considérant « qu'il n'avait pas toujours, à Londres, fait son devoir de socialiste » et qu'« il avait constamment pris le parti des "mouvements" contre les partis reconstitués, dont le PS », le Comité directeur de zone Sud semble avoir décidé son exclusion du Parti lors de sa réunion de mars 19442. Par ailleurs, si la nomination de Brossolette à l'Assemblée consultative comme représentant de l'OCM ou de Ceux de la Résistance fut envisagée à l'automne 1943, il ne fut jamais question qu'il fût choisi comme représentant du Parti socialiste. (...)

2. Témoignage de Gaston Defferre, recueilli par Marie Granet le 21 janvier 1949, AN 72 AJ 70 AIII 15. Cf. également la lettre de Victor en date du 30 décembre 1943, AN 72 AJ 3 dossier « Parti socialiste », sous-dossier « Correspondance »."

mardi 21 mars 2017

L'honnêteté d'Henri Emmanuelli sur le passé du PS

Henri Emmanuelli, déclaration sur France Info, 11 mars 2005 :

"Moi, je pense que, en conscience, quand on croit devoir défendre une cause parce qu'elle est juste, on doit franchir des lignes. Il y avait une majorité de socialistes pour envoyer un contingent en Algérie, c'est pas pour ça que c'était une bonne chose. Il y avait une majorité de socialistes pour voter en 40 les pleins pouvoirs à Laval."

L'antisémitisme au sein du SPD

Peter Pulzer, Jews and the German State : The Political History of a Minority, 1848-1933, Oxford, Blackwell, 1992, p. 263 :

"Alors que l'attitude du SPD à l'égard de l'antisémitisme était claire, celle vis-à-vis des Juifs en tant que communauté l'était moins. Le parti était hostile à la religion organisée et, bien que cette hostilité fût d'abord dirigée contre les Eglises chrétiennes, cela conduisit de nombreux Juifs à regarder le SPD avec suspicion. Avant toute chose, le parti avait peu de sympathie pour l'aspiration des Juifs à persister en tant que communauté avec une identité séparée. Pour la plupart des socialistes, la solution de la question juive demeurait l'assimilation complète. Un des symptômes en était la tension entre le parti et les immigrés d'Europe de l'Est, qui étaient des travailleurs de guerre ou des réfugiés fuyant les progroms de la Pologne d'après-guerre.182 Ils étaient souvent stigmatisés collectivement comme "ces éléments ayant immigré en provenance de l'Est qui sont soupçonnés ... de spéculation sur les vivres ou de quelque marché noir"183, ou comme des personnes dont les habitudes et moeurs insalubres étaient presque impossibles à éradiquer.184 Cette tension atteignit son apogée en mars 1920, lorsque le chef social-démocrate de la police du Brandebourg, Eugen Ernst, un homme avec une forte sensibilité nationaliste, organisa une razzia contre les Juifs est-européens. (...).

182 Aschheim, Brothers and Strangers, pp. 237-40 ; Niewyk, Socialist, Anti-Semite and Jew, pp. 100-1.

183 Le ministre de l'Intérieur prussien Wolfgang Heine au président de la police de Berlin, 20 février 1920, cit. Maurer, Ostjuden in Deutschland, 1918-1933, p. 362.

184 Theodor Müller, "Die Einwanderung der Ostjuden", NZ XXXIX, 24 juin, 1er août 1921."

Frank Paul Weber, "Expulsion : genèse et pratique d'un contrôle en Allemagne",
Cultures & Conflits, n° 23, automne 1996, p. 122 :

"C'est envers les Juifs d'Europe de l'Est [Ostjuden] que plusieurs personnalités politiques de la République de Weimar imaginèrent et réalisèrent les premiers internements : le 16 décembre 1919, le Ministre de l'Intérieur de Prusse, Wolfgang Heine, envisagea devant le Parlement prussien l'expulsion hors des villes de tous les Juifs de l'Est « indésirables » et leur internement dans des « camps spéciaux de concentration »."